Le Yogavâsistha est un immense poème sanskrit de 32.000 strophes qui raconte comment un maitre nommé Vâsistha s’y est pris pour aider son élève le prince Rama à sortir de la profonde dépression dans laquelle il se trouvait et pour le conduire peu à peu à l’éveil. C’est ainsi que durant 18 jours d’affilée, il lui prodigue graduellement les principes de la sagesse ultime, tant à travers des exposés didactiques que par le biais de contes ou de légendes qui viennent illustrer son propos.
Yves a traduit les quelque 175 versets qui viennent conclure ce périple initiatique et où l’on assiste à l’illumination de Rama. Et c’est pourquoi il a appelé son livre « l’Éveil selon le Yogavâsistha».
Mais du fait de son grand intérêt pour ce texte, Yves a récemment été amené à découvrir l’œuvre d’un universitaire indien contemporain de Swâmiji qui, en 1936, a soutenu une thèse sur le Yogavâsistha. Cet érudit a ainsi sélectionné, puis classé par thème, les 2.500 strophes qu’il a considéré être l’essence philosophique de l’œuvre. Suite à quoi, il a entrepris de résumer ce premier travail en extrayant 150 strophes qui, selon lui, en représentaient la quintessence ultime.
Yves ayant eu accès à ces 150 strophes, il a décidé de les traduire du sanskrit en français, et c’est à partir de ce petit opuscule qu’il a conçu pour nous son séminaire.
Ceux et celles qui avaient lu son premier livre ont donc été un peu surpris, car au lieu de travailler directement sur les versets déjà présentés, Yves a choisi de nous faire découvrir ces autres strophes.
Il a ainsi alterné entre la lecture commentée de sa toute récente traduction et l’échange questions-réponses avec l’auditoire. Ce qui, plusieurs fois, l’a conduit à partager avec nous des aspects assez intimes de sa propre sadhana, rendant par là ses exposés d’autant plus vivants et « nourrissants » pour l’auditoire.
À plusieurs reprises, ça phosphorait fort sous les crânes, et il y a même eu un moment de flottement, samedi, vers la fin de la seconde réunion, quand Yves s’est attaqué, tambour battant, aux strophes consacrées à présenter le mental. S’étant rendu compte à postériori qu’il avait quelque peu surestimé la capacité d’absorption des participants, il a su, dès le début de la réunion du dimanche matin, reprendre en main le groupe et nous avons ensuite été nombreux à « boire ses paroles » pour le reste de la journée.
Outre de nouveaux développements sur le mental, cette fois beaucoup plus clairs, les deux thèmes principaux du dimanche ont été « la pratique selon le Yogavâsishta », puis « la description de l’état le libéré-vivant ». C’est sur cette évocation inspirante que s’est conclu ce week-end, qui, à mes yeux, est appelé à rester dans les mémoires et les cœurs de bon nombre d’entre nous.
Comme toujours, je laisse aux personnes présentes le soin de venir enrichir ou compléter de leurs commentaires ce premier petit compte rendu…
La famille Roumanoff est prolixe en talents divers. Catherine, la seconde fille de Colette et Daniel, est hypnothérapeute et à ce titre anime une chaine YouTube appelée ABC TALK. Il y a peu, elle a réalisé pour ce média un interview de sa mère. Passé le début du podcast quelque peu « racoleur », l’interview présente des aspects aussi sympathiques que riches du point de vue de l’ enseignement. Le propos est certes un peu décousu (façon Colette), mais de-ci-delà, j’y ai trouvé un certain nombre de « perles » que je vous livre ci-dessous.
À propos de la phrase de Swâmiji, « personne n’aime personne« , Colette fait un commentaire fort à propos en disant qu’il s’agit là du point de départ commun à tous, mais que le chemin est là pour nous permettre peu à peu d’accéder à un vrai intérêt pour autrui, intérêt qui le moment venu se transforme en authentique sentiment d’amour. Ce que j’ai apprécié, c’est la mise en perspective de cette phrase de Swâmiji, qui, hors de ce contexte, peut paraître quelque peu abrupte, voire désespérante, alors qu’elle prend tout son sens dans l’optique du cheminement évoqué par Colette…
« Jusqu’à quand allez-vous danser sur la langue des autres » : je n’avais jamais entendu cette parole de Swâmiji qui se veut une remise en cause de notre attachement à l’opinion d’autrui nous concernant. Quelle belle formule !
« Aujourd’hui ne finit jamais » : ça ressemble au titre d’un James Bond (cf. Demain ne meurt jamais…), mais au-delà de ce clin d’œil humoristique, j’ai, là aussi, bien aimé cette formule à l’emporte-pièce qui me semble une déclinaison plus « fun » du quelque peu trop rabâché « ici et maintenant ».
Une de mes préférées : « Tout est différent, mais tout est relié« . Je n’avais jamais entendu la seconde partie de cette citation alors qu’elle m’est soudain apparue capitale. Oui, nous sommes tous différents les uns des autres et c’est tellement important de s’en rendre compte et de respecter cette différence. Mais en même temps ces différences ne sont pas des séparations, mais des modalités d’interaction. Je ne peux pas me couper des autres au motif qu’ils sont trop différents de moi, car, que je le veuille ou non, nous sommes tous dans le même bateau et ce que je suis interagit nécessairement avec ce qu’ils sont (et vice-versa). C’est donc là à mes yeux une façon beaucoup plus complète d’envisager la fameuse « loi de la différence »…
Et pour finir une formule qui n’est pas de Swâmiji, mais de Colette, ce qui n’empêche qu’elle m’a aussi percutée : « Je ne peux pas être plus gentille avec les autres que je ne le suis avec moi-même« .
Bon, si vous voulez vous aussi profiter de l’énergie quelque peu débordante de la plus jeune des disciples encore vivantes de Swâmiji, c’est par ici :
Une fois n’est pas coutume, cet article vise à faire la promotion d’une nouvelle initiative de mon fils aîné, Christophe Le Boucher.
Après avoir écrit un livre sur « Les illusions perdues de l’Amérique démocrate » (présenté ICI), animé une Newsletter sous le pseudonyme de Politicoboy, collaboré à divers médias politiquement engagés, il vient de lancer une seconde Newsletter consacrée à une critique des nouvelles technologies.
Signe de son évolution personnelle, alors qu’en 2017, il avait écrit ici même un article à la gloire des principales innovations à venir, il porte désormais sur elles un regard beaucoup plus critique et prend un malin plaisir à révéler le dessous des cartes des annonces les plus médiatisées. Dans le jargon de la jeune génération, il « débunke les fake-tech ». Ou, en français du siècle dernier, il démystifie les fausses informations sur les nouvelles technologies.
Voici comment il présente lui-même sa nouvelle initiative :
« Oubliez l’ère de la High tech et son alternative soutenable de « Low tech », nous entrons dans l’âge des Fake tech. La Silicon Valley n’invente plus, elle manipule. Ses milliardaires ralliés à Trump ne cherchent plus à faire progresser l’humanité, mais à acquérir toujours plus d’argent et de pouvoir. Quitte à proposer un récit trompeur et mensonger pour imposer leur vision du futur. Déconstruire ce narratif techno-solutionniste nécessite de porter un regard critique sur la Tech. C’est le but de « Fake Tech », ma nouvelle newsletter techno-sceptique. À travers elle, j’espère également toucher un public plus large et moins « politisé ». Afin, entre autres, de modestement contribuer à la bataille culturelle contre l’extrême droite et ses relais » .
Après cette présentation musclée, deux articles sont d’ores et déjà disponibles qui « décoiffent » quelque peu, en comparaison de ce que la presse généraliste nous en a dit.
Le premier concerne la bataille actuelle qui fait rage entre le réseau social chinois Tik Tok et l’administration américaine. Où on apprend que le grand méchant n’est pas forcément celui qu’on croit ! Pour en savoir plus, cliquez ICI.
Le second traite de l’annonce tonitruante (mais mensongère) de Trump prétendant faciliter un investissement de 500 milliards de dollars pour le développement de l’Intelligence artificielle « made in USA ». Une grossière récupération médiatique d’une initiative privée qui a démarré en mars 2024 et au financement de laquelle l’Etat fédéral américain n’est pas associé! Cela vous laisse dubitatif : lisez sans plus tarder la vraie histoire de cette « fake-news » en cliquant ICI
A gauche de l’image, Sam Altman le patron de ChatGPT…
Bon, en ce qui me concerne, j’ai eu l’impression d’être un peu moins bête après avoir pris connaissance du contenu de chacun de ces deux articles. Alors, si vous êtes comme moi, n’hésitez pas à vous abonner à cette Newletter et à la faire connaitre autour de vous !
Cette photo a été prise à partir de la cour de La Bertais, le vendredi 3 janvier vers 18h. Elle montre une conjonction quasi-parfaite de la planète Vénus (le petit point brillant en haut) avec la Lune (dans son premier quartier).
Bon, en vrai, c’était encore plus beau, mais mon petit iPhone est un peu limité pour ce genre de cliché…
Ceci étant, si j’ai eu envie de partager cette image avec vous, c’est à cause de sa symbolique, qui m’offre un support inattendu pour vous présenter nos vœux pour cette nouvelle année.
Astrologiquement, Vénus est la planète qui incarne des valeurs telles que la Beauté, l’Amitié, l’Harmonie et le Plaisir de vivre…
Et la Lune incarne le mental, avec ses cycles incessants de haut et de bas, sa luminosité tantôt aveuglante (pleine lune) et tantôt ténébreuse (lune noire).
Or comme vous le montre la photo, en ce vendredi 3 janvier à La Bertais, Vénus était clairement AU-DESSUS de la Lune. J’y ai vu comme un signe, une sorte de message pour nous dire que, cette année, il allait nous falloir faire en sorte que la sagesse des valeurs féminines (Bonté, Fraternité, Joie de vivre) tienne la dragée haute au carrousel du mental !
Alors tel est notre vœu à Anne-Marie et moi pour chacun et chacune d’entre vous : qu’en 2025 votre mental reste le plus souvent possible sous la garde bienveillante de votre propre féminité !
PS : Ci-dessous, un cliché de la même conjonction pris quelques heures plus tard par un photographe professionnel.
En avril 2020, Georges nous avait fait découvrir sur ce blog l’excellent livre de Mingyour Rinpotché « Pour l’amour du monde ». Son article, à relire ICI, avait suscité à l’époque un bon nombre de commentaires enthousiastes et m’avait décidé à lire moi-même l’ouvrage puis à remercier Georges de me l’avoir fait connaitre…
Eh bien, figurez-vous que j’ai appris tout récemment qu’un film avait été fait sur cette aventure. Son scénario commence par reprendre les premiers chapitres du livre, mais il prolonge ensuite magnifiquement l’ouvrage en nous conduisant pas à pas dans les principaux lieux de retraite solitaire où a vécu Mingyour Rinpoché. Les images de haute montagne sont somptueuses et le récit des différentes expériences intérieures de Mingyour est très inspirant.
Avec l’association « Médit’àRennes », nous envisageons d’organiser une projection publique à l’occasion des Rencontres de Médit’àRennes des 26 et 27 avril 2025. Mais sans attendre cette opportunité, je ne saurais trop vous conseiller de visionner ce film dès à présent, du moins si vous voulez, en ce début d’année 2025, pouvoir bénéficier au plus tôt du « choc additionnel » dont il est porteur pour notre propre pratique!
