Auteur/autrice : Georges Morant

  • Swami Atmananda Udasin janvier 2016 Tiruvanamalai India (suite et fin)

    Arbre – voie verte Tremereuc

    Comment rester en cette Pure Conscience ?

    Cette technique est appelée akhananda kara  vritti. C’est très subtil, c’est une contraction très subtile. Cette fluctuation du mental est la toute première et la derniere. Et, en restant établi en ce premier et dernier mouvement du mental, vous finissez par réaliser tôt ou tard, la Source.

    La Source n’a pas de forme, n’a pas de contenu. Elle n’est pas limitée par quoique ce soit. Elle n’est pas dans le temps. Elle est au-delà de toutes les fluctuations, mouvements de pensées du mental. Donc, en restant établi en cette première et dernière fluctuation du mental, le « vritti d’akhananda », ce qui n’est pas divisible, l’indivisible, l’illimité, vous vous préparez d’une manière ou d’une autre à reconnaître l’illimité, qui est au-delà de toute fluctuation, tout mouvement de pensées du mental

    Donc,  » akhananda kara vritti » peut être traduit par : « la pratique de la pensée de l’illimité, la pensée de l’infini ». Mais c’est encore une pensée, c’est un moyen habile. Donc, en vous fondant dans ce pur « aham », qui n’est pas associé à quoique ce soit, vous arrivez à reconnaître la source de cet « aham », qui n’est pas situé quelque part. Le « aham » normal, ordinaire, personnel, est vraiment situé ici, dans ce corps mental, mais la Source est partout. Elle est illimitée. Elle est omniprésente.

    Quand vous pratiquez ce recueillement dans le pur « aham », vous en venez à avoir des aperçus de ce pur « aham ». C’est la manière dont cela se manifeste au début. C’est ce que Bhagavan Ramana appelle les premiers éclats ou le pur rayonnement de votre « je », jusqu’à ce que vous demeuriez sans efforts dans ce pur « je ». Bhagavan l’appelle aussi, le je, je… le je qui est antérieur au je personnel. C’est votre Présence Conscience, antérieure à votre présence personnelle. La présence personnelle apparaît à l’arrière plan de cette Présence Consciente.

    Ce recueillement dans le pur « aham » est bienheureux. Mais ce n’est pas encore ce que l’on appelle l’Éveil. « l’âtma jnana », la connaissance du Soi n’a pas encore eu lieue. Mais la Source vous sera révélée tôt ou tard, si vous pouvez demeurer en ce pur « aham », d’une façon naturelle et sans efforts. En réalité, La Source se révèlera à Elle -même. Car, quand cette « âtma jnana » ou « âtma budha » a lieu, il n’y a plus personne qui reste comme un « je » individuel et séparé. Donc, L’Éveil n’apparaît pas à qui que ce soit. La conscience « normale » , « ordinaire » qui était associée avec ce qui est non conscient ou inconscient, regagne sa propre Conscience!

    Cela est mentionné dans la Bhagavad Gîtâ

    LE SOI SE RÉVÉLÈ A LUI  MÈME A TRAVERS LUI MÈME

    Donc, que vous pratiquiez la posture du témoin ou que vous suiviez la voie de l’investigation du Soi, ou que vous demeuriez simplement dans le sentiment « je suis », comme l’indiquaient les enseignements de Nisargadatta Maharaj, vous parvenez à ce recueillement dans le « pur je ». Donc, même s’il y a de très légères différences entre ces approches, elles sont toutes identiques, parce qu’elles vous conduisent au même endroit. 

    Vous pouvez pratiquer ce recueillement, même sans qualifications particulières. Vous pouvez commencer cette investigation du Soi et ce recueillement sans aucune qualification préliminaire. Et simplement en pratiquant ainsi, par ce simple fait, le mental sera purifié de façon graduelle. Vous allez perdre votre intérêt pour les objets de ce monde, du monde extérieur et du monde intérieur, de votre mental. Parce que vous allez découvrir cette tranquillité en vous, ce silence qui est plénitude, complet en lui-même. Vous n’avez pas besoin de quoi que ce soit pour être heureux. C’est le bonheur sans aucune cause, la joie parfaite, celle qui ne dépend de rien. 

    Donc, en pratiquant le seul « vritti » de l’illimité, ou ce « je suis », qui est aussi un « vritti »,  vous allez détruire tous les autres « vrittis ». Cette pratique purifiera le mental et d’une manière ou d’une autre, elle génèrera un détachement des objets du monde. D’un autre côté, vous pouvez aussi pratiquer le détachement à travers une juste compréhension. C’est à dire, en comprenant, que tout attachement est une invitation à souffrir. Ainsi, vous allez devenir de plus en plus détaché. L’attachement implique la souffrance. Le désir implique la souffrance.  Mais la même énergie qui est présente dans le désir doit être sublimée dans le désir du Soi, du vrai Soi, le désir du Divin. Alors, ce désir vous conduira à la liberté complète de tout autre désir. Ce désir, cette aspiration, va brûler la forêt de vos autres désirs. Cela, vous laissera sans désir.

    PS : pour relire le premier article de cette série, cliquez ICI

  •  » Aucune chaîne n’est plus forte que le plus faible de ses maillons » . Swâmi Prajnânpad

    « (…) Quand on ne connaît pas sa faille, on en a peur et cette peur alimente le doute :  » Et si mes accomplissements et mes prétendues qualités n’étaient finalement que du vent ? Il m’a été possible de faire illusion jusqu’à maintenant. Il suffirait cependant que les autres prennent conscience de ma faiblesse; pour qu’ils comprennent à quel point je suis terrorisé et démuni pour que je sois démasqué et que je perde tout, etc. » C’est le fameux syndrome de l’imposture dont beaucoup sont affligés. Comment être en paix dans ces conditions ?

