Centre de Yoga de La Bertais

Information sur les activités du Centre et échange entre les Amis de La Bertais-Vassot

Youri Deroover

L’assemblée des brins d’herbe

date_range 10 juillet 2017
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Qu'est ce que je veux?

"Pour trouver ce que vous voulez, il suffit de voir ce qui vient continuellement sans que vous le cherchiez. C'est cela que vous voulez véritablement."

                         

"Allez au-delà des formes, certes, mais en passant par les formes"

 

                "Tout ce qui est à l'extérieur est à l'intérieur"

            "Quand l'eau rejoint l'eau, ce n'est pas une rencontre, mais une unification"

                     

Se rendre libre des émotions

" Les émotions vous enseignent. Elles vous conduisent à la vérité. De l'erreur, que vous prenez pour la vérité maintenant, vous allez vers la vérité. Les émotions sont un atout. Plus on ressent d'émotions, plus on est éveillé."

 

              

Jouir de ce que l'on fait

"Ne faites jamais rien que vous n'aimiez pas ou n'éprouviez pas de plaisir à faire ! N'agissez que si vous sentez qu'en le faisant, vous gagnez quelque chose."

 

(Citations extraites de ABC d'une sagesse, paroles choisies de Svami Prajnanpad)

L'assemblée des brins d'herbe

caressée par le vent

brûlée par le soleil

tantôt se rêve chêne-majesté

tantôt s'imagine brin parfaitement brin

Et si le bonheur était dans le pré

Et si l'amour fondait les cordes de la théorie

Publié dans 04-Enseignement d'Hauteville, 05-Swâmiji, 07-Témoignages personnels, 08-Vos créations artistiques et littéraires, Feedbacks sur activités, Vos Photos, Vos textes et poèmes
Youri Deroover

« Veux-tu guérir? »

date_range 8 mai 2017
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Quarante jours lumineux entre ces deux jeudis. Quarante nuits noires qui unissent Pâques et Ascencion. Deux respirations pour le chrétien que je ne suis pas. Ces temps diaphanes, cette présence cette absence. Les arcs en ciel de mémoires qui surgissent au milieu des bruits incessants. Et tout se mélange pour mieux brouiller les pistes.

Le vent souffle, le nez coule. A des années lumière d’ici, en creux de dune près d’une plage. La mer du Nord. Je cherche avidement des petits trésors ovales, tendu par l’excitation gourmande. Quelle drôle d’idée ! Cacher les œufs dans le sable. Le chocolat mêlé de grains croque dans les dents. Premières impressions mitigées qui s’enracinent.

A des années lumière de là, assis à une table en haut d’un immeuble parmi tant d’immeubles. Nous fêtons Pessa'h. J’ignore presque tout du rite. Une bougie éclaire nos yeux sur une nappe rouge sombre. Dans cette famille, je peine à réaliser que toute l’Histoire de la sortie d’Egypte sera lue le plus vite possible, en hébreux non sous-titré, pour pouvoir enfin manger.

Heureusement, beaucoup de chants donnent vie à ces étranges soirées. Je répète la fin des refrains. Des sourires s’échangent, mi compris mi incompris. L’histoire est très longue. Ca s’accélère. Et enfin le repas tant attendu. Fait de mets plus bizarres les uns que les autres. Rencontre.

 

Il fait chaud, très chaud. Le soir tombe sur l’île thaïlandaise de la Pleine Lune. Le film va bientôt commencer dans le temple de Shakti. Mon corps cherche un peu de fraîcheur sur le sol en pierre. Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli. Nous sommes vers la mi-avril, les grillons d’ici grillonnent et rythment les cris perçants de gros lézards. De temps en temps une moto hurle dans la nuit.

Naïvement, je me laisse embarquer dans cette histoire si mal connue. Je suis subjugué. Et catastrophé : il va falloir accepter que mon héros du moment meure quatre fois et en plus très lentement ... L’Ego sur la Croix. Tout s’éclaire. Puis retombe dans l’ombre. A des années lumière.

 

Pourtant ce jour, toutes ces impressions, ces versions différentes, éparpillées au cours des temps se mêlent en une seule. Comme après avoir écouté deux versions d'une jolie mélodie.

