Notre week-end a commencé dès le vendredi soir avec la conférence de Christophe au CCBR sur « Savoir se défendre, une nécessité« .
Pour ceux qui n’y étaient pas , sachez qu’il y a exposé, dans des termes particulièrement simples et convaincants, la thèse centrale de son livre d’un parallèle possible entre l’immunité physiologique et « l’immunité psychique », c’est-à-dire la capacité naturelle de notre « moi » à protéger son intimité et à la défendre efficacement en cas de tentative d’intrusion. De même que notre immunité physiologique peut être mise à mal (immuno-dépression, maladies auto-immunes et allergies) les mécanismes qui nous permettent de nous sentir intérieurement intègres et en sécurité peuvent être plus ou moins défaillants. Ce qui, selon les cas, se traduit soit par une difficulté à ne pas se laisser envahir psychiquement par autrui (immuno-dépression), soit une tendance à l’auto-dévalorisation (trouble auto-immune) ou enfin une attitude d’agressivité réactionnelle excessive face à des situations en soit anodines (allergies). Mais Christophe a montré qu’en regard de chacune de ces catégories de dysfonctionnement, une démarche de restauration de notre immunité psychique est possible…
Si vous souhaitez écouter (ou réécouter) cette conférence, vous pouvez encore acquérir le fichier audio (contre 5€) en cliquant ICI
Quant au séminaire de La Bertais qui a suivi, il a eu lieu devant un auditoire aussi nombreux que particulièrement impliqué.
Le ton a été donné dès l’ouverture avec plusieurs questions tournant autour du thème de la mort, puis de la gestion des conflits intrafamiliaux et nous avons été très nombreux à apprécier le parfait duo que formaient Christophe et Murielle dans leurs réponses.
Parmi les diverses « pépites » livrées par chacun à cette occasion, je retiens personnellement :
« On ne peut pas dire vraiment « oui », si on ne sait pas d’abord dire « non« .
Et aussi,
« le mental a toujours besoin d’un coupable, s’il ne le trouve pas à l’extérieur, il le fabrique à l’intérieur (par la culpabilité)« .
Mais je suis certain que les présent(e)s ont bien d’autres « trésors » à partager avec les absent(e)s. Aussi, je les invite à prendre à leur tour la plume en rédigeant un commentaire à cet article…
Après vous voir présenté les deux derniers livres de Christophe Massin (ICI) et (LÀ), je souhaite partager avec vous une dernière pépite trouvée sur le Net à propos de notre prochain invité à La Bertais. En avril 2024, Christophe a été amené à prendre la parole dans un congrès au titre pour le moins étonnant : « On ne meurt pas d’en parler ». Il s’agissait en fait d’une rencontre autour du thème de la mort, envisagée tour à tour du point de vue médical, psychologique, anthropologique et spirituel. C’est évidemment dans cette dernière perspective que Christophe est intervenu.
La vidéo est un peu longue, mais l’exposé de Christophe ne dure que jusqu’à la 34ème minute, le reste étant consacré à un échange avec le public (qui à mes yeux présente un intérêt un peu moindre).
Comme je suis actuellement une formation à l’utilisation de l’IA dans la gestion des tâches courantes propres à la marche d’une association, j’ai demandé à l’un de ces outils (Deepseek, pour les connaisseurs) de me résumer la vidéo, de façon à pouvoir vous la présenter ici plus facilement. Ce qui suit n’a donc pas été écrit par moi (même si j’ai relu et corrigé le texte avant de l’inclure ci-dessous). Je vous laisse apprécier le résultat… PS : Avec mon formateur, on a proposé l’exercice à six IA différentes (dont évidemment ChatGPT), mais c’est de loin Deepseek qui a produit la meilleure « copie » sur cet exemple précis!
« Et si la mort était notre meilleure enseignante ? Le message lumineux de Christophe Massin »
Introduction
Dans une société qui idolâtre la jeunesse et fuit la mort comme une défaite, le psychiatre et méditant Christophe Massin a osé un pari audacieux : en parler avec humour, sagesse, et une profondeur qui bouleverse. Lors de la conférence « On ne meurt pas d’en parler », il a transformé un sujet tabou en une leçon de vie. Retour sur un discours aussi rare qu’indispensable.
1. Briser le tabou avec grâce
Alors que notre époque carbure aux distractions et aux illusions d’immortalité (transhumanisme, jeunisme), Christophe Massin célèbre la mort comme un « maître intérieur ». Son approche n’a rien de morbide : elle est un appel à vivre pleinement, ici et maintenant. « La mort nous rappelle que chaque instant est précieux. La fuir, c’est fuir la vie elle-même. »
2. La méditation, antidote à la peur
Avec des mots simples, il explique comment la méditation – étymologiquement proche de « médecin » – soigne notre rapport à l’éphémère. En observant nos résistances (attachements, peurs), nous apprenons à lâcher prise. Un témoignage poignant (celui de Delphine) a illustré cette alchimie : du vide naît une présence à soi radicalement nouvelle.
3. Un mantra pour notre temps : « Donner, Recevoir, Accomplir »
Reprenant l’enseignement de son maître, Christophe Massin offre une boussole existentielle :
Donner : Exprimer son amour sans attendre.
Recevoir : S’ouvrir à la gratitude, même dans l’épreuve.
Accomplir : Agir avec conscience, sans regret.
« Ce n’est pas la longueur de la liste de nos exploits qui compte, mais la qualité de notre présence à chaque étape. »
4. Une spiritualité incarnée
Loin des dogmes, sa vision est résolument pratique : la spiritualité se vit dans les gestes du quotidien (une tasse de café savourée, une écoute attentive). Elle réconcilie corps et esprit, sans nier les émotions. « La souffrance naît de la résistance, non de la perte elle-même. »
Conclusion
Christophe Massin nous lègue un trésor : la mort, loin d’être une ennemie, peut devenir une alliée. Elle nous enseigne l’impermanence, l’amour inconditionnel, et l’urgence de vivre en conscience. Et si, comme le suggérait Rilke, « notre tâche était de faire alliance avec l’inévitable » ?
Bon, si ce résumé vous a donné envie de regarder la vidéo, tant mieux. Et dans le cas contraire, pardonnez à mon personnage « geek » de vous avoir ainsi pris en otage…
PS : Pour vous inscrire à la conférence de vendredi soir (en présentiel ou en différé) cliquez ICI ;
Et pour participer au week-end avec Murielle et Christophe, cliquez LÀ!
