Auteur/autrice : Georges Morant

  • MATHIEU RICARD Carnets d’un moine errant (1)

    J’ai reçu à Noel en cadeau ce livre de Mathieu Ricard . C’est un pavé qui fait 7oo pages plus le glossaire et les notes. Ce livre est d’une richesse inouïe et témoigne d’un parcours remarquable, exceptionnel. Je me suis dit je vais certainement écrire des posts pour le blog. Mais comment faire, comment choisir?

    Une courte présentation

    Pendant trois décennies, la vie à la fois simple et extraordinaire de Mathieu Ricard alterne retraites méditatives dans les lieux les plus inaccessibles et voyages fascinants au Bhoutan, au Népal et au Tibet. Puis, en 1997, le Moine et le philosophe, coécrit avec son père, le philosophe Jean-François Revel, paraît. Son succès international inattendu plonge le paisible moine dans un maelstrom d’interviews et de conférences à travers le monde. De livre en livre, il met alors son travail d’auteur et ses talents de photographe au service de son message d’amour altruiste.

    Ses carnets racontent une vie de moine errant, sans attache matérielle ou géographique, toujours en chemin vers la liberté intérieure et le bien d’autrui.

    (…) A un moment, mon maître Khyensé Rinpoché baissa les yeux vers moi et me demanda :  » As-tu appréhendé rigpa, le présence éveillée? » Je répondis timidement que oui, j’entrevoyais parfois cette présence éveillée, la conscience pure. Je n’étais évidement pas en position de pouvoir affirmer que j’avais vraiment et pleinement réalisé le caractère lumineux de l’esprit, mais pour répondre sincèrement à mon maître, je ne pouvais pas non plus prétendre ne pas savoir du tout de quoi il s’agissait. Khyensé Rinpoché fit ce commentaire :  » C’est bien cela. Tu n’as pas à chercher autre chose. » Selon ma modeste compréhension de cet épisode, Khyensé Rinpoché tenait à me montrer que rigpa était d’une extrême simplicité, toujours présente, même si on l’oublie, derrière l’écran des pensées, comme le soleil et le ciel immaculé restent présents, inaltérés, derrière les nuages qui les voilent momentanément. Si le méditant l’appréhende dans un moment d’ouverture intérieure, il ne doit pas chercher « ailleurs », ou s’attendre à « autre chose » que cette nature inaltérable de son propre esprit, la conscience pure libre de toute fabrication mentale. Khyensé Rinpoché exprime ce point de manière lumineuse dans ses explications du Trésor du cœur des êtres éveillés :

    « L’esprit n’a ni forme, ni couleur, ni substance ; voilà pour son aspect vide. Mais il peut connaître les choses et percevoir une variété infinie de phénomènes ; c’est son aspect lumineux, c’est-à-dire connaissant. L’union inséparable de ces deux aspects -vacuité et luminosité- constitue ce que l’on appelle l’esprit originel immuable.

    Pour le moment, la carté naturelle de votre esprit est voilée par vos égarements. Mais au fur et à mesure que ces voiles se dissiperont, vous commencerez à découvrir la radiance de la conscience éveillée, jusqu’au moment où vos pensées se libéreront à l’instant même où elles apparaîtront, comme un trait sur l’eau disparaît dès qu’on le trace. Quand on reconnaît directement la nature de l’esprit, c’est ce que l’on appelle le nirvana. Quand elle est voilée par la méprise, c’est ce que l’on appelle le samsara. Mais le samsara comme le nirvana n’ont jamais été distincts du continuum de la nature absolue. Quand la conscience éveillée atteint son degré de plénitude, les remparts de la confusion mentale s’écroulent et la citadelle de l’absolu, au-delà de la méditation, peut être conquise une fois pour toutes ».