 

 

 

« Avez-vous remarqué la parole superbe du Christ à l’infirme qui se tient depuis trente-huit ans au bord de la piscine dans l’espoir d’y pénétrer un jour le premier afin d’être guéri : « Veux-tu guérir ?» Cette question peut paraître curieuse au premier abord : si cet homme est resté si longtemps au bord de la piscine, c’est bien évidemment parce qu’il espère plus que tout être guéri. Pourtant, ce sont les premiers mots que le Christ lui adresse. En effet, c’est la question préalable qui peut nous faire sentir à quel point nous refusons notre délivrance, à quel point nous sommes attachés à nos limitations et à nos souffrances. Si vous étiez en contact avec votre être réel et avec votre aspiration profonde à la liberté intérieure, vous ne pourriez plus demeurer englués dans le jeu de vos désirs et de vos peurs. Mais les hommes préfèrent continuer d’opposer ce qu’ils aiment à ce qu’ils n’aiment pas, dans une vaine poursuite dont ils font l’essentiel de leurs existences. La mentalité dualiste a divisé une fois pour toute la vie en heureux et malheureux, réussi et raté, horrible et merveilleux, et c’est précisément cette manière de voir qui constitue l’illusion ou l’aveuglement fondamental dénoncé par toutes les religions. » (Extrait d’En relisant les Evangiles d’Arnaud Desjardins)

 

 

Toujours le même mois, des années lumière plus tard. Christophe Massin se relie à mes labyrinthes. 'Comment savoir si je suis dans l’émotion ou si je me l’explique juste encore mentalement ?'  Veux-tu sincèrement ‘plonger dans la piscine’ ou trempes-tu juste le petit doigt pour voir si l’eau est bien froide ?

Et, si tu décides d’y aller, écoute, écoute le silence. Le précieux de la vérité dans le tumulte des pensées et commentaires intérieurs. Tenir le mental à distance. Patience et subtilité pour laisser se déployer l'émotion. Comme pour être présent avec l'enfant apeuré au fond de son lit.

Publié dans Messages non classés
Youri Deroover

Encore un matin… « Au cœur des émotions de l’enfant »

date_range 16 février 2017
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En un matin, je suis devenu celui qu’on appelle un père

Puis un autre matin, encore un autre père

Je n’ai rien ressenti de si soudain, un nouveau nom et surtout tellement d’inconnues

Ils ont fait de moi des pères qui, à chaque réveil, tentent de faire mieux qu’hier

Je perçois petit à petit qu’il s’agit d’un mouvement continu

Comme ces lumières des centaines de Vénus qui ne cessent de disparaître pour réapparaître

L’aube qui se retire doucement,  abandonne la profonde nuit et sans jamais de cassure

Laisse place aux premières lueurs du jour

Qui pourra définir ces instants de mutation ?

Qui pourra figer l’harmonie des danses naturelles pour leur attribuer les noms froids et chauds des Sciences et des Poètes ?

Celui qui croit désormais dominer s'est peut-être juste séparé

 

Je voudrais vous partager ma lecture du moment : « Au cœur des émotions de l’enfant », d’Isabelle Filliozat. Bon, dans l'application pratique, c’est ‘chaud boulette’ mais il me semble que ça se marie si bien avec la voie que nous suivons. Et puis aussi, on comprend mieux son propre enfant qui fait trembler la terre à l'intérieur.

Je n'y perçois pas de découverte majeure mais une belle adaptation (à mon humble avis de père débutant) des principes fondamentaux au Rôle de parent.

Quelques morceaux :

« Ce que l’on appelle communément ‘bien prendre les choses’, c’est réprimer ses affects. Or cette répression ne peut aller sans une altération de la personne. A… s’est anesthésiée. Elle n’a rien ressenti  quand sa mère lui a annoncé le départ de son père, mais elle s’est jurée intérieurement de ne jamais aimer pour ne pas souffrir plus tard. (…). Les enfants peuvent dissimuler leurs sentiments, peuvent même s’en défendre au point de ne pas les ressentir, c’est au détriment de leurs pleines capacités émotionnelles et sociales. Pour se permettre de ressentir et d’exprimer leurs émotions, les enfants ont besoin d’en avoir la permission parentale. Pour être valable, la permission doit être verbale et non-verbale, c’est-à-dire se manifester dans des comportements concrets, et surtout d’être assortie de protection. Personne ne peut s’exprimer s’il craint d’être ridiculisé ou dévalorisé. (…) Pour leur faire vraiment confiance, les enfants ont aussi besoin d’être certains de la puissance personnelle de leurs parents. La puissance n’est ni la force qui contraint, ni le contrôle ou le pouvoir, c’est un sentiment de sécurité intérieure et une aptitude à vivre leurs propres émotions. Se montrer fort, cacher ses craintes ou ses douleurs à ses enfants ne les rassure pas, mais leur transmet le message que c’est ainsi qu’il faut se comporter dans la vie. Etre puissant, ce n’est pas se montrer insensible, c’est montrer que l’on n’a pas peur de ses propres émotions en les vivant. »