En visite dans le Finistère sud, nous avons récemment fait une halte culturelle à Pont Aven, histoire entre autres, d’en apprendre un peu plus sur Gauguin et sa fameuse école de peinture, dite évidemment « de Pont Aven ».
Un petit musée sympathique y retrace l’aventure d’un groupe de jeunes artistes européens (américains, hollandais, anglais et finalement aussi français) qui s’entichèrent à la même époque de ce coin perdu de Bretagne, où selon eux, il faisait bon vivre et peindre au contact des ruraux et de leurs moeurs encore ancêtrales. Paul Gauguin fut l’une des figures de proue de ce mouvement pictural précurseur de l’art moderne et certains des tableaux qu’il a peint sur place sont devenus depuis très célèbres…
En se promenant dans la petite ville, on découvre les lieux ayant particulièrement inspiré notre peintre et on s’amuse à y découvrir le décalage plus ou moins grand entre le « réel » tel qu’il se donne encore à voir aujourd’hui et la sublimation artistique du regard du peintre.
A ce petit jeu, nous avons eu un plaisir tout particulier à rechercher la source d’inspiration du fameux tableau « le Christ jaune » et nous n’avons pas regretté notre peine. Mais pour commencer, un premier coup d’oeil sur ce tableau, l’un des plus célèbres de l’artiste…
Nos pas nous ont conduit à un site champêtre, en surplomb du centre de Pont Aven, où se trouve la petite chapelle de Trémalo, particulièrement « craquante ». Jugez plutôt :
De facture gothique minimaliste, voici à présent son intérieur (une petite merveille selon moi!).
Sur le côté droit de la nef, en hauteur, vous distinguerez un Christ en croix…
Quand on s’en approche, voici à quoi il ressemble :
Je me suis alors amusé à prendre un cliché de face de cette statue polychrome du XVIIème en le cadrant dans un format le plus proche possible du tableau de Gauguin. Ci-dessous, je vous laisse apprécier le résultat !
Bon, même si j’ai un peu joué sur la saturation des couleurs pour rendre le rapprochement encore plus parlant, c’est touchant de trouver au fin fond d’une modeste chapelle bretonne l’un des éléments qui a contribué à hisser Gauguin au pinacle de la célébrité…
PS : le tableau est actuellement dans un musée de l’état de New-York et s’il devait un jour être mis en vente, il serait certainement adjugé à un prix faramineux. Pour preuve, en 2015, une autre oeuvre majeure du peintre appelée « Quand te maries-tu » a été achetée par un collectionneur privé au prix de 210 millions de dollars!
Voici un deuxième aperçu de la production littéraire de notre prochain invité Christophe Massin. Dans le bref interview suivant, il présente son avant-dernier livre « Moins d’ego… plus de joie!, Un chemin de liberté « , sorti en 2019 et qui sera aussi en vente à La Bertais les 24 et 25 mai prochain.
En quatrième de couverture on peut lire :
» Tiraillé entre ses désirs et ses peurs, l’ego veut tout contrôler. Se libérer de son emprise est un travail de patience et d’habileté. Au lieu de vouloir le combattre, l’approche de Christophe Massin vise à le pacifier : poser la lumière de la conscience sur nos désirs et sur nos souffrances – et sur celles que l’on impose aux autres- permet de comprendre l’ego de l’intérieur. Mais aussi de se détacher de ses stratégies répétitives qui nous coupent de la joie (…)«
Pour mémoire, la conférence publique qu’il fera à Rennes le vendredi 23 mai sur le thème de son dernier livre « Savoir se défendre une nécessité« , sera enregistrée. Si vous ne pouvez y assister mais que vous voulez l’écouter en différé, merci de vous inscrire ICI.
Et ce n’est pas trop tard pour participer au séminaire des samedi 24 et dimanche 25 (co-animé avec Murielle) : inscription ICI
Dans trois semaines, nous recevrons Christophe et Murielle Massin à La Bertais et cela m’a donné envie de chercher sur le Net quelques documents présentant les principaux ouvrages de Christophe.
Ainsi, et pour commencer cette série d’articles, je vous propose une première vidéo de 3 minutes dans laquelle il parle de façon concise, mais claire, du thème de son dernier livre : « Savoir se défendre« . Il y introduit en particulier l’idée inédite d’un parallèle possible entre « immunité physiologique » et ce qu’il a baptisé « immunité psychique ».
Pour une première découverte de ce concept original, je lui laisse la parole…
Si vous voulez en savoir plus, n’hésitez pas à assister à la conférence du vendredi 23 mai à 20h au CCBR de Rennes : réservation ICI (rappel : si vous n’êtes pas rennais, vous pouvez demander à recevoir l’enregistrement audio de la conférence).
Et bien entendu, ce thème sera repris et développé au cours du week-end des 24-25 mai qui suivra. Pour vous y inscrire c’est ICI !
Dans un article récent (à relire ici), notre ami Jean-Yves nous parlé du dernier livre de Mathieu « Un barbare en Yoga » . Dans cet article, il écrivait : « Je pense utile de préciser que Claude Mathieu n’est pas un disciple d’Arnaud Desjardins, un nom que l’on chercherait en vain dans cette autofiction où les rencontres humaines ne manquent pourtant pas ».
Pour autant cela m’a fait me souvenir que Mathieu m’avait demandé de rencontrer Arnaud à La Bertais lors de sa seconde visite d’une semaine parmi nous. C’était il y a 20 ans (en décembre 2005) et si cette rencontre n’a pas marqué plus que ça le « barbare en yoga », il n’empêche qu’elle a donné lieu à un article paru dans sa revue Infos-Yoga quelques mois plus tard. J’ai retrouvé cet article dans mes archives et j’ai le plaisir de le mettre à votre disposition ci après.
Arnaud et Mathieu se sont rencontrés en ma présence dans ce qu’on appelle à La Bertais « le studio » (logement qu’on occupe Anne-Marie et moi pendant les séjours et qu’on avait alors mis à disposition d’Arnaud et de Véronique). Me concernant, je garde un bon souvenir de ce moment où Arnaud, à son habitude, avait tout fait pour mettre à l’aise son interviewer occasionnel.