D’un point de vue concret, le film n’est actuellement disponible qu’en streaming, et cela en version originale anglaise (avec sous-titres en français). Voici sa bande-annonce (qui, elle, n’est pas sous-titrée, mais ça vous donnera déjà une idée, surtout si vous vous mettez en plein écran…)
En cette période où l’on prend fréquemment « de bonnes résolutions » , n’hésitez pas à vous offrir ce cadeau que vous pourrez visionner autant de fois que vous voudrez pendant 30 jours sur votre ordinateur, tablette ou télévision pour la modique somme de 9,86€. Cadeau qui pourra même être partagé sans modération en famille ou avec des amis.
Cliquez ICI pour louer le film, puis rendez-vous dans les commentaires de cet article pour me dire s’il vous aura fait aussi forte impression qu’à moi…
Un peu par hasard, j’ai eu l’occasion de lire un article de fond1 publié par le Monde qui a eu accès à la correspondance privée de l’Abbé Pierre alors que celui-ci était jeune moine capucin. Une fois encore, après la lecture de cet article, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir combien la célèbre parole de Swâmiji était juste :
« Personne n’a le droit de juger. On n’a que le droit de comprendre »
Voici quelques passages qui jettent une lumière aussi crue qu’ inattendue sur les tourments intérieurs du jeune Henri Grouès, futur Abbé Pierre.
« Cinquième d’une fratrie de huit enfants, Henri Grouès naît, le 5 août 1912, à Lyon, dans une famille de la haute bourgeoisie catholique, proche des jésuites. Riche négociant industriel, son père, Antoine, a épousé Eulalie Perra, une fille de notable de province fière de donner aux siens une éducation chrétienne très stricte. Considérées comme indécentes, les marques de tendresse sont rares chez les Grouès. On embrasse peu, on ne câline guère. Chaque soir, la famille s’agenouille et prie longuement. « Seigneur, nous savons que nous ne sommes rien, que nous ne connaissons rien », récitent parents et enfants à l’unisson. À l’église, chacun a son nom inscrit sur un prie-Dieu.
Henri Grouès devient, fin 1931, frère Philippe de Lyon, ainsi appelé comme le veut, à l’époque, la tradition capucine : le prénom donné reprend celui d’un ancien religieux récemment mort, et la ville choisie décline les origines du séminariste. Dès lors, sa vie oscille entre jubilation et dépression. Heureux, il signe « Frère La Joie » ou « Frère Philippe, chevalier scout de France » (ce qu’il était, en effet). Mais quand il se sent « vide et triste », ses paraphes s’assombrissent et deviennent « Votre capucin indigne » ou « Votre pauvre frère Philippe ». Accalmies et tempêtes s’enchaînent.
Dans une lettre de 17 pages qu’il écrit alors à son directeur spirituel (le maitre des novices), on lit entre autres cette confession : « J’avais 5 ans, rue des Gloriettes à Lyon. J’étais tourmenté – en secret – par les organes de procréation. Je ne sais quel instinct me jetait en défiance contre cette chair. Un soir, je dérobais un couteau de table, le cachais en mon petit lit et la lampe éteinte après que maman m’eut dit : “À Dieu”, je luttais, apeuré et voulant – je voulais le rejeter loin de moi. Vous comprenez, père… Le sommeil me vainquit. Je me souviens, au matin, je trouvais mon drap taché de sang et le cachais… Je m’étais légèrement blessé. Tout confus de n’avoir pas eu le courage et devenu plus raisonnable, je faisais une trêve et acceptais de vivre avec cette chose louche que je détestais à laquelle je gardais rancune et haine toujours. Cela, jamais nul au monde encore ne l’a su, vous le savez, vous, père. » il poursuit :« Comprenez-vous, déjà, l’effroi et le respect qui me saisissent.“Mon Dieu, quelle est donc votre vue sur mon âme ? Que voulez-vous donc de moi, ô mon Dieu !”, parole que je m’écriais un soir, songeant à cela et à d’autres choses aussi effarantes qu’il faut que je vous conte. »
Il révèle alors qu’à l’âge de 7 ans, il a été victime d’une série d’agressions sexuelles alors qu’il était tout jeune pensionnaire au collège des Minimes à Lyon :
« Des grands vicieux m’entreprennent. Je deviens durant deux mois, sous la menace d’un pistolet, leur jeu. Un jour, je fuis le collège. À la maison où l’on me voit arrivé hors d’haleine, on ne sait pas, on questionne. Je ne réponds pas. On me trouve – grâce dont mon cœur s’exclame de reconnaissance – de la fièvre et je passe trois mois au lit, malade : sauvé!
Quand, après, je remonte aux Minimes, les grands m’ont oublié. Quelqu’un d’autre est leur proie. Un mois plus tard, les plus endiablés sont surpris et renvoyés à grand scandale. J’en entends l’écho. J’avais 7 ans…
Sauvé ? Pas tout à fait, car le traumatisme des attouchements forcés ont exacerbé son ambivalence initiale vis-à-vis du sexe et à partir de là, il se retrouve encore plus divisé entre ses pulsions onanistes et son idéal spirituel : » « J’avais des Minimes gardé, hélas, des habitudes, des troubles désastreux… Il me faut plus de deux ans de lutte serrée à coups de confessions parfois quatre ou cinq fois par semaine pour que j’en sorte… Mais j’en sors – très épuisé mais purifié enfin – et prêt à le rester. »
À l’entrée de l’adolescence, toujours en butte à ses pulsions, il tombe (platoniquement) amoureux d’un condisciple : « Un besoin inconnu me tourmente, il me faut aimer, être aimé (…) Alors, pour atteindre l’Amour, si je ne puis avoir celui que l’on reçoit (…), je couche la nuit sur le plancher, me rhabillant une fois la lampe éteinte. Je porte sans cesse une chaîne cloutée qui me déchire les reins et je prie. Maman, après trois mois, découvre que je porte cette ceinture et m’ordonne de la quitter. J’obéis. »
Son attirance homosexuelle continue cependant de le torturer pendant de longs mois, puis, annonce-t-il, « de plus en plus à Dieu, à Jésus, je fais dans la tempête, un soir, vœu de chasteté, j’ai 16 ans, et de ce jour – la paix ». Cet événement semble être concomitant d’un pèlerinage à Rome au cours du quel il dit avoir été frappé d’un « coup de foudre avec Dieu » qui le décide, contre l’avis de toute sa famille, à devenir moine Capucin (ce faisant, il renonce à sa part de la fortune familiale…).
Le frère Henri ne restera que huit années chez les Capucins, des années très contrastées où il alterne entre des états d’exaltation mystique et des moments de grande dépression, liés entre autre à la discipline quelque peu « inhumaine » du monastère. Le point de rupture semble être le fait qu’il se retrouve à nouveau tourmenté par une puissante attirance (tout aussi platonique à ce qu’il semble) pour un autre novice… En accord avec sa hiérarchie, il quitte ainsi la congrégation juste après avoir été ordonné prêtre et se retrouve bientôt en charge d’une paroisse. Il devient l’abbé Pierre et, mu par son personnage spirituel tout aussi puissant que son personnage sexuel, il fait la brillante « carrière » qu’on lui connait.
Mobilisé pendant la Seconde Guerre mondiale, puis résistant. Il est passeur de familles juives, puis maquisard. Parmi ses faits d’armes, il organise le passage en Suisse du plus jeune frère du général de Gaulle… À la Libération, il est élu député de Meurthe-et-Moselle sous l’étiquette du Mouvement républicain populaire…
Son extrême sensibilité à la détresse humaine lui donne, en 1949, l’idée de la création du mouvement Emmaüs. Puis il devient un personnage médiatique en 1952, en remportant le jackpot du jeu radiophonique « Quitte ou double » proposé par Radio Luxembourg. Il gagne 250.000 francs qu’il se dépêche d’investir dans ses œuvres caritatives…
Deux ans plus tard, sa popularité explose quand en 1954, suite à une série de drames sociaux qu’il juge insupportable (entre autres la mort de froid d’un bébé dans une rue de Paris), il lance sur les ondes de la même radio son célèbre appel à « l’insurrection de la bonté ». Prenant à contre-pied le gouvernement de l’époque qui refusait d’accorder des crédits pour la construction de cités d’urgences, cet appel déclenche une telle vague d’indignation à travers le pays que les politiques doivent céder et commencer à prendre la mesure de la détresse de leurs concitoyens les plus pauvres…
Au fil des années, il va ainsi devenir peu à peu une véritable icône de la charité chrétienne et la tentation va être grande pour l’institution catholique de le présenter comme un saint moderne. Lui-même se révoltera de nombreuses fois contre cette image qu’on lui colle sur le dos, rappelant à chaque fois qu’il en a l’occasion qu’il n’est qu’un pauvre être humain ordinaire. Mais ce que l’opinion publique prenait alors pour une sainte humilité, s’enracinait en fait dans la lutte interne qu’il continuait à mener contre sa propre libido et qui, de temps en temps l’amenait à « craquer ». Vingt-quatre femmes (à ce jour) ont osé lever le voile sur ses comportements déviants (essentiellement des demandes incongrues de contact sexuel, des attouchements et des baisers « volés »).
L’article du Monde se termine sur cette révélation qui en dit long sur la façon dont la problématique sexuelle des prêtres étaient à l’époque traitée par l’Eglise : Dès 1942, son supérieur avait écrit à l’évêque du diocèse « Pour la paroisse, je lui ai confié le patronage des petits garçons et les enfants de chœur. Pour l’un et l’autre groupe, il lui a fallu des jeunes filles pour l’aider, qu’il engage sans m’avertir. (…) C’est un manque total de bon sens et de simplicité qui peut mener à toutes les aventures. » Cette mise en garde assez explicite ne semble avoir eu aucun effet sur l’évêque…
Cet article du Monde, vous l’aurez compris, m’a remué à mon tour. Comme beaucoup d’entre vous, j’avais pour cette figure médiatique (comme pour celle de sœur Emmanuelle ou de mère Teresa) un fort capital de sympathie et j’ai d’abord éprouvé une grosse déception lors de la révélation de « l’affaire Abbé Pierre ». Je remercie la journaliste qui a mené cette enquête, car à présent que je comprends un peu mieux le drame intime de cet homme, c’est de la compassion que j’éprouve en pensant à lui (ce qui ne m’empêche nullement d’en éprouver aussi pour toutes ses « victimes »). Et me voilà un peu plus à même d’apprécier la parole de Swâmiji que je souhaite rappeler à nouveau en guise de conclusion :
« Personne n’a le droit de juger. On n’a que le droit de comprendre »
Note 1 : « Ces lettres de l’abbé Pierre qui révèlent un religieux tourmenté par la chair dès son plus jeune âge » : in Le Monde du 13 décembre 2024, par Marie-Béatrice Baudet. C’est par « esprit de transparence » que les responsables actuels de l’ordre des Capucins ont accepté d’ouvrir à la journaliste les archives privées du monastère de Crest où a séjourné le « frère Philippe » entre 1931 et 1939…
Les habitués du blog le savent, j’ai un faible pour la voile et je prends régulièrement du plaisir à suivre les grandes courses au large. Route du Rhum au départ de Saint Malo (cf. article de 2014 ici) ou Vendée-Globe au départ des Sables-d’Olonne (cf. article de 2017 ici) sont les deux épreuves favorites que je suis d’assez près à chaque édition (tous les 4 ans, mais en alternance, donc tous les deux ans).