    Mémoires : Allary Editions – Chapitre 23 : Au quotidien auprès de mon maître page 238, 239

  • Happy – JOYEUX NOEL

    Je voyage loin en rêve

    J’ouvre la porte du ciel

    Une troupe de comédiens joue à merveille

    Toutes les facettes de la vie

    Quand le maître fait son entrée

    Je me retrouve en plein banquet

    Avec des anges qui rient, des enfants qui dansent

    Au son d’une musique hypnotique, enivrante

     

    Je ne me suis jamais autant senti, aimé, ébloui

    Je ne me suis jamais autant senti, aimé, ébloui

    Toute peur s’est évanouie

    Tout brille d’un éclat surnaturel

    Je n’en crois pas mes yeux

    J’ai peur que ça s’arrête

    Je prie de tout mon cœur

    La joie, au cœur de l’être

    Une musique joue dans ma tête

    Je me rappelle les paroles du maître

    Je les sais vraies, authentiques

    Je me rappelle les paroles du maître

    Je les sais vraies, authentiques

     

    Je me réveille en sursaut au milieu de l’océan

    Avec le chant des mouettes et des goélands

    Les comédiens, les anges, jouent, crient ensemble, au milieu des vagues

    Je n’ai jamais vu, ressenti, une telle beauté

    Nue, incandescente, irréelle

    Nous ne cessons jamais d’être digne d’une telle invitation

    Nous ne cessons jamais d’être digne d’une telle invitation

    A condition d’entretenir le feu Foi-Esperance

    Jusqu’à se consumer

    Et au moment de partir

    Cela, dévoilé

    Dans des trous de Lumière

    Brûlera l’identité

     

     

  • Question : Comment vais-je atteindre le Soi?

     

     

    Ramana Maharshi 29 septembre 1936

    T. 251

    (…) On n’atteint pas le Soi. S’il fallait l’atteindre, cela voudrait dire que le Soi n’est pas toujours ici et maintenant, mais qu’il doit être obtenu comme quelque chose de nouveau. Ce que l’on obtient comme quelque chose de nouveau sera aussi perdu ; ce sera donc impermanent. Ce  qui n’est pas permanent ne mérite pas d’être recherché. C’est pourquoi je dis que l’on atteint pas le Soi. Vous êtes le Soi. Vous êtes déjà Cela. Le fait est que vous ignorez votre état de Félicité. L’ignorance survient et étend un voile sur la pure Félicité. Les efforts servent uniquement à dissiper cette ignorance. L’ignorance consiste en une fausse identification du Soi avec le corps, le mental… Cette fausse identification doit disparaître. Il ne restera alors plus que le Soi.

    Extrait de l’enseignement de Ramana Maharshi, nouvelle édition intégrale, trad. de Talks with Shri Ramana Maharshi par Eleonore Braitenberg, Paris (Albin Michel), 2005

  • Au cœur de la métaphysique (2)

    (…) Swamiji m’a fait remarquer un jour que l’expression :  » faire silence » était inexacte. On ne peut produire le silence. Le silence ne peut être que le fruit de la cessation des bruits. Quand tous les bruits s’arrêtent, le silence est là, identique à ce qu’il était il y a deux mille ans, parfait, vierge. C’est donc sur les bruits qu’il faut faire porter nos efforts et non sur la recherche d’un silence que nous pourrions produire.

    Une autre image va dans le même sens : nous sommes déjà nus sous nos vêtements. Si nous voulons pratiquer le naturisme, nous n’avons pas à produire la nudité mais simplement à enlever ce qui la recouvre, ce qui la voile, c’est-à-dire tous nos vêtements, les uns après les autres. Et la nudité qui était là, voilée par ces revêtements, se révèle. Nous ne sommes pas plus ou moins nus -s’il reste une chaussette à un pied, nous ne sommes pas nus- mais nous sommes plus ou moins habillés.

    Ceci peut être déroutant car d’un côté les enseignements spirituels nous parlent de pratique, de chemin, ce qui suppose des actions précises, des efforts, et de l’autre, nous entendons dire que ce que nous cherchons est déjà présent en plénitude, que nous le sommes déjà.