« L’enfant voit le monde depuis ses propres yeux. Gardons-nous de juger ses réactions. Ecoutons d’abord. Cherchons à identifier ce qu’il vit, comment il associe les choses, ce qu’il ressent et ce qu’il se dit. »

« Sentiments agréables ou non, pensées agréables ou non, comportements adaptés ou non, reconnaître ses émotions, c’est s’accepter comme on est, c’est construire la confiance en soi. La conscience de soi se construit au fur et à mesure des expériences et pour autant que les émotions soient entendues, approuvées et parlées. »

« Il est important de montrer à l’enfant que la reconnaissance et l’expression verbale de ses impulsions les plus violentes ne détruisent ni la relation, ni les personnes. (…) La question est de le laisser ‘dire’, de lui fournir de l’espace pour vivre émotionnellement, et se libérer des tensions occasionnées par les blessures ou l’injustice. »

« En reconnaissant en soi ses affects, en les acceptant, en apprenant à les tolérer sans avoir peur d’être détruit par eux, en mettant des mots dessus, on peut demeurer conscient de la totalité de soi sans avoir à les vivre en actes. »

« Toute mère, tout père, revit sa propre enfance à travers ses enfants. De là naissent toutes sortes de problèmes. Projections de son propre vécu, réactualisation de sentiments douloureux enfouis, résurgence de pulsions haineuses de l’enfance, jalousie, non-dits, secrets de famille, souvenirs d’humiliations ou de frustrations, sentiments de honte, de culpabilité, tout ce passé est là, inconscient le plus souvent, et nous empêche de réagir de manière appropriée vis-vis de nos enfants.»

« Une seule voie pour écouter vraiment son enfant : guérir sa propre enfance. Pour nous libérer du passé, nous avons, nous aussi, besoin de lâcher nos émotions. (…) Quand vous aurez exprimé de la colère contre les injustices subies, quand vous aurez pleuré avec compassion sur l’enfant en vous, vous pourrez écouter votre enfant dans sa vérité. (…) Il éveille en vous un sentiment insoutenable ? Un nœud est là. Vous pouvez l’affronter. Regardez simplement les souvenirs remonter. Ecoutez l’enfant en vous, donnez-lui ce qu’il n’a jamais reçu, de l’attention à ses sentiments. »

Publié dans 06-Autres Maîtres et enseignements, 08-Vos créations artistiques et littéraires, 10-Coups de coeur culturels, Littérature, Vos Photos, Vos textes et poèmes
Youri Deroover

Il y a une fissure en toute chose. C’est ainsi qu’entre la lumière. (L. Cohen)

date_range 13 janvier 2017
visibility 322 consultations

Eveil

Je m’étire. Je connais cette odeur, reconnais ces craquements. Un peu chez moi, un peu pas chez moi. La maison s’éveille. Une paupière s’ouvre péniblement. Le rêve s’enfuit déjà loin de la lumière. Comme ces bulles de savon d’avant qui s’éclipsent dès qu’on les effleure. Multicolores et transparentes. Ensuite, persiste une  sensation imperceptible de mouillé sur le visage. Amère et douce folie du cœur. Et puis paf ! Dans la douche le scénario se déroule en un instant: ce visage,  cette impression de danger imminent, la douceur d’un corps. Tout est là clair, net, précis. Pas le temps de noter, il est l’heure de réveiller mon corps dans la grande salle.

Sous les yeux d’Arnaud, de Ma et des autres sages, je stabilise mes appuis et mon temple lourd et maladroit se déplie. La moquette apaisante, le bleu vert clair. Je me sens assez fluide pour m’asseoir. Bong ... bong ... bong ... Un air d’Asie dans la campagne bretonne. Je m’essaie aux ‘Om’. Mais comment  Yann fait-il pour tenir si longtemps ? Ce matin, à bout de curiosité, je décide de m’asseoir à côté de lui pour percer le mystère. Appuie-t-il sur un petit bouton ? Hé non, je confirme, c’est bien de lui que sort cette note pure. Chaque jour, je tente une nouvelle technique mais j’échoue lamentablement au bout de 12 secondes, totalement à bout de souffle. Ça doit être  l’altitude. Sûrement. L’assise de groupe fait naître autre chose. Une fraternité, loin des explications rationnelles. Jambes croisées, yeux dans les yeux, nous partageons le même silence, nous sommes le même silence.