Le départ de l’édition 2024 du Vendée-Globe vient d’être donné et figurez-vous que cela m’a motivé à faire la connaissance de la plus jeune concurrente, Violette Dorange, 23 ans ! Cela, parce que j’ai incidemment appris qu’il s’agissait d’une des « protégées » du célèbre Jean Le Cam, qui, avec ses 64 ans, est lui, le vétéran de la course (médiatisé durant l’édition 2020 pour avoir sauvé en mer son ami et concurrent malheureux, Kevin Escoffier).
Jean a été touché par l’enthousiasme et le talent hors norme de Violette et a ainsi accepté de lui vendre son précédent bateau (celui avec lequel il a fait la course la dernière fois) pour lui permettre d’accomplir son rêve : courir avec les plus grands dans cette épreuve mythique : le tour du monde en solitaire, sans escale ni assistance!
Mais comment en vient-on à se lancer à 23 ans dans un tel défi ? La réponse : née dans une famille de « voileux », elle est sur l’eau depuis qu’elle a 7 ans et s’est d’abord fait remarquer en Optimiste (le tout petit bateau à voile avec lequel on apprend aux enfants les rudiments de la navigation).
L’optimiste : un bateau de 2,18 mètres, avec lequel Violette à traversé la manche à l’âge de 15 ans !
Elle s’est vite retrouvée dans les meilleures et a participé très jeune au championnat du monde de ce minuscule bateau (avec lequel j’ai moi-même fait mes premières armes sur l’eau!) !
Son premier exploit : à 15 ans elle décide de tenter la traversée de la Manche (avec un départ de nuit des côtes anglaises!) sur cette coque de noix qui n’a plus de secrets pour elle!
Ensuite elle fait un cycle « sport-études » et intègre l’équipe de France de voile. Elle gagne plusieurs courses en 420 (petit dériveur omniprésent sur les plages avant la vogue des planches à voile).
le « 420 » un bateau de 4,20 mètres avec lequel Violette a disputé plusieurs championnats du monde
Alors qu’on lui propose de se spécialiser dans ce type de bateau en vue des jeux olympiques, elle tombe sous le charme des bateaux plus gros, capables de « faire » l’atlantique. Elle est ainsi la plus jeune (18 ans) à traverser cet océan en course et en solitaire lors de la Mini Transat 2019. Cette course n’est pas « mini » dans son parcours mais dans ses bateaux, les concurrents devant tous aligner des voiliers de 6m50 maximum. De plus en plus mordue par ce genre de compétition, l’année suivante elle trouve à s’engager une première fois dans la Solitaire du Figaro. La voilà au commandes d’un bateau de 10 mètres pour une course par étapes. Elle finit 30ème, mais elle finit! Aussi remet-elle cela l’année suivante (elle a 20 ans) et termine cette fois à la 18ème place…
Mais Violette n’en a jamais assez : la voilà qui se met alors à rêver de disputer la plus fameuse des courses : le tour du monde en solitaire sans escale ni assistance du Vendée-Globe. Comment faire quand on a un tel rêve dans la tête à 22 ans et pas le moindre sou vaillant pour s’acheter une formule 1 des mers qui, neuve, vaut entre 5 à 7 millions d’euros ? C’est alors qu’elle a l’idée d’aller voir le fameux Jean Le Cam et de lui parler de son projet. Jean est un navigateur « ancienne génération » qui se bat pour que la course au large reste accessible au plus grand nombre. Il tombe sous le charme de Violette et lui propose alors de lui céder son précédent bateau (il est en train de s’en construire un nouveau pour l’édition 2024 du « Vendée »). Mais même avec l’achat d’un bateau d’occasion, cela représente une somme énorme à réunir et Violette va mettre plus d’un an à collecter les fonds nécessaires à la fois pour acheter le bateau et pour financer son « équipe de course ». Elle commence par contacter des ONG et réussit à obtenir un partenariat avec les Apprentis d’Auteuil, une fondation caritative qui s’occupe des enfants en difficulté. Mais cela ne suffit pas. Après différentes tentatives, son dossier finit par attirer l’attention de Mac Donald. Ce n’est pas franchement le sponsor qui la faisait rêver. Mais elle n’a plus le choix, car Jean Le Cam ne manque pas d’acquéreurs et si elle n’est pas capable de lui présenter un plan de financement cohérent, le bateau va lui passer sous le nez. Elle signe donc avec MacDo, mais obtient que ses donateurs soient regroupés sous le sigle de « DeVenir », terme qui devient le nom officiel de son bateau, MacDo se contentant de mettre son logo et son nom sur la coque ! Et la voilà à 23 ans propriétaire du fameux « Yes We Cam » qui a terminé 4ème de la précédente édition !
Pour qu’elle se fasse la main, Jean lui propose d’assurer le convoyage de son bateau lors du retour de la Route du Rhum 2022. Ainsi effectue-t-elle sa première traversée de l’Atlantique en solitaire à bord de ce pur-sang de 18 mètres. Au milieu de l’océan, ça semble tout petit. Mais souvenez-vous que la grande salle de La Bertais fait environ 14 mètres de long. Son bateau fait donc près de 4 mètres de plus et, à l’arrière, est quasiment aussi large que notre salle, même si, à l’avant il est on ne peut plus étroit! Le voici repeint aux couleurs de son nouveau skipper :
Le tour du monde à la voile prenant, sur ce type de coursier, entre 3 et 4 mois, imaginez-vous un instant vivre nuit et jour sur cet engin, perpétuellement mouvant, alors qu’autour de vous, il n’y a, à perte de vue, que de l’eau dans toutes les directions. Des vagues, du vent, et beaucoup de bruit (à cause du vent dans les voiles et de la vitesse du bateau qui « cogne » très souvent dans les vagues alors qu’il avance à la moyenne de 40 km/h). Sans compter que, seule à bord, vous devriez tout faire 24h sur 24h : calculer votre route, piloter le bateau, changer les voiles selon la météo, faire la cuisine, la lessive et bien sûr le bricolage plus ou moins compliqué qui s’impose à tout marin au long cours. Dormir ? Jamais plus d’une heure d’affilée, car en course, il faut vérifier à intervalle régulier la trajectoire du bateau et le réglage des voiles…
Ah j’oubliai : Violette ne prétend évidemment pas gagner cette course, d’autres marins bien plus aguerris qu’elle ne vont pas se faire prier pour s’en charger. Son objectif plus modeste n’en représente pas moins un énorme défi : être la plus jeune navigatrice à avoir réussi un tour du monde en solitaire et sans escale ni assistance ! Très bon vent à toi Violette !!!
(Pensez à vous mettre en plein écran pour profiter de la vidéo ci-contre!)
PS : Cerise sur le gâteau, quand elle n’est pas sur l’eau, Violette fait des études d’ingénieur à l’INSA de Rennes ! À bientôt donc de la croiser sur le campus de Beaulieu ou dans l’un des bars étudiants de notre bonne vieille capitale bretonne….
L’article précédent nous a permis de nous familiariser avec ce que l’on appelle actuellement « le modèle cosmologique standard », c’est-à-dire la représentation de l’univers qui sert ni plus ni moins de base à toute la recherche astronomique contemporaine, même celle des scientifiques qui tentent de proposer des solutions alternatives aux questions laissées sans réponse par ce modèle.
Cependant, pour ne pas trop vous décourager de me lire, j’ai simplifié à l’extrême mon premier exposé et du coup la taille de 140 mille milliards de kilomètres que j’ai proposée comme rayon de l’univers est erronée. En cause, le fait que je n’ai pas tenu compte de la nature réelle de l’expansion cosmique que j’ai présentée comme si les éléments matériels (les atomes, les étoiles, les galaxies) se répandaient dans un espace-temps conçu comme un simple contenant, vide de propriétés.
L’image qui en a résulté est celle d’une fusée de feu d’artifice à plusieurs étages. D’abord l’explosion initiale qui projette instantanément très vite et très loin le matériel pyrotechnique (phase d’inflation initiale), puis ce matériau qui a son tour explose en répandant d’autres éléments pyrotechniques plus loin mais moins vite (phase d’expansion de l’univers, propulsée par l’explosion des étoiles primitives), cette phase donnant ensuite lieu à de nouvelles gerbes de lumière plus éloignées du point de départ et encore un peu moins puissantes…
Dire quand ce phénomène d’explosions en cascade va s’épuiser (et même dire s’il doit ou non se terminer un jour) est une question scientifiquement non résolue. Aussi nous n’allons pas nous y arrêter, car si j’ai évoqué ici cette image, c’est davantage pour critiquer la représentation qu’elle véhicule que pour la prolonger.
Car plutôt que de concevoir l’expansion de l’univers comme la dispersion de la matière DANS un contenant vide (l’espace), la physique einsteinienne nous invite à la penser d’abord et avant tout comme l’expansion DE l’espace lui-même. Ainsi dans cette perspective la taille actuelle de l’univers résulte de la combinaison de deux mouvements : non seulement les objets y sont projetés loin de leur centre d’origine, mais aussi et surtout le milieu spatial qui les sous-tend n’en finit pas lui-même de s’étirer, tel un tissu élastique. L’image qui est la plus parlante à ce sujet est probablement celle de la brioche aux raisins déjà évoquée. Tant que cette brioche n’existe que sous forme de pâte, elle est relativement compacte et les raisins qu’elle contient sont très proches les uns des autres. Mais lors de la cuisson, sous l’effet combiné de la présence de levure dans la pâte et de la chaleur du four, la brioche se met à gonfler , ce qui fait que les raisins se dispersent de plus en plus en son sein. Eh bien, il en va de même dans notre univers : depuis le début de la phase expansive, ses composants s’éloignent les uns des autres parce que l’espace lui-même qui les contient n’en finit pas de « gonfler » façon brioche. Pour connaitre la taille réelle de l’univers, il faut donc additionner le mouvement propre de ses constituants à celui du « gonflement » de l’espace… CQFD.
En gonflant, la brioche fait s’éloigner les grains de raisins les uns des autres…
Mais c’est ici que les choses deviennent assez étranges, pour ne pas dire paradoxales. Car figurez-vous que la vitesse de « gonflement » de l’espace n’est pas constante, mais qu’elle croît en fonction de l’éloignement de celui qui la constate. Ce qui fait que quand on regarde une source lumineuse située très très loin de nous, on s’aperçoit qu’elle recule par rapport à nous jusqu’à finir par disparaitre. À de très grandes distances, l’espace qui contient les photons lumineux s’étire plus vite que le déplacement de la lumière en son sein. Oui, vous avez bien lu et les équations d’Einstein sont formelles : bien qu’au sein de l’univers, aucun objet ne puisse se déplacer plus vite que la lumière, cette loi ne s’applique pas au tissu spatial lui-même qui, lui, peut s’expansionner plus vite que les ondes électromagnétiques lumineuses! Imaginez un instant une souris courant à toute vitesse sur un tapis roulant, mais à contre sens. Elle a beau aller le plus vite qu’elle peut, si le tapis sur lequel elle court se met à reculer plus rapidement qu’elle n’avance, elle s’éloignera inexorablement de son but !
