Auteur/autrice : Yann Le Boucher

  • Quelques échos de l’AG de Hauteville, cuvée 2026

    Il a fait chaud, très chaud même, à Hauteville cette année, mais grâce à une organisation rodée de longue date, cette nouvelle AG a pu se dérouler dans d’excellentes conditions pour les participants (environ 400 personnes).

    Une modification de dernière minute dans le panel des intervenants : suite à un problème de santé, la représentante attendue du courant taoïste, Karine Martin, n’a pu honorer l’assemblée et sa présence et c’est Rose Volckhausen, l’une des plus proches élèves de Lee Lozovick qui l’a remplacée au pied levé. Comme à chaque fois, il vous faudra attendre la prochaine Lettre de Hauteville pour avoir accès au compte rendu détaillé de l’intervention de chaque invité(e). Je me contente juste ici de livrer quelques impressions personnelles (et donc forcément subjectives) en invitant les bertaisiens présents à enrichir ce petit reportage « à chaud »  de leurs propres commentaires…

    Si je reprends les choses dans l’ordre, nous avons eu droit le samedi matin au témoignage de Joël Paul, le continuateur désigné de Jacques Casterman au Centre Dürckheim situé à Mirmande dans la Drôme.

    L’originalité de Joël est double : la première, ce n’est pas ce qu’il est convenu d’appeler un « intellectuel », puisque l’essentiel de sa vie professionnelle a été consacrée à l’alpinisme en tant que guide de haute montagne. La seconde, c’est que c’est d’abord à Hauteville qu’il a fait ses premiers pas sur la voie spirituelle, ce qui fait qu’il connaît très bien notre voie, même si, après quelques années, c’est auprès de Jacques Casterman qu’il a choisi (avec l’accord d’Arnaud) de poursuivre son chemin. Joël nous a parlé avec enthousiasme de ses expériences initiales de transcendance procurées par le contact prolongé avec la haute montagne puis du patient apprentissage près d’Arnaud puis, près de Jacques, de la transformation du quotidien le plus prosaïque en lieu de pratique et d’éveil véritable…


    Désolé, pas de photo de notre ami de longue date Richard Netz! Élève d’Arnaud de la première heure, paraplégique à l’âge de 19 ans suite à un accident de Porsche, voiture qu’il venait de voler avec son frère et qui l’a conduit à la fois à l’hôpital puis en prison où il a découvert… les premiers livres d’Arnaud !!!. Physiquement, la vie de Richard n’est donc pas facile (c’est peu dire!), mais psychologiquement, il s’agit d’une existence « de samouraï » , avec, accompagnée étroitement par Arnaud,  de nombreux défis à son compteur (dont une traversée en solitaire de l’Atlantique sur un voilier!). Richard a porté un témoignage extrêmement touchant, sans complaisance pour son propre mental (particulièrement retord), mais en mettant en lumière l’extrême bienveillance et l’indéfectible  sollicitude d’Arnaud à son égard. J’ai dû sortir mon mouchoir plusieurs fois  tellement j’ai été touché par ses anecdotes, toutes plus significatives les unes que les autres…


    Le dimanche matin, l’assemblée générale statutaire a permis de prendre connaissance de la bonne santé actuelle de l’association des Amis de Hauteville. Celle-ci garde un nombre d’adhérents stable (de mémoire autour de 1450 membres ) et un bilan financier revenu à l’équilibre (après les quelques années « post-covid » difficiles). Pour info, le budget de cette association est de l’ordre de 1.200.000€ soit, à la louche, 12 fois plus que celui de la Bertais! Un nouveau trésorier a été élu, le premier à ma connaissance qui n’a pas connu Arnaud de son vivant. Un signe à mes yeux, car au fil du temps le nombre d’adhérents des Amis de Hauteville ayant découvert la voie après août 2011 va progressivement devenir majoritaire, au point que tôt ou tard, ce sont eux qui devront assurer la gestion de l’association… Une bascule liée au temps qui passe et que mon mental peine à accepter pleinement, même si je me suis réjoui de voir beaucoup de visages nouveaux et jeunes dans les participants à cette édition…

    Après ce « passage obligé », mais finalement plaisant à suivre de par la verve et l’humour légendaires du président Philippe Durand, place aux intervenants de la deuxième journée !


    J’attendais avec une certaine impatience l’intervention du rabbin Gabriel Hagaï, que je connaissais déjà puisque nous l’avions nous-mêmes reçu à Rennes, à l’occasion des Rencontres de MéditàRennes de 2021. Il m’avait alors fait une très bonne impression, y compris au cours d’un diner informel où j’avais pu entrevoir la liberté intérieure de ce mystique juif quelque peu improbable, car tellement ouvert et « œcuménique ». Je le savais entre autres capable de parler avec autant de compétence  que d’enthousiasme de sa tradition ésotérique (la Kabbale juive) tout en adoptant de temps en temps la terminologie de la non-dualité, qu’elle soit bouddhiste ou védântique. Plus récemment, j’avais regardé quelques vidéos de lui et j’avais découvert son extrême « progressisme » en matière politique (il milite activement pour une coexistence pacifique des Israéliens et des Palestiniens et est considéré pour cela comme un « traitre » par bon nombre de ses coreligionnaires). J’ai eu l’occasion samedi de m’entretenir brièvement avec lui à ce sujet et à la question : « vous ne craignez pas pour votre vie en prenant des positions aussi affirmées contre le sionisme et Nétanyahou ? » Il m’a juste répondu « non, je n’ai pas peur de perdre la vie pour avoir exprimé mes convictions, car si cela devait arriver, je mourrais alors pour une juste cause« .

    Bref, un homme « remarquable » qui, chose probablement assez rare dans son contexte culturel, a accepté de se plier à la règle d’Hauteville et de raconter par le détail son propre parcours personnel. Si ce n’est dire qu’il a connu depuis sa plus tendre enfance des moments d’expériences spirituelles spontanées et qu’après avoir rencontré son maitre, il a vécu une sorte d’éveil définitif (du moins c’est ce qu’il a laissé entendre), je ne peux résumer ici son chemin de vie si riche (né en France, ayant séjourné en Chine, puis à Jérusalem puis à Boston aux USA, avant de revenir vivre à Paris où il tient une herboristerie, il parle une demi-douzaine de langues et est, entre autres, spécialiste des manuscrits juifs anciens!). Je n’ai pas lu son livre, mais Emmanuel m’en a parlé de façon très positive. Aussi et en attendant de disposer du compte rendu de son intervention à Hauteville, n’hésitez pas à vous procurer l’ouvrage si vous voulez, à votre tour, vous rendre compte de ce que peut-être concrètement cette tradition mystique juive dont il est, nous a-t-il affirmé, l’un des très rares représentants encore vivants…


    La dernière intervenante était donc Rose Volckhausen, une des très proches élèves de Lee. Elle en a même été l’une de ses épouses, si mes renseignements sont exacts, mais cet aspect de sa vie privée n’a pas du tout été évoqué et c’est en tant que disciple d’un maitre particulièrement exigeant qu’elle a porté témoignage. Elle a d’ailleurs en projet la rédaction d’un livre de souvenirs  et elle nous a présenté son intervention comme une sorte de teaser  préparatoire à son futur ouvrage. Un témoignage aussi riche et touchant que celui de Richard, où la place principale est donnée aux interactions concrètes du maître tentant de « démonter » le mental de la disciple, alors que celle-ci fait (à son insu), tout son possible pour résister à l’œuvre salvatrice de son guide. Très instructif !


