Centre de Yoga de La Bertais

Information sur les activités du Centre et échange entre les Amis de La Bertais-Vassot

Christophe Le Boucher

De votre correspondant à Houston (Texas)

date_range 10 novembre 2016
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Vous êtes un certain nombre à savoir que notre fils Christophe vit depuis plus d'un an aux Etats Unis. Pour les autres, sachez qu'il travaille et habite à Houston, la plus grande ville du Texas, état particulièrement ancré "à droite". Ce qui fait que, par la force des choses, il est amené à fréquenter quotidiennement pas mal de "républicains convaincus". Pour "survivre" dans ce milieu à priori très éloigné de ses propres valeurs, il a donc dû se mettre à étudier de plus près le contexte politique américain, ne serait-ce que pour pouvoir tenter de comprendre ses collègues et leurs ami(e)s et de s'assurer ainsi une vie sociale un tant soit peu normale (même s'il préfère, quand il a le choix, les fréquentations "démocrates").

Ceci explique qu'il s'est intéressé et même "passionné" pour l'analyse politique de la campagne électorale américaine qu'il a suivi de très près. Ayant sans doute une veine de son père, il a eu à coeur de partager avec sa famille et ses amis le fruit de ses réflexions dans un blog créé à la va vite pour cette circonstance. J'ai beaucoup apprécié la petite dizaine d'articles qu'il y a publié depuis un mois, mais je me suis retenu de vous en parler ici, puisqu'à l'évidence, le débat politique n'est pas la vocation première de notre propre blog...

Ce matin, après lecture de sa dernière publication, j'ai eu envie de déroger à cette règle, tant son analyse m'a semblé pertinente et utile pour intégrer un peu mieux "l'onde de choc" du résultat des élections américaines d'hier...

Bon, si vous trouvez que cet article n'a pas sa place ici, ignorez le, tout simplement...
Et si à l'inverse, après lecture du très long post qui suit, vous trouvez heureuse mon initiative, n'hésitez pas à vous fendre d'un petit commentaire et même à vous rendre sur le blog de Christophe pour lire ses précédents articles, tous aussi bien documentés et souvent pleins d'humour (adresse donnée tout en bas de page)...

Yann

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polfiction

 

Debrief : Victoire de Trump, les conséquences.

Donald J Trump vient d’être élu 45ème président des Etats-Unis.

Au fil de la soirée électorale, les prédictions d’abord favorable à Clinton ont peu à peu basculé vers Trump, la Floride étant la première surprise d’une série de nouvelles désastreuses pour le camp démocrate, tandis que les données confirmaient implacablement la percée de Trump dans l’électorat rural, renversant les Etats et les prédictions les uns après les autres. Il aura fallu attendre 1h30 du matin pour que les médias se décident à reconnaitre l’évidence. De mon côté, cela faisait deux heures que je m’efforçais sans succès de trouver le sommeil, tiraillé par la stupeur et les interrogations concernant les conséquences de ce choc politique sans précédent.

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J’avais exprimé mon sentiment concernant les chances élevées d’une victoire de Trump lors de nos premiers échanges, mais les sondages unanimement optimistes pour les démocrates reflétant des performances avantageant largement Clinton lors des trois débats m’avaient persuadé de la victoire d’Hillary.

Hier mardi,  j’écrivais, encore confiant : "si les sondages se trompent (et certains Etats bleu clair n’ont que 2,5% d’avance dans les sondages (…), nous pourrions assister à une victoire surprise de Trump, par une marge faible. (…) Trump a fait le pari de mobiliser l’électorat blanc, non diplômé et masculin. Il s’agit d’un électorat encore nombreux, surtout dans les Etats clés de l’Ohio (OH), Pennsylvania (PA), North Carolina (NC), New Hampshire (NH) et Michigan (MI)… et qui, d’habitude, ne se déplace pas pour aller voter. Il s'agit du même type d’électorat qui avait surpris les sondeurs britanniques en faisant gagner le Brexit en juin"

C’est exactement ce qui s’est passé : le vote blanc/ouvrier des états industriels du mid west s’est reporté massivement sur Donald Trump, tandis que l’électorat jeune en général et noir en particulier s’est déplacé en moins grand nombre. Cela a suffi à faire basculer la carte électorale et l’élection à Donald Trump (il remporte les cinq états cités plus haut, avec une marge parfois très faible, ne dépassant pas les 0.5% en North Carolina). Notez qu’à l’échelle nationale, Clinton l’emporte d’environ 1% en nombre de voix (environ 200.000 bulletins en plus).

Je reviendrai dans un prochain message sur les causes profondes de la victoire de Trump, mais pour l’instant on peut retenir que ce sont bien les électeurs blancs, masculins, ouvriers et ruraux qui ont permis au milliardaire de l’emporter. L’aspect géographique est impressionnant, même dans les Etats démocrates, seules les grandes villes ont voté majoritairement pour Clinton. Dans l’Etat de New York, la ville a voté à environ 80% démocrate mais le reste de l’état a voté républicain !