Telle notre souris, les photons situés à la bordure de l’univers visible tentent désespérément de venir vers nous, mais le tapis roulant de l’expansion de l’espace les font finalement reculer…
La suite des plus étranges se profile dans vos esprits agiles : cela veut donc dire que l’univers est bien plus large que le halo résiduel actuellement visible formé par l’explosion primordiale et ses presque 14 milliards d’années-lumière de rayon. Une partie des photons qui composent cette lumière est actuellement rendue très au-delà de cette limite. Tels notre souris ou encore des nageurs pris dans un courant inverse au sens de leur natation, ils ont été contrariés dans leur course en avant par le gonflement de l’espace. Et ce qui est vrai de la lumière (l’objet le plus rapide) l’est aussi à moindre proportion pour les corps matériels (atomes, molécules, cailloux, étoiles et galaxies). Cela veut dire que les galaxies les plus vieilles qui nous semblent aujourd’hui situées à 13 milliards d’années-lumière de nous, sont en réalité actuellement bien plus éloignées. En tenant compte du taux d’expansion de l’espace, les scientifiques nous apprennent qu’elles sont en réalité environ trois fois plus loin que ce que l’on voit (46 milliards d’années-lumière et non pas 13 milliards). Pour vous aider à le comprendre, pensez à ce qui arrive quand on entend un avion passer le mur du son. Si on regarde d’où vient le bruit, on ne voit pas d’avion, car le temps que l’onde sonore nous parvienne, celui-ci a continué à avancer et se trouve bien plus loin que l’endroit d’où provient son bruit. De même, quand on regarde une galaxie lointaine, ce qu’on voit, c’est là où elle était il y a 13 milliards d’années et non pas là où elle est présentement.
La conclusion (encore provisoire) est que l’univers ne fait donc pas 13,7 milliards d’années-lumière de rayon (soit 140 mille milliards de kilomètres, comme dit dans mon premier article), mais plutôt quelque chose comme 46 milliards d’années-lumière (soit 420 mille milliards de kilomètres). Cette distance est celle à laquelle sont rendus aujourd’hui une partie des grains de lumière (les photons) issus du Big-Bang, compte tenu de la dilatation phénoménale du milieu dans lequel ils existent. Et à leur suite, ce sont aussi une partie des éléments plus complexes engendrés dans les premiers temps de l’univers (atomes, molécules, poussières, cailloux, étoiles et galaxies primitives) qui se situent dans cette zone invisible, mais néanmoins bien réelle de l’univers. Ainsi est-on amené à distinguer dans l’univers total deux cercles concentriques. À l’intérieur il y a la « bulle » de l’univers visible de presque 14 milliards d’années-lumière. Et cette bulle est enserrée dans une autre bulle trois fois plus grande qui représente la limite actuelle de l’expansion de l’espace. Cette limite définissant (peut-être) la vraie taille de l’univers. J’ai essayé de résumer cela sur le schéma de mon cru ci-dessous :
Grâce à ce schéma, on visualise mieux la disproportion qu’il y a entre la partie observable de l’univers et celle qui est à jamais soustraite à notre connaissance. On prend ainsi conscience que le domaine du connaissable est bien plus petit que celui de l’inconnaissable. Qu’on ne s’y trompe pourtant pas. La partie observable de l’univers (le cercle jaune du schéma) est, à l’échelle humaine, déjà incroyablement vaste. Elle contient en effet, notre terre, le système solaire, la galaxie à laquelle notre système solaire appartient (la Voie lactée, avec ses 300 milliards d’étoiles), l’amas local qui regroupe une soixante de galaxies proches de la Voie lactée, le super amas de galaxies (appelé Laniakea) qui regroupe, lui, environ 100.000 galaxies comme la nôtre et qui s’étend sur un demi-milliard d’années lumière, et enfin l’ensemble des supers amas qui composent tout ce que nous pouvons voir. Eh bien ce gigantisme du « connaissable » est encore environ trois fois plus petit que la partie inconnaissable de l’univers total !
Le point rouge = notre galaxie. Les filaments lumineux = les chapelets de galaxies formant le super amas dans lequel nous « résidons » appelé Laniakea. A ce jour, les scientifiques pensent qu’il y aurait environ 25 milliards de structures semblables dans l’univers observable !
Cette distinction entre partie observable et partie non-observable de l’univers total a quelques conséquences très étranges. Par exemple, celle-ci. Si nous étions aujourd’hui capables de nous rendre à la frontière de l’univers visible, nous ne nous trouverions pas nez à nez avec le néant, mais nous serions face à un nouvel horizon apparent de 13 autres milliards d’années-lumière ! Un peu comme un marin qui voit l’horizon reculer au fur et à mesure qu’il avance sur l’eau. Et qu’on se le dise, puisqu’aucun objet ne peut se déplacer dans l’univers plus vite que la lumière, il nous est à jamais impossible d’en atteindre « le bord ». Ce bord de l’univers, si tant est qu’il existe, recule en effet plus vite que les objets qu’il contient ne peuvent s’y déplacer. Aille, voilà qui en flanque un ultime coup à notre prétention à vouloir tout connaitre!
Il me resterait encore à vous parler de plusieurs autres paradoxes « incroyables » que cette situation génère, mais je crains d’abuser de nos neurones respectifs. Je me contente donc de signaler le problème crucial qui reste à ce jour non résolu : est-ce que l’expansion de l’univers total (visible + invisible) a une limite ? Autrement dit, s’il est admis que l’univers actuel a une taille définie (environ 46 milliards d’années-lumière de rayon, comme déjà dit), va-t-il continuer indéfiniment à croitre en volume ou arrivera-t-il à une limite ? Plusieurs théories s’affrontent à ce propos, mais je vais me contenter de résumer ici les deux plus simples à comprendre.
Première hypothèse : l’expansion se fait de façon identique dans toutes les directions. On parle alors d’un milieu spatial « plat » (bien que ça soit un abus de langage puisque l’espace possède trois dimensions). Si tel est le cas, alors l’expansion de l’univers matériel pourrait continuer indéfiniment et on peut alors parler d’univers infini (non dans les faits, mais dans le principe).
Seconde hypothèse : il se peut que le tissu spatial ne soit pas rigoureusement « plat », mais qu’il présente une légère courbure. Dans ce cas, l’expansion de l’univers réalise un cercle gigantesque et sa taille, bien qu’incommensurable, est finie (les éléments qui voyagent en son sein finissent par revenir à leur point de départ!).
Pour pouvoir trancher cette énigme, il faudrait être capable de mesurer la présence ou l’absence de courbure de l’espace sur des distances gigantesques, ce que l’état actuel de la science ne permet pas de faire. Avec les moyens dont ils disposent actuellement, les scientifiques sont à cet égard comme des fourmis qui essayeraient de savoir si la terre est plate ou ronde. Toutes les mesures faites par les fourmis-savantes indiqueraient que la terre est plate, car leurs instruments de mesure ne seraient pas à la bonne échelle pour révéler la sphéricité de notre planète. Eh bien il en va de même pour les savants humains : leurs instruments de mesure actuels disent que l’univers est « plat » (entendez qu’il s’étend de façon identique dans toutes les directions), mais ils savent aussi que ces mêmes instruments ne sont pas capables de dire si cette platitude se retrouve ou non à l’échelle de l’univers total. Il se pourrait que la courbure soit tellement infime à notre échelle qu’elle ne soit pas actuellement détectable pour nous. Dans ce cas, l’univers serait une sphère finie qui à terme mesurerait au minimum 250 fois l’univers observable, mais qui, en postulant une courbure encore plus faible, pourrait tout aussi bien mesurer beaucoup, beaucoup, beaucoup plus!
Ma longue-vue est formelle : la terre est plate !
Bref, on voit que si la cosmologie contemporaine nous donne une réponse chiffrée quant à la taille actuelle de l’univers, elle est, à ce jour, incapable de trancher la question de savoir s’il est fini ou infini dans le temps. À tout le moins elle nous permet d’appréhender un peu mieux quelle échelle de grandeur est impliquée dans la question, ce qui est déjà, selon moi, un résultat tout à faire remarquable…
Mais avant de conclure, permettez-moi de soulever une dernière question, peut-être encore plus vertigineuse : Comment se fait-il que les minuscules et insignifiantes créatures que nous sommes en regard de cette incommensurable réalité, soient tout de même capables d’écrire ou de lire un article comme celui-ci ? Serions-nous nous-mêmes potentiellement plus grands que cet univers que, tant bien que mal, nous réussissons au moins partiellement à « comprendre » (c’est-à-dire, selon l’étymologie, de « prendre en nous ») ? Je vous laisse méditer la réponse de la sagesse upanishadique à cette question : « De toute évidence, la taille de notre conscience est forcément plus vaste que ce qu’elle contient ! »
Si vous voulez connaitre la source principale de mon inspiration, vous pouvez regarder la vidéo suivante. Sachez néanmoins que son propos est parfois assez abscons et que ce n’est pas pour rien que j’ai eu besoin de rédiger ces deux articles pour m’y retrouver. Ceci étant, si vous ne craignez ni les maux de tête ni les vertiges métaphysiques, cela vous donnera l’occasion de découvrir les points que j’ai du passer sous silence, en partie faute de place, mais aussi, je dois le confesser, faute de réussir moi-même à bien les comprendre !
Note de l’auteur : j’ai écrit cet article il y a déjà plus d’un an, mais je ne l’avais pas publié, car je voulais avant cela avoir écrit le second volet. Mais je n’ai jamais trouvé le temps de finaliser ce deuxième article (entre autres parce que je ne suis pas certain de réussir à maitriser suffisamment mon sujet !). Ceci étant, comme le blog souffre actuellement d’un manque de contributions, j’ai décidé de « me lancer » en espérant que vos nombreux commentaires (!) me forceront à rédiger la suite !
Jusqu’au début du XXème siècle, l’affaire était scientifiquement entendue : l’univers était infini et n’avait donc pas de taille à proprement parler (ni début ni fin, que ce soit dans le temps ou dans l’espace).
Puis avec l’adoption par la grande majorité des scientifiques de la théorie dite « du Big Bang », les choses ont changé et il est devenu en principe possible d’assigner une taille à l’Univers. Mais évidemment quand on s’y essaye, la question devient pour le moins assez compliquée, comme je m’en suis récemment rendu compte.
N’étant qu’un gentil amateur dans le domaine, pas sûr de pouvoir beaucoup éclairer votre lanterne. Mais à défaut, j’ai voulu quand même écrire cet article, car c’est une façon efficace pour moi de synthétiser mes maigres connaissances (et de mieux mesurer l’étendue de mon ignorance résiduelle!).
Alors en route pour tenter une première réponse, même si, ultérieurement, celle-ci se révélera bien imparfaite et nécessitera d’être complétée par un second article. Mais chaque chose en son temps !
Selon ce que les physiciens contemporains nomment « le modèle cosmologique standard » (c’est-à-dire celui qui est le plus couramment admis parmi eux), l’univers physique aurait commencé il y a environ 13,8 milliards d’années.
