Centre de Yoga de La Bertais

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Sylvain Ségal

Chronique d’un petit séjour à Hauteville…

date_range 9 avril 2017
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Pour celles et ceux qui n'ont pas encore eu l'occasion d'aller à Hauteville, mais aussi pour les habitués !,  voici quelques photos et impressions personnelles issues de mon dernier séjour.  Peut-être que cela  vous donnera envie d'y aller ou d'y retourner ?....

J'y ai  passé une semaine  du 13 au 18 février. Je n'y étais pas allé depuis 2 ans. J'y ai retrouvé l'ambiance et la sérénité de mes derniers séjours, avec en prime, une semaine animée par les 4 collaborateurs actuels d'Arnaud : Emmanuel, Thierry, Yves et Marie (qui a rejoint l'équipe début février). Nous avions une  réunion d'1h30 le matin et deux de 1h15 l'après-midi. Chaque réunion était animée par 2 ou 3 des 4 collaborateurs, ce qui enrichissait encore les réponses qui étaient apportées.

En arrivant, je me sentais plutôt bien et cela me posait question.... Mon mental s'agitait .... "Si je vais bien, comment cette semaine va bien pouvoir m'être bénéfique ?.... N'est-ce pas quand on souffre que l'on est avide de trouver des réponses à notre mal-être ? Les émotions étant des points d'appui à la pratique,  sur quoi m'appuyer pour avancer sur la Voie si je n'ai pas de souffrances ou d'émotions particulièrement fortes en ce moment ?   Si je n'ai pas de question à poser en réunion, mon séjour ne sera pas "rentabilisé, etc."

Autant de pensées qui m'ont traversé l'esprit le 1er jour. Mais finalement, j'ai trouvé la réponse à ma question ! Comment profiter de mon  séjour à Hauteville ? Ou plus généralement, comment pratiquer, quelles que soient les circonstances ? Réponse : en cultivant sa sérénité intérieure, sa vigilance, en essayant  de s'ouvrir plus intérieurement ... Et comment faire ? En se décontractant, en s'apaisant et en se laissant toucher par tout ce qui se passe, notamment pendant les réunions, quand je sentais que les réponses apportées par les collaborateurs étaient justes, belles et profondes !

Finalement, ce séjour me fut très profitable, comme à chaque fois, même si contrairement aux  fois précédentes, je n'étais pas venu avec des choses douloureuses à déposer. On peut aussi cheminer quand on a l'impression "d'aller bien", même si cela me paraît pour l'instant moins évident.

 

 

Et je suis reparti sur ma route..... A la poursuite de mon chemin ....

Bon cheminement à tous et à bientôt !

Sylvain

Publié dans 04-Enseignement d'Hauteville, 07-Témoignages personnels, 08-Vos créations artistiques et littéraires, Sangha news, Vos Photos
Sylvain Ségal

Retour sur le livre « Etty Ellisum » de Sylvie Germain

date_range 23 janvier 2017
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Bonjour à tous,

En complément de l'article de Georges paru sur le blog le 14 novembre dernier, je vous fais partager la lecture du livre « Etty Hillesum » de Sylvie Germain qui m'a beaucoup touché car il montre comment le cheminement personnel et spirituel peut nous conduire jusqu'à la sérénité intérieure.

Ce livre raconte la vie (intérieure et extérieure) de cette jeune femme juive hollandaise qui avait 27 ans quand les nazis ont envahi son pays en 1941. A partir de ce moment, la vie est devenue de plus en plus dure, et plus la barbarie et la haine se répandaient autour d'elle,  plus Etty Hillesum grandissait intérieurement et répondait par l'amour.

Etty a été déportée à Auschwitz en 1943 où elle périt, en étant intérieurement établie dans l'amour, sans haine, avec le soucis de soulager la souffrance de ceux qui l'entouraient.Vous trouverez un résumé de sa vie ici :

Son journal intime retrace sa transformation intérieure, son cheminement , qui la conduira à l'amour inconditionnel. Une belle leçon, inspirante, qui nous confirme que c'est possible ! :-P

Voici quelques citations de son journal (« Une vie bouleversée, Journal 1941-1943, L Seuil, 1985, trad. Ph. Noble) qui retracent bien son cheminement intérieur.

Etty Hillesum établit un dialogue intérieur avec elle même qui va lui permettre de cheminer vers la paix intérieure.