Trump a su capter ses votes en axant sa campagne sur trois boucs émissaires : le libre-échange, l’immigration et le rejet des élites.

Les commentateurs dans leur grande majorité, sont particulièrement alarmés par cette victoire surprise, allant jusqu’à parler de la fin de la civilisation humaniste, tandis que certains  de mes amis s’en amusent ou ne peuvent s’empêcher d’y voir un signe d’espoir, de renouveau ou au moins de changement qui devrait faire bouger les choses.  Je voudrais donc dans cet article me focaliser sur les conséquences de l’élection de Donald Trump, autant que l’on peut les prédire pour l’instant et "à chaud".

Les conséquences négatives

Premier constat : les commentateurs s’attendaient à une large victoire de Clinton, qui aurait eu pour effet de porter les candidats démocrates au Sénat, avec comme conséquence une majorité démocrate dans cette chambre du congrès. Cette idée était si solidement ancrée dans les deux camps que les sénateurs républicains avaient commencé à désavouer Trump pour conserver leurs chances tandis que la campagne de Clinton avait commencé à dépenser des ressources pour les élections sénatoriales !

L’intervention impromptue du FBI dans l’affaire des emails a fait basculer la dynamique et le résultat est connu : les républicains conservent une majorité dans les deux chambres du congrès.

Trump va donc pouvoir gouverner efficacement. Mais pour faire quoi, et avec qui ?

Son discours de victoire qui comporte deux parties distinctes, est particulièrement intéressant à analyser. Dans la première, il parle de rassemblement, d’unité et profère de profonds éloges envers Hillary Clinton, sur un ton qu’on ne lui connaissait pas. Comme si le personnage qu’il a joué pendant la campagne faisait place à un homme d’Etat. Ses propos auraient presque pu venir de la bouche de Bernie Sanders, le plus "à gauche" des démocrates. Il parle d’améliorer la vie des américains, de  s’occuper des laissés pour compte et d’investir massivement dans l’économie via des grands travaux d’infrastructure (le Congrès républicain avait refusé par deux fois un pareil projet à Obama). Honnêtement, en écoutant cette partie de son discours, je ne pus refréner un certain enthousiasme.

Seconde partie, Trump remercie chaleureusement sa famille et ses amis. Et c’est là que les choses coincent. Parce qu’il a conduit une campagne particulièrement raciste, xénophobe et populiste, les rares personnalités ayant accepté de le rejoindre sont, pour simplifier, ce que le parti républicain compte de membres les plus extrêmistes. Des conservateurs purs et durs, des xénophobes et négationnistes avérés (le directeur de campagne) et dont l’agenda diverge parfois grandement de celui de Donald Trump.

Pourra-t-il et voudra-t-il tenir ses promesses de campagne ? En particulier ce qui touche à l’amélioration du niveau de vie des gens ?

Une analyse rationnelle permet de dégager les principales conséquences de la victoire surprise de Trump (classées par ordre de gravité et de chance d’occurrence) :

1) La cour suprême sera dominée par les républicains. Pour les américains, cela signifie que pour les 10 à 30 prochaines années, les questions majeures comme la lutte contre le réchauffement climatique, le port d’armes, l’avortement, les droits des femmes et des homosexuels… seront tranchés par une cour suprême majoritairement républicaine. (c’est d’ailleurs une des raisons principales qui a poussé certains républicains à voter pour Trump plutôt que Clinton). Pour le monde, c'est la fin des espoirs de lutte contre le réchauffement climatique (soumis au vote dans les mois à venir).

2) L’accord sur le climat de la COP21 devrait être abandonné. Non seulement Trump l’a promis, mais le parti républicain et ses électeurs continuent de considérer le réchauffement climatique comme un complot. Donc coup d’arrêt majeur à la lutte contre le réchauffement climatique. Ainsi que toutes les politiques engagés par Obama pour sortir les Etats-Unis de l’âge des centrales à charbon et de limitation d’exploitation des gaz de schistes. Ici, les réalités économiques et industrielles (non-rentabilité) pourront potentiellement limiter l’effet négatif de l’arrêt de toute politique fédérale de protection du climat.

3) La sortie de l’OTAN. Trump l’a évoquée mais plus réalistement parlant, le risque concerne surtout une posture moins déterminée à tenir les engagements de l’OTAN (en particulier la défense des états membres).  Cela équivaudrait à donner carte blanche à la Russie. De là à imaginer qu’il pleuvra bientôt des bombes nucléaires russes sur l’Europe, c’est un peu excessif. Mais le fait est que la Russie a clairement cherché (et réussi) à influencer les élections américaines en piratant puis offrant à Wikileaks les emails de la campagne démocrate, ainsi que des correspondances privées de Clinton et ses discours prononcés devant les banques de Wall Street. La question est donc, pourquoi Poutine tient-il à voir Trump se faire élire ? La réponse est probablement qu’il espère avoir les mains libres pour continuer sa politique d’expansion, au Moyen Orient et peut-être en Europe de l’Est. Sur le sujet de la Russie, notons quelques faits alarmants qui portent à croire que Poutine se place dans une logique de nouvelle guerre froide : la re-ouverture du KGB, l’augmentation massive des budgets militaires, l’arrêt du programme de démantèlement des ogives nucléaires et la mise en service du missile intercontinental Satan-2 dont la puissance suffit à effacer une région de la taille du Texas de la carte et dont la portée permet d'atteindre les principales capitales Européennes. De son côté, Trump a plusieurs fois exprimé son admiration pour le dictateur russe, et, selon certaines rumeurs, détiendrait même des avoirs financiers en Russie...