    Tout être humain qui ne connaît pas sa stratégie de survie sait en l’intime de lui-même qu’il est un château branlant, construit sur une faille qui pourrait bien, si les conditions sont réunies, se révéler et le faire s’effondrer. Le travail spirituel suppose d’en arriver à reconnaître sa faille et à la traverser.

    Ce qui est loin d’être évident. Gurdjieff en parle magnifiquement dans les Fragments d’un enseignement inconnu »

    Pas évident du tout, car ce que j’ai appelé « faille » n’est pas unilatéralement négatif, bien au contraire. C’est une réalité à deux versants. En pratique, ma plus grande force contient ma plus grande faiblesse et vice-versa.Une manière à priori inattendue de trouver la faille est de regarder du côté de ce qui fait mes forces, mes atouts. C’est pourquoi ce travail s’avère si délicat. Notre stratégie de survie se fonde souvent sur des qualités objectivement précieuses : par exemple le charisme, l’intelligence, la précision, la force de travail… Ces qualités nous sont d’autant plus précieuses que ce sont celles qui nous ont permis de survivre et de nous déployer dans le monde. Lorsque nous commençons à remettre en cause notre stratégie de survie nous avons l’impression de devoir renoncer aux talents sur lesquels nous avons fondé notre identité. Alors qu’il nous est seulement demandé de ne plus en faire un usage névrotique. Si ma stratégie de survie se trouve mise en cause, j’ai immédiatement l’impression de me trouver en danger vital en passe de perdre ce qui m’a permis de m’en sortir, alors que ce ne sera pas du tout le cas. Mais c’est momentanément très déstabilisant. (..) »

    Gilles Farcet dans son dernier ouvrage : » Une boussole dans le brouillard  » page 182-183

     

  • Swami Atmananda Udasin : 16 janvier 2016 Tiruvanamalai, « Vous êtes la Réalité »

    A l’occasion du départ en retraite de Mireille, nous étions retournés en Inde en janvier 2018. Notre but était double, d’une part, faire un peu de tourisme, découvrir un peu l’Inde du sud, que nous ne connaissions pas et d’autre part séjourner quelque temps à Tiruvanamalai , lieu consacré où je voulais me rendre depuis très longtemps.

    Peu de temps auparavant, nous avions échangé avec Corinne Bayod pour avoir des adresses locales. A cette occasion, elle nous apprend qu’aux dates de notre séjour à Tiruvanamalai,  Atmananda Udasin donnait des satsangs.  Corine, qui le connait, nous a vivement conseillé d’y assister.

    Les satsangs avaient lieu tous les matins sur le toit d’une guest house, en face de la colline d’Arunanchala. Cette année là, Atmananda enseignait à partir des 40 versets sur la Réalité de Ramana Maharshi.

    J’ai été particulièrement touché par ce premier contact…

    Depuis, je pense beaucoup à lui et je visionne régulièrement ses vidéos sur Youtube que je retranscris sur un cahier. J’aime beaucoup faire ce petit travail car je suis particulièrement touché par cette approche directe aussi piégeuse qu’elle soit.

    J’ai choisi pour aujourd’hui le passage suivant tiré de l’un des satsangs que j’ai déjà retranscrit et qui m’a beaucoup plu pour des raisons spécifiques que je partagerai avec grand plaisir dans la suite à venir de cet article.

    Nul doute que si  vous faites bon accueil à celui-ci, d’autres suivront !

    Bonne lecture


     

    L’essence non duelle de la Réalité, le Soi, se révèle à Lui-même par Lui-même.

    Dans la tradition de l’Advaita Védânta, la non-dualité, il y a plusieurs approches, plusieurs techniques. Hier, nous avons évoqué la pratique qui consiste à demeurer témoin, l’attitude de témoin, la posture de témoin SAKSHI BHAVA. C’est une approche très directe, car le Soi, la Présence en nous est le témoin et vous pouvez l’appliquer dans toutes les circonstances de votre vie. Demeurer le témoin en toute circonstance. Donc, c’est très compatible avec notre vie quotidienne bien occupée. Une autre approche qui est aussi très compatible avec notre vie moderne est l’Atma Vicara, l’enquête du Soi, telle qu’elle a été enseignée par Ramana Bhagavan Maharshi

    ATMA VICARA ou L’enquête du Soi

    C’est en réalité une approche très ancienne, mais elle a été développée au vingtième siècle par Ramana Maharshi. Elle est ancrée dans les Ecritures. Même Adi Shankaracharya a mentionné cette approche dans plusieurs textes. Mais elle a été développée à notre époque. Pourquoi devrions-nous pratiquer cette enquête du Soi ? C’est-à-dire : « Qui suis-je ? » (Koham ?) On pratique cette enquête pour être libre de la souffrance, car à moins que nous en venions à découvrir notre nature véritable, il n’y aura aucun bonheur durable. C’est seulement quand nous découvrons notre vrai Soi que nous devenons libre de la souffrance. Cette approche peut être appelée le « chemin inversé « , car on commence avec le « je » identifié, le « je » personnel, je suis ceci ou cela, je suis cette personne. Et on effectue une sorte de régression jusqu’à ce que l’on découvre la véritable source de ce « je », le vrai « je » qui est antérieur à la personne. Donc, c’est vraiment le chemin inversé.

