Daniel et Colette Roumanoff sont les parents de quatre enfants.
Catherine, leur seconde fille, avait cinq ans en 1973 quand, quatre mois durant, ils ont reçu chez eux Swâmi Prajñânpad.
Il y a deux ans, à l’occasion du 70ème anniversaire de son père, Catherine a offert à Daniel un petit texte qu’elle a rédigé en hommage à sa consécration à Swâmiji.
Initialement, ce texte privé au ton très intimiste n’avait pas vocation à être diffusé en dehors du cercle familial. Mais à l’occasion de la création de leur site web destiné "à donner une image aussi fidèle que possible de ce que fut Svami Prajnanpad ", Daniel et Colette, pour notre plus grand bonheur, ont souhaité mettre à disposition des visiteurs de leur site ce témoignage de leur propre fille, à la fois si simple et si touchant d’humanité.
Daniel, Colette et Catherine, merci pour ce beau cadeau !
PS : le texte fait 5 pages : j’en reproduis ci-dessous la première page, histoire de vous donner envie de le télécharger vous-même pour lire la suite…. (lien en bas de cet article)

LE PETIT BEIGNET DE SVAMIJI
D’aussi loin que je me souvienne, mon papa a toujours fait du Svamiji. Et maintenant encore presque quarante ans plus tard, c’est toujours d’actualité.
Quand j’étais enfant le week-end en Normandie, il s’enfermait dans son bureau, et je n’avais le droit de faire « toc-toc » que pour l’appeler à table. Par la porte entrouverte je regardais intriguée le bureau au plateau de pin foncé ou s’empilait des feuilles A4 couvertes de hiéroglyphes incompréhensibles.
Les photocopies avaient laissé une encre un peu baveuse et les empâtements de la typo StyleWritter m’intriguaient fortement. Avec des ciseaux et de la colle il faisait des coupés-collés manuels ; il fendait de sa lame phrases et paragraphes et les recollait par-ci par là au gré des pages dans un souci de classement qui m’échappait. Armé de sa petite spatule en plastique, il étalait avec un plaisir évident la colle blanche et liquide. Les feuilles gondolaient furieusement ce qui les rendaient à mon sens encore plus mystérieuses. Elles s’entassaient ensuite sur un coin de la table, le temps d’un séchage improbable. La hauteur de la pile marquait le travail accompli. Elles disparaissaient ensuite dans des classeurs. J’avais le droit parfois de jeter les petites bandes blanches qui s’étaient amassées pendant la séance ou encore de vider le boîtier de la perforatrice qui laissait échapper à ma grande joie des confettis tout blancs.
Tout était en anglais et il était question de sitting et de lying : le sitting c’est quand on est assis et qu’on cause. Je pensais tout de suite à «Sitting Bull » le grand chef indien, il me lançait un « Hug » et nous allions discuter de la paix dans son tipi. Svamiji était indien lui aussi mais d’Inde, il ne faut pas confondre, cependant, à l’évocation de ce mot « sitting » le chef indien de mon enfance sort de son tipi pour me saluer. Les lyings c’est quand on est allongé et qu’on pleure toutes les larmes de son corps. On peut crier aussi car on a mal à cause des images du passé qui reviennent. Ce sont les mauvais souvenirs qui resurgissent, à croire que les bons ne comptent pas, et tout ce que l’on n’a pas compris à l’époque des drames s’éclaire grâce à la présence Svamiji. (prononcer Soâmidji).
Avec Svamiji on peut pleurer tout ce que l’on veut, Svamiji est un grand lac, rempli de larmes, c’est ma Maman qui me l’a dit.
« Svamiji est un grand lac, et mes larmes qui coulent ne font pas une ride. »
Les parents pour ne pas effrayer les voisins, allaient faire des lyings dans la cave… Papa faisait faire un lying à maman et vice-versa, pas question de les déranger pendant ce temps-là, il fallait attendre que ça passe.
Et je me souviens en descendant la petite route qui conduisait à la ferme avec la maman du voisin on avait entendu des «ouhouhouh» et «bouhbouhbouh» convulsifs. Comment ne pas les entendre ? On longeait le garage et la cave et les cris mi-gloussement, mi-plaintes venaient troubler la quiétude champêtre, contrastant avec le langage des vaches et le vol des bourdons.
– « Qu’est ce qui fait ce bruit chez toi demanda la voisine ? »
Dire la vérité me parut plus simple. Et je pris une grande inspiration livrant mon existence au regard extérieur. Je répondis laconique, consciente pour la première fois que mes parents étaient assez singuliers.
– « C’est mon père qui pleure.
– « Ah c’est ton père… en a-t-il du chagrin ! » s’exclama la voisine, elle ajouta aussitôt gentiment : «Ça fait du bien de pleurer parfois.… »
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