4) La renégociation de l’accord Iranien : décrié par Trump et les Républicains, salué par tous les diplomates ; cet accord mettant un terme à la misère du peuple iranien sous embargo, introduisant une contre puissance locale en face de l’Arabie Saoudite et permettant d’arrêter le programme de recherche nucléaire militaire sera remis en question. Ici encore, pour des raisons de réalisme politique, pas sûr que Trump pourra faire purement et simplement annuler cet accord, mais tout de même...

5) Le retour du protectionnisme : pas sûr que Trump parvienne à mettre en place les barrières tarifaires qu’il a promises pour relancer l’emploi. Non seulement une partie du congrès risque de s’y opposer, mais en plus la guerre commerciale qui se déclencherait avec des Etats comme la Chine ou le Mexique risquerait de faire plus de mal que de bien. Mais si le virage protectionniste est réellement pris, on peut s’attendre à un ralentissement de la croissance mondiale (à priori) et surtout un déficit commercial plus élevé pour l’Union Européenne. En effet, l’UE étant encore idéologiquement opposée au protectionnisme,  faisant toujours historiquement figure de bon élève et de dindon de la farce vis-à-vis des Etats Unis et surtout, brillant par son inaptitude à passer des reformes rapidement (cf traité commercial avec le Canada), on peut légitimement craindre quelques difficultés économiques supplémentaires pour les pays de l’UE sur le plan du commerce international, au moins pendant la période d'ajustement.

6) La fin d’Obama Care : moins grave pour nous européens, mais clairement condamné par le résultat des élections. Ce système de couverture santé qui permet à environ 20 millions d’américains d'être assurés et qui, selon les estimations officielle a permis de sauver 45,000 vies par an (!) depuis sa mise en place va disparaitre rapidement. Son rejet constituant le grand cheval de bataille du parti républicain, cette réforme majeure d'Obam n’a objectivement quasiment aucune chance de survie.

7) L’implosion de l’Europe : Ce risque est délicat à évaluer car selon votre propre point de vue sur l’Europe vous pouvez y voir ou non un point positif.

L’idée est que Donald Trump a ouvert la voie du succès à deux types de personnes : les politiciens populistes xénophobes et protectionnistes d’une part, et leur électorat d’autre part. Ces deux types de personnes peuvent légitimement penser que les même recettes produirons chez nous  les même fruits.
En clair, l’Europe est déjà au bord de l’implosion suite au Brexit, à la crise des migrants et l’arrivée en Pologne et Hongrie de dirigeants d’extrême droite. Dans de nombreux pays, l’extrême droite est au pouvoir par coalition (la Finlande, les Pays-Bas…). Dans ces conditions, si Trump fait des émules lors des prochaines élections (France, Allemagne entre autres) on peut légitimement s’inquiéter du sort de l’UE. Certes, on pourrait aussi envisager une sortie de la France ou d’autres pays de l’Europe, ou simplement une refonte de l’Union dans un ensemble plus cohérent, mais alors ce serait sur la base d'une analyse rationnelle impliquant une sortie s’effectuant «par le haut». Or, dans le cas de figure du mouvement populiste « trumpiste », fondé sur l'émotionnel et l'irrationnel, il en découlera une sortie « par le bas »...

8.) Le risque de dérapage : Une crainte majeure des pessimistes concerne la nature de Donald Trump.

A travers la campagne et les débats, Donald a démontré une certaine incapacité à produire un argumentation claire voir des phrases intelligibles lorsqu’il est attaqué personnellement. Il a perdu son self-control à plusieurs reprises. Le fait qu’il ait passé deux heures à insulter une femme sur Twitter en pleine nuit ou réagi fortement à une provocation sur cette même plateforme, tend à prouver une nature instable et émotive, ce qui n'est pas pas des plus rassurant quand l’individu en question possède les codes nucléaires et est aux commandes de la première armée du monde... Au-delà de ses réactions émotives et de sa faible capacité à écouter ses conseillers (il marche à l’instinct, selon ses « gut feelings »), on peut craindre une nature « manipulable » par des personnalités comme Poutine, ou les dirigeants Iraniens/Israéliens etc.  La double inquiétude concerne donc son manque de self control et ses difficultés à écouter et à prendre des conseils d’autrui, deux traits de caractère illustrés à maintes reprises pendant la campagne...