    La question : « Qui suis-je ? » est là seulement au tout début. Il ne s’agit pas de la répéter tout au long de sa vie. Ce n’est pas à utiliser comme un mantra. Elle vient au tout début de la recherche. C’est une technique. Car, en toute circonstance de notre vie, vous pouvez vous demander : Qui est celle ou celui qui rencontre tel ou tel problème ? Et donc, ce questionnement vous conduira lentement, graduellement, à votre présence spontanée qui précède la personne. Comment se fait-il que nous sentions que nous sommes cette personne ? Que s’est il passé en réalité ? Comme je l’ai expliqué hier, la Pure Conscience  » SHUDDHA CHAITANYA », une fois qu’elle est réfléchie à travers le mental, devient le reflet que l’on appelle CHIT ABHASA, le reflet de Chit, la Pure Conscience infinie.

    Et par infini, on ne devrait pas imaginer quoi que ce soit. Ce n’est rien de cosmique ou de macrocosmique. Infini veut dire : cela qui n’a pas de limite, l’illimité. La Conscience n’est pas limitée par le temps ou l’espace. Elle ne peut pas être connue par quelque entité séparée que ce soit, un sujet séparé. Vous pouvez seulement être cette Conscience illimitée, infinie. Vous êtes cette Conscience mais vous ne vous en rendez pas compte. Cette Conscience infinie, une fois qu’elle est réfléchie par le mental donne lieu à la naissance d’un sens de la subjectivité, à une subjectivité consciente. Et nous l’avons mentionné hier et avant-hier que c’est pour des raisons fonctionnelles, car sinon, aucune connaissance ne pourrait avoir lieu, la connaissance empirique, la connaissance d’autres objets. Vous ne pourriez pas remarquer d’objets, de formes, même votre corps, s’il n’y avait pas cette subjectivité consciente. Ce centre de subjectivité est la toute première contraction, la toute première expression. Mais c’est aussi la contraction très subtile de la Conscience infinie et il semble que cela donne naissance à une dualité, car il y a une subjectivité.

    Il semble qu’il y ait dualité entre un sujet et un objet. Mais ce n’est pas le cas. En fin de compte, on réalise qu’il n’y a que cette Conscience infinie, continue et que cette distinction entre sujet et objet est seulement due aux mécanismes du mental. Nous devons faire cette distinction pour accumuler des connaissances. Donc, cette toute première subjectivité consciente est appelée : « l’aham vritti« . Ce n’est pas encore le concept « je », le mot « je ». C’est là, chez l’enfant, avant même qu’il dise « je ». C’est le sens de la subjectivité : » aham vritti », c’est une modification qui se produit au niveau du mental. Et c’est le tout premier nœud (granthi) qui apparaît dans la Conscience. C’est l’association de ce qui est conscient avec ce qui n’est pas sensible, ce qui est inerte.

    Les Upanishads mentionnent les nœuds du cœur : « hridaya granti ». Donc, c’est le tout premier nœud, la toute première contraction, très subtile, très subtile. Et en même temps, ce aham primordial, ce « je » primordial, qui n’est pas associé avec quoi que ce soit d’autre, est aussi le seuil, le pont, pour aller vers la Reconnaissance complète de ce que nous sommes. Cet aham primordial apparaît une fois que la Conscience est réfléchie à travers le mental. Ce premier aham caractérise cette Conscience incarnée, cette conscience réfléchie. Ensuite, cet « aham » va s’associer avec toutes sortes d’attributs, d’autres objets qui sont vus. C’est ce que Bhagavan appelait :  » l’idam », « ceci » , quoique ce soit et bien sûr, en premier lieu, le corps. Et cet idam apparaît aussi au niveau de la conscience mentale. C’est aussi une autre vritti, une autre modification dans la Conscience. Donc, l’aham vritti se trouve associé à l’idam vritti et donne naissance à l’aham idam: je suis ceci. C’est une association qui a lieu, encore une fois, pour des raisons fonctionnelles. Donc, une fois que le aham idam apparaît, on dit que la Conscience est identifiée. La Conscience est alors associée avec ce qui n’est pas conscient, ce qui est insensible, le « chada » , insensible ou non-conscient. C’est aussi la définition dans le Védânta, de l’âme, du « jiva ». C’est l’association de Chit la Conscience avec l’insensible (non-conscient), « l’achit » et c’est une sorte de nœud. Donc le « jiva » est aussi défini comme : « chit achit granthi« . C’est le soi, plus les contenus du mental, c’est l’âme telle qu’elle est définie par la tradition du Védânta.

    Donc, cet  » aham idam », je suis ceci, je suis ce corps, je suis ce mental, c’est la conscience identifiée, la conscience associée, la conscience personnelle. Et l’on vit vraiment à ce niveau. C’est une contraction complète de la Pure Conscience. Donc, l’investigation du Soi va nous ramener à l’aspect conscient, ou à l’essence de cet  » aham ». On revient au pur « aham » , celui sans attributs, qui est vide de tout contenu. Et on reste là. Donc, en se posant la question :  » Qui suis-je ? Qui est celui qui fait face à tel ou tel problème ? Qui est celui qui pense ? On pointe vers cette Pure Présence, cette Pure Subjectivité en nous. Mais, une fois que vous y êtes, vous n’avez plus à vous poser la question Qui suis-je ? Parce que cette question est posée par votre intellect, la partie supérieure de votre mental, la buddhi, simplement comme une facilitatrice pour revenir à votre Présence, simple, subjectivité Consciente. Après cela, vous n’avez pas à penser, à poser quelque question que ce soit. Vous devez rester là aussi longtemps que possible.

    REMAIN AS THE PURE CONSCIENCE SUBJECTIVITY

    A suivre…

     

     

  • Kaivalya Upanishad – strophe 21


    apânipâdo’ham acintyasbakti

    pashyâmi acakshuh sa shrnomy akarnah

    aham vijânâmi viviktarûpo

    na câsti vettâ cit sadâham

    Dépourvu de mains et de pieds,

    Ma puissance est inconcevable;

    Je vois sans yeux, j’entends sans oreilles.

