Centre de Yoga de La Bertais

Information sur les activités du Centre et échange entre les Amis de La Bertais-Vassot

Edmonde Noël

Au pays des paroles gelées

person Edmonde Noël
date_range 13 novembre 2017
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Quand j’ai lu cet extrait du Quart Livre. Je me suis demandé si Rabelais n’avait pas fait, juste avant, ...un lying 8-O ?! au cours duquel il se serait embarqué sur son Atlantique intérieur jusqu’à sa mer de Glace où les paroles se dégèlent au printemps ! Et vous, qu’en pensez-vous ?


François Rabelais

Au pays des paroles gelées

Dans le Quart Livre, alors que Pantagruel et ses compagnons naviguent, sur l’océan Atlantique,  à la recherche de l’oracle de la dive bouteille, en pleine mer, Pantagruel croit « ouïr des voix, tant d’hommes que de femmes ». Panurge, saisi de frayeur, supplie Frère Jean de le protéger . Pantagruel, s’appuyant sur des textes antiques, lui démontre comment les paroles peuvent geler et se dégeler : « Ici seroit l’endroit en quel telles paroles dégèlent » .

[.....]

Le pilote répondit : « Seigneur, ne vous effrayez de rien. Ici se trouve le confin de la mer de Glace où, au début de l’hiver dernier, eut lieu une grande et cruelle bataille entre les Arimaspiens et le Néphélibates. Alors les paroles et les cris des hommes et des femmes, les chocs des masses d’armes, les heurts des caparaçons, les hennissements des chevaux et autre vacarme de combat, gelèrent dans l’air. Maintenant, la rigueur de l’hiver étant passée, la sérénité et douceur du beau temps étant arrivées , elles fondent et se font entendre.

—Par Dieu, dit Panurge, ne pourrions en voir quelqu’une ? (...)
—Tenez, tenez, dit Pantagruel, voyez-en ici qui ne sont pas encore dégelées .

Alors il nous jeta sur le tillac de pleines poignées de paroles gelées ressemblant à des dragées perlées de diverses couleurs, nous y vîmes des mots de gueule des mots de sinople des mots d’azur, des mots de sable, des mots dorés. Après avoir été échauffés entre nos mains, ils fondaient comme neige, et nous les entendions réellement, mais nous ne les comprenions pas car c’était un langage barbare . Un seul fit exception, assez gros, qui, Frère Jean l’ayant échauffé entre ses mains, produisit un son semblable à celui que produisent les châtaignes jetées dans la braise sans être entamées, lorsqu’elles éclatent, et nous fit tressaillir de peur. «C’était, dit Frère Jean, un coup de fauconneau de son vivant.»

Panurge demanda à Pantagruel de lui en donner encore. Pantagruel lui répondit que donner sa parole était propre aux amoureux.
« Vendez-m’en donc, disait Panurge.
—Vendre des paroles, c’est ce que font les avocats, répondit Pantagruel. Je vous vendrais plutôt du silence, et plus cher [...]

Illustration de Gustave Doré

Néanmoins, il en jeta trois ou quatre poignées sur le tillac.Et j’y vis des paroles fort piquantes, des paroles sanglantes, dont le pilote nous disait qu’elles revenaient quelquefois du lieu où elles avaient été proférées, mais c’était se couper la gorge. J’y vis aussi des paroles horribles et fort désagréables à voir, celles-ci ayant fondu toutes ensemble, nous entendîmes hin hin hin tic torche lorgne brededac frrr bou bou bou. Traccc trac tir trrr trrrrr on on on ouououiou goth magoth, et je ne sais quels autres mots barbares : et il disait qu’ils évoquaient la bataille et le hennissement des chevaux à l’heure où l’on s’affronte.
Puis nous en entendîmes d’autres grosses qui, en dégelant, rendaient les unes des sons de tambours et de fifres, les autres des sons de clairons et de trompettes. Soyez sûrs que nous y avons trouvé beaucoup de plaisir.

Je voulais mettre en conserve quelques mots de gueule, tout comme on conserve de la neige et de la glace dans de la paille bien nette. Mais Pantagruel refusa disant que c’était folie de mettre en conserve ce qui ne manque jamais et que l’on a toujours sous la main comme c’est le cas pour les mots de gueule parmi les bons et joyeux Pantagruélistes.

(Rabelais Le Quart livre, langue modernisée)

 

Notes : 1. Un foconneau est une pièce d’artillerie.
2. Mots de gueule (etc.) : termes de blason.
3. Cliquer sur François Rabelais  pour accéder à Wikipedia. Idem pour Gustave Doré .

4. Je viens de découvrir sur le site  théâtre on line, que  la pièce « Paroles gelées » sera jouée à Saint-Denis en 2018.  Cliquer sur le lien ci- dessus pour ce site (qui, en plus, présente une courte biographie de Rabelais, l’essentiel).

5. Sur le manuel scolaire où j'ai trouvé ce texte, j'ai vu qu'un livre est paru chez Droz en 1953 : François Rabelais Quatrième centenaire de sa mort. L.V. Saulnier y écrit le chapitre : "Le silence de Rabelais ou le mythe des paroles gelées". Il est cher (48€) mais on peut pê le trouver dans une bibliothèque, si on y tient. Décidément, ces paroles gelées m'intriguent !

 

Publié dans 10-Coups de coeur culturels, Littérature
Edmonde Noël

Nostalgie

person Edmonde Noël
date_range 13 octobre 2017
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Heureux qui, comme Ulysse 

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison
Et puis est retourné plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge

Quand revoirray-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée : et en quelle saison
Revoirray-je le clos de ma pauvre maison
Qui m’est une province et bien plus d’avantage ?