    (…) Si la Réalité primordiale ne dépend pas de nous, en revanche ce qui dépend de nous est d’enlever ce qui la recouvre, ce qui crée l’impression de l’ego individualisé, de la séparation, de la limitation.

    Encore une image : la nappe d’eau est là, à quinze mètres de profondeur. Pour la rejoindre, il est nécessaire de creuser un puits ou de faire un forage. Et si ensuite, je peux arroser mon jardin, ce n’est pas par la grâce de mon forage mais par la grâce de la nappe d’eau…

    Le travail qui nous incombe consiste à creuser le puits pour atteindre la nappe d’eau qui nous attend dans la profondeur. C’est un vaste programme, différent pour chacun, car nous avons tous nos taches particulières qui se surajoutent à la propreté en nous. Nous avons tous nos bruits personnels qui viennent recouvrir le silence …

     

    ARNAUD, dans son livre : La TRAVERSEE  VERS L’AUTRE RIVE page 48

  • Au coeur de la métaphysique (1)

    (…) Comme l’a dit le Bouddha : « Tout ce qui est composé sera un jour décomposé ».  Tout ce qui est produit est un jour détruit, même le calme et la souplesse que j’ai obtenus grâce à la pratique du yoga…

    De tout ce que j’ai pu acquérir, que ce soit le pouvoir, la richesse ou le calme né de la pratique du yoga, qu’est-ce qui subsistera après ma mort?

    Les enseignements traditionnels affirment qu’il existe une réalité que rien ne peut détruire. Cette réalité, le Bouddha l’a appelée le  » non né, non-fait, non-devenu, non-composé ». Cela implique que cette réalité n’a pas eu un commencement dans le temps. Or, rien de ce que nous pouvons observer ne mérite de s’appeler le « non né » : tout est né, a été fait produit, que ce soit par la main de l’homme ou par la nature. Ce châle est né un jour, les plants de coton dont sont issus les fils qui le composent sont nés un jour. Il n’y a pas une réalité dont nous puissions prendre conscience qui ne soit pas le produit de quelque chose d’autre. Tout ce qui relève de notre expérience courante est composé, fût-ce composé d’atomes (ou de cellules en ce qui concerne notre organisme). Tout ce que nous voyons à tous les niveaux, dans tous les domaines, est observé dans le temps. Tout a une histoire, un devenir, que ce soit l’Empire romain, les objets qui nous entourent ou nous-mêmes. Et tout est sujet au changement. C’est le changement qui fait le temps. S’il n’y a aucun changement d’aucune sorte, le temps s’arrête et nous entrons dans le domaine du non né, non fait, non devenu, non composé. Et «  s’il n’existait pas un non né, non fait, non devenu, non composé, a précisé le Bouddha, il n’y aurait aucune évasion possible hors du né, du fait, du devenu, du composé« .

    Là, nous sommes au cœur de la méta-physique, au-delà de la nature. C’est cette réalité ultime que les hindous appellent âtman. Voici une parole étonnante pour ceux qui sont formés à l’approche chrétienne classique :  » S’il y a quelque chose après la mort, c’est qu’il y a quelque chose avant la naissance ». Ce « quelque chose », nous pouvons l’appeler la Vie éternelle, la Conscience ultime, une réalité qui ne dépend pas du tout de nous, qu’aucun effort aussi intense ou persévérant soit-il ne peut produire, ce qui correspond à l’idée que Dieu est infini et éternel et qu’en même temps nous pouvons en avoir l’expérience intime en nous-mêmes.