    Je suis celui qui connaît, dépourvu de forme,

    Et nul autre ne me connaît,

    Moi qui suis à jamais pure Conscience

    L’idée principale de la strophe est évoquée par ce titre : La Conscience, au-delà du corps

    Le « Délivré » est passé au-delà : il pris conscience de sa puissance infinie, au-delà du corps, tout comme de sa perception, qui transcende les organes des sens ; il est le Connaisseur, au-delà des formes. Il est pure Conscience, la Conscience unique (CF. Shvetâshvatara Upanishad III, 19) Unique Sujet, ne pouvant à aucun moment être « objet » de connaissance. Tout, en lui ou hors de lui, est objet de connaissance. Mais Lui, étant l’Unique Sujet, ne peut à aucun moment être objet de connaissance. Qui Le connaît est Lui- même.

    Traduction d’après Paul Deussen
    Traduction française de Roberto Caputo

  •  » La vie vous donne le miel sur la lame de rasoir et le goût de miel se transforme en goût de sang dans la bouche »Swamiji

     

    (…) Arnaud m’a, à un moment de mon parcours où cela prenait pour moi un relief particulier, cité dans un entretien cette terrible parole de Swamiji. Je le revois mimant le geste de l’homme qui sent sa langue écorchée…

    Il ne s’agit donc pas de » jouir sans entraves », d’être de plus en plus satisfait à force d’accomplissement. Cela, c’est la version édulcorée, selon le mode imaginaire « bien- être/santé/épanouissement tous azimuts/ ». La version réelle inclut certes la satisfaction éventuelle et de toute façon passagère, mais aussi toute l’énergie, le temps, l’argent déployés pour satisfaire le désir, ainsi que ses conséquences, souhaitées ou redoutées. Nous autres êtres humains posons souvent des actes, qui en vérité ne sont que des « réactions »- voir la distinction de Swamiji entre « action » et « réaction » – dont nous ne sommes pas prêts à assumer les conséquences, ou en tout cas toutes les conséquences. L’approche que j’ai qualifiée de » tantrique » consiste à goûter l’intégralité, depuis les efforts déployés en tentant d’accomplir le désir,  jusqu’aux conséquences agréables, souhaitées ou non souhaitées. Si le goût de miel se transforme en goût de sang : je peux en témoigner, c’est un processus puissant! Dans cette perspective, il n’y a pas de place pour le mental de la victime. Si ma langue saigne, ce n’est pas parce que la vie s’acharne sur moi, j’ai en conscience léché le miel sur la lame…Bien sûr dans le fonctionnement mécanique, chacun se rue sur le miel en prétendant ignorer la lame, puis se lamente quand le sang se met à couler. J’insiste aussi sur le fait qu’il ne s’agit pas de morale au sens ordinaire du terme. Lécher le miel sur la lame n’est ni bien ni mal. Il s’agit juste de ce qui est et je  ne peux pas y échapper.

    Cette vision selon laquelle la vie nous donnerait toujours le miel sur la lame de rasoir peut paraître pessimiste et sombre. Pourtant, si l’image de Swamiji est … coupante, elle ne sous- entend pas qu’on ne savoure plus le miel. On peut voir cette loi de manière moins terrifiante en admettant qu’il y a toujours un concave et un convexe. Les parents qui se réjouissent d’accueillir un enfant se feront plus tard du souci pour cet enfant, sa santé, ses études, ses amours…Dès la naissance de l’enfant- et même avant, -surtout pour la femme-, ils auront des contraintes et désagréments qu’ils n’auraient pas connus sans enfants. Sans parler du fait que cet enfant peut avoir un accident, mourir, ou s’avérer cause de grandes souffrances pour ses parents. Est-ce à dire- comme le diront  certains- qu’il ne faudrait pas être parent? Voilà bien une conclusion amère et négative. La vie est ainsi, voilà tout. Le pire n’est pas toujours certain, mais toujours possible et, sans parler du pire, il y a toujours, toujours, un prix à payer.Un prix certes plus ou moins élevé selon notre destin. On devient parent pour la vie, au nom de la vie, laquelle est en elle-même un risque constant. Un enfant peut très bien s’avérer avant tout une source de contentement et de fierté pour ses parents. Mais croire qu’être parent ne serait qu’agréable serait, chacun en conviendra, une illusion. Il y aura forcément de l’agréable et du désagréable, la proportion variant. La lame sera plus ou moins coupante, le miel plus ou moins abondant, on sera plus ou moins habile dans la manière de lécher le miel…

    Gilles Farcet : « Une boussole dans le brouillard » page 119, 120, 121

    Un chemin spirituel : Pourquoi, comment et dans quel but?

  • La vague et l’océan – Gilles Farcet (1)

    « (…) l’égo est un mécanisme par lequel le sujet se fantasme comme possesseur, contrôleur et séparé

    L’égo n’est pas la vague, laquelle existe tant qu’elle existe : la vague naît, se déploie, se dissout. Elle a ses  caractéristiques » individuelles », en cela qu’elle est plus ou moins grosse, haute, puissante, dure plus ou moins longtemps…

    L’égo donc, n’est pas la vague ( qui dans cette image correspond à la personne, à la forme psycho physique) mais l’illusion sous l’emprise de laquelle la vague s’imagine avoir une existence indépendante de l’océan alors qu’elle en est une manifestation éphémère.L’égo est donc, non la vague en elle -même (la personne), mais la vague identifiée à son statut de vague, et le mental l’illusion qui la fait se croire autonome, séparée du tout qu’est l’océan. Ce n’est donc pas la vague en elle- même que la voie se propose de « détruire », mais son illusion de séparation.

