J’ai reçu à Noel en cadeau ce livre de Mathieu Ricard . C’est un pavé qui fait 7oo pages plus le glossaire et les notes. Ce livre est d’une richesse inouïe et témoigne d’un parcours remarquable, exceptionnel. Je me suis dit je vais certainement écrire des posts pour le blog. Mais comment faire, comment choisir?
Une courte présentation
Pendant trois décennies, la vie à la fois simple et extraordinaire de Mathieu Ricard alterne retraites méditatives dans les lieux les plus inaccessibles et voyages fascinants au Bhoutan, au Népal et au Tibet. Puis, en 1997, le Moine et le philosophe, coécrit avec son père, le philosophe Jean-François Revel, paraît. Son succès international inattendu plonge le paisible moine dans un maelstrom d’interviews et de conférences à travers le monde. De livre en livre, il met alors son travail d’auteur et ses talents de photographe au service de son message d’amour altruiste.
Ses carnets racontent une vie de moine errant, sans attache matérielle ou géographique, toujours en chemin vers la liberté intérieure et le bien d’autrui.
(…) A un moment, mon maître Khyensé Rinpoché baissa les yeux vers moi et me demanda : » As-tu appréhendé rigpa, le présence éveillée? » Je répondis timidement que oui, j’entrevoyais parfois cette présence éveillée, la conscience pure. Je n’étais évidement pas en position de pouvoir affirmer que j’avais vraiment et pleinement réalisé le caractère lumineux de l’esprit, mais pour répondre sincèrement à mon maître, je ne pouvais pas non plus prétendre ne pas savoir du tout de quoi il s’agissait. Khyensé Rinpoché fit ce commentaire : » C’est bien cela. Tu n’as pas à chercher autre chose. » Selon ma modeste compréhension de cet épisode, Khyensé Rinpoché tenait à me montrer que rigpa était d’une extrême simplicité, toujours présente, même si on l’oublie, derrière l’écran des pensées, comme le soleil et le ciel immaculé restent présents, inaltérés, derrière les nuages qui les voilent momentanément. Si le méditant l’appréhende dans un moment d’ouverture intérieure, il ne doit pas chercher « ailleurs », ou s’attendre à « autre chose » que cette nature inaltérable de son propre esprit, la conscience pure libre de toute fabrication mentale. Khyensé Rinpoché exprime ce point de manière lumineuse dans ses explications du Trésor du cœur des êtres éveillés :
« L’esprit n’a ni forme, ni couleur, ni substance ; voilà pour son aspect vide. Mais il peut connaître les choses et percevoir une variété infinie de phénomènes ; c’est son aspect lumineux, c’est-à-dire connaissant. L’union inséparable de ces deux aspects -vacuité et luminosité- constitue ce que l’on appelle l’esprit originel immuable.
Pour le moment, la carté naturelle de votre esprit est voilée par vos égarements. Mais au fur et à mesure que ces voiles se dissiperont, vous commencerez à découvrir la radiance de la conscience éveillée, jusqu’au moment où vos pensées se libéreront à l’instant même où elles apparaîtront, comme un trait sur l’eau disparaît dès qu’on le trace. Quand on reconnaît directement la nature de l’esprit, c’est ce que l’on appelle le nirvana. Quand elle est voilée par la méprise, c’est ce que l’on appelle le samsara. Mais le samsara comme le nirvana n’ont jamais été distincts du continuum de la nature absolue. Quand la conscience éveillée atteint son degré de plénitude, les remparts de la confusion mentale s’écroulent et la citadelle de l’absolu, au-delà de la méditation, peut être conquise une fois pour toutes ».
Mémoires : Allary Editions – Chapitre 23 : Au quotidien auprès de mon maître page 238, 239



