    La grand affirmation de tous les enseignements spirituels est que la voie consiste non pas à produire mais à découvrir une réalité qui est déjà là, qui n’a pas commencé à un certain moment, donc qui ne finira pas à un certain moment. C’est la vérité essentielle, fondamentale…

     

    Arnaud, page 44-45 de son livre : LA TRAVERSEE VERS L’AUTRE RIVE

  • En compagnie de Maurice Zundel

    En compagnie de Maurice Zundel (prêtre et théologien catholique, 1897-1975)…
    « Quand j’essaye de me demander: “Qui suis-je?”, je bute constamment contre des préfabrications.
    Qui suis-je? Mais je suis un donné, un résultat, un réseau de nécessités, je porte une hérédité que je n’ai pas choisie, j’ai été élevé dans un milieu que je n’ai pas choisi, j’ai “absorbé” un langage et une culture que je n’ai pas choisie, je suis arrivé à une époque que je n’ai pas choisie, je suis enveloppé par des mouvements d’intelligence, de volonté, je suis pris dans un réseau d’aspirations collectives, je suis victime d’une histoire dont je ne suis pas l’auteur : où situer ce je et moi qui s’affirme avec tant de passion pour défendre son inviolabilité? Où le situer?
    Faire de moi un surhomme, grimper par-dessus ma tête, adopter une morale de maître qui vaut pour quelques-uns, ça n’empêchera pas d’être sujet à la mort et d’être contesté par les autres qui prétendent, eux aussi, à la maîtrise et à la suprême grandeur.
    La passion avec laquelle nous affirmons notre autonomie et notre inviolabilité n’a pas de fondements : pourquoi est-ce que je me crisperais sur mon moi puisque je n’en suis pas le créateur? Pourquoi est-ce que je me crisperais sur cet individu, moi-même, devant lequel je me suis trouvé un jour sans y être pour rien? Pourquoi est-ce que j’exhiberais devant les autres ma propre histoire dont je ne suis pas l’auteur?
    Ce qui est justement si pathétique, et ce qui nous rend sensible la différence entre l’Ancien et le Nouveau Testament, et le passage transcendant qu’il faut opérer de l’un à l’autre, c’est que, tandis que dans l’Ancien Testament le péché suprême, le péché originel, c’est de vouloir être comme Dieu, dans le Nouveau, c’est cela même qui est l’unique nécessaire.
    On lit dans l’Ancien Testament: “Vous serez comme Dieu, ayant la connaissance du bien et du mal”, c’est ainsi que se formulait la tentation dans la perspective de l’auteur de la Genèse. Mais dans le Nouveau Testament on est appelés à être comme Dieu, c’est même cela qui est l’unique nécessaire: être comme Dieu! “Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.”
    Il s’agit d’être comme Dieu! Et, au fond, cette intuition nietzschéenne, cette volonté d’être Dieu, de ne supporter aucun Dieu en dehors de soi, est l’ébauche d’une vocation authentique. Mais attention!
    Oui, être comme Dieu, mais après avoir reconnu en Dieu justement la désappropriation infinie, la pauvreté suprême, le dépouillement translucide!
    Si Dieu est ce Dieu là, s’il est dans notre cœur une attente infinie, être comme Dieu, maintenant cela veut dire nous désapproprier fondamentalement de nous-mêmes pour que notre vie s’accomplisse comme la sienne dans un don sans réserve ».
    Maurice Zundel, « Le Problème que nous sommes », Le Sarment, Fayard, pp 39-42

    NB : Pour en savoir plus sur cet homme remarquable, n’hésitez par à relire ce que nous en a appris Michel Fromaget lors de sa première venue à La Bertais en mars 2016. C’est passionnant et disponible en cliquant ICI

  • Quand la mort est une bonne nouvelle

    (…) Si je suis sur le point de mourir, à quoi est-ce que j’aspire ? La mort physique offre la meilleure possibilité d’illumination ; et l’illumination offre la meilleure possibilité d’aider les autres. C’est ce que mon père disait souvent : Pour le yogi, la maladie est un plaisir, et la mort une bonne nouvelle.

    (…) la dégénérescence organique du corps mourant apporte une occasion unique de reconnaître le vrai esprit. Au moment où la demeure de chair et de sang de l’esprit s’effondre, les couches fabriquées de l’esprit se décomposent elles-aussi. L’esprit conditionné par des perceptions erronées et façonnées par des tendances routinières se détache. La confusion qui a obscurci notre clarté originelle et innée perd sa vitalité en même temps que les couches de peau qui recouvrent notre corps. Grâce à la dissolution de la confusion, la sagesse rayonne, comme dans le processus de méditation.