    (…) L’égo, en tant que reconnaissance de la forme humaine différenciée, à laquelle va être donnée un nom et un prénom, est non seulement légitime mais indispensable. Là où les choses se gâtent, c’est que cette nécessaire reconnaissance du « moi » forme » s’accompagne d’une identification totale à la forme en question. La vague s’identifie totalement à sa forme de vague, avec ses caractéristiques individuelles, et par là même oublie sa nature océanique. Au lieu de s’éprouver elle -même en tant que forme légitime mais momentanée de l’indestructible Tout qu’est l’océan, elle se prend pour un phénomène autonome (…) la vague se sachant éphémère, redoute sa propre fin, le moment ou elle reviendra à l’océan…Cette peur conduit la vague à refouler le sentiment de sa finitude, à se fantasmer immortelle, tout en sachant que ce n’est pas le cas. La vague se croit propriétaire de la vague, détentrice de cette forme à laquelle elle s’identifie. Si on poursuit la métaphore, la vague a peur des autres vagues, ressenties comme autant de menaces plutôt que comme d’autres manifestations temporaires de l’unique océan. Confondant différence et séparation, elle se vit comme isolée et paradoxalement suprêmement importante. N’ayant au final pas d’autres perspectives que sa propre préservation, elle s’éprouve centrale. La vague identifiée à sa forme de vague est naturellement « vaguocentrée », pardon pour ce néologisme. Voilà donc pour ce qui concerne non pas tant l’égo que l’égocentrisme au sens technique du terme : l’illusion par laquelle le sujet, confondant différence et séparation, se fantasme propriétaire de la forme (  » mon corps, mon psychisme »), se revendique central, situé au centre de tout ( « tout tourne autour de moi » ) et s’imagine contrôleur (« en tant que centre du tout, je devrais pouvoir plier le tout à mes exigences »). C’est le fameux refus ce qui est. Nous parlons donc d’une illusion. l’égo en tant que forme n’est pas une illusion, mais l’égocentrisme, oui. l’illusion , c’est l’appropriation de la forme psychophysique.

    Le mental, c’est donc l’illusion égocentrique. Non seulement l’illusion elle-même, mais aussi l’articulation, l’élaboration et la justification de cette illusion.

    Car pour s’actualiser, se maintenir, se perpétuer, cette illusion a besoin d’échafauder tout un système. »

    A suivre

    Gilles Farcet, dans son dernier livre :  » UNE BOUSSOLE DANS LE BROUILLARD » page 153-154

     

  • L’iceberg écologique par Arnaud Desjardins – Commemoration et Replay

    Aujourd’hui, 10 aout, nous commémorons le départ d’Arnaud, il y a 8 ans.
    A ce titre, nous vous invitons à vous en souvenir selon vos modalités propres, méditation, silence ou lectures, en communion avec la cérémonie qui se tiendra à Hauteville et tout simplement avec la lignée, la Sangha.
    Et le groupe en séjour à la Bertais.
    C’est d’ailleurs du fait d’une fin de  séjour à la Bertais, avec les points d’organisation que cela entraine, qu’il n’a pas été possible cette année de convier les adhérents à cette journée spéciale.

    Nous avons trouvé opportun de publier en replay un article qui date d’il y a 11 ans, pratiquement au début de l’existence du blog.(01/05/2008)
    Des propos d’Arnaud extrait du DVD « paroles d’hommes » et qui évoquait déjà de manière prémonitoire toutes les menaces pesant sur notre humanité. Comme la Bertais a beaucoup réfléchi à ce sujet durant la saison passée, c’est une manière de concilier la vision et parole de notre maitre avec les préoccupations actuelles de la Sangha.
    (Mireille et Georges)

     titanic2.jpg

    Nous avons touché l’iceberg…Le réchauffement climatique jette un froid sur la survie de l’homme…Arnaud, nous partage sa vision…

    « Je suis convaincu que ce qui menace vraiment l’humanité, ce n’est pas le terrorisme, c’est la crise écologique. Le vrai péril, c’est celui dénoncé par les écologistes. Pas forcément les militants écologistes mais les spécialistes de certaines recherches.

    C’est un péril pour l’humanité beaucoup plus grand que le terrorisme qui est devenu aujourd’hui le bouc émissaire et qui permet de faire passer au second plan, largement au second plan, cette menace de destruction des conditions de vie même d’une vie humaine sur cette planète.

    Dans le livre très bien fait de Nicolas Hulot « le syndrome du Titanic » où Nicolas Hulot utilise très habilement sa notoriété pour plaider la cause de l’écologie, il dit : « Nous fonçons tout droit sur l’iceberg », et moi je dis qu’en fait, on a déjà heurté l’iceberg. L’instant qui a suivi le choc, les passagers, l’équipage n’ont pas immédiatement compris l’ampleur du dégât et, selon moi, beaucoup de gens le sentent. Comment se fait-il que sur la fréquentation des salles de cinéma il y ait eu un phénomène très particulier de succès du film Titanic ; que certaines personnes aient été voir ce film deux fois, trois fois, dix huit fois; ce qui n’est pas courant même pour des films très appréciés qu’on voit une deuxième fois ou qu’on achète en dvd.

    Je suis convaincu que ça correspond à une crainte, une inquiétude très profonde que les gens sentent du point de vue de la manière dont l’humanité s’est engagée sur cette civilisation industrielle et technique,que de tels effets négatifs, la catastrophe va se produire. »

    Paroles du dvd  » paroles d’hommes »

    Certains commentaires datent de la diffusion de l’article, mais rien n’empêche d’en ajouter de nouveaux et nous vous en convions (NDLR).