Petit déjeuner

La cloche est sonnée. Chacun debout derrière sa serviette,  les matins renaissent.  Un temps de silence. Rappel de soi. Suis-je vraiment ce nom collé sur cette enveloppe ? Assise. Nous partageons la même confiture de rêves. Chacun écoute, quelques un racontent. Une parole s’échappe : « Et dire qu’il y en a qui rêvent de tout ça, pendant que nous autres, on dort… ». D’aventures en aventures, une compréhension s’accroit entre les compagnons de retraite. Retirés des connexions virtuelles, retraités de la violence d’un monde, nous tissons des liens authentiques. Silence, temps de présence.

 

A la fin du petit déjeuner, à la vue des uns et des autres, un éclair de lucidité me transperce: nous sommes aussi le même Muesli !

Seva

Un après-midi m’est donnée la tâche de couper du bois. Oui, je dis d’accord, mais en chemin…Moi? Couper du bois? Je n’ai jamais tenu qu’un frêle couteau, de temps en temps un scalpel… mais d’une lame à une hache, la différence est de taille. Soit, je tente un premier geste mais impossible de fendre quoi que ce soit. C’est mal parti. Soudain me remonte l’émotion du Lying de ce matin et je commence à trancher comme un vrai bûcheron des forêts du Canada. Impossible de m’arrêter, han, han. J’ôte couche après couche. Dès que l’émotion diminue, ma nouvelle capacité aussi. Un vrai moment de décharge et de plaisir. Le corps a parlé.

 

Autre jour, autre seva. La cuisine. La pression monte d’un cran, la cuisine étant réputée pour être l’Epreuve du Feu à la Bertais.

Heureusement pour moi, Anne-Marie veille, surveille, hyperveille même. L’instant présent s’incarne tellement justement en elle qu’il anime par écho ceux qui s’en approchent. Merveille,  rien n’est laissé au hasard. La nourriture se prépare et je me laisse guider. Le silence, le grand soleil d’hiver qui réchauffe la peau à travers les vitres, les odeurs de cuisson qui montent et tourbillonnent, tout s’active. Le but : Intérieurement activement passif, extérieurement passivement actif.  Emporté, je m’entraîne à revenir.

Promenade

Je quitte mes chaussons. La poignée de porte qu’il faut bien abaisser et l’air frais. Froid. Comme une première fois, il y a plus de trois décennies déjà, mes poumons éclatent. Je respire. La vie me prend. La mort aussi du coup.

            

Les feuilles tombées blanchies de gelée hivernale craquent sous mes pas. La campagne tranquille s’étire, se retourne dans son sommeil de brave. Une vache grelotte au loin. Et le silence s’emmêle aux chants des natures. Je perçois mieux l’arbre qui vieillit, les brins d’herbe qui s’aplatissent. Sous la surface figée du ruisseau, l’eau continue de couler doucement.

 

    

Chambre

Une tristesse s’empare de moi. Je suis seul, j’ai un peu peur. Et cette araignée qui est venue me dire bonjour, va-t-elle vouloir faire plus ample connaissance ? Je voudrais enlacer la femme qui m’épouse, nos enfants. Pas possible. Manger un bout de chocolat. Pas possible. Me perdre dans les méandres des www. Pas possible. Ah oui, la mise en pratique : vivre l’émotion  avec conscience, je tente…

Sauvé par le gong, c’est l’heure du thé et des madeleines bleues, l’heure des sourires chaleureux.

Réunion du soir

Ce soir réunion d’implication. Donc, implication. Brrr… vais-je oser présenter mon nouveau schéma de compréhension de l’enseignement en 6 cases et 12 sous cases, chacune faisant l’objet d’une page entière d’explications ? Par Toutatis, que c’est compliqué ! Heureusement, Yann,  sa bienveillance, son écoute,  sa chaleur, sa justesse me résume tout en deux questions et hop, me dit il,  c’est facile ! Hop. Une nouvelle compréhension.

 

Méditation de nuit

Je m’incline. Le grand tapis blanc m’impressionne sous la bougie. Nous sommes tous là, assis en cercle, sous nos châles crème, éclairés par la même lueur. Suis-je déjà dans mes rêves, je ne perçois plus la part étrangère des autres, je me sens aimé, inclus. Sous les regards ouverts d’Arnaud, de Yann.