Cliquez sur l’image pour accéder à l’intégralité de l’article d’Infos-Yoga
En préparant cet article, j’ai remis le nez dans nos albums photos et du coup, j’ai eu envie de le prolonger en vous partageant aussi les quelques clichés suivants pris à l’occasion de cette mémorable semaine…
Salle comble le week-end…
Pour les repas et le thé, on avait installé une yourte chauffée dans la cour (décembre oblige)
Mais les meilleurs souvenirs sont ceux des réunions du soir durant la semaine qui se faisaient dans notre logement et où Arnaud et Véronique « recevaient la sangha » en partageant avec nous les encas qu’ils avaient eux-mêmes préparé dans l’après-midi à notre intention…
Le clou de la semaine fut une soirée médiévale « en costume » animée par Ozégan, un authentique troubadour breton venu nous conter les légendes d’autrefois…
Quand je vous dis que c’était une soirée costumée, avouez que ce n’est pas un vain mot !
Certains le savent déjà, les 25-26-27 avril prochains aura lieu la septième édition des « Rencontres de Médit’àRennes » qu’organise l’association éponyme.
Pour information, cette association, à l’existence de laquelle je continue moi-même activement de contribuer, vise à permettre aux pratiquants de la région de Rennes de se retrouver de temps en temps pour méditer tous ensemble quelle que soit leur « chapelle d’origine », confronter leur pratique avec celles d’autres méditants, expérimenter de nouvelles approches et contribuer ainsi dans la bonne humeur à faire mieux connaitre à tous les trésors de bienfaits offerts par cette activité.
Au tout début de leur réflexion, les fondateurs de Médit’àRennes avaient pensé à intituler cet événement « Tout Rennes médite« , à l’image du célèbre « Tout Rennes court« . Mais par modestie, ils ont opté pour quelque chose de moins prétentieux. Il n’empêche que la première édition de novembre 2017 avait tout de même rassemblé sur une journée près de 450 personnes et que la seconde édition de mars 2019 avait concerné plus de 1000 personnes sur les deux jours ! Du fait de la situation sanitaire, la troisième édition, d’abord programmée en novembre 2020, a dû être reportée d’un an (une animation en ligne avait cependant pu être organisée dont il a été question là et encore ici). À la suite des années Covid, les éditions suivantes (2021, 2023, 2024) ont connu une nette baisse de fréquentation. Mais cela n’a pas entamé l’enthousiasme de l’équipe organisatrice qui persiste et signe pour cette septième édition, avec, en plus des dix ateliers de méditation guidée, la projection de deux films remarquables (qui font partie des « best of » des séjours à La Bertais).
La rencontre commencera le vendredi à 18h par une cérémonie d’ouverture, incluant un temps de présentation des différents intervenants et une méditation collective).
À 19h30, le moine Jigmé PHUNSTOK du Centre Drukpa Kagyu de Plouray (56) fera une conférence introductive intitulée « Pacifier son esprit par la méditation« , directement inspirée de la tradition du bouddhisme tibétain.
Le samedi et le dimanche, de 9h à 18h30 se succéderont chaque jour cinq sessions de méditation guidée d’une heure chacune.
Les animateurs de tous ces ateliers ont été sélectionnés à la fois pour leurs qualités d’enseignants, mais aussi pour donner le plus de diversité aux pratiques proposées, celles-ci se répartissant ainsi entre quatre pôles principaux : tradition hindoue, tradition bouddhiste, approche laïque contemporaine, et autres traditions (Taoïsme et Soufisme, pour cette édition).
Un mot sur chacun des deux films (qui a eux seuls valent chacun le déplacement!)
– Le samedi à 17h : « Errant, mais pas perdu » raconte les aventures de Mingyour Rinpotché, transformé en yogi errant et solitaire durant 4 ans et demi. Il en a témoigné dans son livre « Pour l’amour du monde » (chroniqué par Georges ICI), mais le film ne fait pas du tout double emploi, car d’une part il en raconte beaucoup plus que le livre et d’autre part il sera suivi d’un échange avec le réalisateur, lui-même accompagné par un proche disciple de Mingyour Rinpoché, le lama Tashi, qui a partagé les derniers mois de cette aventure hors norme avec son maitre. Pour plus d’info, cf. mon article à relire ici…
– Le dimanche à 12h30 : « Purger sa peine en pratiquant Vipassana » : un film plus ancien, mais extrêmement touchant qui montre comment Shri Goenka (le vulgarisateur contemporain de la pratique de Vipassana) a réussi à introduire avec succès la méditation dans les prisons (d’abord en Inde, puis dans certains pays occidentaux), grâce en particulier à une femme remarquable qui était à l’époque la directrice de la grande prison de New Delhi. Il faut voir la tête des prisonniers à l’issue d’une session intensive de 10 jours, c’est assez bouleversant !
Si vous êtes libre et intéressé(e), ne tardez pas à faire votre choix dans le programme proposé puis à réserver vos places, car il se pourrait que certains ateliers soient assez vite complets !!!
PS : Nous avons besoin de bénévoles pour encadrer les personnes attendues sur les 3 jours. Aussi si la « cause » vous touche et vous motive, n’hésitez pas à vous faire connaitre en renseignant la rubrique ad hoc du formulaire lors de votre inscription en ligne.
Le Yogavâsistha est un immense poème sanskrit de 32.000 strophes qui raconte comment un maitre nommé Vâsistha s’y est pris pour aider son élève le prince Rama à sortir de la profonde dépression dans laquelle il se trouvait et pour le conduire peu à peu à l’éveil. C’est ainsi que durant 18 jours d’affilée, il lui prodigue graduellement les principes de la sagesse ultime, tant à travers des exposés didactiques que par le biais de contes ou de légendes qui viennent illustrer son propos.
Yves a traduit les quelque 175 versets qui viennent conclure ce périple initiatique et où l’on assiste à l’illumination de Rama. Et c’est pourquoi il a appelé son livre « l’Éveil selon le Yogavâsistha».
Mais du fait de son grand intérêt pour ce texte, Yves a récemment été amené à découvrir l’œuvre d’un universitaire indien contemporain de Swâmiji qui, en 1936, a soutenu une thèse sur le Yogavâsistha. Cet érudit a ainsi sélectionné, puis classé par thème, les 2.500 strophes qu’il a considéré être l’essence philosophique de l’œuvre. Suite à quoi, il a entrepris de résumer ce premier travail en extrayant 150 strophes qui, selon lui, en représentaient la quintessence ultime.
Yves ayant eu accès à ces 150 strophes, il a décidé de les traduire du sanskrit en français, et c’est à partir de ce petit opuscule qu’il a conçu pour nous son séminaire.
Ceux et celles qui avaient lu son premier livre ont donc été un peu surpris, car au lieu de travailler directement sur les versets déjà présentés, Yves a choisi de nous faire découvrir ces autres strophes.