     

  • Silence…

    Être présent à La Présence
    Grâce au silence
    Ouvre les portes de la Conscience

    Cela, danse dans l’espace invisible, source si bien cachée, recouverte, voilée, que je passe la plupart de mon temps à L’oublier
    Cela, La Présence se présente comme quelque chose de très inhabituelle
    Le déclencheur de la prise de conscience est le silence
    C’est Lui, qui permet à la Présence de se dessiner, de se frayer un chemin, une ouverture
    Le silence fait sauter les verrous d’une réalité dite normale, conventionnelle
    C’est comme si, dans ces moments-là, une sorte de septième sens naissait
    Le silence est l’ami, le messager privilégié qui donne accès à cette ouverture

    Tout à coup, en un instant, Cela se révèle
    L’atmosphère change de climat, une grande douceur enivrante imprègne tout l’environnement
    La frontière de la séparation s’évanouit
    Il ne reste qu’Être
    Source de tout

    Dans ces instants, si précieux, le « je » dit normal, existentiel, est très conscient de cette ouverture
    En même temps, il, ce « je » se sent disparaître. Il se sent très nettement moins attaché, collé à une réalité conventionnelle
    Il se souvient d’un trésor caché

    L’appel de Cela à Être, simple, vertical, est particulièrement agréable, bon, heureux
    Un nouvel horizon se dessine
    L’esprit fait de la magie
    Dans ces instants précieux, l’esprit transforme tout
    Ce qui semblait, dur, figé, conceptuel, établi, s’évanouit
    Le silence règne en maître
    La réalité « normale » bascule dans une autre dimension, quelque chose qui n’a rien d’extraordinaire, de supra normal, mais qui en même temps, propulse le témoin de ces merveilleux instants au sein de cette Présence souveraine, radieuse, dans une grande paix

    Le silence est la clé de voûte de la voie
    Le silence est la porte du ciel
    Il ouvre vers les mondes invisibles
    Le silence dénoue les nœuds
    Ouvre grand toutes les frontières
    Le silence abolit toute séparation
    Est chemin vers l’union
    Le silence est une des merveilles du monde spirituel
    Le silence est la source bienveillante de toute existence
    Le silence, soutient, guérit, réconcilie
    Au sein du silence, « je » est appelé à disparaître, laisser la place à tellement plus grand
    En ces instants bénis, privilégiés, c’est bon, très heureux, de se sentir ainsi, serré dans les bras d’un Mystère si bienveillant
    En ces instants, vous savez de source sure, qu’il est là votre Ami le plus cher

    Quand l’infini souffle le Réel
    Dessine la ligne de l’inconnu
    Touche l’invisible
    Il nous appelle à être
    Ce que vraiment nous sommes
    En présence de la Présence
    Jaillit la source de tous les possibles

  • Kaivalya Upanishad – strophe 19

    mayi eva sakalam jâtam

    mayi sarvam pratisbthitam

    mayi sarvam layam yâti

    tad brahmâdvayam asmy aham

    Tout naît de Moi,

    Tout existe en Moi,

    En moi tout se dissout.

    Ce Brahman, Un sans second

    Je suis.

     

    L’idée principale de cette strophe est évoquée par ce titre : La réponse

    La réponse à la fameuse question (Qui suis-je), la clé de la connaissance est là : au moment même où l’aspirant réalise son union parfaite au Brahman, où tout est Un, à jamais, et où il peut dire, sans l’ombre d’un doute :  » Je suis cet Un ». En d’autres mots, le disciple réalise qu’en lui se retrouvent les trois grands aspects divins, et il peut dire :

    • Je suis Brahmâ, le Créateur (« tout naît de Moi »),
    • Je suis Vishnu, le Conservateur (« tout existe en Moi »),
    • Je suis Shiva, le Destructeur( » en Moi tout se dissous »).

    Cette révélation doit s’opérer au cœur du jiva. Sa signification est totalement vide tant qu’elle n’est pas réalisée, de l’intérieur, tant qu’elle ne correspond pas à un état d’union « mystique ». Car alors ces mots ne peuvent être prononcés qu’en toute humilité, comme une prière, un mantra, à ne réciter que dans leur langue originale, le sanskrit :

    tad brahmâdvyayam asmy aham

    Ce Brahman, Un sans second, je suis!

     

    Traduction d’après Paul Deussen
    Traduction française de Roberto Caputo

  • Kaivalya Upanishad – strophe 20

    anor anîyan aham eva tadvan mahân aham

    vishvan idam vicitram

    purâtano’ham purushho’ham

    shivarûpam asmi

    Plus subtil que l’infime,

    Je suis aussi le plus grand,

    Je suis cet univers diversifié,

    Je suis l’Ancêtre, je suis l’Esprit,

    Je suis le Seigneur, je suis le Doré,

    J’ai pour forme shiva

    Qui – suis-je ? (suite)

    Celui qui a réalisé parle ainsi à la première personne, tel Shiva Lui-même. De l’infiniment petit à l’infiniment grand, il ne trouve rien qui ne soit autre que lui. L’univers dans tous ces aspects,

    et ce qui est au-delà de l’univers présent et apparent, c’est lui : il s’affirme comme le Seigneur (Îsha), le Doré (biranmaya), et cette fois, il sait que sa forme est Shiva. Cette strophe est à comparer avec Katha Upanishad, 11, 20

    Shiva est bien sûr au-delà de toute forme, mais ici encore, c’est au sens même du mot Shiva qu’il est fait référence : de la forme du » Réalisé », n’émanent plus que la bienveillance et le bonheur.