Au point de départ, toute la matière, toute l’énergie, tout l’espace et tout le temps étaient concentrés en un point unique (sans dimension) que les physiciens appellent pudiquement « une singularité » (puisqu’en réalité ils sont incapables de dire à quoi peut ressembler un tel point, matériellement inexistant, mais contenant en son sein le potentiel de tout l’univers !).
Ce point zéro de la création du monde est une notion pleine de paradoxes et à vrai dire ce n’est pas une donnée scientifique, mais seulement l’hypothèse la plus fréquemment envisagée actuellement par les spécialistes pour expliquer la suite. Car la suite est par contre assez bien connue des cosmologistes qui, par de nombreuses méthodes convergentes, en sont arrivés à établir que tout l’univers physique que nous connaissons aujourd’hui est bel et bien sorti d’un mystérieux point de départ, un peu à la façon dont des milliers d’étincelles peuvent sortir de l’explosion d’une seule fusée de feu d’artifice…
Très grossièrement, l’histoire de cette explosion originelle gigantesque dont nous sommes les lointains sous-produits est la suivante.
Au tout premier instant suivant l’explosion, l’univers, tel un airbag, s’est déployé à une vitesse vertigineuse, passant en un éclair d’une dimension subatomique à une étendue macrocosmique : c’est ce qu’on appelle la phase d’inflation cosmique.
Durant cette phase très très brève, mais extrêmement intense en chaleur, énergie et vitesse, d’incroyables réactions nucléaires ont eu lieu au sein de cette fournaise primitive d’où sont sortis les premiers atomes de matière accompagnés d’un immense flash de chaleur et de lumière dont il reste aujourd’hui encore des traces perceptibles, tant ce flash était puissant : c’est ce qu’on appelle « le fond diffus cosmologique« .
Mais la matière primordiale ainsi engendrée était alors tellement dense que la production de lumière qui l’accompagnait en est restée prisonnière pendant près de 380.000 ans ! (Un peu comme le soleil qui reste invisible pendant une partie du jour s’il est noyé dans des nuages trop épais) : c’est ce qu’on appelle l’âge sombre de l’univers. Celui-ci aurait donc duré environ 380.000 ans après le Big Bang. Autrement dit, durant toutes ces années, l’univers était bel et bien né, mais restait totalement invisible puisque n’émettant encore aucune lumière! (voir ci-dessous schéma n°1)
Cliquez sur la photo pour la voir en plein écran et pouvoir lire plus facilement ses annotations…
L’histoire de l’univers visible commence donc 380.000 ans après le Big Bang. Elle s’est poursuivie depuis lors en passant par une succession de phases que je résume très brièvement ici* : il y a d’abord eu des zones de regroupement de la matière initiale sous l’effet de la gravité et cela a abouti à la création des premières étoiles. Celles-ci, gigantesques centrales atomiques, ont généré à leur tour peu à peu l’ensemble de tous les éléments chimiques actuellement présents dans l’univers et les y ont disséminés par leurs explosions à répétition, relais de l’expansion continue de l’univers. (voir schéma n°2)
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Avant d’aller plus loin, trois remarques importantes : l’une à propos de l’espace, l’autre à propos du temps et la dernière à propos de la notion de « singularité ».
À propos de l’espace : sur les deux images insérées ci-devant, on a l’impression (fausse) que l’univers se déploie de gauche à droite. Mais il s’agit juste d’un artifice pédagogique qui permet de montrer que ce déploiement a aussi lieu dans le temps, la ligne des abscisses servant à mesurer ce dernier. Dans la réalité, bien évidemment, l’expansion de l’univers s’est faite dans toutes les directions de l’espace en même temps… Ce qui fait que l’univers ne ressemble pas à un cône allant s’élargissant, mais bien plutôt à une sphère qui se serait d’abord brusquement gonflée façon airbag, puis qui aurait continué ensuite à s’expansionner, mais à une vitesse bien plus lente, telle une brioche aux raisins qui gonfle dans le four pendant sa cuisson. C’est l’addition de ces deux phénomènes (effet airbag initial puis effet brioche aux raisins depuis lors) qui est responsable de la taille actuelle de l’univers…
À propos du temps : quand on réfléchit à la notion de point de départ de l’univers, on ne peut pas ne pas se poser la question naïve de « l’avant Big-Bang ». Oups ! Les amis, c’est là que ça va commencer à faire des nœuds dans votre cerveau, car la réponse est… qu’il n’y a pas d’avant au big-bang. Explication : puisque le temps (tout comme l’espace) est un sous-produit de la singularité initiale, cela revient à dire que cette singularité cosmologique n’existe ni dans le temps ni dans l’espace, mais que ce sont, de toute éternité, ces deux notions qui existent en elle. Dit autrement, cette « singularité » est une réalité atemporelle et aspatiale. À proprement parler, il s’agit donc là d’une entité méta-physique, c’est à dire qui existe au-delà (méta) du plan physique. Évidemment, dans ce contexte, il est très tentant de faire le rapprochement avec l’idée traditionnelle de Dieu. Mais comme ce mot écorche la bouche de bon nombre de physiciens, la communauté scientifique lui préfère le concept de « singularité » plus neutre idéologiquement. Notons que ce tour de passe-passe linguistique ne rend pas moins ce concept tout aussi abscons et à dire vrai pas plus compréhensible que la « vieille » notion de Dieu! (Non seulement la « singularité » existe indépendamment de l’espace et du temps, mais elle est aussi indépendante de la matière et de l’énergie qui n’en sont eux aussi que des sous-produits !).
À propos de la notion de singularité : du fait du caractère très spéculatif de cette notion, certains physiciens ont proposé d’autres modèles explicatifs et entre autres celui du Big Bounce** ou « grand rebond ». Dans cette hypothèse, le point de départ de notre univers ne serait pas le zéro absolu de la singularité initiale, mais l’aboutissement de l’effondrement sur lui-même d’un univers précédent le nôtre et dont toute la matière et l’énergie se seraient condensées en un point unique, qui, du fait de sa surpression, aurait fini par exploser et ainsi donner naissance à un second univers, celui-là même où nous nous trouvons présentement. Par parenthèse, on remarquera que la première hypothèse est assez proche de la cosmogonie traditionnelle judéo-chrétienne (dans laquelle Dieu ne crée le monde qu’une seule et unique fois) alors que la seconde rappelle la perspective orientale selon laquelle les univers physiques naissent, se développent puis se résorbent à tour de rôle dans le principe divin… Quoi qu’il en soit, aucune de ces deux théories (pas plus que leurs variantes) ne fait aujourd’hui l’unanimité des spécialistes, la question de l’origine première de toute chose restant pour l’instant hors de portée de la science…
Mais assez spéculé sur des choses qui nous dépassent complètement, revenons à présent à notre question initiale, beaucoup plus concrète, de la taille de l’univers. Car, quel que soit le modèle choisi pour expliquer le point de départ (big-bang ou big-bounce), cette question se pose pareillement. Et à vrai dire, au premier abord, elle semble assez simple à résoudre. Par prudence, demandons tout de même au professeur Tournesol de nous aider un peu.
Selon une des lois de la physique découverte par Einstein et jamais mise en défaut depuis, « rien au sein de l’univers ne peut se déplacer plus vite que la lumière ». Et la vitesse à laquelle celle-ci se propage (quand elle ne rencontre pas d’obstacle) est de 300.000 kilomètres par seconde. Comme par ailleurs, on sait déjà que l’univers physique est âgé de près de 13,8 milliards d’années, à l’aide de ces deux informations, cela semble un jeu d’enfant que d’en déterminer la taille. Car celle-ci doit être égale à la distance maximale que la lumière a pu parcourir depuis qu’elle est sortie des brumes de « l’âge sombre », c’est-à-dire environ 380.000 ans après le Big-Bang.
Mes amis, à vos calculettes ! Le nombre de secondes contenues dans une année est approximativement de 31,5 millions. La distance maximale que la lumière peut parcourir en une année est donc de 31,5 millions de fois 300.000 kilomètres, soit, à la louche, dix mille milliards de kilomètres. Une telle distance étant trop grande pour que nos petits cerveaux l’appréhendent correctement, on réduit fictivement la difficulté en parlant alors d’une « année-lumière » (= la distance que la lumière parcours en un an).
En première approximation, pour connaitre la taille de l’univers, il suffit donc de convertir son âge actuel en autant d’années-lumière et de multiplier ce chiffre (13,7 milliards d’années) par les dix mille milliards de kilomètres que parcourt la lumière chaque année. On obtient le chiffre arrondi de 140 mille milliards de kilomètres.
Vous voyez, ce n’était pas si difficile : l’univers dans lequel nous sommes insérés est une immense sphère encore actuellement en expansion***, qui, à ce jour, mesure près de 14 milliards d’années-lumière de rayon, soit (sauf erreur de calcul de ma part) 140 mille milliards de kilomètres.
C’est, par exemple, ce que tente d’illustrer l’image suivante qui, par convention, place notre soleil en son centre.
– On y voit ensuite représentées les planètes de notre système solaire (mais évidemment pas à la bonne échelle).
– Puis elle nous montre notre galaxie (la Voie lactée), pleine de quelques centaines de milliards d’étoiles.
– La zone concentrique suivante est celle des autres galaxies qui entourent de plus ou moins près la nôtre.
– Puis l’image montre le réseau complexe et intriqué formé par les galaxies lointaines.
– Et enfin le bord de la sphère nous montre la limite atteinte par la lumière primordiale qui forme le fond diffus cosmologique.
Selon cette représentation, l’univers est tout entier contenu dans le halo que forme encore aujourd’hui la lumière originelle qui s’est échappée du nuage primitif de matière et qui depuis lors n’en finit pas de s’éloigner de son point d’origine. C’est là la plus grande extension actuelle de notre univers. Au-delà de cette frontière, plus rien n’est censé exister, puisque rien n’a pu être projeté plus loin que la lumière originelle elle-même !
Le halo formé par la lumière originelle qui enserre en son sein toute la matière de l’univers
Bon, il est temps de tirer quelques conclusions de ce premier article.
Tout d’abord, puisqu’on est arrivé à assigner une taille à l’univers, c’est donc bien que celui-ci n’est pas infini, mais bel et bien fini, du moins spatialement parlant.
Mais comme la bulle de lumière qui le manifeste depuis l’origine continue à s’étendre dans toutes les directions, cette taille finie… n’en finit pas de croître. Nous sommes donc dans un univers indéfiniment croissant!
Pensez qu’à chaque seconde, la lumière primordiale engendrée par le Big-Bang étend son règne de tout côté de 300.000 kilomètres supplémentaires ! Ce qui veut dire que l’univers grandit de 18 millions de kilomètres toutes les minutes !
Et voilà pourquoi, au fil de la lecture de cet article vous avez dû vous sentir de plus en plus « à l’aise », l’univers compatissant vous offrant toujours plus de place en son sein pour exister!