Plus me plaist le séjour qu’ont bâty mes ayeux
Que des palais Romains le front audacieux :
Plus que le marbre dur me plaist l’ardoise fine.

Plus mon Loyre Gaulois que le Tybre Latin
Plus mon petit Lyré que le mont Palatin
Et plus que l’air marin la douceur Angevine.

Joachim du BELLAY (1522-1560)

Ruines du château de Liré où vécut Joachim du Bellay en Anjou

 

>>Joachim Du Bellay ou Joachim du Bellay est un poète français né vers 1522 à Liré en Anjou et mort le 1er janvier 1560 à Paris. Sa rencontre avec Pierre de Ronsard fut à l'origine de la formation de la Pléiade, groupe de poètes pour lequel du Bellay rédigea un manifeste, la Défense et illustration de la langue française. Son œuvre la plus célèbre, Les Regrets, est un recueil de sonnets d'inspiration élégiaque et satirique, écrit à l'occasion de son voyage à Rome de 1553 à 1557. (W)

 Plaque commémorative située impasse Chartière qui rappelle la situation du collège de Coqueret, où étudia Du Bellay.

Publié dans 09-Voyage voyage..., Littérature
Edmonde Noël

Citation du Lundi n°65

person Edmonde Noël
date_range 4 septembre 2017
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Le non pardon, c'est le poids du passé qui pèse sur nos épaules et qui nous coupe de l'amour que nous portons en nous.

Alors, comment parvenir au pardon ?

Seule une perception plus vaste de la réalité peut nous libérer de la rancœur. Si nous parvenons à voir que nous sommes un entrepôt de réactions anciennes, que nous n'avons aucune liberté et qu'il en est de même pour nos ennemis, alors, le pardon peut naître.

Arnaud

(La traversée vers l'autre rive. p. 160)

 

 

Publié dans 04-Enseignement d'Hauteville, Arnaud
Edmonde Noël

Saint-Pol-Roux. « Bretagne est univers » (replay)

person Edmonde Noël
date_range 25 août 2017
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En cette poursuite de diminution des posts pour cause estivale, nous parcourons à nouveau les archives (très riches) de notre blog.
Et cette fois pour célébrer à la fois la Bretagne (qui accueille notre centre) et la poésie (après des partages photographiques ou musicaux), voici donc un "replay" d'un article d'Edmonde paru le 21 février 2009.
Sur un écrivain/poète alors assez méconnu du grand public (mais qui doit l'être maintenant grâce à l'article d'Edmonde..) : Saint-Pol-Roux. La beauté des mots.
Bonne découverte (ou re-découverte)
Intro signée Mireille

 


      Saint-Pol-Roux

SPR1___15S735.jpg

 

 Le Vieillard

        Ne te crois pas quelqu’un ni quelque chose

        Qu’il te suffise de te croire l’univers entier

        Rien de plus

        Rien de moins

        Suprême humilité : n’étant  rien, d’être tout

        Se déshumaniser du rien pour s’endiviniser du tout

        Comme si tu rêvais… Sans le vouloir en le voulant. Et l’agir, le régner, à la manière du divinisé.....