9) La lutte contre les inégalités ?
Tous les problèmes sociaux américains peuvent se résumer à deux causes: la race, et l'inégalité des richesses. Sur le problème du racisme, la campagne de Trump a déjà fait des dégâts considérables.

Sur l'inégalité des richesses, les deux leviers principaux pour la combattre sont l'accès à l'éducation et la redistribution des richesses par l'impôt (les deux principaux thème de campagne de Clinton). Sur ces deux aspects, Trump ne propose rien. Pire, il propose une baisse inégale des impôts (peu significatives pour les gens gagnant moins de 250,000 dollars par an et très significative pour les autres). En clair, à moins que ses mesures protectionnistes prennent effet et rapatrient des millions d'emplois délocalisés ou effectués désormais par des machines, les inégalités vont continuer de se creuser aux USA, et avec elles tous les problèmes qui en découlent.

En plus des neuf risques ainsi identifiés, je voudrais aussi attirer l’attention sur des dangers plus subjectifs et subtils mais pourtant bien réels à mes yeux, qui découlent de la victoire de Donald Trump. Ils ont trait à l’exportation vers toutes les démocraties de la planète  de certains aspects de cette campagne électorale américaine :

1) Le populisme : La victoire de Donald Trump s’inscrit dans une dynamique mondiale qui voit les mouvements populistes triompher dans de nombreuses démocraties. On citera l’élection du violent Dutertre aux Philippines, la victoire du Brexit en G.B et  l’accession au pouvoir du parti fasciste en Pologne.

2) La nouvelle façon de faire de la politique : Le cas de Trump risque de faire école et de servir de précédant. Il a démontré que le fait de tenir des propos à la limite de la légalité, de menacer la démocratie (refus de reconnaitre la défaite, proposition anticonstitutionnelle contre les musulmans et Hillary Clinton) et plus généralement de débiter en public (lors des débats) mensonges et amalgames ou aller jusqu’à mentir platement ou refuser directement de répondre à des questions précises, n’empêchait pas de gagner une élection.
En clair, c’est le triomphe de l’émotion sur la raison. Avec comme corollaire le fait que l’on puisse dire n’importe quoi et gagner quand même une élection.

3)  La victoire du « bully » : En anglais un « bully » désigne une brute dans le sens de quelqu'un qui persécute les plus faibles (au départ dans le contexte scolaire). Trump en est un exemple parfait, tout droit sorti des bancs du collège. Pendant les débats des primaires, il s’est ouvertement moqué de ses adversaires, les a affublés de surnoms ("Ted le menteur", "Rubio le petit", "Bush le faible") par lesquels il s’adressait à eux en toute impunité. Il leur coupait systématiquement la parole et a menacé de poursuites judiciaires journalistes, détracteurs et Hillary Clinton elle-même. Au cours des débats contre cette dernière, ses tactiques habituelles n'ont pas fonctionné (cela en dit beaucoup sur les qualités de Clinton dans cet exercice). Mais il n'empêche qu'à un moment du second débat, il n'a pas hésité à se placer dans une attitude physique très menaçante (dans l'article que j'avais consacré, j’avais même exprimé ma crainte réelle de le voir en venir aux mains) et a directement insulté Hillary Clinton. Hors des débats, il a agité le spectre des émeutes en promettant des risques d’affrontements en cas de défaite, incité ses supporters à aller observer chaque bureau de vote (posture d’intimidation envers les électeurs de couleur en particulier), a incité implicitement les pro-armes à tuer Hillary Clinton… et finalement, en martelant que les élections étaient truquées et que le système était contre lui, il a poussé le directeur du FBI à remettre les emails de Clinton sur la table. Cette attitude qui lui a permis de remporter les élections,  va donc cautionner et encourager pareille posture dans le futur…

4) L’image détériorée du pouvoir : L'Amérique vient de porter au pouvoir un individu ayant normalisé les propos racistes, les insultes (en particuliers envers les femmes et les immigrants) et au langage parfois vulgaire et grossier. Les répercussions sur la société américaine sont incertaines. Les enfants  qui vont grandir avec ce modèle risquent de sentir qu’une attitude de brute épaisse et vulgaire, irrespectueuse d’autrui, est la clé du succès dans la vie...

5) Le cautionnement du pire : Sous cette rubrique, je veux toucher à deux choses.

Premièrement,  en choisissant comme directeur de campagne le créateur du site internet ultra conservateur et réactionnaire Breitbar (qui pratique la désinformation, supporte de nombreuses théories du complot et combat à peu près tout ce qui existe comme valeurs progressistes, du droit à l’avortement à la lutte contre le racisme) et en invitant des anciens membre du KuKluxKlan et des membres de groupes d’extrême droite dure dans sa campagne, Trump a cautionné explicitement l’existence de tels mouvements et leur a donné une tribune sans précédent. Les membres de ces groupes, à la limite de la légalité, sont désormais interviewés par les grands médias et leurs opinions s'en trouvent forcément banalisées...