    Juste un mot pour finir concernant le spectacle du samedi soir. Celui-ci, comme à son habitude, était de très haute tenue. Mais pour nous bertaisiens, il avait une saveur particulière du fait que deux personnes qui fréquentent notre centre y ont pris part. Rolande P. (une ancienne qui est beaucoup venue dans les années 2000) nous a fait découvrir ses talents de saxophoniste ; alors que Laurence I. a usé de ses talents de comédienne professionnelle pour mettre en scène avec un acolyte une chanson humoristique d’Arthur H « Est-ce que tu aimes… » Bravo à toutes les deux pour leur prestation respective, très réussie !

    Au total et une fois de plus, cette AG aura tenu ses promesses : l’ashram d’Arnaud est bien vivant et plus que jamais en mesure de continuer à faire prospérer son héritage pour le bénéfice de tous !

    PS : Avis aux amateurs : une réédition des 4 volumes de  « À la recherche du Soi« , est disponible, présentés cette fois sous la forme de deux tomes bien épais !

     

  • Echos du we avec Roger et May

    Encore un grand moment dans la vie de La Bertais! L’auditoire étant plus restreint que d’habitude, nous avions choisi la configuration « en large » de la grande salle, ce qui a manifestement favorisé une forme de proximité, voire d’intimité, dans les échanges. Petit « hic » de départ : quand, lors des GSMP, nous sommes Anne-Marie et moi dans cette configuration, nous n’avons pas besoin de micro pour nous faire entendre et donc nous n’en avions pas prévu. Mais c’était sans compter sur le timbre de voix particulier de nos invités, plus l’accent anglais fortement présent de Roger. Ce qui fait que nous avons dû trouver en urgence une solution pour sonoriser la seconde journée (merci à toi Maxence !).

    Une nouveauté : la première réunion du samedi s’est faite sur le modèle de ce qui est appelé à Hauteville les rencontres « salle Ramdas », c’est-à-dire sous forme d’un échange plus  informel  avec nos invités qui ont répondu avec sincérité et aussi humour à toutes nos questions concernant leurs parcours respectifs et spécialement bien entendu sur la façon dont ils ont eux-mêmes découvert la voie….

    Puis ce furent les traditionnelles sessions de questions-réponses animées par Roger, celles-ci ponctuées par les temps de méditation guidée de May.

    À titre personnel, si je n’avais qu’une chose à retenir de ce week-end, ça serait certainement ce propos d’Arnaud rapporté par Roger lors de sa première intervention et qu’il a ensuite décliné sous différentes formes pour tenter de convaincre chacun dans le vif de ses difficultés :

    « La pratique, c’est la seule action dans l’univers qui ne peut jamais être empêchée »

    Et vous, qu’en avez-vous retenu ?

    PS : Cerise sur le gâteau de ce week-end : les fraises du jardin partagées lors du thé final!

     

     

  • Accompagner sans se perdre : un témoignage de Corinne

    Lors de la récente venue de Corinne et Alain Bayod à La Bertais, Corinne a eu l’occasion de parler brièvement de sa sadhana en tant qu’accompagnante d’un mari gravement malade et elle a fait allusion à un texte qu’elle avait écrit sur le sujet et qui était paru dans un livre collectif appelé « J’aide mon proche ».

    Voici un extrait de la 4ème de couverture de cet ouvrage :

    Être aidant n’est pas un choix. C’est une réalité qui s’impose à vous, sans vous demander votre avis, sans même que vous puissiez la nommer : je suis proche aidant. Et pourtant, dans bien des cas, ce rôle va devenir prépondérant dans votre vie. Jusqu’à en occuper chaque instant, de jour et parfois même de nuit. Vous donnez tout pour l’autre, et finissez par en oublier de vous occuper de vous-même, votre santé, votre équilibre de vie. Et si peu de personne se soucient de vous. Ces textes parlent le langage des aidants. Ils sont des témoignages au coeur même de la vie des aidants. (…) Au fil des pages, ils permettent de mieux comprendre leur vécu et d’entrevoir cette réalité : « Ma vie est liée à la sienne, mais elle est différente de la sienne ». Ils les invitent à « mieux prendre soin de soi pour mieux prendre soin de l’autre ».

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    Et à présent voici l’intégralité du témoignage de Corinne (c’est un peu long à lire, mais je vous promets que « ça vaut le coup » et que ça serait dommage de rater le dernier paragraphe…)

    Depuis quelques années j’accompagne mon mari qui traverse une série d’épreuves liées à plusieurs maladies graves : un myélome (cancer des os) diagnostiqué en 2016 qui a été soigné par plusieurs chimios très lourdes jusqu’en 2019 et a nécessité en 2017 et 2018 trois opérations de cimentoplasties pour réparer le sternum et neuf vertèbres écrasées par la maladie, un lymphome cutané en 2021 et, en 2023, une opération à cœur ouvert. Sans parler des bronchites, infections pulmonaires à répétition, coqueluche et septicémie qui jalonnent le parcours d’une personne dont l’immunité est défaillante à cause du cancer et des traitements. Il est pour le moment en rémission.  Il peut, et c’est inespéré, mener une vie de tous les jours presque normale, à condition de maintenir un rythme lent et de prévoir des moments de repos fréquents.

    Je suis plus jeune que lui de onze ans, j’ai une bonne santé, beaucoup d’énergie, et il en faut en tant qu’aidante ! Durant la phase active de la maladie, les années de chimios, d’hospitalisations fréquentes et d’hospitalisations à domicile, il a fallu mobiliser toutes mes ressources pour gérer le quotidien et rester vigilante pour ne pas être engloutie physiquement et psychologiquement par la situation.