    Traduction d’après Paul Deussen
    Traduction française de Roberto Caputo

  • Kaivalya Upanishad – strophe 18

     

    trisbu dhâmasu yad bhogyam

    bhoktâ bhogash ca yad bhavet

    tebbyo vilakshanab sâkshî

    cinmmâtro ‘ham sadâshivah 

    Ce qui apparaît dans les trois états :

    l’objet de l’expérience, l’expérimentateur

    Et l’expérience elle-même

    Je suis autre que tout cela.

    Je suis le Témoin, pure Conscience,

    Shiva à jamais

     

    L’idée principale de cette strophe est évoquée par ce titre : Le Transcendant

    Le « point de vue » (darshana) change à présent : ce n’est plus « je suis tout », mais « je ne suis ni ceci ni cela »,  » je suis au-delà de tout ». Cette approche permet de se « désidentifier » du jîva, de l’objet d’expérience et de l’expérience qu’il rencontre, de quitter l’identification exclusive à un seul individu qui ne se sent concerné que par un seul « moi », à l’exclusion de tous les autres. Dans ce point de vue, le rêveur se dissocie de tous les éléments contenus dans le rêve : il n’est même plus le personnage principal du rêve, il n’est plus concerné par tout ce qui s’y produit, il « n’y croit plus ».

    Le Témoin, la pure Conscience, voilà le Moi réel. Gagnant cette conscience, réalisant que ce Moi est son moi véritable, il devient Shiva, c’est à dire doté de ses attributs : « bienveillant, bienheureux, bénéfique, auspicieux ».

     

    Traduction d’après Paul Deussen
    Traduction française de Roberto Caputo

     

     

  • Kaivalya Upanishad – La solitude comblée

    (…) La Kaivalya Upanishad est un de ces plus purs joyaux du Vedânta : exposé concis, dense et limpide de la connaissance du Soi, elle relate la transmission initiatique de cette conscience, du maître au disciple, jusqu’à l’épilogue, où tous deux se confondent…ne faisant qu’un seul Soi (…)
    (…) Les mots de ces textes spirituels, comme celui-ci, peuvent avoir une fonction littéralement libératrice pour celui qui les entend au plus profond de lui-même. Ils peuvent conduire vers l’indispensable retournement « egocide », étant entendu que pour trouver notre identité véritable, l’usurpateur, qu’on appelle ego, doit s’effacer. Pour cela, la volonté (de l’ego), l’effort (de l’ego), l’ascèse (de l’ego) seuls ne suffisent pas : L’ego, ne peut seul s’annihiler : le basculement final dépend de la grâce – anugraha en sanscrit, arul en tamoul). Celle-ci ajoute au mystère : selon certains, l’énergie divine « descend » de manière imprévisible, soudaine et instantanée, mais, en réalité, la dualité n’étant qu’apparente, la Grâce baigne perpétuellement toutes choses : elle n’a pas d’autre « lieu » que le Soi…

    (…) Au cœur des textes védantiques se trouvent les Upanishad qui traitent, non des rituels, mais essentiellement de la pure connaissance métaphysique. Celle-ci, par définition, est hors de portée des sens, y compris du mental. Elle n’est « saisissable » que dans le cœur, dans la plus intime solitude, intuitivement. Son but est le Salut ou plus précisément la Délivrance, de préférence dès cette vie terrestre et pas seulement dans l’Au-delà, aussi prometteur soit-il…

    (…) Voici comment Paul Deussen, dans l’introduction à sa traduction, présente la Kaivalya Upanishad :
    « Cette Upanishad décrit l’ « Absoluité », c’est-à-dire l’état de l’homme qui, sur le voie du renoncement (tyâga), s’est libéré de tout attachement au monde et qui en conséquence, se connaît et se ressent uniquement en tant qu’essence divine, présente en toutes choses. La beauté de l’Upanishad éclate particulièrement à partir de la strophe 17, lorsque le disciple lui-même commence à parler, exprimant sa conscience de son identité avec Dieu…

     

    Strophe 17
    Jâgratsvapnasushupti âdi
    Prapancam yat prakâshate
    Tad brahmâbam iti jnâtvâ
    Sarvabandhaib pramucyate

    « Ce qui apparait et se développe
    Dans les états de veille,
    Rêve et sommeil profond,
    Tel est le Brahman que je suis » :
    Celui qui sait cela est libéré de tous les liens.

     

    L’idée principale de cette strophe est évoquée par ce titre : L’immanent

    A son tour, le disciple prend à son compte les affirmations sacrées, commençant par réaliser qu’il n’y a rien hors de lui-même : Rien de ce qui apparait ici-bas, dans quelque état que ce soit, n’est autre que le Brahman, l’unique absolu, essence de mon être. Je suis tout cela.
    Réaliser cette connaissance, signifie le soulagement suprême, tous les liens desserrent leur étreinte. Le disciple « réalise », exactement comme au réveil après un rêve. Dans le cas présent, le rêve peut se poursuivre, mais c’est à présent, un « rêve » éveillé : les liens aux objets des sens, qu’ils soient positifs (désir) ou négatifs (rejet, peur), sont dissous. L’attachement à soi même ayant disparu, il n’y a plus personne pour être « lié » à quoique ce soit. Êtres, objets, phénomènes, tout semble faire partie du soi de celui qui a réalisé. Plus rien à convoiter, rien à rejeter
    Tout ce qui est, est Soi-même.

    Traduction d’après Paul Deussen
    Traduction française de Roberto Caputo

  • citation du lundi (75)

     » Avant l’illumination, les montagnes sont des montagnes et les rivières sont des rivières ; au moment de l’illumination, les montagnes ne sont plus des montagnes et les rivières ne sont plus des rivières; après l’illumination, les montagnes sont de nouveau des montagnes et les rivières sont de nouveau des rivières. »
    Parole zen

    « (…) En vérité, le sens réel de cette phrase est celui-ci :  » les montagnes ne sont plus des montagnes et les rivières ne sont plus des rivières » signifie que nous ne sommes plus nous-mêmes, plus rien de notre univers habituel n’est notre univers habituel, nos points de repère ont disparu, nos habitudes mentales nous sont enlevées, nous ne savons plus qui nous sommes, nous ne savons plus où nous sommes, nous ne savons plus où nous allons.