Trêve de plaisanterie, cet univers mesurable est donc l’univers potentiellement visible. Mais comme nous le verrons dans le prochain article, il se pourrait bien que l’univers réel soit encore beaucoup, beaucoup, beaucoup plus grand, cela du fait de certaines de ses propriétés physiques les plus étonnantes et qui résultent des lois de la relativité découvertes par le célèbre Albert Einstein ! À suivre donc…
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Notes :
* Pour plus de détails sur les différentes phases de l’histoire de l’univers, vous pouvez vous reporter à la page de Wikipédia consacrée au Big-Bang à partir de laquelle j’ai moi-même conçu cette partie de mon article.
** C’est par ici pour en apprendre davantage sur la théorie alternative du Big-Bounce
*** » Le fond diffus cosmologique ou rayonnement fossile […] est fait de tous les photons qui ont été émis lors de la transition opacité-transparence et qui se propagent librement depuis. Ce sont les plus vieux photons de l’univers. Ils ont l’âge de l’univers moins un demi-million d’années. » (citation d’Hubert Reeves). L’image suivante est tirée de la page Wikipédia consacrée àl’univers observable.
Quand Vasishta vient jusqu’à nous pour délivrer son message de Sagesse…
Lors de la prestation d’Yves Rémond à l’occasion de notre dernière AG, nous avons eu droit à une remarquable introduction au Yogavasishta, ce texte traditionnel qui met en scène le jeune prince Râma et son guru le sage Vasishta. J’ai inséré dans la Lettre de La Bertais le résumé qu’Yves m’a fait parvenir et qui présente les points principaux qu’il a évoqués avec nous. Mais à cette occasion, Yves m’a fait un cadeau supplémentaire, à savoir le plan complet de ce qu’il avait prévu de nous dire (plan qu’il a suivi à peu de chose près). Donc, si le compte rendu présenté dans la Lettre vous laisse sur votre faim, n’hésitez pas à télécharger et à lire le document de 5 pages ci-joint. Vous y retrouverez l’essentiel de ce qui a été dit dimanche, voire même un peu plus, car sur certains thèmes Yves n’a pas eu le temps de tout développer oralement…
Et pour commencer, voici sa présentation de l’ouvrage en quelques mots :
Le Yogavāsiṣṭha est un très long poème de 64 000 vers, rédigé en sanskrit, entre le 6e et le 10e siècle de notre ère. Il met en scène le prince Rāma (avant qu’il ne vive les aventures du Rāmāyaṇa) et son précepteur (guru), Vasiṣṭha. Il se présente sous la forme d’un dialogue entre le maître (Vasiṣṭha) et l’élève (Rāma), entrecoupé d’histoires, mythologiques pour la plupart, dont le maître tire à chaque fois un enseignement spirituel dans la ligne du Vedānta non duel. C’est un livre ouvert aux autres traditions de son époque, qu’il ne condamne pas, mais dont il extrait l’essence non duelle. Swami Prajñānpad et Ramana Maharshi en recommandaient la lecture.
Pour info : au printemps 2020 (en pleine période de confinement lié au Covid), j’avais moi-même publié une histoire tirée de ce livre qui me semblait particulièrement appropriée au contexte de l’époque. Cela avait donné lieu à trois articles qui, à l’époque, avaient suscité un nombre de commentaires inhabituellement élevé. N’hésitez pas à vous rafraichir le mémoire en cliquant ici :
Belle affluence cette année encore pour ce rendez-vous annuel incontournable, qui, cette fois-ci, nous a réservé plusieurs imprévus, vite transformés en opportunités de mise en pratique…
La première : lors de mon accueil, j’ai été au regret de vous annoncer que notre invité d’honneur Yves Rémond n’était… pas arrivé à La Bertais! Cloué dans son lit samedi matin par une forte « gastro », il avait renoncé à faire le déplacement…
La seconde, dans la foulée, où j’ai aussi dû vous faire part de l’absence du trésorier de l’association (Joël) ainsi que du nouveau gérant de la SCI (Claude), tous les deux malades du Covid. Ce qui allait nous contraindre à les remplacer au pied levé pour leurs interventions respectives.
Passées les quelques secondes nécessaires à chacun pour « convertir sa déception en accueil joyeux du réel » , je vous ai offert un « lot de consolation » en vous apprenant qu’Yves serait quand même virtuellement des nôtres l’après-midi, cela grâce à la « magie » d’une visio-conférence. Une chance que nous ayions prévu en amont de diffuser l’AG via Zoom, car de ce fait le matériel nécessaire était déjà sur place, et, moyennant quelques réglages, nous avons en effet pu l’après-midi entendre Yves et même échanger en direct avec lui. Mais n’anticipons pas…
Comme à l’accoutumée, c’est Thérèse notre Présidente qui a pris la parole en premier et qui nous a mis du baume au cœur en évoquant la belle « réussite » de la saison dernière tant en termes d’adhésions (141 membres, un record), qu’en termes d’affluence aux différentes animations (avec par exemple un autre record de participation pour la venue d’Emmanuel Desjardins en février dernier).
Puis Hélène (notre vice-présidente) et Karinne (notre vice-trésorière) se sont donc fait un devoir de remplacer Joël pour nous exposer les comptes de l’exercice écoulé. Seconde bonne nouvelle : contrairement à la saison précédente où il avait été fait état d’un gros déficit, cette année les comptes sont équilibrés et présentent même un léger bénéfice (1560€). Cela tient d’une part au fait de la reprise importante de la fréquentation des activités et d’autre part aux bonnes mesures de gestion qui avaient été prises en octobre 2023 (entre autres, relèvement des tarifs indicatifs des principales animations). Félicitations à toutes les deux qui ont su se saisir de cet imprévu pour oser l’action libératrice consistant à surmonter leur appréhension bien naturelle face au défi de devoir parler en public dans de telles conditions !
Suite à cela, annonce a été faite du retrait de Christophe Bégot du Conseil d’administration et pour le remplacer, l’assemblée a été invitée à valider par un vote l’entrée d’André Robert en son sein. André en a profité pour évoquer son long parcours sur le chemin, qui le met à présent en situation de donner en retour un peu plus de son temps à l’association.
Je ne m’étends pas ici sur la procédure qui a permis d’ajouter un paragraphe à nos statuts, rendant désormais valide le vote des personnes qui participeront aux prochaines AG en visio. Ni non plus sur le message du gérant de la SCI dont je me suis fait le porte-voix (les détails seront donnés dans la Lettre à venir).
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Dans la seconde partie de la matinée, Anne-Marie puis moi-même avons présenté les activités à venir et l’esprit dans lequel nous nous situons désormais pour animer l’ashram. Là aussi, la prochaine Lettre en préparation vous donnera plus de détails. Mais dans l’immédiat, voici deux annonces intéressantes que vous pouvez déjà retenir.
La venue (pour la troisième fois) de Christophe et Murielle Massin à La Bertais. Celle-ci aura lieu le week-end des 24 et 25 mai 2025 et sera vraisemblablement précédée la veille d’une conférence publique au CCBR de Rennes.
La mise en ligne des six ateliers d’initiation à la philosophie hindoue animés par mes soins la saison dernière. Si vous avez raté le coche l’an passé, vous pouvez donc avoir accès au contenu de cet atelier et envisager éventuellement d’y participer cette saison. D’autant plus que pour les personnes habitant loin de La Bertais, il est désormais possible de le suivre en différé. Pour plus d’information, consultez la page dédiée en cliquant ICI.
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Après un délicieux repas (et opportunément servi bien chaud, vu les conditions météo quasi hivernales), nous avons pu faire l’expérience de manière quelque peu inhabituelle, de la présence d’Yves sur grand écran, qui nous a entretenu de la sagesse transmise par le Yogavasistha. Passés les quelques petits problèmes techniques initiaux, la retransmission a été d’assez bonne qualité et l’auditoire a pu entendre un orateur à la fois passionné et passionnant, et même interagir de façon très vivante avec lui. Manifestement Yves est en passe de devenir le spécialiste français de ce texte traditionnel, si cher à Swâmi Prajnanpad, et dont beaucoup d’entre vous ont ainsi pu apercevoir l’incroyable richesse. Un résumé de son intervention sera inclus dans La Lettre à venir et nous songeons désormais à le faire venir à La Bertais pour y animer un week-end complet…
Mais j’en ai assez dit pour aujourd’hui. Je vous laisse la parole pour vos commentaires que j’espère nombreux.
PS : Un grand merci à Jean-Claude pour son aide technique précieuse.
Comme annoncé dans le précédent article de cette mini-série, je vais vous conter cette fois-ci la naissance de « Pour une naissance sans violence », ouvrage qui, par un hasard du calendrier, va faire prochainement l’objet d’un colloque à Paris (cf. affiche ci-dessus et lien d’inscription sur la page d’accueil de ce site).
Voici ce qu’en dit Frédérick dans son autobiographie (pp 115 et suivantes)
« A cette époque j’entreprenais l’écriture de « Pour une Naissance sans violence ». J’écrivais tous les jours. Les mots venaient d’eux-mêmes. Au bout de quelques semaines, mon texte était terminé. En fait, ce que j’avais raconté était non pas la naissance en général, mais la mienne en particulier, telle que finalement je l’avais revécue, telle qu’elle est vécue par tous les enfants. J’étais plein d’enthousiasme, ivre de joie et de créativité. J’ai apporté à Swâmiji mon manuscrit, rédigé en anglais. – Voilà, j’ai écrit ceci. J’aimerais que Swâmiji le lise et me dise ce qu’il en pense. À ma grande surprise, il me dit : – Swâmiji n’a pas de temps pour lire ce texte. C’était comme un soufflet. Contrarié, je lui réponds : – Mais Swâmiji pourrait simplement y jeter un coup d’œil. – Swâmiji ne jette jamais un coup d’œil. S’il fait quelque chose, il le fait entièrement. Il le fait ou il ne le fait pas. Me voyant profondément consterné, il dit, je pense dans un mouvement de bonté : – Bon, laissez-le-moi. Je vais le lire. Je suis parti avec un soupir de soulagement.
Au bout de deux ou trois jours, au cours d’un entretien du matin, Swâmiji m’a rendu mes pages. Je m’attendais naturellement à des commentaires, des compliments, à ce qu’il me dise « c’est un chef-d’œuvre, une merveille. » Douche glaciale, qui fait partie des tapas : – Ce texte, mettez-le dans un tiroir et reprenez-le d’ici trois mois. Sans plus. C’était comme si j’avais reçu un coup sur la tête…
Par la suite, j’ai vu comme il avait raison. J’ai retravaillé mon écrit en y apportant les indispensables corrections (…)
Rapidement traduit en vingt langues et publié dans vingt-trois pays, le livre fut acclamé par d’innombrables femmes et mères (…)
Swâmiji devait mourir peu après, mais il vécut jusqu’à la parution du livre. Il a appris son retentissement mondial, ravi pour moi et du fait d’avoir vu juste (…)
Cerise sur le gâteau :
Pour la quatrième fois, Colette vient de mettre en ligne sur son site l’enregistrement audio d’un entretien d’un disciple avec Swâmiji. Il se trouve que c’est justement celui que Frédérick a eu avec son maître au moment où il réfléchissait activement à ce qu’il allait pouvoir faire dans son rôle de médecin accoucheur pour rendre la mise au monde des bébés moins traumatisante pour eux.