Il a ainsi alterné entre la lecture commentée de sa toute récente traduction et l’échange questions-réponses avec l’auditoire. Ce qui, plusieurs fois, l’a conduit à partager avec nous des aspects assez intimes de sa propre sadhana, rendant par là ses exposés d’autant plus vivants et « nourrissants » pour l’auditoire.
À plusieurs reprises, ça phosphorait fort sous les crânes, et il y a même eu un moment de flottement, samedi, vers la fin de la seconde réunion, quand Yves s’est attaqué, tambour battant, aux strophes consacrées à présenter le mental. S’étant rendu compte à postériori qu’il avait quelque peu surestimé la capacité d’absorption des participants, il a su, dès le début de la réunion du dimanche matin, reprendre en main le groupe et nous avons ensuite été nombreux à « boire ses paroles » pour le reste de la journée.
Outre de nouveaux développements sur le mental, cette fois beaucoup plus clairs, les deux thèmes principaux du dimanche ont été « la pratique selon le Yogavâsishta », puis « la description de l’état le libéré-vivant ». C’est sur cette évocation inspirante que s’est conclu ce week-end, qui, à mes yeux, est appelé à rester dans les mémoires et les cœurs de bon nombre d’entre nous.
Comme toujours, je laisse aux personnes présentes le soin de venir enrichir ou compléter de leurs commentaires ce premier petit compte rendu…
La famille Roumanoff est prolixe en talents divers. Catherine, la seconde fille de Colette et Daniel, est hypnothérapeute et à ce titre anime une chaine YouTube appelée ABC TALK. Il y a peu, elle a réalisé pour ce média un interview de sa mère. Passé le début du podcast quelque peu « racoleur », l’interview présente des aspects aussi sympathiques que riches du point de vue de l’ enseignement. Le propos est certes un peu décousu (façon Colette), mais de-ci-delà, j’y ai trouvé un certain nombre de « perles » que je vous livre ci-dessous.
À propos de la phrase de Swâmiji, « personne n’aime personne« , Colette fait un commentaire fort à propos en disant qu’il s’agit là du point de départ commun à tous, mais que le chemin est là pour nous permettre peu à peu d’accéder à un vrai intérêt pour autrui, intérêt qui le moment venu se transforme en authentique sentiment d’amour. Ce que j’ai apprécié, c’est la mise en perspective de cette phrase de Swâmiji, qui, hors de ce contexte, peut paraître quelque peu abrupte, voire désespérante, alors qu’elle prend tout son sens dans l’optique du cheminement évoqué par Colette…
« Jusqu’à quand allez-vous danser sur la langue des autres » : je n’avais jamais entendu cette parole de Swâmiji qui se veut une remise en cause de notre attachement à l’opinion d’autrui nous concernant. Quelle belle formule !
« Aujourd’hui ne finit jamais » : ça ressemble au titre d’un James Bond (cf. Demain ne meurt jamais…), mais au-delà de ce clin d’œil humoristique, j’ai, là aussi, bien aimé cette formule à l’emporte-pièce qui me semble une déclinaison plus « fun » du quelque peu trop rabâché « ici et maintenant ».
Une de mes préférées : « Tout est différent, mais tout est relié« . Je n’avais jamais entendu la seconde partie de cette citation alors qu’elle m’est soudain apparue capitale. Oui, nous sommes tous différents les uns des autres et c’est tellement important de s’en rendre compte et de respecter cette différence. Mais en même temps ces différences ne sont pas des séparations, mais des modalités d’interaction. Je ne peux pas me couper des autres au motif qu’ils sont trop différents de moi, car, que je le veuille ou non, nous sommes tous dans le même bateau et ce que je suis interagit nécessairement avec ce qu’ils sont (et vice-versa). C’est donc là à mes yeux une façon beaucoup plus complète d’envisager la fameuse « loi de la différence »…
Et pour finir une formule qui n’est pas de Swâmiji, mais de Colette, ce qui n’empêche qu’elle m’a aussi percutée : « Je ne peux pas être plus gentille avec les autres que je ne le suis avec moi-même« .
Bon, si vous voulez vous aussi profiter de l’énergie quelque peu débordante de la plus jeune des disciples encore vivantes de Swâmiji, c’est par ici :
Une fois n’est pas coutume, cet article vise à faire la promotion d’une nouvelle initiative de mon fils aîné, Christophe Le Boucher.
Après avoir écrit un livre sur « Les illusions perdues de l’Amérique démocrate » (présenté ICI), animé une Newsletter sous le pseudonyme de Politicoboy, collaboré à divers médias politiquement engagés, il vient de lancer une seconde Newsletter consacrée à une critique des nouvelles technologies.
Signe de son évolution personnelle, alors qu’en 2017, il avait écrit ici même un article à la gloire des principales innovations à venir, il porte désormais sur elles un regard beaucoup plus critique et prend un malin plaisir à révéler le dessous des cartes des annonces les plus médiatisées. Dans le jargon de la jeune génération, il « débunke les fake-tech ». Ou, en français du siècle dernier, il démystifie les fausses informations sur les nouvelles technologies.
Voici comment il présente lui-même sa nouvelle initiative :
« Oubliez l’ère de la High tech et son alternative soutenable de « Low tech », nous entrons dans l’âge des Fake tech. La Silicon Valley n’invente plus, elle manipule. Ses milliardaires ralliés à Trump ne cherchent plus à faire progresser l’humanité, mais à acquérir toujours plus d’argent et de pouvoir. Quitte à proposer un récit trompeur et mensonger pour imposer leur vision du futur. Déconstruire ce narratif techno-solutionniste nécessite de porter un regard critique sur la Tech. C’est le but de « Fake Tech », ma nouvelle newsletter techno-sceptique. À travers elle, j’espère également toucher un public plus large et moins « politisé ». Afin, entre autres, de modestement contribuer à la bataille culturelle contre l’extrême droite et ses relais » .
Après cette présentation musclée, deux articles sont d’ores et déjà disponibles qui « décoiffent » quelque peu, en comparaison de ce que la presse généraliste nous en a dit.
Le premier concerne la bataille actuelle qui fait rage entre le réseau social chinois Tik Tok et l’administration américaine. Où on apprend que le grand méchant n’est pas forcément celui qu’on croit ! Pour en savoir plus, cliquez ICI.