 « Toute la journée je vais me tenir dans un coin de cette grande salle de silence qui est en moi. (…). je reste immobile, un peu lasse, dans un coin de mon silence, assise en tailleur comme un Buddha, et avec le même sourire, un sourire intérieur, s'entend. » (P 147)

« Quand on commence à renoncer à ses exigences et à ses désirs, ont peut renoncer à tout. Je l'ai appris en l'espace de quelques jours (…). Chaque jour je dis adieu. Le véritable adieu ne sera plus alors qu'une petite confirmation extérieure de ce qui ce sera accompli en moi de jour en jour.» (P 151)

Sylvie Germain cite aussi de nombreux poèmes pour illustrer le cheminement intérieur d'Etty et sa capacité à s'émouvoir par exemple, devant des fleurs :

« La rose est sans pourquoi ; elle fleurit parce qu'elle fleurit,

 N'a souci d'elle même, ne cherche pas si on la voit » 

                    (Angelus Silesius, "Le pèlerin chérubinique »)

Elle cite également Jorge Semprun qui récita un poème de Beaudelaire à son camarade de camps agonisant :

: « Ô mort, vieux capitaine, il est temps, levons l'ancre... ».

Et elle conclut en citant Paul Celan :

« Je ne vois pas de différence entre une poignée de main et un poème ».

Etty Hellisum a été aidée dans son cheminement par Julius Spier, un psychologue de renom dont elle sera l'amante et la disciple. Il marquera de manière définitive sa transformation intérieure. Lorsque ce dernier meurt en 1942, elle écrit :

« c'est toi qui a libéré en moi ces forces dont je dispose. Tu m'as appris à prononcer sans honte le nom de Dieu. Tu as servi de médiateur entre Dieu et moi, mais maintenant, toi, le médiateur, tu t'es retiré et mon chemin mène désormais directement à Dieu ; c'est bien ainsi, je le sens. Et je servirai moi-même de médiatrice pour tous ceux que je pourrais atteindre. » (p 190).

Internée dans le camps de Westerbock, elle décide de :

« partir en guerre contre la haine », de devenir « le cœur pensant de tout un camps de concentration. »

« A chaque nouvelle exaction, à chaque nouvelle cruauté, nous devons opposer un petit supplément d'amour et de bonté à conquérir sur nous-mêmes.» (p 60).

Et voici encore d'autres passages à méditer :

« Pour humilier, il faut être deux. Celui qui humilie et celui que l'on veut humilier, mais surtout : celui qui veut bien se laisser humilier. Si ce dernier fait défaut, en d'autres termes si la partie passive est immunisée contre toute forme d'humiliation, les humiliations infligées s’évanouissent en fumées. Ce qui reste, ce sont des mesures vexatoires qui bouleversent la vie quotidienne, mais non cette humiliation ou cette oppression qui accable l'âme.(...). On a bien le droit d'être triste et abattu de temps en temps, par ce qu'on nous fait subir ; c'est humain et compréhensible. Et pourtant, la vraie spoliation c'est nous qui nous l'infligeons. Je trouve la vie belle et je me sens libre. » ( p127).

« En disant : « j'ai réglé mes comptes avec la vie », je veux dire : l'éventualité de la mort est intégrée à ma vie ; regarder la mort en face et l'accepter comme partie intégrante de la vie, c'est élargir la vie. A l'inverse, sacrifier dès maintenant à la mort un morceau de cette vie, par peur de la mort et refus de l'accepter, c'est le meilleur moyen de ne garder qu'un tout petit bout de vie mutilée, méritant à peine le nom de vie. Cela semble un paradoxe : en excluant la mort de sa vie, on se prive d'une vie complète, et en l'y accueillant on élargit et on enrichit la vie. » (p 139-140).

« Je vais t'aider, mon Dieu, à ne pas t'éteindre en moi, mais je ne puis rien garantir d'avance. Une chose cependant m’apparaît de plus en plus claire : ce n'est pas toi qui peut nous aider, mais nous qui pouvons t'aider – et ce faisant nous nous aidons nous-mêmes. C'est tout ce qu'il nous est possible de sauver en cette époque et c'est aussi la seule chose qui compte : un peu de toi en nous, mon Dieu. Peut-être pourrons-nous aussi contribuer à te mettre au jour dans les cœurs martyrisés des autres. (…) Il m'apparaît de plus en plus clairement que tu ne peux pas nous aider, mais que c'est à nous de t'aider et de défendre jusqu'au bout la demeure qui t'abrite en nous.» (p. 166).