    J’ai reçu beaucoup d’aide.  Et d’abord de mon mari qui est un homme bon. Il ne s’est pas plaint, a manifesté sa reconnaissance pour tous ceux qui s’occupaient de lui et a été d’accord pour accepter l’aide des professionnels (toilette par exemple lorsqu’il était en HAD). C’est un point très important car j’ai toujours senti que nous faisions face ensemble, comme une équipe, et que si je prenais soin de lui, lui aussi prenait soin de moi en acceptant tout ce qui pouvait alléger ma charge.

    Marcher seule régulièrement dans la nature – nous avons la chance d’habiter la campagne – a été un solide point d’appui. La solitude et le silence m’ont permis de garder le contact avec moi-même et avec la vie. Ces moments pouvaient servir aussi à exprimer mes émotions : pleurer ou crier dans les bois est salutaire et ne dérange personne. J’ai essayé de reconnaître au fur et à mesure et sans jugement la tristesse, l’impuissance, le chagrin, la colère contre la vie, contre mon mari, la peur qui noue le ventre, le désir de tout envoyer promener, etc. C’est une hygiène de base qui fait qu’on est traversé par toutes ces émotions, mais pas envahi durablement !

    Garder une place pour le plaisir est essentiel. J’ai passé beaucoup de temps à l’hôpital avec mon mari, mais, une fois par jour, je réservais un temps même court à une activité qui n’avait rien à voir avec l’hôpital ou la maladie. J’ai ainsi visité les musées de Lyon, les librairies… et les boutiques. Il fallait aussi que nous fassions ensemble quelque chose d’agréable, que tout ne tourne pas autour de la maladie, des soins. Nous aimons lire tous les deux et comme il n’en avait pas la force, je lui ai fait la lecture (avec un masque quand il était en chambre semi stérile !). C’étaient des moments heureux où nous avons ri et été émus ensemble, des moments qui nous rappelaient l’existence du monde autour car la vie à l’hôpital a tendance à rétrécir le champ de vision.

    J’ai parlé de plaisir mais on peut aller plus loin. Oser la joie. S’autoriser à être joyeux même quand tout est difficile. Parce qu’on se réjouit de la naissance d’un enfant, d’une bonne nouvelle pour un ami, parce qu’un oiseau chante dans le jardin ou que les analyses de sang sont meilleures. Parce qu’on est en vie tout simplement. Pas de fidélité au malheur !

    Nous avons eu beaucoup de soutien de notre famille et de nos amis. Ma fille m’a accueillie chez elle avec amour et générosité durant les phases d’hospitalisation car elle habitait Lyon. Nos autres enfants qui habitaient loin sont venus quand c’était possible et ont été présents et attentifs au téléphone. Des amis proches ont rendu visite à mon mari à l’hôpital ou à la maison, me permettant de m’absenter, de faire autre chose, de souffler. Une des filles de mon mari l’a accueilli chez elle quelques jours lorsque j’ai été épuisée… J’ai la chance d’avoir de vraies amies, de celles qu’on peut appeler quand on est en vrac et qui vous prennent « en l’état ».

    Depuis 2015, je fais partie d’un groupe de travail sur les rêves animé par une psychanalyste. Ce groupe se réunit trois WE par an et ce sont des moments précieux. On peut vite se perdre de vue dans le rôle d’aidant et le travail avec les rêves nous ramène à nous-mêmes. Je reçois là un soutien psychologique nécessaire et la chaleur d’une belle amitié.

    Je me rends compte en écrivant que ce qui aide en fin de compte ce sont les liens. Lien à soi-même, lien aux autres, lien à la vie. Et parmi ces liens, celui aux soignants a une grande importance. De l’oncologue à la personne qui nettoie les chambres en passant par les infirmières, les aides-soignantes, les dames de l’aide à domicile, la presque totalité de ceux et celles auxquels mon mari a eu affaire ont été compétents, efficaces et bienveillants. Une mention spéciale aux fées-infirmières de notre village, à leur présence fidèle et joyeuse, leur sens du service. Durant la période difficile du Covid où nous étions isolés, leurs sourires étaient vraiment bienvenus.

    J’éprouve une immense gratitude pour tous ceux qui nous ont accompagnés et ce sentiment même de gratitude quand je le connecte est bienfaisant, porteur, aidant.

    La phase très intense a duré 6 ans avec des accalmies bien sûr, et elle a laissé des traces. Mon sommeil qui a toujours été très bon l’est un peu moins. J’ai fait en 2021 un ictus mnésique – un « effet de trop plein » a noté le cardiologue dans son rapport ! – et je sens ma mémoire plus flottante depuis. J’ai moins d’énergie ce qui est aussi dû à l’âge. J’ai probablement une conscience plus vive de la fragilité de la vie, de son impermanence. Cela me fait apprécier davantage les moments heureux. Je sens cependant que l’inquiétude n’est jamais loin. C’est le temps de la rémission. Les hivers sont une période délicate avec les risques accrus d’infections. Mon mari a assez rapidement dû arrêter de travailler. Par ailleurs, nous animions ensemble des marches silencieuses dans le désert ou des groupes spirituels en Inde. J’ai poursuivi seule quelques années et je continue encore à aller deux fois par an dans le désert.

    Il a fallu faire le deuil de notre vie d’avant. Ensemble et chacun de notre côté.

    Notre relation a changé, nos rythmes sont différents et cela nous demande des compromis, du dialogue régulier, une vision claire de ce que nous pouvons partager, faire ensemble et de ce que nous ne pouvons plus partager. Je le vois faire face à un corps diminué, des moments de vide énergétique, un cerveau plus lent et une mémoire parfois défaillante. Je suis touchée par son destin difficile et admirative de son courage, de sa gentillesse et de son humour.

    Ma difficulté est de trouver l’attitude juste : être à ses côtés mais poursuivre mes activités, l’aider mais ne pas faire à sa place.

     Il est facile de s’identifier au rôle d’aidante. C’est un rôle énergivore mais aussi gratifiant, qui suscite l’admiration. Lorsqu’on est une femme, il est considéré comme naturel. Cela demande pourtant des efforts pour dépasser son égocentrisme de base et une grande vigilance pour rester à sa place. J’ai vu ces femmes, aidantes ou pas, qui envahissent l’autre, souvent avec son consentement, car elles ne savent pas qui elles sont, qui confondent aimer et materner, aimer et faire pour l’autre. Bien qu’apparemment indépendante, j’ai réalisé que je pouvais à certains moments reproduire ce schéma.

    Mon rôle est d’accompagner pas de me sur-adapter et la sur-adaptation est un des pièges du rôle d’aidant.