Dans ce document sonore inédit, on entend donc Frédérick et Swâmiji échanger sur le bienfondé des différents points de ce qui deviendra par la suite « la méthode Leboyer » : accueil du nouveau-né dans la pénombre et le silence, dépose sur le ventre de sa mère sans couper le cordon qui n’est sectionné que plusieurs minutes après, bain dans l’eau tiède pour rappeler l’état d’apesanteur dans lequel se trouvait le nouvel arrivant avant son atterrissage forcé dans ce bas monde…
Frédéric y prend aussi l’avis de Swâmiji sur quelques points vis-à-vis desquels il ne sait pas bien quoi penser (tel, l’intérêt ou non de la présence du père lors de l’accouchement). Bref, un entretien on ne peut plus « pratique », mais dans lequel pointe ici et là le profond « bon sens » de Swâmiji…
Cette mini-série s’arrête ici. Gardez cependant en mémoire le fait que je ne vous ai présenté dans ces deux articles que des extraits de quelques pages de l’autobiographie de Frédérick. Celle-ci-ci réserve bien d’autres pépites à ses lecteurs !
Durant nos vacances d’été et sur conseil de Colette Roumanoff, j’ai lu l’autobiographie de Frédérick Leboyer, publiée à titre posthume par sa veuve.
J’avais éprouvé quelques réticences à acquérir ce livre, car les dernières fois que j’avais entendu Arnaud parler de Frédérick, ce n’était pas vraiment à son avantage (il avait, selon Arnaud, assez mal vieilli et terminait son existence plutôt aigri, remettant parfois même en cause le bienfondé de son chemin auprès de Swâmiji).
Mais suite à un échange avec Colette, j’ai décidé de tenter cette lecture et j’ai … littéralement dévoré cet ouvrage. Ce n’est certes pas « un grand livre », mais pour une lecture de vacances, c’était parfait, car ça se lit comme un roman d’aventures! La vie de Frédérick Leboyer est tout sauf banale.
Après des études compliquées à mener, car entravées par la guerre, Frédérick a exercé la médecine en hôpital public à Paris après guerre. Puis à la faveur d’un héritage, il a réussi, à investir dans un grand bâtiment pour y ouvrir une maternité privée, située dans les beaux quartiers de Paris et dans laquelle il a accouché un grand nombre de femmes connues ou inconnues de l’époque . « Je travaillais en fait comme un damné. Au moins quatre nuits par semaine, j’étais arraché du lit dans le premier sommeil. Personne ne peut s’imaginer ce que représentent plus de cinquante accouchements par mois, tous pratiqués avec la même conscience intégrale, et avec une virtuosité que je qualifierai de stupéfiante » (p63). Au total il aura fait naître environ 10.000 bébés dans sa carrière !
Et puis, épuisé, il a fini par faire ce qu’on appelle de nos jours un « burn out » et il a dû stopper toute activité pendant plusieurs mois. C’est pour se « retaper » qu’il a eu l’idée de voyager et tout spécialement en Inde… Après un premier périple rocambolesque dans un petit avion de tourisme piloté par un de ses amis (qui a fini par se tuer au manche de son appareil), Frédérick a fait connaissance à Paris d’un certain Arnaud Desjardins qui s’apprêtait à repartir en Inde par la route. Non sans mal, il a convaincu Denise et Arnaud de faire route ensemble et ce sont donc eux qui lui ont fait découvrir l’Inde et sa fameuse spiritualité. Car jusque là Frédérick n’était intéressé que par la dimension touristique (et artistique) du pays.
Rencontre de Ma Anandamayi : ( p.90-93) :
« Le lendemain, au milieu de la foule des fidèles, Arnaud m’a presque pris par la main en me disant :
– Frédérick, vous allez maintenant rencontrer une sainte.
– Bien
J’ai attendu, puis je vis une femme dans la soixantaine entourée de swâmis, de yogis, et d’une cohorte de disciples… Et c’est tout.
Arnaud :
– Alors ?
J’ai fait :
– Ah, ben… rien.
– Ah, ce n’est pas possible. Quand on se trouve en présence d’un saint, des choses extraordinaires se passent. Attendez, attendez. Demain vous aurez une autre rencontre.
Et il en fut ainsi pendant un mois d’affilée. Chaque matin (après le darshan), Arnaud me demandait :
-Alors?
-Eh ben non, rien.
Il était très malheureux. (…) Avant ce voyage je ne m’intéressais pas du tout à la spiritualité. Je ne savais même pas que ça existait. (…)
Au bout d’un mois, à la définitive consternation d’Arnaud, je lui ai avoué :
– Écoutez, la vie spirituelle n’est sans doute pas pour moi. Je suis venu voir l’Inde. Je pense que maintenant on va se séparer.
Arnaud était sincèrement contrarié : » Écoutez, Mâ Ananda Moyi est un maitre de la bhakti, mais il y a aussi le jnana yoga, centré sur la connaissance et j’ai entendu parlé d’un maître de cette voie qui vit au Bengale. C’est peut-être lui qu’il vous faut.
Arnaud était touchant à vouloir à tout prix faire mon salut. Pour ne pas le contrarier davantage, je prends le nom et l’adresse de ce personnage : un certain Swâmi Prajnanpad.
– Bon j’irai le voir. Mais d’abord je vais me promener au Népal.
– Ah, vous allez au Népal ? Il y a là-bas un saint hors du commun que vous devriez absolument rencontrer…
Rencontre de Shiva Puri Baba au Népal (p93-95)
(…) Dans un petit ermitage, le saint vivait servi par deux enfants (…) Avec mon guide, nous entrons dans le lieu agréablement ombragé où, ponctuée par le chant des oiseaux règne une grande paix. Je vois de dos, une chaise longue sur laquelle je devine une présence. L’ayant contournée, je suis devant un homme non pas âgé, mais extrêmement vieux, pourtant rayonnant. Il nous sourit en silence. (…) Je n’avais jamais vu un homme à la fois aussi vulnérable et rayonnant, car quoique son corps fut réduit à rien -on le devinait aussi léger que celui d’un enfant- il émanait de toute sa personne comme une sorte de lumière (…) Je crois que cela venait de ses yeux et du regard bienveillant qu’il posait sur nous… J’ai passé deux heures aux pieds de cet homme au corps frêle, mais traversé d’un rayonnement tout à fait extraordinaire. Cela a été ma première bénédiction en Inde. Je la dois à Arnaud. C’est grâce à lui, au fond, que j’ai entamé ce chemin tellement merveilleux et difficile.
Shiva Puri Baba devait mourir un mois plus tard. J’avais eu la chance d’être un des derniers à recevoir son darshan…
Rencontre de Swâmi Prajnanpad
Ah! j’ai promis à Arnaud d’aller voir ce maitre…
Eh bien, j’irai et je resterai auprès de lui au moins quatre jours (…)
J’avais écrit pour annoncer ma venue. À mon arrivée un homme sort d’une des petites huttes de l’ashram et se dirige vers moi : C’était Sumongal qui avait pour mission de me conduire dans ma propre case, sans porte, en terre battue, d’une simplicité monacale, mais d’une propreté impeccable (…) Après le dépôt de mes bagages :
-Je vais vous conduire auprès de Swâmiji, me dit ce futur cher ami (…)
Je lui emboite le pas et nous parvenons à une autre case, plus volumineuse que la mienne, autour de laquelle court une terrasse (…).
Me voici devant Swâmi Prajnanpad.
C’est une personne hautaine, si jamais il en fut, pour ne pas dire distante, encore qu’en aucune manière méprisante, mais froide oh combien.
Un calme étranger à toute sentimentalité émane de lui. Aucune effusion.
Swamiji devait avoir 70 ans. J’en avais 45. (…)
Un accueil presque glacial. À la fois effrayant et reposant. Un être de cette espèce si rare que Confucius se demandait s’il lui serait jamais donné d’en rencontrer un sur son chemin. Tout était différent de ce que j’avais goûté (et qui m’avait repoussé) autour de Mâ Ananda Moyi : l’agitation, les émotions de la foule, le vacarme insupportable pour ne pas dire vulgaire.
La nuit tombée Swâmiji vient de visiter dans ma case, s’assure que rien ne me manque et me dit « take rest, take rest ».
Sur un lit fait de quelques planches recouvertes d’une très mince couche de crin, je dormis d’un sommeil paisible et profond tel que je n’en avais pas connu depuis longtemps. Plus tard j’ai compris ou plutôt deviné ce que l’on ressent auprès d’un maître. Autour de lui agit un champ magnétique affectant le nôtre et se mettent à résonner de concert. Le fait est que sur ma couche rudimentaire, j’ai dormi comme un ange….
Premier entretien avec Swâmiji
(…) Après m’avoir écouté avec attention, il me dit :
Imaginez habiter une grande et belle demeure où vous n’êtes pas heureux, vous ne vous y sentez pas à l’aise. Allez-vous vous contenter de refaire la peinture, de changer les meubles de place ou d’ajouter des bouquets de fleurs ? Non. Cette maison ne vous convient plus, il faut avoir le courage de l’abattre, la démolir de fond en comble. Pour ensuite la reconstruire, cette fois sur de nouvelles et solides fondations. (…)
ÀA l’opposé de ma première nuit, les suivantes furent une suite de cauchemars. La proximité de cet homme m’explosait l’inconscient (…)
Les jours suivants j’entrevis quelle gigantesque aventure, mésaventure devrais-je dire, allait commencer. Un tremblement de terre, un raz de marée qui emportait tout, ne laissant plus rien de celui que j’étais… Venu pour quatre jours, je suis en fait resté deux mois auprès de lui ! Fin du premier séjour.
À suivre : la genèse de « Pour une naissance sans violence », le bestseller de Frédérick Le Boyer, traduit en 20 langues et vendu dans 26 pays à plusieurs millions d’exemplaires…
Pour vous rendre la perspective de la rentrée plus attrayante, voici un petit rappel de ce qu’elle vous réserve de sympathique du côté de La Bertais :
Une joyeuse équipe de peintres, bricoleurs ou bricoleuses en tout genre + amoureux des espaces verts est attendue le samedi 14 septembre. Pour l’instant nous sommes déjà 6, mais nous ne désespérons pas de vous voir nous rejoindre nombreux et nombreuses. Rendez-vous sur place à 9h45 pour une petite méditation introductive qui commencera à 10h précise, puis le chantier. Pensez à apporter votre pique-nique. Et pour vous inscrire, c’est par ICI
C’est le lendemain, soit le dimanche 15 septembre, qu’aura lieu notre traditionnelle « Journée annuelle de méditation« . Celle-ci est d’ores et déjà assurée d’un franc succès puisqu’il y a actuellement 23 inscrit(e)s qui se retrouveront sur place pour partager cette « non-activité » de 9h45 à 18h. Attention, nous envisageons de limiter le groupe à une trentaine de personnes. Donc si vous êtes intéressé(e), mais que vous avez négligé de vous inscrire, ne tardez pas à vous manifester ; c’est par ICI
Pour ceux et celles qui habitent à proximité de La Bertais, sachez que le cours de yoga hebdomadaire redémarrera le mercredi 18 septembre. Si vous êtes concerné(e), pensez à réserver votre place dès à présent, car là aussi le nombre de participant(e)s est limité.