    (…) quand tous les cycles du corps et de l’esprit cessent de fonctionner, il ne reste que la conscience elle-même, l’espace ouvert non conditionné de la connaissance pure ; mais cette connaissance n’a plus d’objet. Voilà ce qui fait la singularité de la mort : il nous offre l’occasion la plus précieuse qui soit. A l’instant critique entre la vie et la mort, alors que le corps vacille au bord même de l’existence, l’absence de confusion permet l’expérience de la vacuité lumineuse.

    C’est le même aspect de l’esprit que celui qui se révèle chaque fois que nous reconnaissons un interstice dans l’esprit conditionné, que les nuages de la confusion se dissipent et permettent une expérience de conscience non conceptuelle. Ce n’est qu’en cet instant, à l’heure de la mort, que cette pure conscience intervient d’elle-même, et les habitudes du conditionnement passé n’ont plus la force de venir l’obscurcir.

    Mingyour Rinpotché : « POUR L’AMOUR DU MONDE »

    Chapitre 26 : « Quand la mort est une bonne nouvelle »

  • L’égo

     

    (…) L’égo n’est pas un objet; c’est plutôt un processus qui accompagne la propension à l’emprise et encourage à s’accrocher à des idées et à des identités fixes. Ce que nous appelons égo est en réalité une perception perpétuellement mouvante et, bien qu’il occupe une place centrale dans notre histoire narrative, ce n’est pas une chose. Aussi ne peut-il pas réellement mourir, ni être tué ou transcendé. Cette tendance à se cramponner se manifeste quand nous interprétons de façon erronée le flux constant de notre corps et de notre esprit et le prenons à tort pour un moi solide, immuable. Nous n’avons pas besoin de nous défaire de l’égo- ce sentiment du moi, immuable, solide et malsain – pour la bonne raison qu’il n’ jamais existé. Le point à retenir est qu’il n’y a pas d’égo à tuer. Ce qui meurt, c’est la foi en un moi durable, qui ne change pas, Le terme d’égo peut tout de même apporter une référence utile, mais il faut veiller à ne pas engager de  bataille contre quelque chose qui n’existe pas. Paradoxalement, quand nous combattons l’égo, nous renforçons les illusions du moi, rendant contreproductifs nos efforts pour accéder à l’Eveil.

    L’égo étant fréquemment identifié en termes négatifs, surtout dans les milieux bouddhistes, mon père prenait soin de me rappeler que nous possédons aussi un ego sain- ou un sentiment sain du moi. Il s’agit d’aspects du moi qui savent intuitivement distinguer le bien du mal, faire la distinction entre protection et tort, connaître instinctivement ce qui est vertueux et salutaire (…)

    POUR  L’AMOUR DU MONDE –  page 68 – Yongey Mingyour rinpotché – Editions Fayard

  • This is the Way

     

    (…) Tout le chemin spirituel pourrait se résumer au fait de se qualifier pour être en mesure de se laisser absorber par un niveau supérieur. Ce n’est pas à la vague d’accueillir l’océan. L’accueil pour la vague, c’est de se laisser accueillir par l’océan. Le chemin ne consiste donc pas à continuer à se prendre pour une vague pour ensuite vouloir « se donner » à Dieu.

    Swami Randa disait : (…) Il ne s’agit pas de se donner à Dieu, mais plutôt d’entrer  dans un profond silence pour entendre Dieu nous dire : « Tu m’appartiens ».

    Eric Edelmann dans son livre : ‘Dans la splendeur du vrai » page 203

     

  • Tranquille

     

    « Sri Ramana Maharshi utilisait deux citations de la Bible, et disait qu’il y a là deux énoncés qui sont purement védantiques.