    La maladie, le manque d’énergie diminuent le désir de contact avec l’extérieur, même avec la famille proche. Mon mari est bien lorsque nous sommes tous les deux. Je n’ai pas la même demande exclusive et je me suis rendue compte que je pouvais restreindre les invitations et les relations avec l’entourage pour lui faire plaisir. Les nécessaires compromis de la vie en couple ont tendance à se décaler avec la maladie, les désirs et demandes de la personne malade deviennent prioritaires. En situation de crise, dans la phase intense des soins, la priorité est justifiée. Elle ne l’est plus une fois la crise passée… Heureusement, il y a mon alliée, la colère. Je l’ai d’abord considérée comme une ennemie. Ce n’est pas bien d’être en colère !  Pourtant, quand elle se manifeste sous la forme de mauvaise humeur par exemple, d’exaspération ou de l’impression d’être débordée, elle m’indique que j’ai franchi une limite, que quelque chose n’est pas juste. C’est l’occasion de présenter mes excuses… et de chercher la limite franchie. Parfois c’est celle de mes capacités physiques. J’ai besoin d’aide, y compris de la part de mon mari qui peut avoir tendance à se faire porter. Parfois, j’ai franchi les limites de mon territoire en essayant de prendre en charge ce qui lui revient. Quand je reviens sur mon territoire, dans mes besoins et activités, je le laisse libre d’occuper le sien… de la manière qu’il veut ou peut. Je le laisse se débrouiller et être lui-même.

    Pour rester dans l’amour pour mon mari, j’ai besoin de solitude et d’activités qu’il ne peut plus partager. Les voyages, en particulier les séjours dans le désert, sont essentiels pour moi.  J’ai d’abord vécu ces moments comme on les présente en général : une parenthèse, une respiration nécessaire pour revenir au quotidien. Il m’a fallu du temps pour réaliser que lorsque je vais dans le désert, ce n’est pas une parenthèse, ce n’est pas un moment de ressourcement.  C’est simplement vivre ma vie. Le changement est moins dans les faits ou les pratiques que dans la manière de voir et de vivre les situations.

    J’ai gardé pour la fin la principale ressource, ce qui m’a guidée, portée depuis plus de 30 ans. La certitude et l’expérience, même fugitive, d’un niveau de moi-même à la fois très profond, intime et complètement impersonnel et qui n’est pas affecté par tout ce qui me bouleverse dans ma vie d’être humain. Être sur une voie spirituelle n’épargne pas les difficultés de l’existence mais c’est un soutien, une grâce immense qui m’encourage encore et encore à tout prendre de l’expérience, la douleur et la joie, simplement parce que c’est la vie du monde. Mais en sachant que si difficile et agitée que soit cette expérience, ce n’est que la surface et que la profondeur est stable, vaste, infinie et aimante.

  • Sédentarité, mal du siècle !

    L’un de mes deux frères est médecin (à la retraite) spécialisé dans « la médecine du sport » . Bien que nos centres d’intérêts réciproques soient assez éloignés, il arrive que nous nous retrouvions sur le sujet de la santé et c’est probablement pour cela qu’il m’a fait connaître récemment la vidéo de l’entretien du professeur François Carré, un cardiologue, aussi médecin du sport, qui a longtemps officié à l’hôpital universitaire de Ponchaillou (Rennes). J’ai été tellement intéressé par les propos « de bon sens » de ce médecin « ordinaire »  que j’ai décidé de vous les faire connaitre.
    Bon, une fois n’est pas coutume, car il n’est nullement question de spiritualité dans ce qui suit. Ou alors seulement comme une illustration de l’adage bien connu « mens sana in corpore sano » (un esprit sain dans un corps sain).

    Petit résumé de la vidéo (pour les paresseux) :

    La chaise, cette ennemie qui nous veut trop de bien

    Le problème, c’est que notre corps est une machine de compétition conçue pour la savane, pas pour une vie de sédentarité. Dès que nous posons notre fessier plus de deux heures, notre métabolisme se met en mode « veille prolongée ». Nos muscles s’endorment, notre cœur s’encrasse et notre cerveau finit par voir sa réactivité diminuer.
    Et non, faire 45 minutes de Zumba le mardi soir ne suffit pas à annuler les 50 heures passées assis le reste de la semaine. C’est un peu comme manger une salade après avoir dévoré trois pizzas : c’est bien, mais le compte n’y est pas.

    Le secret ? Devenir un « briseur de sédentarité »

    La bonne nouvelle, c’est que notre homme ne nous propose pas de devenir des athlètes olympiques. Le Pr Carré nous donne des astuces de génie pour les paresseux assumés que nous sommes :

    1. Le micro-mouvement : Toutes les heures, levez-vous. Allez vous laver les mains, allez chercher de l’eau (et buvez-la, ça vous obligera à vous lever à nouveau plus tard, voyez le cercle vertueux ?).

    2. La marche « incognito » : Garez-vous plus loin du lieu où vous vous rendez. Prenez les escaliers : si vous voyez un ascenseur, faites-lui un doigt d’honneur (discrètement) et prenez les marches.

    3. Lâchez ce téléphone : Le « scrolling » infini, c’est le McDo du cerveau. Ça n’apporte rien et ça vous fige sur place. Posez l’écran, levez les yeux, et bougez vos articulations avant qu’elles ne commencent à rouiller pour de bon.

    Conclusion du cardiologue inspiré

    Votre corps est le seul endroit où vous êtes obligé de vivre. Vous pouvez changer d’appartement, de voiture ou de partenaire de bridge, mais votre carcasse, elle, vous suit jusqu’au bout. Alors, on attend d’avoir besoin d’un permis de conduire pour notre déambulateur, ou on se lève maintenant ?

    Allez, hop ! On décolle du canapé. Votre cœur vous remerciera, et votre chaise pourra enfin respirer un peu.


  • Un temps fort à ne pas rater : Roger Fagin et May Kazan à La Bertais

    Pour la première fois, nous allons recevoir Roger et May à La Bertais le week-end des 23 et 24 mai prochains. La première fois ? Pas tout à fait en ce qui concerne Roger, car il nous avait déjà fait l’honneur de sa visite en 2012, lors de l’AG célébrant les 20 ans de La Bertais, comme en témoigne la photo suivante (notre hôte étant au centre).

    Et pour ceux et celles qui nous ont rejoints après cette date, une énigme : mais où donc a pu être prise cette photo ? La réponse est à revoir ICI

    Quant à May, ce sera bel et bien pour elle une première. Aussi je vous invite à lire ou à relire sa présentation qui, à n’en pas douter, a de quoi donner envie de la rencontrer « en vrai ».

    Qui es-tu May  ?