(De l’Art magnifique, Petit traité de déshumanisme, éd. Rougerie)

~~~~~

En marge : Ma solitude est une absence de Terre. Ma solitude est une présence invisible, présence lointaine.
La rencontre capitale de ma vie, c’est ce rocher à ce bout de la Terre où je vis solitaire depuis trente ans et d’où je suis parti mentalement vers la Vérité.

goelland3small.jpg

Camaret par ce beau matin d’été, c’était la beauté, toute la jeunesse du monde, sous la féerie claire des voiles. Je sentis que mon destin m’y conduisait,  que je n’avais pas le droit de partir. Et j’y suis demeuré au milieu des paysans et des pêcheurs…

Bernard.jpg

 Né près de Marseille en 1861, Saint-Pol-Roux (Pierre Paul Roux), poète symboliste, quitte Paris définitivement en 1898. "Il exécra rapidement la capitale pour son ostracisme et la médiocrité du milieu de la critique littéraire, qu'il ignora avec autant de superbe qu'elle le méconnut. Il s'installe ensuite avec sa femme à Roscanvel dans le Finistère, où naît sa fille Divine. La « chaumière de Divine » devenue trop petite, il s'installe à Camaret-sur-Mer et fait de la Bretagne le centre de gravité de son œuvre". Il y vivra les 40 dernières années de sa vie, jusqu’à sa fin tragique liée à la guerre, en 1940.  Du fait de cet éloignement de Paris sans doute, il ne connaitra pas la célébrité, bien que nombre de ses contemporains -hommes de lettres, artistes (dont ÉMILE BERNARD, auteur du tableau ci-dessus : "Bretonnes ramassant le goémon")- ne se soient pas trompés sur sa valeur.

illustration_musee_brest_st.jpg        Saintpolroux.jpg

On l’appelait le Magnifique, l’ermite de Camaret, et André Breton en avait fait une des figures de proue du surréalisme, le grand ancêtre. Il lui  aura dédié son « Clair de Terre » ainsi qu'à « ceux qui comme lui s'offrent le magnifique plaisir de se faire oublier », et Vercors fera de même en 1942  avec « Le Silence de la mer » (« au poète assassiné»).

Lien vers une page très bien conçue sur le site "Esprits nomades" (cliquer sur ce titre pour y accéder)

J’ai découvert SPR en 1989, par son manoir en ruines de Camaret, alors que j’étais en ballade avec une amie. On est parties sur ses traces... Et puis je l’ai "oublié" malgré ma sympathie due à ce que j’avais appris de sa vie. Et voilà  je viens d’apprendre qu’une expo a été programmée à Brest du 18/12 au 15/3. (clic pour agrandir l'affiche). Expo que j’ai trouvée très attachante, avec bcp de souvenirs liés à sa vie (manuscrits, lettres, photos, œuvres d'art...).
Et puis j'ai flashé sur le poème et les citations ci-dessus qui m'ont paru dignes de figurer sur ce blog !



Quelques éléments biographiques :

"En Bretagne on ne meurt pas, on appareille, on largue, on s’absente, on voyage. "

Le manoir de Coecilian ...et la loi de l'impermanence

 

En 1903, Saint-Pol-Roux acheta, avec l'argent d'un héritage paternel, une maison de pêcheur surplombant l'océan. Il la transforme en manoir à huit tourelles dont la maison formera le centre. A la mort -en 1915 à Verdun- de son fils, Coecilian, il nomme cette demeure Manoir de Coecilian.

"Là-bas parfois je m’estime branché sur les vents qui s’entrecroisent, sur l’océan aux rythmes variés, et je voudrais pouvoir dire sur Dieu lui-même, mais je n’ai pas ici le loisir d’expliquer tout cela...
Lorsque Thalassa, mon grand oiseau de mer ..... s’envolait après avoir pris chez nous sa pitance coutumière, j’avais la féerique impression de partir entre ses ailes. Le cri de cet archange merveilleux, qui vécut douze ans entre les îles d’Ouessant et de Sein et son manoir paternel ..., son cri, dis-je, signifiait : " Evade-toi, poète, évade-toi !... "

Dans la nuit du 23 au 24 juin 1940, un groupe d'Allemands surgit au manoir, un soldat ivre tue Rose, la fidèle gouvernante, assomme S-P-R qui échappe miraculeusement à la mort, blesse grièvement sa fille Divine à la jambe et la viole. (Il passera en conseil de guerre et sera fusillé.)

Partant précipitamment à Brest pour s'occuper de sa fille, Saint-Pol-Roux omet de mettre ses manuscrits inédits -très nombreux- en lieu sûr. A son retour il trouve le manoir livré au pillage et ses manuscrits déchirés, dispersés sur la lande ou brûlés. Lui qui avait jusqu'alors fait face courageusement, il ne se remit pas de ce choc. Transporté le 13 octobre à l'hôpital de Brest, Saint-Pol-Roux y meurt de chagrin.
Quatre ans plus tard, le manoir de Coecilian , occupé par l'armée allemande, est bombardé par les avions alliés et complètement incendié. Il n'en reste plus que quelques vestiges.

Les manuscrits

L'éditeur René Rougerie, publie depuis plus de trente ans les manuscrits retrouvés du poète. Sa fille Divine, jusqu’à sa disparition en 1985, fut la vestale de cette œuvre.
"A Camaret je travaille, j'amasse, je déchire...On me reproche mon silence. Je ne suis pas pressé. La gloire m'est indifférente."
« On a dû remarquer la scission longue déjà entre mes œuvres passées et mes œuvres futures, celles-ci encore inédites. Cela tient au choc d’une inspiration qui m’envahit avant la guerre et qui me fit inscrire sur un entablement de mon manoir ces mots orgueilleux peut-être :
Ici j’ai découvert la vérité du monde. Tout le secret de ma solitude, de ma méditation, conséquemment de mon prudent silence gît là. »

Cet article est la reprise de deux articles concernant SPR.
Si vous souhaitez lire le troisième -qui présente des extraits de son "Petit Traité de déshumanisme"- cliquez sur le lien :
Le dormeur selon Saint-Pol-Roux

Publié dans 06-Autres Maîtres et enseignements, 10-Coups de coeur culturels
Edmonde Noël

Aventure sur l’Océan Indien

person Edmonde Noël
date_range 24 juillet 2017
visibility 101 consultations