Le second traite de l’annonce tonitruante (mais mensongère) de Trump prétendant faciliter un investissement de 500 milliards de dollars pour le développement de l’Intelligence artificielle « made in USA ». Une grossière récupération médiatique d’une initiative privée qui a démarré en mars 2024 et au financement de laquelle l’Etat fédéral américain n’est pas associé! Cela vous laisse dubitatif : lisez sans plus tarder la vraie histoire de cette « fake-news » en cliquant ICI
A gauche de l’image, Sam Altman le patron de ChatGPT…
Bon, en ce qui me concerne, j’ai eu l’impression d’être un peu moins bête après avoir pris connaissance du contenu de chacun de ces deux articles. Alors, si vous êtes comme moi, n’hésitez pas à vous abonner à cette Newletter et à la faire connaitre autour de vous !
Cette photo a été prise à partir de la cour de La Bertais, le vendredi 3 janvier vers 18h. Elle montre une conjonction quasi-parfaite de la planète Vénus (le petit point brillant en haut) avec la Lune (dans son premier quartier).
Bon, en vrai, c’était encore plus beau, mais mon petit iPhone est un peu limité pour ce genre de cliché…
Ceci étant, si j’ai eu envie de partager cette image avec vous, c’est à cause de sa symbolique, qui m’offre un support inattendu pour vous présenter nos vœux pour cette nouvelle année.
Astrologiquement, Vénus est la planète qui incarne des valeurs telles que la Beauté, l’Amitié, l’Harmonie et le Plaisir de vivre…
Et la Lune incarne le mental, avec ses cycles incessants de haut et de bas, sa luminosité tantôt aveuglante (pleine lune) et tantôt ténébreuse (lune noire).
Or comme vous le montre la photo, en ce vendredi 3 janvier à La Bertais, Vénus était clairement AU-DESSUS de la Lune. J’y ai vu comme un signe, une sorte de message pour nous dire que, cette année, il allait nous falloir faire en sorte que la sagesse des valeurs féminines (Bonté, Fraternité, Joie de vivre) tienne la dragée haute au carrousel du mental !
Alors tel est notre vœu à Anne-Marie et moi pour chacun et chacune d’entre vous : qu’en 2025 votre mental reste le plus souvent possible sous la garde bienveillante de votre propre féminité !
PS : Ci-dessous, un cliché de la même conjonction pris quelques heures plus tard par un photographe professionnel.
En avril 2020, Georges nous avait fait découvrir sur ce blog l’excellent livre de Mingyour Rinpotché « Pour l’amour du monde ». Son article, à relire ICI, avait suscité à l’époque un bon nombre de commentaires enthousiastes et m’avait décidé à lire moi-même l’ouvrage puis à remercier Georges de me l’avoir fait connaitre…
Eh bien, figurez-vous que j’ai appris tout récemment qu’un film avait été fait sur cette aventure. Son scénario commence par reprendre les premiers chapitres du livre, mais il prolonge ensuite magnifiquement l’ouvrage en nous conduisant pas à pas dans les principaux lieux de retraite solitaire où a vécu Mingyour Rinpoché. Les images de haute montagne sont somptueuses et le récit des différentes expériences intérieures de Mingyour est très inspirant.
Avec l’association « Médit’àRennes », nous envisageons d’organiser une projection publique à l’occasion des Rencontres de Médit’àRennes des 26 et 27 avril 2025. Mais sans attendre cette opportunité, je ne saurais trop vous conseiller de visionner ce film dès à présent, du moins si vous voulez, en ce début d’année 2025, pouvoir bénéficier au plus tôt du « choc additionnel » dont il est porteur pour notre propre pratique!
D’un point de vue concret, le film n’est actuellement disponible qu’en streaming, et cela en version originale anglaise (avec sous-titres en français). Voici sa bande-annonce (qui, elle, n’est pas sous-titrée, mais ça vous donnera déjà une idée, surtout si vous vous mettez en plein écran…)
En cette période où l’on prend fréquemment « de bonnes résolutions » , n’hésitez pas à vous offrir ce cadeau que vous pourrez visionner autant de fois que vous voudrez pendant 30 jours sur votre ordinateur, tablette ou télévision pour la modique somme de 9,86€. Cadeau qui pourra même être partagé sans modération en famille ou avec des amis.
Cliquez ICI pour louer le film, puis rendez-vous dans les commentaires de cet article pour me dire s’il vous aura fait aussi forte impression qu’à moi…
Un peu par hasard, j’ai eu l’occasion de lire un article de fond1 publié par le Monde qui a eu accès à la correspondance privée de l’Abbé Pierre alors que celui-ci était jeune moine capucin. Une fois encore, après la lecture de cet article, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir combien la célèbre parole de Swâmiji était juste :
« Personne n’a le droit de juger. On n’a que le droit de comprendre »
Voici quelques passages qui jettent une lumière aussi crue qu’ inattendue sur les tourments intérieurs du jeune Henri Grouès, futur Abbé Pierre.
« Cinquième d’une fratrie de huit enfants, Henri Grouès naît, le 5 août 1912, à Lyon, dans une famille de la haute bourgeoisie catholique, proche des jésuites. Riche négociant industriel, son père, Antoine, a épousé Eulalie Perra, une fille de notable de province fière de donner aux siens une éducation chrétienne très stricte. Considérées comme indécentes, les marques de tendresse sont rares chez les Grouès. On embrasse peu, on ne câline guère. Chaque soir, la famille s’agenouille et prie longuement. « Seigneur, nous savons que nous ne sommes rien, que nous ne connaissons rien », récitent parents et enfants à l’unisson. À l’église, chacun a son nom inscrit sur un prie-Dieu.
Henri Grouès devient, fin 1931, frère Philippe de Lyon, ainsi appelé comme le veut, à l’époque, la tradition capucine : le prénom donné reprend celui d’un ancien religieux récemment mort, et la ville choisie décline les origines du séminariste. Dès lors, sa vie oscille entre jubilation et dépression. Heureux, il signe « Frère La Joie » ou « Frère Philippe, chevalier scout de France » (ce qu’il était, en effet). Mais quand il se sent « vide et triste », ses paraphes s’assombrissent et deviennent « Votre capucin indigne » ou « Votre pauvre frère Philippe ». Accalmies et tempêtes s’enchaînent.