Le second "cautionnement du pire" tient à la posture même de Trump, qui, avec cette victoire, prouve aux yeux de tous que "la fin justifie tous les moyens" puisqu'il a finalement bel et bien remporté cette élection, allant jusqu’à recevoir désormais les louanges d’élus républicains l’ayant auparavant désavoués.

Après ce passage en revue des points négatifs, je souhaite terminer sur une note positive en évoquant certaines répercussions potentiellement plus heureuses ou encourageantes.

Les Conséquences positives

1) L’Amérique réconciliée ?
Force est de constater qu’il existe plus que jamais un clivage majeur aux Etats-Unis. D’un côté les libéraux/progressistes, de l’autre les conservateurs réactionnaires. Au sein de ces groupes, on retrouve des extrêmes. Dans le cas des républicains, il s’agit essentiellement de ces « white, non-educated male » qui, pour une certaine proportion, se nourrissent des thèses conspirationnistes, de l’idée d’un système politique complètement corrompu et qui, notons-le au passage, possèdent de nombreuses armes à feux. La victoire de Clinton aurait pu mettre le feu aux poudres, ou dans le meilleur des cas aurait laissé cette frange de la population frustrée et plus que jamais convaincue de l’existence d’un complot du système. Puisque le candidat anti-système a gagné, ces excités potentiels devraient à la fois revenir à la raison et constater d’eux même, au fil du mandat de Trump, que la réalité est plus complexe que Donald Trump a bien voulu leur faire croire.
Un mal pour un bien, peut-être ?

2) 50% des électeurs américains sont heureux :
Ils voulaient du changement, faire basculer le système, faire bouger les lignes. Ils auront normalement le droit à la remise en cause de la mondialisation, du libre-échange, du lobbysme, de la toute-puissance des marchés financiers… tout cela est peut être très idéalisé (Bernie Sanders semblait plus authentique dans son combat pour la justice sociale que Donald Trump!) mais tout de même, ces électeurs voient en Trump un espoir, comme d'autres lors de l’élection précédente d’Obama. Seront-ils déçus ? Forcément en partie. Mais pas nécessairement dans la totalité. Le système peut changer en bien, et pousser les élites européennes et financières à se préoccuper enfin du bien être des fameux « laisser pour compte ».
A voir les suites du vote du Brexit, cela ressemble un vœu pieu. Mais laissons à Trump et à ses électeurs le bénéfice du doute...

3) Le risque de guerre avec la Russie : Une autre façon d’appréhender ce problème est de se rappeler que Clinton défendait une posture  très « interventionniste » et que sa tendance à recourir à la force aurait pu déboucher sur une escalade dangereuse avec Poutine et sa volonté de rétablir la guerre froide. Trump sera peut-être plus habile et moins réceptif aux sirènes des "va-t’en guerre" du Pentagone qui, selon le Monde Diplomatique, ont poussé Obama à une escalade avec la Russie. Tout est question de point de vue, et personne ne peut prétendre avoir entièrement raison...

4) Une présidence qui fonctionne : La réforme de la santé d’Obama lui avait couté la majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat. Depuis 2010, Obama n’a pu passer quasiment aucune lois, du fait du blocage systématique (et sans précédent) du parti républicain. Le pari de ce dernier était que si Obama ne pouvait faire passer aucune réforme, il perdrait les élections de 2012. Le résultat est connu : les américains méprisent le Congrès (et ont voté pour Bernie Sanders et élu Donald Trump) mais ce Congrès est désormais totalement aux mains des républicains, ce qui va rendre le pays à nouveau gouvernable.
Une victoire de Clinton aurait débouché sur un nouveau blocage. Ses tentatives de sauvetage de la loi "Obama care", de contrôle des armes à feux, de hausse du salaire minimum, son projet de hausse d’impôts sur les plus riches, de lutte contre les inégalités par redistribution fiscale, d’aide à la contraception, d’investissement dans les énergies renouvelables… aucune de ces mesures ne seraient passées au Congrès.
Avec Trump, les mesures des républicains devraient pouvoir passer sans problème. A priori, difficile d’être enthousiasmé par la baisse massive des impôts des plus riches, la fin de l'Obama care, du mariage gay, des programmes sociaux telle l’aide à la contraception, du droit à l’avortement, de l’investissement dans les énergies renouvelable… mais Trump semble bien plus à gauche que le congrès républicain et certaines mesures, comme son plan de relance via les investissement dans les infrastructures ou le frein mis à la mondialisation sauvage pourraient au final produire des effets intéressants...

5) La mise en cause du système : Dans toutes les démocraties, le statu quo et les élites sont menacés. Peut-être que ce coup de tonnerre politique actuel sera entièrement récupéré, mais peut-être qu’il débouchera, par anticipation, sur plus de justice sociale et moins de politique d’austérité en Europe. Le programme de Trump et le profil de ses proches conseillers me fait craindre le pire pour les USA, mais par rebond dialectique, il en sera peut être autrement pour le reste du "monde libre"...