    Née au Liban d’un père libanais et d’une mère française, May n’a jamais dissocié le corps de l’esprit. Elle a toujours mené de concert une pratique corporelle et une recherche intérieure.
    D’abord formée au yoga, qu’elle a longtemps enseigné, avant de rencontrer le zazen sous la direction de maître Taïsen Deshimaru, elle a pratiqué intensément avec lui pendant huit ans, jusqu’à sa mort en 1982.
    En 1980, elle rencontre Jacques Dropsy avec qui elle entreprend un travail corporel et thérapeutique qui se poursuivra pendant une quinzaine d’années, suivi par une formation avec la psychanalyste jungienne Lily Jattiot sur la symbolique des archétypes. Cette approche lui a permis de développer une forme dansée au croisement du psychisme et du corps.
    Son travail est le fruit d’une vie entière de recherches et de rencontres. Il lui a permis d’apprendre l’immobilité au cœur du mouvement et de créer une synthèse unique entre les visions orientale et occidentale de la danse.

    May se consacre à l’enseignement d’Arnaud depuis sa rencontre il y a plus de trente-cinq ans. À sa demande, elle transmet depuis de nombreuses années à Hauteville son travail du mouvement dansé (Corps-Espace-Temps) sous forme de deux stages chaque année ainsi que des « salles Ramdas ». Elle y a également guidé la méditation pendant huit ans et, depuis dix ans, accompagne à Hauteville des personnes en lying.

    Et pour ceux qui ne connaitraient pas Roger…

    D’origine sud-africaine, après une licence d’anthropologie à l’université du Cap, il est parti pour pratiquer en tant que sculpteur professionnel à Londres pendant 12 ans. Conjointement, il a enseigné au St. Martin’s Collège of Art,dédié aux études supérieures des beaux-arts.
    Après un certain succès, il a néanmoins tout quitté pour rejoindre en Inde l’ashram de Bhagwan Sri Rajneesh, connu plus tard sous le nom de Osho. Là il a vécu quatre ans jusqu’à la fermeture de celui-ci en 1981.
    Suite à son retour en Europe, il a rencontré Arnaud au Bost en 1982 et est devenu permanent à Font d’Isière en 1987. C’est à l’ouverture d’Hauteville en 1994 qu’une collaboration étroite et intense a commencé avec Arnaud. Le but de celui-ci était, selon sa propre formulation, de « convertir un château en ashram ». Sur son inspiration, Roger s’est consacré sans relâche comme maître d’œuvre à l’aménagement de tous les espaces verts autour des bâtiments, et à la création des sanctuaires à l’intérieur. Photographes tous les deux, leurs images ont aussi joué un rôle dans cet objectif.

    Aujourd’hui, Roger a arrêté ses activités à l’extérieur suite à un accident de moto il y a cinq ans, mais il continue à animer à Hauteville des groupes d’approfondissement ainsi que des « salles Ramdas ».


    Pour participer à ce séminaire, cliquez  ICI


     

  • Les bienfaits du jeûne éclairés par quelques découvertes scientifiques récentes…

    Ce n’est pas la première fois qu’il est question de jeûne sur notre blog et l’une d’entre vous a même, en 2021, fait le récit détaillé de sa propre expérience en ce domaine (à relire ICI). Par ailleurs, lors des séjours à La Bertais, il m’est arrivé de projeter de temps en temps un documentaire sur le sujet. Mais comme Arte vient de rediffuser l’excellent film qui avait été réalisé en 2023, je ne résiste pas à la tentation de vous le faire connaitre, d’autant que la pratique du jeûne intermittent durant les séjours connait depuis quelque temps un certain succès. Alors s’il vous reste des préjugés dans ce domaine ou si tout simplement vous avez envie d’en savoir plus sur le sujet, lisez ce qui suit et ensuite visionnez le documentaire (disponible sur Arte en replay jusqu’au 16 aout 2026!)

    « Et si, face au piège contemporain de la nourriture en abondance, sa privation contrôlée était une clé décisive pour notre santé ? À l’instar de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs, pour qui les trois repas quotidiens n’avaient rien d’évident, serions-nous en réalité programmés par l’évolution pour jeûner ? Ces dernières années, la recherche – de la rhumatologie à l’oncologie – s’est massivement emparée du sujet, tandis que le jeûne intermittent, devenu un phénomène de société, dévoile des bienfaits désormais avérés. Si nos voisins allemands peuvent aujourd’hui profiter de cures de jeûne remboursées dans le traitement de certaines maladies chroniques, comme la polyarthrite, l’asthme, la fibromyalgie ou le diabète de type 2, cette pratique prometteuse et peu coûteuse suscite encore la méfiance du corps médical français… À tort ou à raison ? »

    Déjà auteurs en 2012 de l’enquête à succès Le jeûne, une nouvelle thérapie ?, Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade rouvrent le dossier, en compulsant les résultats d’une nouvelle décennie de recherches foisonnantes et prometteuses. Alors que cette démarche, qui suscite un intérêt croissant du grand public, se trouve trop souvent récupérée par des « gourous » profitant du relatif silence des autorités médicales, leur documentaire replace la pratique sur le terrain scientifique pour en redéfinir les mécanismes, les promesses et les limites. Suivant le jeûne de quatorze jours de Stéphane, 50 ans, venu dans une clinique allemande pour s’attaquer à des problèmes métaboliques, le récit explore en parallèle les dernières études menées aux États-Unis, en Allemagne et en Italie, et décrit les mécanismes majeurs mis au jour par les scientifiques : l’autophagie, un programme d' »autonettoyage » intracellulaire, ou le « switch métabolique » qui entraîne la production de cétones, un supercarburant aux propriétés anti-inflammatoires. Alternative au jeûne de plusieurs jours, le jeûne intermittent – mise au repos cyclique du système digestif pendant au moins douze heures – pourrait aussi se révéler un allié de choix dans le traitement et la prévention de nombreuses maladies chroniques. Le jeûne fera-t-il un jour partie de nos politiques de santé publique ? C’est ce qu’espèrent les chercheurs interrogés dans ce documentaire, qui se gardent bien, toutefois, de faire de la pratique un remède miracle : les contre-indications existent, et les cures se doivent d’être strictement encadrées.

  • Mémorable week-end…

    Une affluence inhabituelle pour ce week-end mémorable à plus d’un titre. D’abord de par la qualité de la prestation de Corinne qui a su témoigner de façon la fois simple et  authentique de sa maturité intérieure, tant dans sa façon de guider les quatre méditations du séminaire que dans ses réponses « ajustées » aux différentes questions de l’auditoire. Ensuite, bien entendu, de par la présence silencieuse mais au combien vivante d’Alain à qui plusieurs témoignages de gratitude particulièrement touchants ont été rendus….