Dans une lettre de 17 pages qu’il écrit alors à son directeur spirituel (le maitre des novices), on lit entre autres cette confession : « J’avais 5 ans, rue des Gloriettes à Lyon. J’étais tourmenté – en secret – par les organes de procréation. Je ne sais quel instinct me jetait en défiance contre cette chair. Un soir, je dérobais un couteau de table, le cachais en mon petit lit et la lampe éteinte après que maman m’eut dit : “À Dieu”, je luttais, apeuré et voulant – je voulais le rejeter loin de moi. Vous comprenez, père… Le sommeil me vainquit. Je me souviens, au matin, je trouvais mon drap taché de sang et le cachais… Je m’étais légèrement blessé. Tout confus de n’avoir pas eu le courage et devenu plus raisonnable, je faisais une trêve et acceptais de vivre avec cette chose louche que je détestais à laquelle je gardais rancune et haine toujours. Cela, jamais nul au monde encore ne l’a su, vous le savez, vous, père. » il poursuit :« Comprenez-vous, déjà, l’effroi et le respect qui me saisissent.“Mon Dieu, quelle est donc votre vue sur mon âme ? Que voulez-vous donc de moi, ô mon Dieu !”, parole que je m’écriais un soir, songeant à cela et à d’autres choses aussi effarantes qu’il faut que je vous conte. »
Il révèle alors qu’à l’âge de 7 ans, il a été victime d’une série d’agressions sexuelles alors qu’il était tout jeune pensionnaire au collège des Minimes à Lyon :
« Des grands vicieux m’entreprennent. Je deviens durant deux mois, sous la menace d’un pistolet, leur jeu. Un jour, je fuis le collège. À la maison où l’on me voit arrivé hors d’haleine, on ne sait pas, on questionne. Je ne réponds pas. On me trouve – grâce dont mon cœur s’exclame de reconnaissance – de la fièvre et je passe trois mois au lit, malade : sauvé!
Quand, après, je remonte aux Minimes, les grands m’ont oublié. Quelqu’un d’autre est leur proie. Un mois plus tard, les plus endiablés sont surpris et renvoyés à grand scandale. J’en entends l’écho. J’avais 7 ans…
Sauvé ? Pas tout à fait, car le traumatisme des attouchements forcés ont exacerbé son ambivalence initiale vis-à-vis du sexe et à partir de là, il se retrouve encore plus divisé entre ses pulsions onanistes et son idéal spirituel : » « J’avais des Minimes gardé, hélas, des habitudes, des troubles désastreux… Il me faut plus de deux ans de lutte serrée à coups de confessions parfois quatre ou cinq fois par semaine pour que j’en sorte… Mais j’en sors – très épuisé mais purifié enfin – et prêt à le rester. »
À l’entrée de l’adolescence, toujours en butte à ses pulsions, il tombe (platoniquement) amoureux d’un condisciple : « Un besoin inconnu me tourmente, il me faut aimer, être aimé (…) Alors, pour atteindre l’Amour, si je ne puis avoir celui que l’on reçoit (…), je couche la nuit sur le plancher, me rhabillant une fois la lampe éteinte. Je porte sans cesse une chaîne cloutée qui me déchire les reins et je prie. Maman, après trois mois, découvre que je porte cette ceinture et m’ordonne de la quitter. J’obéis. »
Son attirance homosexuelle continue cependant de le torturer pendant de longs mois, puis, annonce-t-il, « de plus en plus à Dieu, à Jésus, je fais dans la tempête, un soir, vœu de chasteté, j’ai 16 ans, et de ce jour – la paix ». Cet événement semble être concomitant d’un pèlerinage à Rome au cours du quel il dit avoir été frappé d’un « coup de foudre avec Dieu » qui le décide, contre l’avis de toute sa famille, à devenir moine Capucin (ce faisant, il renonce à sa part de la fortune familiale…).
Le frère Henri ne restera que huit années chez les Capucins, des années très contrastées où il alterne entre des états d’exaltation mystique et des moments de grande dépression, liés entre autre à la discipline quelque peu « inhumaine » du monastère. Le point de rupture semble être le fait qu’il se retrouve à nouveau tourmenté par une puissante attirance (tout aussi platonique à ce qu’il semble) pour un autre novice… En accord avec sa hiérarchie, il quitte ainsi la congrégation juste après avoir été ordonné prêtre et se retrouve bientôt en charge d’une paroisse. Il devient l’abbé Pierre et, mu par son personnage spirituel tout aussi puissant que son personnage sexuel, il fait la brillante « carrière » qu’on lui connait.
Mobilisé pendant la Seconde Guerre mondiale, puis résistant. Il est passeur de familles juives, puis maquisard. Parmi ses faits d’armes, il organise le passage en Suisse du plus jeune frère du général de Gaulle… À la Libération, il est élu député de Meurthe-et-Moselle sous l’étiquette du Mouvement républicain populaire…
Son extrême sensibilité à la détresse humaine lui donne, en 1949, l’idée de la création du mouvement Emmaüs. Puis il devient un personnage médiatique en 1952, en remportant le jackpot du jeu radiophonique « Quitte ou double » proposé par Radio Luxembourg. Il gagne 250.000 francs qu’il se dépêche d’investir dans ses œuvres caritatives…
Deux ans plus tard, sa popularité explose quand en 1954, suite à une série de drames sociaux qu’il juge insupportable (entre autres la mort de froid d’un bébé dans une rue de Paris), il lance sur les ondes de la même radio son célèbre appel à « l’insurrection de la bonté ». Prenant à contre-pied le gouvernement de l’époque qui refusait d’accorder des crédits pour la construction de cités d’urgences, cet appel déclenche une telle vague d’indignation à travers le pays que les politiques doivent céder et commencer à prendre la mesure de la détresse de leurs concitoyens les plus pauvres…
Au fil des années, il va ainsi devenir peu à peu une véritable icône de la charité chrétienne et la tentation va être grande pour l’institution catholique de le présenter comme un saint moderne. Lui-même se révoltera de nombreuses fois contre cette image qu’on lui colle sur le dos, rappelant à chaque fois qu’il en a l’occasion qu’il n’est qu’un pauvre être humain ordinaire. Mais ce que l’opinion publique prenait alors pour une sainte humilité, s’enracinait en fait dans la lutte interne qu’il continuait à mener contre sa propre libido et qui, de temps en temps l’amenait à « craquer ». Vingt-quatre femmes (à ce jour) ont osé lever le voile sur ses comportements déviants (essentiellement des demandes incongrues de contact sexuel, des attouchements et des baisers « volés »).