    Ces deux citations viennent, le premier de Exodus chapitre 2, quand Dieu révèle son nom à Moise : Je Suis celui qui Suis. Être absolu

    La seconde citation vient d’un psaume qui est la plus belle prière de la tradition juive. « Soit tranquille et sache que je suis Dieu ». C’est ce que le prophète Elijah a expérimenté un jour. Ceci est en fait le cœur de l’enseignement de Bhagavan Ramana Maharshi

    Sois silencieux. Quand vous êtes ce Silence antérieur avant toute pensée. Ce n’est pas l’absence de pensées, ce n’est pas l’interruption des pensées ; qui serait une sorte de silence artificiel. Le vrai Silence est toujours présent. Même quand vous cessez les pensées, ce Silence était déjà là. Vous ne pouvez pas le créer, le forcer ; Il est toujours présent, naturel, spontané.

    Quand vous demeurez dans ce Silence intérieur naturel, vous vous reliez avec le Cœur, et vous recevez la transmission du maître, du Guru, du Cœur. Ceci est l’enseignement le plus haut, le langage du Silence, sans un seul mot, de cœur à cœur.  La Présence sous la forme du Guru, du cœur du Guru, Présence dans le cœur du chercheur, il n’y a nul besoin de mots. Les mots sont seulement quand vous n’arrivez pas encore à vous relier à votre Soi le plus profond. »

    Satsang avec Swâmi Atmananda : « Seul le Silence entend le Silence » 23. 10.18 Ajatananda Ashram Rishikesh

  • Méditer

    « …L’étymologie du mot « méditer », du latin mederi, signifie justement » prendre soin » et dans sa forme fréquentative, meditari, prendre soin souvent, régulièrement.

    Statue du Bouddha dans le temple de la Mahabodhi – Bodhgaya – Inde

    Le fait de s’accorder un moment pour s’asseoir et faire retour en soi-même est une prise en compte à la fois respectueuse et bienveillante de ce que nous sommes à tous les niveaux, du plus grossier au plus subtil. Une telle observation de soi correspond à un assentiment profond, un accueil impartial et enveloppant qui permet une transition de « ma vie » à la Vie. Le sentiment de véritable affirmation qui en résulte provient non pas du fait de prendre, mais de lâcher prise. On en arrive à l’opposé de l’expérience courante qui considère que l’affirmation ne peut passer que par les anciens reflexes : vouloir tout fixer retenir ou arrêter le courant. Au contraire, on ouvre la main pour laisser passer l’eau ou le sable. La main représente ici une attitude intérieure d’ouverture à l’immédiateté de l’instant. On joue de tout son être le jeu du changement en cessant de s’agripper à quoi que ce soit. Ce qui émerge à la fine pointe de cette impression de fluidité est la présence d’une constance, la permanence de la vigilance. La trame du moi se desserre peu à peu et nous fait sentir de plus en plus transparent, laissant la place à un silence vivant, vibrant. Tel un bourdonnement silencieux, une qualité énergétique s’intensifie, mais il ne faut pas se l’approprier. A l’image d’un morceau de sucre qui fond dans un verre d’eau, les limites artificielles et conditionnées perdent momentanément de leur consistance… »

    Eric Edelmann dans son dernier livre : La SPLENDEUR DU VRAI page 200, 201

  • Toute la voie consiste à passer de l’extérieur vers l’intérieur…

     » La vie est si curieuse, si surprenante si nuancée, et chaque tournant du chemin nous découvre une vue entièrement nouvelle. La plupart des gens ont une vue conventionnelle de la vie, or il faut s’affranchir intérieurement de tout, de toutes les représentations convenues, de tous les slogans, de toutes les idées sécurisantes, il faut avoir le courage de se détacher de tout, de toute norme et de tout critère conventionnel, il faut oser faire le grand bond dans le cosmos : alors la vie devient immensément riche, elle déborde de dons, même au fonds de la détresse.
    Etty Hillesum, Une Vie bouleversée, journal 1941- 1943, Seuil, 1981, page i56