    Et si vous y étiez, n’hésitez pas à partager en commentaires vos propres impressions de façon à permettre aux absents de recevoir une peu de la qualité d’ambiance toute particulière qui a baigné ce week-end!

  • Le yoga des émotions

    L’une des choses les plus remarquables que l’on doit à Swâmi Prajnânpad, c’est d’avoir mis en lumière la place centrale que le travail sur les émotions doit avoir sur la voie spirituelle si on veut que notre chemin soit autre chose qu’une fuite de notre humanité. Dans cette quatrième et dernière conférence en ligne faite pour le compte de l’Union Européenne de Yoga, je me suis attaché à exposer les principes de ce travail qu’à certains égards on pourrait à bon droit appeler un « yoga des émotions« .

    D’où proviennent nos émotions ? En quoi sont-elles synonymes d’un enfermement délétère dans « notre monde » ?  Et surtout, comment utiliser cette matière première pour « transformer le plomb en or » et se retrouver le plus souvent possible dans ce fameux « sentiment d’unité » cher à Swâmiji ?

    Même si, en tant que lecteurs de ce blog,  ce  « yoga des émotions » ne vous est  évidemment pas inconnu, il se pourrait que dans cette dernière causerie, vous trouviez quand même quelques éclaircissements inédits. Et à minima, une inspiration à intensifier votre propre pratique de cette « alchimie intérieure », gage d’une ouverture toujours plus grande de votre propre cœur…

    PS :  Ci-dessous les liens vers  les trois premières conférences :

    • La première  : Swâmi Prajnânpad, un maître inclassable de l’advaïta védânta
    • La seconde  : De l’advaïta védânta classique à l’adhyâtma yoga de Swâmiji
    • La troisième  : Les grands principes du travail sur soi selon l’adhyâtma yoga de Swâmiji
  • Nos prochains rendez-vous à La Bertais

    Petit rappel du programme du mois de mars, particulièrement riche en activités et rencontres inspirantes.

    Et pour commencer, nous vous attendons NOMBREUX et NOMBREUSES (!)  samedi prochain 14 mars pour une journée « spécial chantier de Printemps« . Au programme, le nettoyage du verger et sa reconfiguration en zone herbée après enlèvement de la bâche plastique vieille de 20 ans ! Ça, c’est pour le « gros œuvre », mais il y aura aussi plein d’autres tâches variées, tels la taille des hortensias et de certains fruitiers, le désherbage des parterres et leur fleurissement. Et bien sûr, un grand ménage de l’intérieur des différents bâtiments, cela pour accueillir dans les meilleures conditions Corinne et Alain Bayod 15 jours plus tard.

    Contrairement aux autres samedis de GSMP, les activités commenceront dès le matin avec un accueil sur place à partir de 9h45 et une méditation d’ouverture de journée à 10h. Le midi, nous piqueniquerons avec les victuailles apportées par chacun et l’après-midi, nous  reprendrons à 14h30 avec d’éventuels participants supplémentaires. Car si vous n’êtes pas disponible dès le matin, que cela ne vous empêche pas de vous joindre à nous l’après-midi que nous clôturerons par l’habituel thé convivial.

    Bien entendu, et comme à l’accoutumée,  à partir de 17h30 aura lieu (pour ceux que cela concerne) la rencontre du groupe GSMP du samedi d’un côté et l’atelier philo de l’autre.

    Pour participer à tout ou partie de ce programme, merci de vous y inscrire dès à présent en cliquant ICI


    C’est donc 15 jours plus tard que nous recevrons Corinne et Alain Bayod pour un séminaire exceptionnel.

    À ce jour il y a déjà une bonne quarantaine de personnes inscrites, mais il reste bien évidemment encore de la place. Ceci étant, pour nous permettre d’organiser au mieux ce week-end, nous avons besoin de connaitre au plus vite le nombre final de participants. Donc, si vous souhaitez y participer et que vous ne vous êtes pas encore inscrit(e), merci de le faire rapidement après avoir relu la présentation du séminaire en cliquant ICI

    À noter : pour l’instant nous sommes en manque de contributions pour le buffet du dimanche midi (spécialement en ce qui concerne les plats salés). Si le cœur vous en dit, sachez que votre participation sera donc tout particulièrement appréciée….


    Et si vous vous languissez de m’entendre parler de l’enseignement, sachez que ma dernière intervention en ligne pour l’Union Européenne de Yoga aura lieu  ce jeudi 12 mars de 19h à 21h. Au programme « le yoga des émotions » ! Pour suivre cette 4ème conférence publique, inscrivez-vous ICI afin de recevoir le lien ZOOM pour le direct et/ou celui du replay qui vous sera automatiquement adressé quelques jours après… 

    A très vite donc de vous revoir à l’une ou l’autre de ces occasions !

  • Le bonheur est une décision

    J’ai mis un moment avant de me décider à lire ce livre, car depuis le « scandale » qui a touché l’image d’Amma il y a une dizaine d’années, j’ai du mal à accorder une confiance entière à cette femme, au demeurant totalement hors-norme.

    Mais Swâminî Amritajyoti est une ancienne condisciple que nous avons bien connu au Bost et dont nous avons même suivi en partie l’inhabituelle aventure spirituelle. Ajouter qu’à cela un ami de longue date m’a fait récemment l’éloge appuyé de ce livre en me faisant valoir qu’il comportait de nombreuses pages sur le travail qu’avait fait Claudine (c’est ainsi qu’elle se prénommait « dans le civil »)  au Bost avec Arnaud et Denise. Cela a piqué ma curiosité et m’a fait passer par dessus mes réticences. Eh bien, je ne le regrette pas. Ce livre autobiographique est à la fois profond et touchant, ce qui m’amène à en recommander sans hésiter la lecture. Il retrace en effet le long et souvent douloureux parcours spirituel de celle qui est désormais à la tête de l’ashram d’Amma en France et qui, à plusieurs égards, peut être une source d’inspiration pour nous tous.