L’article du Monde se termine sur cette révélation qui en dit long sur la façon dont la problématique sexuelle des prêtres étaient à l’époque traitée par l’Eglise : Dès 1942, son supérieur avait écrit à l’évêque du diocèse « Pour la paroisse, je lui ai confié le patronage des petits garçons et les enfants de chœur. Pour l’un et l’autre groupe, il lui a fallu des jeunes filles pour l’aider, qu’il engage sans m’avertir. (…) C’est un manque total de bon sens et de simplicité qui peut mener à toutes les aventures. » Cette mise en garde assez explicite ne semble avoir eu aucun effet sur l’évêque…
Cet article du Monde, vous l’aurez compris, m’a remué à mon tour. Comme beaucoup d’entre vous, j’avais pour cette figure médiatique (comme pour celle de sœur Emmanuelle ou de mère Teresa) un fort capital de sympathie et j’ai d’abord éprouvé une grosse déception lors de la révélation de « l’affaire Abbé Pierre ». Je remercie la journaliste qui a mené cette enquête, car à présent que je comprends un peu mieux le drame intime de cet homme, c’est de la compassion que j’éprouve en pensant à lui (ce qui ne m’empêche nullement d’en éprouver aussi pour toutes ses « victimes »). Et me voilà un peu plus à même d’apprécier la parole de Swâmiji que je souhaite rappeler à nouveau en guise de conclusion :
« Personne n’a le droit de juger. On n’a que le droit de comprendre »
Note 1 : « Ces lettres de l’abbé Pierre qui révèlent un religieux tourmenté par la chair dès son plus jeune âge » : in Le Monde du 13 décembre 2024, par Marie-Béatrice Baudet. C’est par « esprit de transparence » que les responsables actuels de l’ordre des Capucins ont accepté d’ouvrir à la journaliste les archives privées du monastère de Crest où a séjourné le « frère Philippe » entre 1931 et 1939…
Les habitués du blog le savent, j’ai un faible pour la voile et je prends régulièrement du plaisir à suivre les grandes courses au large. Route du Rhum au départ de Saint Malo (cf. article de 2014 ici) ou Vendée-Globe au départ des Sables-d’Olonne (cf. article de 2017 ici) sont les deux épreuves favorites que je suis d’assez près à chaque édition (tous les 4 ans, mais en alternance, donc tous les deux ans).
Le départ de l’édition 2024 du Vendée-Globe vient d’être donné et figurez-vous que cela m’a motivé à faire la connaissance de la plus jeune concurrente, Violette Dorange, 23 ans ! Cela, parce que j’ai incidemment appris qu’il s’agissait d’une des « protégées » du célèbre Jean Le Cam, qui, avec ses 64 ans, est lui, le vétéran de la course (médiatisé durant l’édition 2020 pour avoir sauvé en mer son ami et concurrent malheureux, Kevin Escoffier).
Jean a été touché par l’enthousiasme et le talent hors norme de Violette et a ainsi accepté de lui vendre son précédent bateau (celui avec lequel il a fait la course la dernière fois) pour lui permettre d’accomplir son rêve : courir avec les plus grands dans cette épreuve mythique : le tour du monde en solitaire, sans escale ni assistance!
Mais comment en vient-on à se lancer à 23 ans dans un tel défi ? La réponse : née dans une famille de « voileux », elle est sur l’eau depuis qu’elle a 7 ans et s’est d’abord fait remarquer en Optimiste (le tout petit bateau à voile avec lequel on apprend aux enfants les rudiments de la navigation).
L’optimiste : un bateau de 2,18 mètres, avec lequel Violette à traversé la manche à l’âge de 15 ans !
Elle s’est vite retrouvée dans les meilleures et a participé très jeune au championnat du monde de ce minuscule bateau (avec lequel j’ai moi-même fait mes premières armes sur l’eau!) !
Son premier exploit : à 15 ans elle décide de tenter la traversée de la Manche (avec un départ de nuit des côtes anglaises!) sur cette coque de noix qui n’a plus de secrets pour elle!
Ensuite elle fait un cycle « sport-études » et intègre l’équipe de France de voile. Elle gagne plusieurs courses en 420 (petit dériveur omniprésent sur les plages avant la vogue des planches à voile).
le « 420 » un bateau de 4,20 mètres avec lequel Violette a disputé plusieurs championnats du monde
Alors qu’on lui propose de se spécialiser dans ce type de bateau en vue des jeux olympiques, elle tombe sous le charme des bateaux plus gros, capables de « faire » l’atlantique. Elle est ainsi la plus jeune (18 ans) à traverser cet océan en course et en solitaire lors de la Mini Transat 2019. Cette course n’est pas « mini » dans son parcours mais dans ses bateaux, les concurrents devant tous aligner des voiliers de 6m50 maximum. De plus en plus mordue par ce genre de compétition, l’année suivante elle trouve à s’engager une première fois dans la Solitaire du Figaro. La voilà au commandes d’un bateau de 10 mètres pour une course par étapes. Elle finit 30ème, mais elle finit! Aussi remet-elle cela l’année suivante (elle a 20 ans) et termine cette fois à la 18ème place…
Mais Violette n’en a jamais assez : la voilà qui se met alors à rêver de disputer la plus fameuse des courses : le tour du monde en solitaire sans escale ni assistance du Vendée-Globe. Comment faire quand on a un tel rêve dans la tête à 22 ans et pas le moindre sou vaillant pour s’acheter une formule 1 des mers qui, neuve, vaut entre 5 à 7 millions d’euros ? C’est alors qu’elle a l’idée d’aller voir le fameux Jean Le Cam et de lui parler de son projet. Jean est un navigateur « ancienne génération » qui se bat pour que la course au large reste accessible au plus grand nombre. Il tombe sous le charme de Violette et lui propose alors de lui céder son précédent bateau (il est en train de s’en construire un nouveau pour l’édition 2024 du « Vendée »). Mais même avec l’achat d’un bateau d’occasion, cela représente une somme énorme à réunir et Violette va mettre plus d’un an à collecter les fonds nécessaires à la fois pour acheter le bateau et pour financer son « équipe de course ». Elle commence par contacter des ONG et réussit à obtenir un partenariat avec les Apprentis d’Auteuil, une fondation caritative qui s’occupe des enfants en difficulté. Mais cela ne suffit pas. Après différentes tentatives, son dossier finit par attirer l’attention de Mac Donald. Ce n’est pas franchement le sponsor qui la faisait rêver. Mais elle n’a plus le choix, car Jean Le Cam ne manque pas d’acquéreurs et si elle n’est pas capable de lui présenter un plan de financement cohérent, le bateau va lui passer sous le nez. Elle signe donc avec MacDo, mais obtient que ses donateurs soient regroupés sous le sigle de « DeVenir », terme qui devient le nom officiel de son bateau, MacDo se contentant de mettre son logo et son nom sur la coque ! Et la voilà à 23 ans propriétaire du fameux « Yes We Cam » qui a terminé 4ème de la précédente édition !