 Rencontrer un troupeau de baleines sur une mer déserte de l'Océan Indien : surréaliste ? Oui....à notre époque ! mais l'aventure vécue il y a 25 siècles et rapportée ci-dessous par Arrien m'a émerveillée. Certes, il y avait déjà l'image de la guerre, mais la Nature avait encore toute sa place, l'Homme était encore tout petit... Et la mer était libre et pure ! De quoi rêver !

La flotte d'Alexandre, sous le commandement de Néarque, longeait les côtes de l'Océan indien en direction du Golfe Persique.

"Et Néarque raconte que, lorsqu'ils longeaient la côte au départ de Kyiza, ils virent, vers le lever du jour, l'eau de la mer qui s'élevait en jaillissant, comme si elle se soulevait avec violence sous l'effet d'un ouragan ; et les hommes, épouvantés, demandèrent aux pilotes des navires de quoi il s'agissait et d'où provenait ce phénomène ; eux répondirent que c'était des baleines ("gros poissons") se déplaçant dans la mer et qui faisaient jaillir l'eau en la projetant dans les airs ; et comme les marins étaient terrifiés, leurs rames leur tombaient des mains.

Néarque vint en personne les exhorter et les encourager, et chaque fois qu'il passait devant un navire, il ordonnait aux hommes de mettre les vaisseaux en ligne, comme pour un combat, et, tout en poussant leur cri de guerre au milieu du bruit des vagues, de frapper la mer avec leurs rames, à coups redoublés et avec un grand vacarme.

 

Ayant ainsi repris courage, ils firent route tous ensemble au signal convenu. Dès qu'ils s'approchèrent des bêtes, alors, à pleine gorge, ils poussèrent leur cri de guerre, les trompettes sonnèrent et ils firent retentir le fracas de leurs rames le plus loin possible.

Ainsi donc, les baleines que l'on voyait déjà près de la proue des navires, disparurent sous l'eau, apeurées, et, un moment après, firent surface en surgissant au voisinage des poupes et recommencèrent à faire jaillir de l'eau à une grande distance ; alors, les marins, devant ce salut inespéré, se mirent à battre des mains et félicitèrent Néarque pour son audace et sa sagacité."

Arrien. L'Inde, XXX, 2-7

 

Remarques : - Arrien est un écrivain grec de l'époque romaine. Il prit le surnom de Xenophon, en hommage à l'élève de Socrate. Il est né en 86 donc 5 siècles après Alexandre Le Grand et Néarque, compagnon d'Alexandre, né en 360 av JC.
- La fresque représentant les vaisseaux a été empruntée à l'article d'Yves-Luc, "L'Atlantide ?", sur Akrotiri.

Publié dans 09-Voyage voyage..., 11-Regards sur le monde, Littérature
Edmonde Noël

Pèlerinage islamo-chrétien (replay)

person Edmonde Noël
date_range 26 juin 2017
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Ou Les Sept Dormants d'Éphèse

L'an dernier, l'attentat de Nice (14 Juillet 2016) m'avait amenée à publier un article sur le pèlerinage islamo-chrétien des Sept-Saints en Vieux-Marché. Cette année, les nouvelles attaques terroristes m'ont remis cet article en mémoire et décidée à le republier ...car le pèlerinage a lieu tous les 4mes we de Juillet !

En consultant internet, je suis tombée sur un article de La Croix dont je vous cite le début : Près de 1 500 personnes, chrétiens, musulmans ou agnostiques, se sont réunies, le 23 et 24 juillet au Vieux-Marché dans les Côtes-d’Amor, pour le pardon des Sept-Saints.....rencontre hautement symbolique....
J'en donne le lien bien que je ne puisse plus l'ouvrir sans abonnement : http://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Actualite/France/Affluence-record-Pardon-islamo-chretien-Sept-Saints-2016-07-25-1200778114

la crypte

La crypte dans le dolmen

Assez touchée, depuis les événements de Nice, par  le risque de « déchirure sociale » qui semble vouloir s’installer en ce moment, avec les conséquences fatales que l'on peut pressentir, je me demandais ce qu’un simple quidam pouvait faire pour limiter cette déchirure, quand je me suis souvenue du pèlerinage islamo-chrétien des Sept-Saints que je voulais depuis longtemps signaler sur le blog.

Les Sept-Saints, c’est un hameau quasi désert de la commune de Vieux-Marché, à 4 km au N-E de Plouaret (Côtes d'Amor) : quelques maisons autour d’une place, une chapelle construite au-dessus d’un dolmen ; mais pas d’hôtel ni de restau et le bar crêperie est fermé depuis un moment (du moins c’était comme ça la dernière fois que j’y suis allée).

Mais tous les ans se déroule là le traditionnel pardon des « sept dormants d’Éphèse » dont l'origine  remonterait au IIIe siècle, un pardon strictement chrétien et connu uniquement des habitants de la région.

Ça commence par une légende :

Sept jeunes bergers, persécutés pour leur foi chrétienne, avaient été emmurés, avec leur chien, par l'empereur Dèce, tyran à la solde des Romains. dans la grotte où ils s'étaient réfugiés pour fuir les persécutions d’une société ... détournée de la foi pure en un Dieu unique... Mais Dieu eut pitié d’eux et décida de les sauver en les endormant jusqu’à une période plus clémente.

Et, 3 siècles plus tard, la période des persécutions étant révolue, sous l'empereur Théodose II, ils se réveillèrent, ne s’étant rendu compte de rien. Mais ils avaient faim ! et ils décidèrent que l’un d’eux irait au village acheter du pain. Ils réussirent à ouvrir une brèche dans l’obstacle qui les emmurait et le jeune homme sortit.

Dans le village, une rumeur courait selon laquelle des jeunes gens avaient été emmurés on ne savait où dans une grotte de la région.

Lorsque le jeune homme arriva avec ses vêtements qui dataient de 3 siècles et qu’il voulut payer son pain avec une pièce frappée à l’effigie de l'empereur Dèce, on sut que l’histoire était vraie, on courut délivrer et fêter les six autres bergers.