Une dernière remarque en guise de conclusion provisoire : Vivre aux Etats-Unis pendant cette période électorale m’a permis de réaliser la sagesse et les qualités humaines hors paires d’Obama, la compétence et le sérieux de Clinton et le dévouement de centaines de Texans aux causes libertaires/ progressives. Il m’est pénible de voir l’héritage du premier, la candidature de la seconde et les efforts des troisièmes jetés d'un coup aux oubliettes, mais qui peut prétendre savoir ce que l’avenir nous réserve ?

singe

PS : pour garder le contact...

Publié dans 08-Vos créations artistiques et littéraires, 11-Regards sur le monde
Christophe Le Boucher

Gaz de schiste, miracle ou calamité ?

date_range 17 février 2011
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Second thème que je souhaitais évoquer (suite au premier article à relire ici)  : les gaz de schistes (Shale gaz). Vous avez peut-être déjà entendu parler de ce sujet dans les médias, je vais essayer ici de vous donner un aperçu de la question sans porter de jugement.

Le gaz naturel, dont le nom est trompeur, est en réalité du méthane, la molécule la plus légère de la famille des hydrocarbures. C'est un gaz liquéfiable (non sans effort) ayant l'avantage de rejeter deux fois moins de CO2 que du charbon et 50% de moins que le pétrole lorsqu'on le brule. Il ne nécessite pas de raffinage (moins de pollution) et outre son faible taux de CO2, sa combustion génère beaucoup moins de polluants annexes. Il est utilisé massivement dans le monde pour le chauffage et la production d'électricité. Il est possible de le transformer en pétrole léger (via un procédé gourmand en énergie) ou de l'utiliser comme carburant à condition de le liquéfier au préalable.

Comme pour le pétrole, on le trouve dans le même type de réservoirs géologiques par 2000 à 4000 mères de profondeur, prisonnier dans de la roche sédimentaire poreuse et perméable*, elle même isolée de la surface par des couches imperméables, souvent constituées d’argile ou du sel. Les réserves de gaz naturel étaient estimées en 2008 à 80 ans de consommation actuelle.

Deux  avancées technologiques majeures viennent de faire bondir ces réserves à un niveau hallucinant de 250 ans de consommation actuelle : le forage horizontal, qui multiplie par dix la performance des puits et permet de mettre en exploitation de façon économiquement viable des gisements difficiles et l'hydrofracing qui augmente le volume de gaz accessible à partir d'un seul puits.

Comme son nom l'indique, le forage horizontal consiste, une fois descendu sous terre à la verticale du puits, à procéder à un forage sur la longueur du réservoir (cf le puits de gauche sur le schéma ci-dessus). Evidemment sur le dessin, ça semble facile, mais techniquement, c'est une autre paire de manches que de réussir à creuser à l'horizontale alors que le foret est déjà rendu à 2 ou 3 kilomètre sous terre !

L'hydrofracing consiste à injecter à très haute pression des milliers de mètres cubes d'eau dans la roche réservoir pour la fracturer et augmenter ainsi de façon très significative sa perméabilité. Afin d'éviter que les fractures ne se referment une fois l'opération d’injection terminée (effectuée en quelques jours au maximum), on ajoute à l'eau des grains de sables et des additifs chimiques dont, malheureusement, la toxicité est reconnue. Cette opération permet de multiplier parfois par 1000 la quantité d’hydrocarbures récupérable dans un réservoir classique de piètre qualité et d'exploiter des réservoirs "tight" (c'est-à-dire de très faible perméabilité) qui, par le passé, auraient été laissé de côté. Du point de vue écologique, l'eau étant prisonnière en dessous de la roche imperméable (souvent de l'argile ou du sel) qui avait permis à l'origine de piéger le gaz, le risque de contamination est nul, du moins en théorie.

Mais ces  deux technologies et les avancées scientifiques de la géologie ont en plus rendu possible l'exploitation d’un nouveau type de gaz: le fameux gaz de schiste.

Ici la molécule est strictement identique, mais le réservoir la contenant est très différent. Le gaz se trouve piégé dans une roche à forte teneure en argile. Elle a à la fois les propriétés de piège du fait de sa teneur en argile et de réservoir du fait de sa porosité. Mais sa perméabilité (capacité à laisser passer le gaz) est tellement faible que forer un puits de façon classique ne donnerait aucun résultat.  Pour récupérer le gaz, il est donc nécessaire de pratiquer massivement l'hydrofracing. La densité  de puits nécessaire pour récupérer le gaz est également environ 100 fois plus élevée que pour un gisement conventionnel. Là où, sur un gisement classique, un puits tous les 10 km2 est suffisant, pour le gaz de schistes il en faudra peut être un tous les 100m2 ! Le champ d'exploitation est ainsi transformé en véritable gruyère.

Les conséquences pour l'environnement sont non négligeables: risque de contamination des nappes phréatiques (car avec ce type de gaz, on fracture la roche qui était imperméable), transformation du sol en gruyère et multiplications des routes et chemins d'accès pour atteindre la multitude de puits, gigantesque quantité d'eau nécessaire pour forer et fracturer tous ces puits, et au final, des gigantesques quantités de gaz disponible pour le consommateur, gaz destiné à être brûlé et donc à produire toujours plus de C02.

