Catherine Laugée, la représentante de la FIDHY (Fédération Inter-enseignements de Hatha-Yoga) qui gère ma participation au prochain congrès de ZINAL, m’a demandé de répondre à quelques questions pour permettre aux membres de l’Union Européenne de Yoga de faire davantage connaissance avec moi. Voici, en avant-première, le texte de cet interview…

Catherine Laugée : Tu as choisi de traiter du sujet du prochain congrès à partir du Mahâbhârata, peux-tu me dire pourquoi et ce qui, à l’origine, a motivé ton intérêt pour ce texte ?
Yann : Je vais d’abord répondre à ta deuxième question. Par tempérament je suis plutôt ce qu’il est convenu d’appeler « un intellectuel » et ma formation universitaire de philosophe n’a rien fait pour arranger les choses. Ce qui fait que j’ai d’abord eu un coup de cœur pour la dimension métaphysique de la tradition hindoue en privilégiant les textes dits « savants » : Upanishads, Brahma-sutra, Yoga-sutra… Jusqu’au jour où j’ai eu la chance de voir le film de Peter Brook sur le Mahâbhârata. Celui-ci m’a révélé une tout autre approche de la sagesse, beaucoup plus « incarnée », et à partir de là, je me suis évertué à enrichir ma compréhension initiale des concepts du Yoga à l’aide des nombreuses mises en scène de ceux-ci qu’on trouve dans la littérature populaire.
Pour répondre à ta première question, c’est de là qu’est venue mon idée de traiter le thème du congrès (abhyâsa-vairâgya) en recherchant dans cette grande épopée les personnages qui l’incarnent le mieux…
Catherine : Du coup, peux-tu conseiller la lecture d’un passage particulier de ce texte et pourquoi ?
Yann : Étant donné qu’il s’agit d’un ouvrage excessivement long et qu’il n’existe pas de traduction intégrale en français, le plus facile est de relire tout ou partie de la Bhagavad-Gîtâ, dont je rappelle qu’elle est elle-même incluse dans le livre VI de l’Épopée. Je recommande en particulier la lecture des deux premiers chapitres de la Gîtâ. Le premier parce qu’il évoque de façon vivante l’ambiance colorée du récit, le second parce qu’il présente une remarquable synthèse des enseignements upanishadiques et qu’il offre aussi deux des meilleures définitions que je connaisse de ce qu’est le Yoga (II,48 et II,50).
Catherine : Dans ton parcours en yoga, quel a été ton plus grand apprentissage ?
Yann : J’ai eu la chance, très jeune, de recevoir l’enseignement de Shri Kulkarni, un pandit formé au védânta shankaracharien et c’est à travers lui que j’ai découvert que le fond de mon être était « divin », ou, pour parler en termes védantiques, que « j’étais moi aussi CELA ». Cette initiation à la vraie nature de moi-même a été, et de loin, l’apprentissage le plus décisif qu’il m’ait été donné de faire dans cette existence, car elle m’a servi de véritable boussole pour le reste de ma vie.
Catherine : En dehors de ta venue au congrès de Zinal, quels sont tes projets en cours ou à venir ?
Yann : Comme je commence à prendre de l’âge, mes projets tendent à devenir modestes. J’ai consacré ma vie professionnelle à retransmettre ce que j’ai pu moi-même comprendre du Yoga et du Védânta et dans cette perspective j’anime avec mon épouse un centre de retraite en Bretagne, plus spécifiquement consacré à la pratique de l’adhyâtma yoga. Issue du maitre indien Swâmi Prajnanpad, cette voie spirituelle, qui a été popularisée en France par les ouvrages d’Arnaud Desjardins et Daniel Roumanoff, est au cœur de ma propre pratique. Si Dieu le veut, je continuerai aussi longtemps que possible à participer à la retransmission de cet enseignement, car, à mes yeux, il propose une démarche particulièrement adaptée aux aspirations spirituelles de mes contemporains.
Catherine : Comment se déroule ton enseignement à la Bertais?
Yann : En tant qu’ancien « prof de philo », une petite partie de mon activité consiste à enseigner de façon didactique les principes de la sagesse indienne. J’anime en outre un cours hebdomadaire de hatha-yoga. Mais pour l’essentiel, je me consacre, avec mon épouse, à conduire des retraites résidentielles au cours desquelles nous offrons aux participants un suivi individuel dans la ligne de l’adhyâtma-yoga, cela en lien avec l’ashram d’Hauteville fondé par Arnaud Desjardins qui est en quelque sorte la « maison mère » de La Bertais.
Catherine : Souhaites-tu partager un conseil, une pensée…?
Yann : J’aime particulièrement ce passage célèbre de la Mundaka (II,2, 3-4) qui présente le Aum, comme la grande arme fournie par les Upanishads. À l’aide de ce Aum, c’est-à-dire, de ce « Oui à ce qui est », puissions-nous parvenir à nous réconcilier tant avec nos propres contradictions qu’avec l’ensemble de la réalité !