C’est cette histoire, sans doute parvenue jusqu’au port du Yaudet (près de Lannion) par l'intermédiaire de moines et de missionnaires grecs qui accompagnaient les commerçants d'Orient sur la route de l'étain 10 que célèbre le pardon traditionnel des Sept-Saints.
Un autel a d’abord été consacré aux sept saints dans le dolmen, en souvenir de la grotte. Ensuite, au-dessus de cette crypte, on a construit la chapelle.

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Le pèlerinage islamo-chrétien (Extrait de Wikipédia)

En 1951, Louis Massignon, spécialiste des questions orientales, visite la crypte des Sept dormants d'Éphèse aux Sept-Saints puis assiste au pardon de 1953 ; il est frappé par la similitude entre les paroles de la vieille gwerz* chantée en breton, et les versets de la *sourate 18 du Coran, dite de la Caverne. ... Il évoque, à propos de la dévotion, aux "Sept-Saints", des Sept Dormants d'Éphèse (Turquie), « un mythe hors-classe » et relance en 1954 « un pardon greffé d'islam », c'est-à-dire un pèlerinage commun réunissant chrétiens et musulmans.

« Le pardon a lieu le quatrième dimanche de juillet, dimanche suivant sainte Madeleine. Le pèlerinage commence le samedi matin, et continue l’après-midi par un colloque, auquel prennent part des représentants des trois religions monothéistes, et un représentant agnostique. Le thème varie tous les ans. Le soir, à la chapelle, grand’messe à 21 h, suivie d’une procession et d’un « tantad »(grand feu de joie) . Le dimanche à 10h30, grand messe du Pardon suivie d’une procession qui va à la fontaine, où a lieu une cérémonie musulmane : la sourate 18 du Coran est psalmodiée par un Imam et traduite en français. Ainsi se terminent les cérémonies. (Fin de citation de Wikipédia)
>>Un 2e article de Wikipédia (clic) compare les points de vue chrétien et musulman .

Lorsque j’y suis allée, il y a bien 10 ans de cela, il y avait, en tête dans le cortège sortant de la chapelle, après la grand messe, pour se rendre à la fontaine -située plus bas, dans la nature- des bannières, des gens du coin, bretonnants, chantant la gwerz*des sept saints, des Imams, vêtus d’un vêtement blanc à capuchon, et ce mélange me réjouissait ! Les Imams ont lu la sourate près de la fontaine entre les arbres, dans un profond silence et comme on ne voyait plus que des arbres ou de l’herbe, à la fin j’étais toute dépaysée, ne sachant plus dans quel pays je me trouvais.
Une expérience que je revivrais bien encore, peut-être même ce prochain weekend.

Tableau offert par des Musulmans

Tableau offert par des Musulmans

 

*La sourate 18 est lue tous les vendredis dans les mosquées

*Une gwerz est un chant breton, solennel, portant sur un sujet grave, religieux, historique...

Considérations pratiques : le pèlerinage 2016 a lieu ce we, des 23-24 Juillet.
Il y a un "Hôtel des Voyageurs" à Plouaret, en principe toujours ouvert à cette date pour accueillir les personnes désireuses de prendre part  à la manifestation. D'ailleurs, le colloque du samedi a lieu à Plouaret dans la salle des fêtes. Attention, si vous ne venez que le dimanche et voulez manger aux Sept-Saints, mieux vaut apporter votre pique-nique : il y a bien des repas préparés par les membres du collectif mais souvent tous les tickets sont achetés la veille par les participants au colloque et au tantad du samedi soir.

 

Pèlerinage islamo-chrétien 2016 des Sept Saints, lecture de la sourate 18. Photo de La Croix.

Publié dans 06-Autres Maîtres et enseignements, 07-Témoignages personnels, 11-Regards sur le monde
Edmonde Noël

La citation du lundi n°64

person Edmonde Noël
date_range 13 mars 2017
visibility 105 consultations

Il nous faut naître 2 fois pour vivre un peu, ne serait-ce qu'un peu.

Il nous faut naître par la chair et ensuite par l'âme.

Les deux naissances sont comme un arrachement.

La première jette le corps dans le monde, la seconde balance l'âme jusqu'au ciel.

Christian Bobin

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Publié dans 06-Autres Maîtres et enseignements
Edmonde Noël

Prendre soin du monde

person Edmonde Noël
date_range 13 février 2017
visibility 41 consultations

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Le réel est tragique mais la joie est possible.

C'est la première phrase du livre d'Emmanuel Desjardins, "Prendre soin du monde".

Le réel est tragique mais la joie est possible.
Que ressentez-vous à la lecture de cette phrase ? Une évidence ou un malaise ? Vous paraît-elle pessimiste ou optimiste ? Réactionnaire ou progressiste ? De droite ou de gauche ? Désespérée ou naïve ?
Dans les années soixante, il aurait été impensable d'affirmer que le réel était tragique. Le climat général de toute-puissance qui imprégnait cette époque portait plutôt à croire que le réel est ce qu'on en fait. Et pourtant...
Le monde moderne, depuis la Révolution, a été animé par le projet grandiose de faire disparaître la souffrance de la surface de la terre, et de créer une société idéale de laquelle le tragique sous toutes ses formes aurait disparu. L'avènement du paradis sur terre est la promesse, plus ou moins énoncée, qui a fondé notre société et lui a donné un élan créateur incroyable - du moins tant que la promesse demeurait crédible. Or le tragique perdure, il est bel et bien là. La promesse d'un monde parfait a généré beaucoup d'illusions qui toutes s'effondrent sous nos yeux, les unes après les autres. Qui croit encore à la perspective d'un monde duquel la guerre, la violence, la mort, la haine, l'irrationnel, l'injustice, la maladie, les tragédies collectives, les catastrophes naturelles auraient disparu ? Que devient alors le monde moderne, dont toute l'énergie est consacrée à la réalisation de cette utopie ? Quel est le sens de cette société ? Son projet, sa destination ?