La photo ci dessus est une vue aérienne d'une zone d'exploitation située dans la Colorado. Chaque petit rectangle de couleur claire correspond à l'emplacement d'un puits. Pour une vue dynamique, rendez-vous sur GoogleMap en cliquant sur la photo!

Grâce à la mise en exploitation toute récente du gaz de schistes et tight gaz, les USA sont redevenus indépendants, eux qui importaient il y a encore peu d’années du gaz naturel liquéfié du Moyen-Orient. Aux USA, cette abondance nouvelle de gaz a également ralenti les investissements dans le nucléaire et les énergies renouvelables destinées à la production d'électricité. Le gaz naturel semble être le meilleur candidat (du point de vue purement technico-économique) pour devenir la source principale d'énergie des deux prochains siècles. Il est abondant et présente la seule alternative crédible au pétrole en tant que carburant pour les transports (à l'échelle planétaire).

En France, les premiers permis d'exploration ont été délivrés en Mars 2010, devinez où : dans le Larzac, chez José Bové ! Pour l’instant il s'agit uniquement d'exploration, pas encore d'exploitation. La carte ci-dessous illustre les trois zones concernées. Cela permet de se faire une idée de la taille du gâteau, et des enjeux liés à son exploitation (regardez les chiffres des surfaces et de l'engagement financier pour chacun des trois permis)! Le 2 février 2011, sous la pression des communautés locales, le ministère de l'écologie a suspendu les permis dans l'attente d'une commission d'enquête chargé d'étudier l'impact de l'exploitation potentielle de ces gaz. Une affaire dont on n'a probablement pas fini d'entendre parler !

CONCLUSION:

Le gaz de schiste présente une opportunité incroyable qui pourrait redessiner le monde (géo-politiquement, économiquement et également au niveau du paysage !). Les sous sol Français, Allemands et Polonais (entre autres) pourraient contenir des décennies de consommation, rendant la vielle Europe indépendante des producteurs d'hydrocarbures (Moyen Orient & Russie) et  possible une sortie en douceur de l'ère du pétrole (avec préservation de notre civilisation à la clé). Je ne peux m'empêcher d'y voir une certaine logique : après le charbon (moteur de la révolution industrielle) et le pétrole (carburant de notre société), place au gaz comme énergie du 21ème siècle.

Seulement, cette vision est un peu simpliste. Nous ne sommes toujours pas sortis de l'ère du charbon qui fournit encore un tiers de notre énergie (une nouvelle centrale à charbon toutes les semaines en Chine !) et nous commençons à voir les conséquences écologiques de cette croissance perpétuelle. Tôt ou tard ce posera la question du coût du maintient de notre société de consommation: pour continuer à rouler chacun dans notre propre voiture, serons-nous prêts, par exemple, à voir le sud de la France transformé en vaste paysage lunaire ?

A mon sens, la révolution apportée par le gaz de schiste nous place face à une question essentielle : quel futur pour notre société ? Un maintien de l'augmentation soutenue de notre niveau de vie matérielle au prix d'un climat de plus en plus déséquilibré par nos rejets de CO2 et de dommages collatéraux dus à la production de cette nouvelle source d'énergie, ou un renoncement à la croissance infinie pour adopter un nouveau mode de civilisation basée sur la "décroissance sereine" ou "résilience". A mon sens, le plus dangereux serait encore de ne pas faire de choix du tout (conduisant aux inconvénients des deux solutions: climat foutu et décroissance forcée et pas du tout sereine !)...

* perméabilité : capacité de la matière (ici la roche) à laisser passer un fluide (eau, gaz, pétrole). Plus la roche est perméable et plus un puits pourra drainer un grand volume d'hydrocarbones.

Publié dans 11-Regards sur le monde, 12-Ecolo-citoyen
Christophe Le Boucher

Pétrole cher et cher pétrole

date_range 6 février 2011
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Lors de l’avant-dernière assemblée générale de La Bertais, j’avais eu le plaisir de venir animer une conférence sur la problématique de l’énergie et de la raréfaction du pétrole.

La situation a quelque peu évolué depuis, et je voudrais ici revenir sur deux sujets d'actualité tournant autour du même thème. Je vais essayer de me cantonner aux faits qui me sont connus afin de vous laisser vous faire votre propre opinion sur le sujet.

Le premier thème que je souhaite aborder est celui du prix du pétrole brut. Celui-ci a un impact direct et important sur le prix des carburants et du fioul et indirect et moyennement important sur le prix des autres énergies et de l'ensemble des marchandises.

Or le baril de brut vient à nouveau d’atteindre les 100 dollars. Mais plus que ce seuil emblématique, c'est l’évolution du prix qui est inquiétante.