    Tout d’abord enfermée dans un camp de transit pour être ensuite déportée à Auschwitz, cela ne l’a pas empêché de constater :  » Chez moi, tout va de l’intérieur vers l’extérieur, non en sens inverse. Généralement, les mesures les plus menaçantes- et elles ne manquent pas en ce moment- viennent se briser sur ma certitude intérieure et ma confiance et, ainsi filtrées en moi, perdent le plus clair de leur caractère menaçant. »

    Eric Edelmann dans son dernier ouvrage : LA SPLENDEUR DU VRAI page 43, 44

    La richesse du monde intérieur d’Etty Hillesum se révèle à la mesure de la perte du pouvoir qu’exercent sur elle les circonstances extérieures. D’où cette instruction que j’ai reçu de la part d’Arnaud ;

    En arriver à la décision radicale : je ne veux plus que l’extérieur ait pouvoir sur moi.

    Le programme devient beaucoup plus clair, concret- et difficile.

    Toute la voie consiste à passer de l’extérieur vers l’intérieur. Elle consiste en exactement tout le contraire de ce à quoi nous sommes habitués.

    ARNAUD

  • La relation entre le penseur et les pensées

    Marari – Kerala – India – 04-02-2018

    (…) Il n’y a un penseur que quand il pense et les pensées sont un flux, une succession, un changement incessant. Le penseur proprement dit n’est donc en rien un « je suis » permanent. Mais ce courant, cet engrenage, est sous-tendu par une Conscience immuable.

    CHIT en sanscrit désigne cette Conscience

    En soi, CHIT n’est impliqué ni dans le temps, ni dans l’espace, ni dans le jeu des causes et des effets, ni dans la mesure (quelle que soit l’unité de mesure), ni dans l’attraction et la répulsion. C’est cette Conscience supra-individuelle qui se laisse entrevoir dans « l’intervalle entre deux pensées » sur lequel aussi bien le yoga que le védanta ont tant insisté.

    (…) Elle est, c’est tout, SAT (l’Etre) et CHIT (la Conscience), infinie et éternelle. Tout le voyage se déroule à l’intérieur de la Conscience, dans le champ de la Conscience. La Conscience ne se déplace pas. Certes, le corps physique est toujours situé en un point de l’espace  et en un point du temps mais le temps et l’espace apparaissent dans l’infini de la Conscience. Ce n’est pas « vous » au sens ultime de « Je » ou « Je suis », qui accomplissez le voyage, c’est en Vous que le voyage s’accomplit.

    (…) Cette Conscience infinie a été évoquée de différentes manières dans des langues différentes mais toutes pointent vers l’ultime profondeur en nous-mêmes, vers la Source divine ou métaphysique de notre conscience d’être individuelle soumise à la souffrance et la peur. C’est l’ignorance de cette vérité sur vous-mêmes, ou quant à vous-mêmes, qui est la cause de toutes les frustrations et de toutes les angoisses. Eradiquer la cause pour éradiquer de nos cœurs la souffrance, c’est se délivrer de la conscience limitée à l’égo par l’égo.

    ARNAUD

    LA PAIX TOUJOURS PRESENTE : Chapitre 1 : Guérir de la souffrance, pages 38, 39, 40

     

  • Un poème de Tagore

    Les douleurs qui se balancent dans le sang

    En deçà de la conscience

    Ne sont que des bulles dans le flux de la pensée

    Sans identité fixe…

    Ce dont l’intelligence se moque en le traitant de faux

    C’est cela la racine du vrai

    La sève qui secrètement le nourrit

    S’épanouit dans les fleurs et les fruits.