    C’est pour cela qu’est partout affirmée la nécessité d’un gourou, d’un guide qui puisse nous accompagner jusqu’au seuil des grandes transformations intérieures que nous avons à vivre seuls, armés par l’enseignement que nous avons reçu, par les expériences que nous avons déjà faites, par les convictions que nous avons déjà acquises. (…) »

    Arnaud Desjardins

    Au-delà du moi  – A la recherche du Soi – volume 2 page 318

  • Silencio.

     

    Ici, le silence est encore plus puissant, plus intense que là où nous habitions avant
    L’inspiration m’avait quitté quelque temps
    Voilà, qu’à la faveur d’un déménagement, elle renaît de ses cendres
    L’inspiration, autant que je puisse tenter de la définir, survient quand, en fait, je ne suis plus aux commandes
    Quelque chose d’autre a pris possession de moi
    C’est une possession particulièrement agréable, quelque chose dont on ne voudrait en fait, jamais être séparé
    On est en état de bonheur plein, particulièrement satisfait, à l’aise, à l’écoute du Mystère
    On n’a plus vraiment le contrôle et on sait aussi que cela peut disparaître en un instant, tôt ou tard
    A ce moment-là, c’est très frustrant, parce que ce sentiment-inspiration est particulièrement agréable et même voluptueux
    On se sent particulièrement bien et même plus
    Alors,  il m’arrive d’avoir l’envie de décrire ce qui se passe
    Et là, le plaisir, la joie de le faire s’avère des plus difficiles, délicats, subtiles
    Parce qu’au fonds du fonds, ce que me propose, ce à quoi m’invite ce sentiment-inspiration
    A quoi cela est -il relié
    Et, à ce sujet, qui n’en est pas un, il n’y a pas photo
    L’inspiration parle d’abord et avant tout du silence, dernière marche avant ?
    Et là, en fait, il serait peut- être mieux que je me taise, m’arrête d’écrire
    Je ne le souhaite pas, parce que, dans ces moments inspirés, quelque chose en moi parle, écrit à propos du dernier mouvement avant la source, le Mystère ineffable, indescriptible de la Vie
    Il y a un aspect messager dans ce sentiment inspiration, même si le grand danger est la récupération par l’ego
    Cette possibilité de récupération est d’ailleurs stupide, puisque, comme je l’écrivais au début, je ne suis plus vraiment aux commandes
    Je suis dans un état délicieux, très heureux, sous la dictée
    Je suis traversé
    Ma carapace existentielle a cédé pour un temps sous la volonté de quelque chose de tellement plus grand, la source si mystérieuse, incroyable de la Vie

    Un dernier mot pour rire…Vous vous doutez bien, qu’en aucun cas, le silence ne pourrait, Lui, s’effondrer
    Alors, par les temps qui courent, c’est bon de l’écouter et surtout de l’entendre…

  • Être est notre seule identité

    (…) Ayant fait l’expérience de l’unité, n’étant plus attachés à leur histoire personnelle, les témoins du réel sont des êtres libres que l’on appelle en orient « éveillés » ou « réalisés » et dans la tradition chrétienne :  » morts à eux mêmes ». N’éprouvant plus aucune attente, ces êtres expriment l’amour de la vie d’une manière particulièrement intense, au point d’en devenir contagieux.

    On ne peut qu’éprouver une infinie reconnaissance pour ce qu’ils représentent comme force de révélation de notre nature essentielle et surtout comme dissolvant très efficace pour toute forme de croyance.

    Mais pour incarner cet amour, cette liberté, dans nos vies, sommes-nous prêtes à mourir à notre image ? Ou bien préférons -nous attendre le miracle d’une illumination soudaine ?

    Poser la question en terme de recherche, d’effort à fournir en vue d’un résultat, parait contradictoire avec le fait « d’être », qui est immédiat. Certains en tirent la conclusion qu’il n’y a rien à faire.

    Pourtant, il est indispensable de voir que cette nécessité d’une investigation sur la nature du moi s’impose dans la mesure où nous croyons à un moi autonome et séparé du monde. Il est donc très important de tenir compte de cette croyance puisqu’elle est à l’origine de notre recherche. Ainsi, il est impossible de faire l’économie de cette enquête sur le moi tant que cette croyance persiste. C’est un paradoxe inévitable à considérer. Plus nous serons authentiques avec nous-mêmes, c’est à dire plus nous serons cohérents avec notre identification à notre moi, plus cette croyance diminuera, jusqu’à disparaître complètement. C’est grâce à une soumission rigoureuse à ce paradoxe que l’identification sera alors vue comme une illusion.

    (…) Ce n’est qu’après être allé jusqu’au bout de l’investigation sur la nature du moi, que rétrospectivement, nous pourrons réaliser que toute cette recherche était elle-même le jeu de la conscience (…)

    (…) Mais rien, aucune situation, aucun effort ne peut provoquer la libération définitive de cette hypnose qui consiste à se prendre pour quelqu’un. Cela ne peut pas être le résultat d’une expérience quelle qu’elle soit, puisqu’il s’agit de ce qui permet à toute expérience d’avoir lieu..

    Extrait de :
    « Rien ne manque à cet instant »
    Tant que vous n’y ajoutez rien
    Editions Accarias – l’Originel
    Malo Aguettant