Regardons un instant la courbe de cette évolution sur les 25 dernières années :

On voit qu'après un plus bas historique atteint en 1998 juste après la crise économique de la bulle Internet et des marchés asiatiques, la tendance a été à une hausse constante jusqu'à 2007 et le début de la crise des subprimes.

En 2008, les investisseurs ont fui les marchés d'actions et se sont reportés massivement sur celui des matières premières, dont le prétrole, faisant gonfler artificiellement son prix jusqu'à un record absolu de 149$ le baril. Cette bulle a explosé avec l'éclatement de la crise financière et les cours ont alors chuté à vitesse grand V, phénomène alimenté par les anticipations des marchés sur la récession à venir.

Et depuis que la croissance mondiale est repartie à la hausse, le prix n'a cessé d'augmenter de manière constante et soutenue. Ne croyez pas qu'il s'agit une nouvelle fois de l'action des spéculateurs. Bien que ceux-ci soient aussi en cause, ils ne sont qu'un facteur venant s'ajouter à la hausse du prix, avant tout provoqué par la croissance de l'économie mondiale.

Car qu'est-ce qui, fondamentalement, tire le prix vers le haut ? La tension entre l'offre et la demande.

Cela veut-il dire que l'on approche de la fin du pétrole ?

Non, non et non ! Car selon les dernières estimations dont nous disposons, et en considérant une consommation constante, nous avons encore au moins 60 ans de pétrole devant nous.

Le problème provient en réalité de la production, et non pas des réserves. Car si la production totale mondiale est encore en hausse cette année, elle a de plus en plus de mal à suivre la consommation (demande). Pour vous donner une idée, il s'est vendu 14 millions de voitures en Chine l'an dernier, soit un tiers du parc automobile français !

A pareil rythme, c'est sûr, la consommation va continuer à augmenter de façon exponentielle. La production ne pouvant pas suivre, cela signifie que le prix du pétrole va continuer d’augmenter. Il va falloir s’habituer à l’essence chère. Au mieux, un prix très élevé provoquera de nouveau une crise économique importante et conduira à une nouvelle baisse temporaire des cours. Mais alors le "prix social et politique" à payer pour retrouver du pétrole moins cher sera, justement, très cher pour les économies.

Du côté de l'offre, les perspectives sont mitigées. En ce qui concerne le pétrole conventionnel (celui qui sort plus ou moins tout seul du puits et se trouve dans des régions du monde aisément accessibles), il a dépassé son pic de production en 2007 (ce qui veut dire que depuis 5 ans, la production a commencé sa phase d'inexorable chute).

La bonne nouvelle, c'est que la mise au point de nouvelles techniques d’extraction permettant l'exploitation de gisements "non-conventionnels" réussit, depuis 5 ans, non seulement  à compenser cette baisse mais même à faire croître la production mondiale totale.

La mauvaise nouvelle, c'est que ce pétrole non conventionnel présente de nombreux inconvénients: son extraction est beaucoup plus chère, plus risquée (Arctique, golf du Mexique) et plus polluante. Extraire et raffiner ce pétrole nécessite beaucoup d'énergie, et produire cette énergie génère beaucoup de CO2. L'injection de vapeur à haute pression ou hydrofracing des roches, les exploitations à ciel ouvert au Canada, le raffinage de ces pétroles visqueux, la démultiplication du nombre de forages requis, tout cela a un coût écologique non négligeable.

Pour conclure sur ce premier thème, je résumerai ainsi mon propos : tirée par la croissance économique mondiale, la consommation de pétrole augmente de façon continue. L'offre va avoir de plus en plus de mal à suivre, non pas du fait de l’épuisement des réserves, mais à cause du rythme trop lent de mise en production de ces réserves non encore exploitées. Cet écart grandissant entre l'offre et la demande va continuer à faire croitre le prix du pétrole, du moins tant que ce prix restera compétitif par rapport aux autres sources d'énergies, ou, dans une perspective plus pessimiste, provoque une nouvelle crise économique majeure.

Pour l'instant, 100 dollars le baril reste en réalité un prix extrêmement faible : pour vous en convaincre, rappelez-vous qu'un baril de pétrole raffiné contient autant d'énergie (ou de travail) que ce que peut fournir un homme en 25.000 heures ! Autrement dit, un litre d'essence payé 1,5€ vous donne accès à l'équivalent de 160 heures de travail humain. Au tarif horaire du smic, on devrait donc débourser pas moins de 1400€ par litre d’essence consommé !

Mon professeur de chimie organique avait terminé un de ses cours avec ce trait d'humour révélateur : « lorsque l'on sait l'incroyable richesse des molécules contenues dans le pétrole, on ne peut pas s'empêcher de penser que c'est un crime de le bruler ! »

Voilà pour aujourd'hui, mais j'ai un second article sous le coude, consacré au gaz, qui complètera bien le tableau...


NDL : Pour avoir une vue d'ensemble de la question du pétrole, vous pouvez vous reporter à l'excellente émission d'Arte qui avait été mise en ligne sur notre blog en novembre 2008, elle est accessible en cliquant ICI.

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