    Derrière le sens, l’absence de sens

    Distribue son ombre colorée :

    La réalité forge nos chaînes

    L’illusion nos jouets

    Rabindranath Tagore

  • A NOUS DEUX SOUFFRANCE

     

    C’est la possibilité même de souffrir qui peut être extirpée d’une existence humaine.
     Voilà une première façon bien concrète de comprendre ce qu’est la Libération. A défaut d’être une approche complète, c’est en tout cas une approche parfaitement exacte, qui ne vous induit pas en erreur et que vous reconnaîtrez comme vrai si un jour cet Eveil intérieur se produit pour vous (…)

    (…) Quand la souffrance est présente, souvenez-vous que cette souffrance, aussi répandue soit-elle, est un phénomène anormal, pathologique, mais que cette maladie peut être guérie.

    Quelle que soit votre souffrance, quelle que soit la situation, souvenez- vous : un sage, à votre place, exactement dans les mêmes conditions extérieures que les vôtres, ne souffrirait pas.

    Tout l’édifice du chemin et de la Libération qui est au bout du chemin repose sur cette simple affirmation.

    Ne l’oubliez pas. Ne niez pas la souffrance ; vous ne pouvez pas la nier, elle est là. Mais n’en soyez pas dupes non plus en la considérant comme une manifestation inévitable dans les circonstances où vous vous trouvez. Ce fonctionnement que nous appelons techniquement le mental réussit à vous prouver que, dans les situations où vous êtes, on ne peut pas ne pas souffrir. Et c’est à vous d’être plus habiles que le mental (…)

    Je peux vous donner la clé qui ouvre la porte de la prison. C’est cette affirmation : il vous est tout à fait possible de dissocier la souffrance elle-même de la situation douloureuse.

    (…) Ce que je vous propose, est une certitude, quelque chose qui « marche » à tous les coups, donc qui a une valeur absolue, donc qui est la seule réponse à ce caractère en vérité absolu de tout désir et de toute peur.

    (…) Et pour l’instant, vous ne vous occupez pas de la cause de la souffrance, vous vous occupez uniquement de la souffrance elle-même.

    Donc, toute situation dans laquelle vous vous trouvez, au lieu de la voir seulement comme pénible ou affreuse, voyez-la comme un échantillon grandiose : « C’est à moi que cela arrive, mais là je suis au cœur de mon esclavage. Tout autre que moi, à ma place, souffrirait ; et tous les hommes souffrent autour de moi- sauf, justement les sages »

    (…) Les émotions imposent des idées noires, des pensées inquiétantes : « qu’est -ce qu’il faut faire, je n’y arrive plus, c’est trop difficile » avec tout le vocabulaire de l’émotion : « Si, seulement…si seulement…

    (…) Il faut impérativement que vous échappiez à l’obsession de ces pensées, puisque ces pensées nourrissent l’émotion, que l’émotion sécrète à son tour de nouvelles pensées et que les pensées attisent encore l’émotion. C’est très exactement un cercle vicieux (…)

     (…) Eh bien, voici le secret tout simple : sur quoi pouvez-vous le plus facilement concentrer votre attention pour ne plus penser lorsque vous souffrez ? A la souffrance elle-même ! C’est une manière très concrète de comprendre la parole que j’ai souvent citée : « Comment échapper à la fournaise de l’enfer ? Sautez dans les flammes là où elles sont les plus hautes »

    (…) Vous concentrez tout votre intérêt dans la souffrance elle-même pour la ressentir, la connaître, la vivre consciemment, l’apprécier, en avoir l’expérience. Et vous allez faire cette extraordinaire découverte : il est très facile de se concentrer dans l’émotion douloureuse et, du coup, de ne plus penser. Vous ressentirez donc l’émotion en tant qu’émotion, la souffrance en tant que souffrance, mais il n’y aura plus les pensées. Et c’est le but à atteindre coûte que coûte.

    (…) Il suffit d’un échantillon, un seul, de souffrance pour faire cette découverte fondamentale : il est possible de disjoindre la situation et l’état intérieur. C’est une expérience inoubliable ; toute la souffrance vient de cette non-dissociation et toute la libération vient de cette dissociation.

    (…) C’est possible de ne plus souffrir

     Arnaud Desjardins

    « La voie du cœur » extrait du chapitre 8