  

 

Voici quelques impressions de retraite

Aux anciens et aux nouveaux,

Aux frères et sœurs sur le chemin, alpinistes de lumière et spéléos du cœur

Aux intendants et aides de camps,

A nos deux maîtres et aux maîtres de nos maîtres,

A notre Ashram, cette belle demeure

Vous m’êtes précieux.

Une belle année à toutes et tous.

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Youri Deroover

Devenir une lune

date_range 17 novembre 2016
visibility 87 consultations

lune-clair-de-lune

Depuis quelques temps est né en moi le désir d’approcher un être réalisé. Pour nourrir ma route. M’en montrer le bout. Pour réchauffer mon cœur. Je scrute le moment où Amma reviendra près de chez nous. Et, c’est maintenant ! C’est le rêve d’un gamin spirituel qui devient réalité …Pour des raisons d’agenda, ce sera à Milan. D’ailleurs, le ipapy le dit : si elle passe à moins de 1000 kms, courez ! Pour être exact, à 879kms de Bruxelles, je ne pouvais pas rater l’occasion !  Je prends le strict minimum et je cours jusqu’au grand tacot en métal, avec ses deux beaux gros réacteurs qui font plein de boucan…Départ vendredi soir, retour samedi soir. Deux décollages, deux atterrissages à affronter tout seul, sans une main compatissante à serrer pour me rassurer. Et mon inconnue de voisine de voyage qui ne semble pas très encline à ce que je lui écrabouille la main,  ne m’aidera pas... Soit. Full life : la peur de l’avion pour les bras d’Amma. Je prends.

Après une courte nuit et une longue attente, me voilà donc assis dans la grande salle toute décorée. « Amma embrasse le monde ». Je ne la vois pas encore mais mon cœur, imperceptiblement, se met au diapason. La voilà qui apparaît, petit bout de femme si fluide, un rayon du soleil. Silence dans la salle. Silence dans ma tête. La méditation guidée commence. Les Rudraksha si étranges pour moi dansent sur mon cou au rythme du souffle.  Dans mon corps, je perçois des éclairs de joie, de simplicité, de beauté. Mais le silence ou la poésie seraient tellement plus justes que mes mots pour traduire Cela. Amma est paix. Elle est belle. Je n’avais jamais vu qu’elle était belle.

Alors vient mon tour d’être embrassé. Je suis donc le monde qu’elle serre.  Ma tête accueillie dans son cou, dans ses mains,  il y a cette odeur d’encens. C’est si simple. Et j’entends ses mots, surgis du fond des âges: « Mon fils Youri,  Mon fils Youri Mon fils Youri ». J’hallucine, elle connaît même mon nom ! C’est Dieu qui m'étreint. Je n’arrive pas à réfléchir. Je suis ébloui. Après quelques minutes, assis près d’elle, je comprends enfin ses paroles. « Mon fils chéri, mon fils chéri, mon fils chéri.. » L’accent indien m’a probablement fait halluciner le « Youri », probablement… il reste que dans mon cœur, c’est une déesse quand même ! D’un coup, j’ai très faim.

Après avoir englouti un Thali dont je raffole, et mangé un gros bout de gâteau au chocolat accompagné d’un Tchaï bien épicé,  je parviens à remonter sur l’estrade pour m’asseoir derrière elle.  A partir de ce moment, mon rêve prend de l’épaisseur.

amma

Amma serre, enlace, embrasse, raconte aux oreilles grandes ouvertes les mots d’Amour, console, sourit et rit, réchauffe, béni, fait des huit avec la tête, elle aime Tout. Ma tête est lourde, mon cœur est chaud. Je ressens mes proches. Je ressens de la gratitude. Merci Yann et merci Anne-Marie de m’accompagner sur le chemin. Cet amour, c’est le même que je ressens à la Bertais. J’ai donc frappé à la bonne porte! Par la grâce de la Vie, une femme bénévole découpe et distribue aux chanceux alentours des petits bouts de chocolat fraîchement béni. L’Amour est chocolat. Je le savais.

Il est temps pour moi de m’éloigner du feu. Plus l’espace entre moi et l’immense petite indienne augmente, plus la mécanique de l’égo reprend ses quartiers. Le souvenir, lui, est gravé.

En attendant de grimper dans l’avion qui m’emporte loin d’ici, les pieds sur le tarmac, les yeux dans les étoiles, je vois cette lune blanche, presque pleine. Elle reflète la lumière du soleil.

Devenir une lune...

P.S. Il va de soi que je vous épargne les bouquets d’épines-refus qui m’ont picoté voire lacéré,  ça et là, au gré de cette belle aventure italienne…

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