« Si j'aime les autres avec tant d'ardeur, c'est qu'en chacun d'eux j'aime une parcelle de toi, mon Dieu. Je te cherche partout dans les hommes et je trouve souvent une part de toi. Et j'essaie de te mettre au jour dans le cœur des autres ». (p 188).

Cette posture « d 'amour » face à la barbarie peut surprendre et laisser croire que c'est de la résignation. Sylvie Germaine évoque cette question à la fin de son livre en citant Tzvetan Todorov qui analyse dans son livre, « Face à l’extrême », les limites ou paradoxes de l'action d'Etty : « L'attitude définie par Etty Hillesum n'est pas de la résignation, mais le résultat est semblable : ce fatalisme et cette passivité amènent finalement à se prêter au projet meurtrier des nazis. C'est pourquoi, malgré son incontestable noblesse, je m’abstiendrai de la recommander à tous les opprimés de la terre. ».

Et Sylvie Germain de conclure :

« Todorov a raison : le chemin choisi par Etty Hellisum n'a pas à être recommandé aveuglément à tous les persécutés de la terre, car, d'une part, une résistance active, et en dernière instance armée, contre toute forme de barbarie s'avère en permanence nécessaire, et, d'autre, pour s'engager sur un chemin aussi marginal et périlleux que celui suivi par Etty, il est essentiel d'y être intérieurement préparé. Une attitude comme la sienne ne s'invente pas, on ne la plaque pas de l'extérieur sur soi, elle doit résulter d'un long mûrissement au plus intime de la pensée et du cœur, elle doit être à la fois le fruit d'une « révélation intérieure » et d'un constant et patient travail d'attention, de dépouillement, d'écoute des voix extérieures. » (p 168)

Publié dans 06-Autres Maîtres et enseignements, 10-Coups de coeur culturels, 11-Regards sur le monde, Littérature
Sylvain Ségal

Lettre ouverte au monde musulman d’Abdennour Bidar

date_range 7 janvier 2017
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Bonjour,

je vous fais partager la lecture de cette très belle lettre ouverte au monde musulman, écrite par un auteur que j'ai découvert récemment et qui à mon avis, gagne à être connu ! Un vrai « méditant engagé » dans les enjeux de notre société actuelle, qui nous délivre un message de spiritualité issu du soufisme et qui a valeur d'universel. Voici son blog : http://abdennourbidar.fr.

Abdennour Bidar s'adresse au monde musulman, avec amour, respect et lucidité, en l'exhortant à voir les maux qui rongent aujourd’hui sa religion et permettent à des fanatiques de s'en réclamer pour cautionner des actes barbares. Il ne ménage pas non plus l'Occident, qui après avoir voulu coloniser et dominer le monde, a finalement perdu son âme en rejetant le sacré et en s'inventant un nouveau Dieu : le Dieu argent. L'Occident a ainsi coupé " les liens qui unissent l'homme à lui même, aux autres, à l'univers".

L'auteur estime que la paix et la fraternité ne pourront se développer tant que les hommes ne se reconnecteront pas à leur humanité et à leur dimension infinie, sacrée, spirituelle...

" Toi l'islam et toi l'Occident, réconciliez-vous ! Et faites-le en vous ressaisissant ensemble de votre secret partagé - mais oublié des deux côtés - que la vie créatrice est le but et la fraternité le principe de notre vie spirituelle. Souvenez-vous ensemble - et tous les peuples de la Terre avec vous - que nous sommes tous frères humains. ... C'est là, mon cher Islam et mon cher Occident, le projet de civilisation que nous devons chercher aujourd'hui comme le Saint-Graal de notre temps " (p 58).

"Nos vies spirituelles doivent déborder demain - très largement - le cadre religieux (...). Apprenons à cultiver chaque lien quotidien comme un moment de vie spirituelle : un paysage que l'on contemple, un arbre que l'on touche, des enfants que l'on regarde jouer, une cause défendue avec d'autres, une discussion collective, une rêverie vers le fond de nous-mêmes , une prière à tel dieu, une prière sans dieu, peu importe."

En ce début d'année et à l'aube de la campagne électorale pour les élections présidentielles, ce petit livre est à lire et à faire partager sans modération, pour susciter la réflexion et ne pas céder à la peur ou aux amalgames que certains voudraient instrumentaliser.

Bonnes année à toutes et à tous et à bientôt ! :-P

Sylvain

Publié dans 06-Autres Maîtres et enseignements, 10-Coups de coeur culturels, 11-Regards sur le monde, Littérature