    Le livre se décompose en trois parties :

    1. La sadhana de Claudine auprès d’Arnaud avec, en particulier un témoignage inédit sur ce qu’à été pour elle la mise à jour de son inconscient et tout particulièrement des traumatismes venant de ses vies antérieures. Par les temps qui courent, ce thème de la remémoration des vies passées n’est plus à la mode, et je salue donc d’autant plus le courage de Claudine à avoir osé en parler de façon aussi sincère et détaillée. Nul doute que cela pourra aider ceux et celles d’entre vous qui sont à leur tour confrontés à ce genre de « samskara ».
    2. La sadhana de Claudine, devenue Jyoti, puis Dipamrita au fil des degrés de son implication dans la voie d’Amma. 14 ans de vie en Inde dans la proximité immédiate de son second maître, oscillant constamment entre le ravissement des moments de grâce et les phases de dépression et de découragement liées à l’énorme négativité de son mental. A noter que cette longue sadhana   a été menée en partie en continuant à appliquer ce qu’elle avait appris d’Arnaud à qui elle rend hommage de façon récurrente…
    3. La nouvelle phase de sa vie qui a débuté quand Amma l’a désignée comme sa représentante officielle en France en lui confiant la mission de créer puis d’animer en son nom son principal ashram hexagonal.

    J’ai surtout aimé les deux premières parties du fait des souvenirs personnels qu’elles évoquaient pour moi. Mais la troisième partie vaut aussi le coup d’être lue si on veut mieux comprendre ce qu’est aujourd’hui devenue cette ex-soeur par le guru, qui au terme d’un engagement aussi soutenu que sans compromis se retrouve désormais à son tour en position de guider autrui…

  • Refuser ce qui est, ou le « péché originel » selon Swâmiji

    Enfin les choses sérieuses, pourriez-vous me dire ! Car lors de cette troisième conférence et après avoir explicité la notion « d’adhyâtma yoga », j’ai commencé à entrer dans le vif du sujet : l’approche spécifique de Swâmiji concernant la condition humaine dans son ensemble et le phénomène « émotion » en particulier.

    Avec un petit clin d’œil irrévérencieux à la tradition hindoue, puisque, au lieu de faire partir cet exposé des Upanishads, j’ai fait état de l’influence inattendue que Darwin et sa fameuse théorie de l’évolution ont pu avoir sur  Swâmiji. Cet élément, peu connu, donne manifestement un tour original à la vision que Swâmiji nous propose de notre « point de départ ».

    Les « grands singes » que nous sommes sont victimes du pouvoir d’abstraction (donc du pouvoir de refuser) que leur cerveau « évolué »  leur permet. Nous sommes comme des adolescents à qui on aurait donné trop vite une totale liberté et qui, faute d’un cadre et d’un mode d’emploi adéquats, utilisaient celle-ci de façon irréfléchie au point d’en devenir les victimes.  Et voici le mythe du péché originel revisité et rendu opératif : la sadhana revient à prendre le contrôle de cet extraordinaire pouvoir qui consiste à imaginer sans cesse d’autres possibles. Ce pouvoir de dire non en s’opposant à ce que le présent semble nous imposer est, pour Swâmiji au fondement de la nature humaine. C’est ce qui nous distingue positivement de l’animalité,  mais c’est aussi, négativement, ce qui nous exile douloureusement de la plénitude du ici et maintenant !

    Et pour en savoir plus,, n’hésitez pas à visionner cette 3ème conférence !

     

    PS : Pour suivre en direct la quatrième conférence, il faut s’inscrire en ligne près de l’Union Européenne de Yoga.
    Vous pouvez le faire dès à présent via le lien suivants :

    • Conférence n°4  du 12 mars: Le travail spécifique sur les émotions selon l’Adhyâtma Yoga de Swâmi Prajnânpad => s’inscrire ICI

    Et pour visionner les deux premières conférences, c’est ICI  et

  • Né en 17 à Leidenstadt

    Guernica – Pablo Picasso- 1937

    Par hasard, je me suis retrouvé à écouter attentivement les paroles d’un « vieux tube » de Jean-Jacques Goldman. Et j’ai été touché… très touché même.
    A la fois tellement d’actualité et tellement intemporel !

    Couplet 1

    Et si j’étais né en 17 à Leidenstadt*
    Sur les ruines d’un champ de bataille
    Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens
    Si j’avais été allemand ?
    Bercé d’humiliation, de haine et d’ignorance
    Nourri de rêves de revanche
    Aurais-je été de ces improbables consciences
    Larmes au milieu d’un torrent

    *Leidenstadt =  signifie en allemand « ville de la souffrance » : elle n’existe pas mais symbolise les villes détruites après la 1ère guerre mondiale.

    Couplet 2

    Si j’avais grandi dans les docklands de Belfast
    Soldat d’une foi, d’une caste
    Aurais-je eu la force envers et contre les miens
    De trahir, tendre une main

    Couplet 3

    Si j’étais née blanche et riche à Johannesburg
    Entre le pouvoir et la peur
    Aurais-je entendu ces cris portés par le vent
    Rien ne sera comme avant

    Refrain

    On saura jamais c’qu’on a vraiment dans nos ventres
    Caché derrière nos apparences
    L’âme d’un brave ou d’un complice ou d’un bourreau ?
    Ou le pire ou le plus beau ?
    Serions-nous de ceux qui résistent
    ou bien les moutons d’un troupeau
    S’il fallait plus que des mots ?

    Couplet 4

    Et si j’étais né en 17 à Leidenstadt
    Sur les ruines d’un champ de bataille
    Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens
    Si j’avais été allemand ?

    Et qu’on nous épargne à toi et moi si possible très longtemps
    D’avoir à choisir un camp…

  • Petit cours de philo indienne pour les nuls…

    Et de deux ! Comme prévu, jeudi dernier 15 janvier, j’ai animé pour l’Union Européenne de Yoga la seconde des quatre conférences en ligne prévues portant sur l’approche originale de Swâmiji quant au travail sur les émotions. Mais à vrai dire, après avoir résumé à grands traits la vie de Swâmiji dans la première conférence (replay ICI), dans celle-ci j’ai très peu parlé de son enseignement. Car avant cela, j’ai voulu donner à mes auditeurs les repères culturels nécessaires pour mieux apprécier ce qui, dans les propos de Swâmiji, soit prolonge l’Advaïta védânta classique, soit en diffère.

    • Qu’est-ce que le mot « Védânta » veut dire ?
    • Qu’entend-on par le mot « Advaïta » ?
    • Qui était Bâdarâyana et pourquoi est-il regardé comme le maître fondateur de l’Advaïta Védânta ?
    • Qui était Shankara et en quoi son œuvre a-t-elle était décisive pour permettre à l’Advaïta Védânta de prendre le pas sur les autres écoles de sagesse alors présentes en Inde, quelles soient védiques (Samkhya, Yoga, Mimansa…) ou non védiques (Bouddhisme, Jaïnisme) ?
    • Comment se fait-il qu’au 20e siècle, les principaux Swâmis qui ont fait rayonner la sagesse de l’Inde dans le monde étaient directement ou indirectement affiliés à la descendance spirituelle de Shankara ?
    • Comment se fait-il que Swâmi Prajnânpad ait échappé à cette règle et quelle est donc la nature de sa filiation avec l’Advaïta Védânta traditionnel ?