En ce début de XXIe siècle, non seulement la terre n'est pas un paradis, mais l'avenir est tellement lourd de menaces qu'il semble nous condamner soit à l'aveuglement, soit à l'abattement. L'optique de ce livre est d'échapper à l'un comme à l'autre, de trouver dans la lucidité une source d'énergie et de satisfaction.
(Ce sont les premières phrases de la préface, que j'ai récupérées sur Amazon. Ce livre a été publié en 2009).

Pour en savoir plus sur le contenu de cet ouvrage, je vous indique le lien sur Amazon, ici (non que je vous incite à l'acheter, là ou ailleurs, mais parce que vous pourrez y lire le 1er § et le texte de la 4ème de couverture. Je précise que je me suis acheté le livre  en librairie.)

Publié dans 04-Enseignement d'Hauteville, 11-Regards sur le monde

Edmonde Noël

Haïkus et papillon

person Edmonde Noël
date_range 13 décembre 2016
visibility 209 consultations

Quand j'étais en activité (prof de lettres) je demandais parfois à mes élèves d'écrire des haïkus.

Je commençais par leur lire plusieurs poèmes de Matsuo Bashô (poète japonais du XVIIe s), puis  j'en écrivais quelques-uns à la craie, au tableau car je n'avais ni ordi ni imprimante à ma disposition (une époque archaïque, quoi ! mais ça marchait aussi bien, en définitive, à l'écoute).

La première fois que j'ai fait ça, j'étais persuadée qu'ils allaient être ravis devant ces petits textes si simples, et avec si  peu de contrainte : textes courts, 3 lignes, pas de rimes... (sauf si ça arrivait, par hasard, alors on pouvait garder), et pas de mots de liaison, de connecteurs...

Eh bien,  ce fut la révolte : "On n'y arrivera jamais ! On ne comprend rien ! Comment voulez-vous qu'on écrive comme ça ?....." Pour moi ça a été une vraie surprise .

Une fois la crise de récriminations passée -crise d'angoisse que j'avais bien connue en tant qu'élève devant une rédaction à faire-  j'ai sorti ma dernière cartouche :

Vêtu de givre

Couvert de vent

Un enfant abandonné

Et là, tout d'un coup, silence ! ils s'étaient tous mis à à écrire !

Les années suivantes, j'ai continué de cette façon, en gardant ce dernier poème pour la fin. J'avais compris que ce qui les déboussolait, c'était cette absence de mots de liaison, de connecteurs logiques et qu'il fallait quelque chose qui les émeuve pour que "ça passe"...à l'intuition.

Il y a une classe dont je me souviens plus particulièrement, pour plusieurs raisons car, à l'occasion de la journée "portes ouvertes" on avait affiché leurs haïkus, écrits en fin d'année scolaire. C'était une classe assez bonne mais rien d'extraordinaire, et ils avaient bien "marché", passées les premières minutes de mauvaise humeur.

Parmi les élèves, il y en avait un dont les petits poèmes m'avaient un peu surprise à cause d'une certaine profondeur  qui ne correspondait pas à son degré de maturité apparente, ni à celui de son âge, ni à celui de la classe. Cet élève,  était un assez bon élève, mais sans plus. Par contre,  très vif (et même un peu trop, parfois), spontané, et participant bien à l'oral où j'avais remarqué qu'il avait de bonnes intuitions malgré son côté gamin. Et je dois avouer que j'avais un petit faible pour lui.

A la rentrée suivante, j'apprends que, pendant l'été, alors qu'il circulait en vélo, ayant aperçu un renard qui filait sur sa gauche,  il s'était précipité à sa poursuite, sans s'apercevoir qu'une voiture était en train de le doubler et le choc l'avait tué ! Je me suis alors souvenue de ses haïkus, qui m'avaient troublée, je les ai retrouvés sur la feuille qu'on avait affichée pour l'expo de fin d'année, et je reste persuadée qu'ils avaient été écrits sous l'effet d'une intuition (inconsciente) et je me demande si ce n'est pas la forme de ces poèmes, (apparemment légers, sans connecteurs ) qui a permis la libération de cette intuition :

Un soir d’automne

comme une pomme

je suis tombé.

En plein été

mes ailes ont poussé

et j’ai pu m’envoler.

Dans l’arène

le taureau pleure

et succombe.

Un guerrier

sans force

en plein combat.

Dans une maison

un enfant, le visage

triste et froid.

J’aime la chenille

qui après cocon

devient papillon.

 

 

*Je précise que je n'avais jamais parlé devant la classe de chenille qui devient papillon.

Ci-dessous quelques haïkus d'autres élèves, relevés sur la même affiche, de la même classe, pour comparaison. La tonalité n'est pas la même.

Sur la cour

des enfants jouent

Vive les vacances.

Sur la place animée

une automobile est arrivée

à grande vitesse.

Un soir d’été

au bord d’un lac

je me suis baignée.

En haut de la colline

une sapinière

noyée dans le brouillard

Publié dans 07-Témoignages personnels
Edmonde Noël

« Une seule arme : l’évidence » (1-replay)

person Edmonde Noël
date_range 29 novembre 2016
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DANIEL : « Une seule arme : l’évidence »

Toolbar - ReplayExtrait de la brochure « La transmission autour d’Arnaud » (compilation des interventions des collaborateurs*, publiée lors de l’AG 2004.)

 

« ...Il y a aussi une autre erreur que vous faites souvent. Quand une circonstance, une personne, une parole, un événement, dans le présent, dans l'actualité, fait lever en vous une émotion très forte, qu'est-ce que vous allez faire ? Vous allez chercher une explication. Vous allez réfléchir et vous demander pourquoi cette intensité. Et vous allez chercher dans la situation ce qui pourrait expliquer une émotion de cette intensité. Mais la situation est souvent assez anodine et vous ne trouvez pas d'explication. Rien n'explique ni ne justifie objectivement une telle intensité. Et donc, vous n'êtes pas à l'aise, il n'y a plus de logique, vous êtes en état de déséquilibre. Et pour retrouver l'équilibre, vous allez juger. La seule façon que vous voyez pour retrouver un équilibre précaire, c'est de juger : je suis nul ou l'autre est nul (...). A ce moment-là, ça devient normal. Les choses reprennent un sens. En fait, si vous en arrivez à cette conclusion, c'est que toute votre recherche d'explication est fondée sur cette conviction : " Je ne devrais pas ressentir cette émotion".