Samedi après-midi 28 septembre et dimanche 29 septembre : week-end de l’Assemblée générale annuelle.
Cette année, nous aurons la chance de recevoir Yves Remond en invité d’honneur. Yves a fait partie de l’équipe des collaborateurs d’Arnaud à Hauteville jusqu’en 2017. Depuis qu’il a pris sa retraite, il s’est, entre autre, mis au sanskrit et vient de publier une première traduction d’un passage clé d’un grand classique du Védânta. Il viendra donc nous parler de son parcours et plus particulièrement du contenu de son livre (qui sera en vente sur place) : « L’Eveil dans le Yogavâsistha« .
Une lettre vous sera adressée mi-septembre pour plus de détails, mais vous pouvez déjà vous inscrire à cette AG en cliquant ICI.
Samedi 12 et dimanche 13 octobre : reprise de l’atelier d’initiation à la philosophie hindoue et du GSMP.
Concernant l’atelier « philo hindoue », une bonne nouvelle : j’ai décidé de mettre en ligne le contenu des six rencontres de la saison passée. Si vous n’avez pas pu suivre ce séminaire ou si vous avez envie de le réécouter en totalité ou en partie, il est dès à présent à votre disposition via une nouvelle page du site => ICIEt concernant la saison 2 de cet atelier, patience, les inscriptions seront ouvertes juste après l’AG !
Pour le GSMP (Groupe de Soutien à la Mise en Pratique), sachez que suite à quelques départs, il va y avoir plusieurs places disponibles cette année, tant dans le groupe du samedi après-midi que dans ceux du dimanche. Si vous faites partie des personnes qui étaient en attente de pouvoir y participer, cela va être le bon moment. Consultez le calendrier des rencontres ICI,
Et ensuite prenez contact avec nous (Yann et Anne-Marie) par mail ou téléphone pour réserver votre place…
En marge de nos activités « maison », je vous signale aussi deux événements qui auront lieu en septembre, ailleurs qu’à La Bertais, mais qui pourraient vous intéresser :
Du 5 au 12 septembre : présence exceptionnelle de Red Hawk (disciple de Mister Lee et auteur de l’excellent livre « l’observation de soi ») à La Ferme de Jutreau (près de Poitiers) : Pour plus d’informations, contactez le secrétariat de la Ferme de Jutreau par tél au 05 49 84 57 28 ou par mail : dameaux@orange.fr
Week-end des 20 et 21 septembre : atelier avec Colette Roumanoff, « Bien vivre avec Alzheimer » (deux après-midi à Paris, chez Colette).
Si vous avez raté sa « prestation » de avril dernier à La Bertais ou si vous souhaitez une piqure de rappel, c’est le moment d’en profiter (réduction de 10€ sur le prix du séminaire pour les membres de La Bertais). Renseignements complémentaires et inscription ICI
Au grand plaisir de vous revoir à l’occasion de l’une ou l’autre de ces propositions !
Et voilà, c’est reparti ! Après un temps de pause bien mérité , je m’en vais vous conter la suite des aventures des héros du Mahâbhârata.
Résumé succinct du contenu du 1er livre, celui dit « des commencements » (adi parvan)
L’an passé, nous avons vu entrer en scène un à un les principaux héros de l’Épopée. Je tente de vous résumer au plus court la situation.
Deux lignées de cousins germains se disputent le trône d’Hastinapura, les Kauravas et les Pândavas. Les Kauravas sont cent frères pleins de jalousie et de machiavélisme. L’ainé d’entre eux s’appelle Duryodhana. En face, les Pândavas sont au nombre de cinq, dont Yudhishthira l’ainé de la lignée et donc l’héritier naturel de la couronne. Il est épaulé par son jeune frère Arjuna, un guerrier extraordinaire qui est capable, le cas échéant, de défier les dieux eux-mêmes. Pour empêcher que Yudhishthira ne puisse monter sur le trône, les Kauravas ont ourdi un complot particulièrement cruel : ils ont offert aux Pândavas une belle villa construite en matériau inflammable (la Maison de laque) et ont cru réussir à les brûler vivants. Mais les Pândavas ont déjoué le piège et se sont ensuite cachés dans la forêt pour faire croire qu’ils étaient morts…
Par la suite Arjuna s’est présenté sous un déguisement à la cour du roi Drupada pour participer au tournoi qui devait permettre à la belle princesse Draupadî de se choisir un époux. Évidemment Arjuna a gagné haut la main le tournoi et a donc été choisi comme mari par Draupadî. À cette occasion et malgré leurs déguisements, la cour a reconnu les Pândavas et il est devenu évident que, puisqu’ils étaient encore en vie et désormais forts de leur alliance avec le royaume de Draupada, il fallait qu’ils aillent réclamer leur dû (le trône) au vieux roi aveugle Dhritarâshtra. Après bien des tergiversations, le roi a accepté de diviser son royaume en deux. Au nord le royaume original d’Hastinapura dont il a fait de son fils ainé l’héritier, et au sud, le royaume d’Indraprastha qui sera désormais le domaine des Pândavas. Tout semble donc s’arranger pour les deux branches rivales de cousins, chacune ayant désormais son « chez-soi ».
Coup d’œil sur le contenu du 2ème livre
Le livre que nous nous apprêtons à parcourir ensemble porte le titre de livre des cours royales (sabha parvan). Ce titre indique que l’action va essentiellement se situer dans les palais : celui de Yudhishthira à Indraprashta, celui de Krishna à Dvarka et surtout bien entendu celui du roi aveugle et de son fils Duryodhana à Hastinapura. Bonne nouvelle : ce second livre compte trois fois moins de vers que le premier et de ce fait il ne faudra probablement qu’une demi-douzaine d’articles pour en narrer les principales péripéties. Ceci étant, l’intensité dramatique du récit va monter d’un cran et se cristalliser autour d’un des épisodes les plus célèbres de toute l’épopée : une fameuse partie de dés disputée en grande pompe à la cour d’Hastinapura…
Panorama d’ensemble
Mais avant d’entrer dans le détail de ce second livre, peut-être apprécierez-vous un survol panoramique de toute l’épopée, histoire de mieux savoir ce qui vous attend si vous continuez à me suivre dans les méandres de ce gigantesque récit. Sachez donc que l’ouvrage est organisé en 18 livres (parvan) qui portent chacun un titre évocateur (les commencements, les cours royales, etc.). On y reviendra, mais ce chiffre de 18 semble avoir une importance toute particulière pour l’auteur, car la Grande Bataille qui forme le cœur de l’épopée dure elle-même 18 jours et le texte de la Bhagavad-Gîtâ (qui est lui-même enchâssé dans l’une des sections du 6ème livre) compte précisément 18 chapitres !
Ceci étant, voici un bref résumé des 16 livres à venir :
Les livres 3 et 4 traitent de l’exil forcé de celui des deux clans qui aura perdu la fameuse partie de dés. Pour savoir de qui il s’agit, rendez-vous dans les tout prochains épisodes !
Les sept livres suivants traitent de la Grande Bataille : de ses préparatifs (livre 5), de la guerre proprement dite (livres 6, 7, 8, 9) et de ses conséquences funestes (livres 10 et 11).
On change de registre avec les livres 12 et 13, réservés à une série d’exposés sur la sagesse et sa transmission.
Le livre 14 nous permet de voir comment cette sagesse peut s’incarner dans l’exercice du pouvoir politique.
Le livre 15 nous introduit à la nécessité de consacrer la fin de sa vie à la recherche spirituelle (en se retirant dans un ashram).
Le livre 16 est une sorte de digression qui nous raconte la fin tragique de Krishna.
Les livres 17 et 18 racontent la sortie de scène de nos héros, celle-ci se faisant en deux temps : ils partent d’abord pour un dernier pèlerinage terrestre en vue de se préparer au passage dans l’au-delà. Après quoi ils s’essayent à rien de moins qu’à l’ascension du Paradis. Ce qui donne au lecteur un aperçu des dernières épreuves qui attendent l’aspirant à la sagesse avant qu’il n’atteigne sa destination finale !
Ce coup d’œil panoramique confirme bien le projet général de l’œuvre qui est donc de nous fournir un modèle de ce que peut être une vie humaine réussie selon le schéma traditionnel des quatre âges de la vie.
Nous y voyons naitre nos cinq héros (les fils de Pându), puis nous les suivons durant leurs jeunes années de formation auprès de leur premier maitre Drona. C’est ce que la tradition appelle l’âge du brahmacharya (période de la formation).
Suite à quoi nous les retrouvons aux prises avec les tribulations et les vicissitudes de la vie d’adulte : mariés à Draupadî, ils vont devoir se battre, au figuré d’abord, puis au propre, pour faire respecter leurs droits, accomplir leur destinée humaine et assurer un avenir à leur descendance. C’est ce que la tradition appelle l’âge du grihastha (période des responsabilités familiales et professionnelles).
Puis le texte nous montre ce que doit être le troisième âge, celui du désengagement volontaire de la vie dans le monde afin de se libérer peu à peu de tous les attachements naturels (famille, possessions matérielles, position sociale…). C’est l’âge de vana-prashta (période de retraite dans la forêt, nos héros quittant la ville et le confort de leur palais pour mener une existence plus simple et frugale en ashram).
Vient enfin le dernier âge, celui du renoncement à toute forme de mondanité pour une consécration exclusive à la vie spirituelle. C’est l’âge du sannyâsa (période de vie monastique qui, dans l’épopée, culmine par l’accès au Paradis, terme à entendre ici comme un symbole de l’Éveil).
Par delà le côté très « indo-indien » de cette épopée, ce qui en fait la valeur universelle, c’est donc ce plan de vie qu’elle exemplifie de façon particulièrement remarquable. Avec, tout au long du récit, la mise en oeuvre d’une sagesse qui s’incarne dans les très nombreuses situations concrètes où une décision est à prendre, une initiative à mener, la perspective sous-jacente étant toujours d’oeuvrer directement ou indirectement à préparer l’Eveil spirituel final.
Avec ce plan d’ensemble en tête, il est temps de retrouver nos jeunes héros dans leur palais d’Indraprastha…
Pour cela, merci de suivre le mode d’emploi exposé ci-dessous :
J’ai décidé de rendre publique tous les articles de cette série. A cette fin j’ai créé un nouveau menu « Mahâbhârata » dans la page d’accueil du site.
C’est en cliquant sur ce menu que vous pourrez accéder à tous les articles écrits à ce jour : tant ceux de la saison 1 que les 6 articles qui font suite à celui que vous venez de lire.
Donc, pour découvrir le livre 2 du Mahâbhârata, regardez la barre de menu tout en haut de cette page et cliquez sur le titre de l’Epopée !
Cerise sur le gâteau, ce nouveau menu est accessible même sans vous connecter au blog. Et par ailleurs, il vous réserve une petite surprise : j’ai ponctué les articles par une série de quizs auxquels il vous faudra répondre pour pouvoir déverrouiller les articles de la saison n°2 ! Voilà de quoi occuper vos vacances !
Bon, vous ne comprenez pas bien comment vous connecter ? Alors, voici un raccourci => Cliquez ICI
PS : si vous n’avez pas la patience de refaire tout le cheminement de la saison 1, demandez-moi en commentaire le code d’accès aux articles de la saison 2….