    Si vous ne savez pas trop répondre à ces quelques questions, peut-être qu’un « cours de philo indienne pour les nuls » vous serait de quelque utilité ! Dans ce cas, n’hésitez pas à suivre le replay de cette deuxième session qui, je le crois, pourra vous apporter des éléments inédits de compréhension…

    PS : Pour suivre en direct les prochaines conférences, il faut, pour chacune d’entre elles, s’inscrire en ligne près de l’Union Européenne de Yoga.

    Vous pouvez le faire dès à présent via les liens suivants :

    • Conférence n°3 du 12 février : Les principes du travail sur soi selon l’Adhyâtma Yoga de Swâmi Prajnânpad => s’inscrire ICI
    • Conférence n°4  du 12 mars: Le travail spécifique sur les émotions selon l’Adhyâtma Yoga de Swâmi Prajnânpad => s’inscrire ICI
  • Mieux connaitre le destin particulier de Swâmi Prajnânpad

    Comme prévu, j’ai fait jeudi soir dernier la première des quatre conférences en ligne pour l’Union Européenne de Yoga. J’ai d’ailleurs eu le plaisir de voir dans l’auditoire quelques un(e)s d’entre vous (qu’ils n’hésitent pas à dire en commentaire ce qu’ils ont pensé de la soirée !)
    Dans cette première intervention, j’ai souhaité faire une présentation synthétique du destin particulier de celui qui est en quelque sorte notre « grand-père spirituel ». Et ce faisant, j’ai mis en évidence plusieurs aspects méconnus de son propre parcours de vie qui, selon moi, permettent de mieux comprendre la tournure originale qu’il a ensuite donné à son enseignement.

    Alors, si Swâmi Prajnânpad est aussi pour vous une source d’inspiration, n’hésitez pas à écouter ce récit condensé de sa biographie. J’y synthétise et ordonne d’une façon quelque peu originale l’ensemble des informations disponibles sur ce maître, décidément atypique!

    PS : pour pouvoir profiter du contenu du diaporama projeté pendant ma conférence, pensez à regarder la vidéo en mode « plein écran » 

    Et si vous voulez déjà vous inscrire pour la conférence suivante du 15 janvier, c’est  par ICI

  • En route vers le Soi avec Swâmi Sarvapriyananda

    Cet été, lors du congrès international de Yoga de Zinal, j’ai pu faire la connaissance en direct d’un Swâmi découvert sur Youtube quelques années avant et dont j’appréciais beaucoup les enseignements sans imaginer que je pourrais un jour me retrouver en sa présence. Magie de ce congrès où nous étions tous les deux les « invités d’honneur », ce qui nous a permis de nous côtoyer plusieurs fois de près, et même d’échanger de façon intime, entre autre au cours d’un diner privé…
    Depuis lors, je me suis demandé comment faire pour partager avec vous un peu du trésor de connaissances dont est porteur cet homme. J’ai fait plusieurs brouillons d’articles avec des extraits de ses conférences de Zinal. Mais je ne les aie pas publiés, principalement parce que les enregistrements faits sur place ne sont pas de bonne qualité et que la traduction en français est souvent peu audible. Et puis récemment j’ai trouvé sur Youtube un enregistrement particulièrement intéressant d’une session « question-réponse » tenue dans son centre de New-York. D’autant qu’avec les progrès de l’IA, cette fois la traduction proposée par YouTube  « tient la route ». Je vous propose donc d’écouter ci-dessous ce passage (en anglais sous-titré en français).

    Attention, la question initiale va vous paraitre assez compliquée. Mais le Swâmi la reformule très vite de façon plus claire et sa longue réponse (10 minutes) est vraiment « top » puisqu’elle nous conduit directement à la prise de conscience du Soi…

    D’un point de vue technique, voici la meilleure façon de procéder pour bien en profiter.

    • Cliquez sur le lien suivant :
      https://youtu.be/GpMoZHs9Vig?si=CobhEKuIc_E-abx7
    • Pour activer le sous-titrage en anglais, cliquez sur le première icône située en bas à droite de votre écran (ordinateur) ou en haut à droite de votre écran (smatphone)

    • Puis, pour passer du sous-titrage anglais au sous-titrage en français, cliquez sur la deuxième icône en forme de roue crantée située en bas à droite de votre écran (en haut à droite si vous utilisez un smartphone), puis cliquez sur « anglais » comme montré-dessous.

    • Dans la fenêtre suivante, cliquez sur  » Traduire automatiquement »

    • Puis dans le liste de langues proposées, choisissez le Français… Après quoi, profitez bien de ce qui va être dit !

    Pour terminer, et si vous voulez en savoir plus sur  Swâmi Sarvapriyananda, voici une traduction de l’essentiel de sa page Wikipédia :

    Enfance et formation

    Swami Sarvapriyananda est né à Calcutta et a grandi à Bhubaneswar, dans l’État indien d’Odisha, au sein d’une pieuse famille bengalie. Dès son plus jeune âge, il fut attiré par la spiritualité et inspiré par la vie de Sri Ramakrishna et de Swami Vivekananda. Sa famille était également profondément religieuse. Ses parents et grands-parents étaient des dévots initiés de l’Ordre de Ramakrishna. Enfant, il disait que son premier but dans la vie était de devenir pilote, et le second de trouver Dieu… À l’âge de 23 ans, Sarvapriyananda (alors Biswarup Mitra) a rejoint l’Ordre de Ramakrishna en 1994 et a prononcé ses vœux monastiques, l’ordination au sanyasa lui étant conférée par Swami Ranganathananda en 2004.

    Sa vie après le sannyasa

    Swami Sarvapriyananda a été responsable adjoint de la Vedanta Society of Southern California en 2015. Il a ensuite été nommé à la tête de la Vedanta Society of New York, poste qu’il occupe depuis le 6 janvier 2017.

    Avant de prendre ces fonctions aux USA, il a été acharya (enseignant) au centre de formation des moines stagiaires du monastère de Belur (centre principal de l’ordre des moines de Ramakrishna en Inde).

    Enseignements

    Swami Sarvapriyananda intervient fréquemment lors de colloques et d’événements consacrés aux enseignements de l’Advaita Vedanta, et participe à des discussions avec d’autres non-dualistes. Conférencier réputé, il est un fin connaisseur des Upanishads et des principales écoles de spiritualité qui en sont issues et a un remarquable don pédagogique pour en  retransmettre le message essentiel…