daniel_m

En fait, cela ne fonctionne pas comme cela. L'intensité vient du passé, pas du présent. Cette intensité ne doit pas être expliquée, elle doit être acceptée et ressentie. Il faut tout de suite s'ouvrir : d'accord.  S'ouvrir et attendre, écouter. La vigilance n'est pas autre chose qu'une qualité d'écoute. Ouvrir et se laisser inspirer. Et, bien souvent, les connexions se font d'elles-mêmes. Et, là, c'est très intéressant de retrouver des vieilles situations, très intéressant. Et peu être qu'un film nous ramène à un autre film, et à un autre film, jusqu'à temps d'arriver au moment où le 1er refus s'est cristallisé, où une stratégie de défense, justifiée à ce moment, s'est mise en place.

Ne cherchez pas d'abord à comprendre, parce que vous allez vous enfermer dans l'explication, la rationalisation et le jugement. Acceptez d'abord. A partir de là, la vie va vous donner ce qui est nécessaire pour guérir et tout remettre en ordre. Si vous avez besoin de comprendre, elle vous donnera des explications, si vous devez pleurer, des pleurs viendront, si vous devez retrouver des souvenirs, ils remonteront à la surface. L'erreur de priorité consiste toujours à considérer que quelque chose vous empêche d'essayer d'accepter ce qui est, ici et maintenant, et qu'il vous faut un travail préparatoire et une maturation préalable. Qu'est-ce que vous en savez ? Vous ne pouvez pas fixer vous-mêmes la règle du jeu. Je peux vous assurer que c'est le mental qui va définir ce travail préparatoire pour retarder la mise en pratique. (...)

Ayez l'intention d'accepter ici, maintenant, tout de suite, dans cette attitude de soumission et d'humilité : à ce moment-là, tout ce qui est nécessaire pour vous , tel que vous êtes, en terme de préparation et de maturation, tout se mettra en place naturellement. Pour moi, il n'y a absolument rien, rien, qui empêche la reconnaissance de ce qui est. Rien. Aussi difficile que soit votre existence, cela n'est pas une excuse pour éviter de reconnaître que ce qui est là ne peut absolument pas être autre. Pour moi tout tourne autour de la reconnaissance de l'évidence. Qui n'a pas besoin d'être prouvée, l'évidence parle d'elle-même ! Elle est ! Ce qui est est oui ! Vous n'avez pas à fabriquer un oui, même un oui inconditionnel ! Ce qui est est oui ! Tout ce qui est est. Et est ne lutte contre rien.

L'intention est fondamentale. L'intention possède deux qualités : une direction et une durée. C'est donc très simple. Direction : dire oui. Durée : tout le temps. Ayez en permanence l'intention d'être oui et tous les à-côtés du chemin se mettront en ordre d'eux-mêmes. C'est comme quand il y a un questionnement. Vous restez dans la question et les réponses viendront. »

 Daniel Morin.

*  Les "collaborateurs" sont les personnes appeléespar  Arnaud (au Bost, à Font d'Isières puis Hauteville) à l'aider dans la transmission de l'Enseignement.
- Cet article est une reprise d'un article publié en 2007 sur ce blog.

Si vous voulez lire la suite de cette intervention : https://www.labertais.org/2007/11/daniel-une-seule-arme-levidence-2suite/

Publié dans 04-Enseignement d'Hauteville, Daniel Morin
Edmonde Noël

Citation du Lundi n°62

person Edmonde Noël
date_range 21 septembre 2016
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Deux _druides

Dieu est un point de liberté

où se font équilibre toutes oppositions

Paroles de Druides citées par Brigitte Fontaine dans son derner livre : Histoires de SMS

.

Publié dans 06-Autres Maîtres et enseignements
Edmonde Noël

Apologie du… châle

person Edmonde Noël
date_range 9 juillet 2016
visibility 116 consultations

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Châle

Cette fuite hors de nous pour se réfugier dans le châle,

et, autour du silencieux centre, le désir

que revienne encore une fois et encore

une fois la fleur inouïe

qui s'accomplit dans le vibrant tissu

Rainer Maria RILKE  "Poèmes épars"
.

images

Publié dans 06-Autres Maîtres et enseignements, 10-Coups de coeur culturels, Littérature
Edmonde Noël

« JE est un autre »

person Edmonde Noël
date_range 11 avril 2016
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narcisse_caravage

Car, on le comprend mieux maintenant, le propre de l'image anthropologique dualiste est d'exiger de l'être humain qu'il se confonde avec sa personne. Or, si cette confusion est l'erreur la plus commune et la plus normale qui soit dans notre civilisation, elle n'en est pas moins gravissime. Elle est celle que Socrate veut éviter aux Athéniens leur apprenant à se connaître, à naître à eux-mêmes. Elle est celle que dissout sans retour la métanoïa, la conversion, la deuxième naissance enseignée par le Christ. ..... Cette erreur est le piège fatal où tombe Narcisse se confondant avec son image aquatique, avec son âme, avec son moi. Car, nous le voyons mieux à présent, l'âme, le moi, la personne, l'individu, sont de même nature, ils appartiennent au même ordre de réalité.

Aucun homme ne peut voir directement son propre visage. Mon propre visage qui, je n'en doute pas, est réel, m'est, sans médiation, à moi-même invisible. Il y a là de quoi méditer en profondeur : je ne peux nullement voir, dans mon corps, la part qui est le plus moi-même, celle montrant qui je suis. Je ne peux jamais la découvrir que reflétée, soit par une surface miroitante, soit par tout autre procédé. Oh ! ce reflet mérite grande estime et grande attention. La psychologie génétique, nous le savons, apprend que c'est grâce à son image spéculaire, à son image dans le miroir, que le petit enfant prend conscience de son humanité et de son individualité. Mais autre l'enfant, autre son image ! Autre la réalité, autre son reflet ! Confondre les deux est la faute, le péché, le drame de  Narcisse. Or, le mythe précise qu'il en meurt. Il faut entendre cela.

" Je suis moi" , "Je suis mon âme" , "Je suis ma personne" , sont des affirmations exprimant la même fatale erreur. Arthur Rimbaud, dont le génie se manifesta avec une précocité incroyable, avait déjà bien aperçu ce piège dès l'âge de dix-sept ans, lui qui écrivit, en une phrase lapidaire dont les cinq mots apprennent plus sur la nature profonde et essentielle de l'homme que tous les traités de psychologie réunis : "Car JE est un autre. " (Michel Fromaget.)

narcisse fleur

 Quand j'ai lu ce passage dans "La drachme perdue"  (p.128) j'ai aussitôt pensé à certains exercices qu'Alain nous a fait faire, à La Bertais ou parfois à Hauteville en petits groupes, et ils ont pris, dans mon esprit, un supplément d'éclairage. Ainsi tout conspire à nous faire prendre conscience de cette réalité : "JE est un autre".

P.S. : -Le tableau de Narcisse contemplant son reflet, dont il est tombé amoureux jusqu'à en mourir, est attribué au Caravage.
-Pour l'autre texte de M.F. , déjà cité sur le Blog, cliquer ici.

Publié dans 06-Autres Maîtres et enseignements, Arts
Edmonde Noël

« De l’émerveillement… »

person Edmonde Noël
date_range 23 mars 2016
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Dans son livre, La Drachme perdue, Michel Fromaget écrit : « L'esprit apparait au regard de l'âme comme une véritable merveille et le plus fréquent est qu'il lui manifeste, au début, sa présence à travers l'expérience même de l'émerveillement. Qui d'entre vous – au moins pendant l'enfance, alors que le moi n'occupait pas encore toute sa place – n'a connu des instants de ravissement ? Qui n'a connu, au moins une fois, cet état de transport et d"exaltation où l'émerveillement est si fort que l'âme perd la notion de son existence propre pour se fondre dans l'objet de son étonnement – une fleur, un ciel... une musique... – et ne faire plus qu'un avec lui ? ... » 

Parmi les quatre textes cités par M. Fromaget témoignant d'un moment d'extase dans la nature, j'ai choisi  celui d'Henri Bosco, peut-être un extrait du roman L'enfant et la rivière (?).


«
A ma connaissance, écrit M. Fromaget, nul écrivain, mieux qu'Henri Bosco (1888-1976) n'a pu peindre cet état d'absorption où les sens acquièrent une acuité plus fine :

« Je me souviens que j'éprouvai alors un grand sentiment de tranquillité. Je sortis du bois et fis quelques pas sur l'esplanade. Jamais je n'avais eu l'esprit si clair. Tout ce que je voyais 51Tj7GKNhwL._SX346_BO1,204,203,200_s'y dessinait en lignes simples et illuminées. Je ne pensais à rien mais penser m'était inutile car il me semblait tout comprendre facilement. Je jouissais d'une intelligence mobile qui s'épandait dans la clarté lunaire pour tout voir, tout entendre, tout saisir, sans même composer une pensée, par vertu du rayonnement qui m'enveloppait de sa flamme éblouissante (...) Mais il y faut la nuit, une lune amicale, des lieux favorables au songe et une présence réelle. Présence dont on ne sait pas quelle est la nature cachée ; mais présence sensible à travers l'ombre et la clarté, l'odeur des bois, la brise dans les feuilles. Elle n'est cependant ni l'ombre, ni la forêt, mais sans elle toutes ces choses ne seraient que sensations pures, alors que l'on sent l'être même dans cet être inconnu que nulle image ne figure et dont l'émanation fait rayonner la terre, les eaux, les arbres et le silence de la nuit qui l'aime, car il en est le cœur actif et  inaccessible.

Or cet être était là ; et n'en pouvant trouver le nom ni définir la  nature secrète, je me contentais de la paix nocturne. Dans cette paix, l'être circulait, du sommet des collines jusqu'aux paisibles étendues de la campagne.»

:idea:

Bref, "l'heure exquise", pour l'enfant comme pour le poète ?

P.S. : La drachme perdue : pour la parabole cf Wikipédia (cliquer)
Ainsi que pour le poème de Verlaine, "L'heure exquise".

Publié dans 06-Autres Maîtres et enseignements, 10-Coups de coeur culturels, Littérature
Edmonde Noël

L’heure exquise

person Edmonde Noël
date_range 25 février 2016
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Le dimanche soir, vers 20h...il y a, sur France inter une émission que j'écoute parfois : Les p'tits bateaux, où une personnalité -qui souvent vient de publier un livre en relation avec le thème de la question- vient répondre à une question posée par un enfant. Ce dimanche 21 Février la première question portait sur le temps et c'est Fabrice Midal qui est venu y répondre. Il a terminé par une citation extraite d'un poème de Verlaine.

Ci-dessous le lien vers cette émission. La question de l'enfant commence à la mn 01:15

L'HEURE EXQUISE

La lune blanche
Luit dans les bois ;
De chaque branche
Part une voix
Sous la ramée ...

Ô bien-aimée.

L'étang reflète,
Profond miroir,
La silhouette
Du saule noir
Où le vent pleure ...

Rêvons, c'est l'heure.

Un vaste et tendre
Apaisement
Semble descendre
Du firmament
Que l'astre irise ...

C'est l'heure exquise.

Publié dans 10-Coups de coeur culturels, Littérature, Musique