Pour qu’elle se fasse la main, Jean lui propose d’assurer le convoyage de son bateau lors du retour de la Route du Rhum 2022. Ainsi effectue-t-elle sa première traversée de l’Atlantique en solitaire à bord de ce pur-sang de 18 mètres. Au milieu de l’océan, ça semble tout petit. Mais souvenez-vous que la grande salle de La Bertais fait environ 14 mètres de long. Son bateau fait donc près de 4 mètres de plus et, à l’arrière, est quasiment aussi large que notre salle, même si, à l’avant il est on ne peut plus étroit! Le voici repeint aux couleurs de son nouveau skipper :
Le tour du monde à la voile prenant, sur ce type de coursier, entre 3 et 4 mois, imaginez-vous un instant vivre nuit et jour sur cet engin, perpétuellement mouvant, alors qu’autour de vous, il n’y a, à perte de vue, que de l’eau dans toutes les directions. Des vagues, du vent, et beaucoup de bruit (à cause du vent dans les voiles et de la vitesse du bateau qui « cogne » très souvent dans les vagues alors qu’il avance à la moyenne de 40 km/h). Sans compter que, seule à bord, vous devriez tout faire 24h sur 24h : calculer votre route, piloter le bateau, changer les voiles selon la météo, faire la cuisine, la lessive et bien sûr le bricolage plus ou moins compliqué qui s’impose à tout marin au long cours. Dormir ? Jamais plus d’une heure d’affilée, car en course, il faut vérifier à intervalle régulier la trajectoire du bateau et le réglage des voiles…
Ah j’oubliai : Violette ne prétend évidemment pas gagner cette course, d’autres marins bien plus aguerris qu’elle ne vont pas se faire prier pour s’en charger. Son objectif plus modeste n’en représente pas moins un énorme défi : être la plus jeune navigatrice à avoir réussi un tour du monde en solitaire et sans escale ni assistance ! Très bon vent à toi Violette !!!
(Pensez à vous mettre en plein écran pour profiter de la vidéo ci-contre!)
PS : Cerise sur le gâteau, quand elle n’est pas sur l’eau, Violette fait des études d’ingénieur à l’INSA de Rennes ! À bientôt donc de la croiser sur le campus de Beaulieu ou dans l’un des bars étudiants de notre bonne vieille capitale bretonne….
L’article précédent nous a permis de nous familiariser avec ce que l’on appelle actuellement « le modèle cosmologique standard », c’est-à-dire la représentation de l’univers qui sert ni plus ni moins de base à toute la recherche astronomique contemporaine, même celle des scientifiques qui tentent de proposer des solutions alternatives aux questions laissées sans réponse par ce modèle.
Cependant, pour ne pas trop vous décourager de me lire, j’ai simplifié à l’extrême mon premier exposé et du coup la taille de 140 mille milliards de kilomètres que j’ai proposée comme rayon de l’univers est erronée. En cause, le fait que je n’ai pas tenu compte de la nature réelle de l’expansion cosmique que j’ai présentée comme si les éléments matériels (les atomes, les étoiles, les galaxies) se répandaient dans un espace-temps conçu comme un simple contenant, vide de propriétés.
L’image qui en a résulté est celle d’une fusée de feu d’artifice à plusieurs étages. D’abord l’explosion initiale qui projette instantanément très vite et très loin le matériel pyrotechnique (phase d’inflation initiale), puis ce matériau qui a son tour explose en répandant d’autres éléments pyrotechniques plus loin mais moins vite (phase d’expansion de l’univers, propulsée par l’explosion des étoiles primitives), cette phase donnant ensuite lieu à de nouvelles gerbes de lumière plus éloignées du point de départ et encore un peu moins puissantes…
Dire quand ce phénomène d’explosions en cascade va s’épuiser (et même dire s’il doit ou non se terminer un jour) est une question scientifiquement non résolue. Aussi nous n’allons pas nous y arrêter, car si j’ai évoqué ici cette image, c’est davantage pour critiquer la représentation qu’elle véhicule que pour la prolonger.
Car plutôt que de concevoir l’expansion de l’univers comme la dispersion de la matière DANS un contenant vide (l’espace), la physique einsteinienne nous invite à la penser d’abord et avant tout comme l’expansion DE l’espace lui-même. Ainsi dans cette perspective la taille actuelle de l’univers résulte de la combinaison de deux mouvements : non seulement les objets y sont projetés loin de leur centre d’origine, mais aussi et surtout le milieu spatial qui les sous-tend n’en finit pas lui-même de s’étirer, tel un tissu élastique. L’image qui est la plus parlante à ce sujet est probablement celle de la brioche aux raisins déjà évoquée. Tant que cette brioche n’existe que sous forme de pâte, elle est relativement compacte et les raisins qu’elle contient sont très proches les uns des autres. Mais lors de la cuisson, sous l’effet combiné de la présence de levure dans la pâte et de la chaleur du four, la brioche se met à gonfler , ce qui fait que les raisins se dispersent de plus en plus en son sein. Eh bien, il en va de même dans notre univers : depuis le début de la phase expansive, ses composants s’éloignent les uns des autres parce que l’espace lui-même qui les contient n’en finit pas de « gonfler » façon brioche. Pour connaitre la taille réelle de l’univers, il faut donc additionner le mouvement propre de ses constituants à celui du « gonflement » de l’espace… CQFD.
En gonflant, la brioche fait s’éloigner les grains de raisins les uns des autres…
Mais c’est ici que les choses deviennent assez étranges, pour ne pas dire paradoxales. Car figurez-vous que la vitesse de « gonflement » de l’espace n’est pas constante, mais qu’elle croît en fonction de l’éloignement de celui qui la constate. Ce qui fait que quand on regarde une source lumineuse située très très loin de nous, on s’aperçoit qu’elle recule par rapport à nous jusqu’à finir par disparaitre. À de très grandes distances, l’espace qui contient les photons lumineux s’étire plus vite que le déplacement de la lumière en son sein. Oui, vous avez bien lu et les équations d’Einstein sont formelles : bien qu’au sein de l’univers, aucun objet ne puisse se déplacer plus vite que la lumière, cette loi ne s’applique pas au tissu spatial lui-même qui, lui, peut s’expansionner plus vite que les ondes électromagnétiques lumineuses! Imaginez un instant une souris courant à toute vitesse sur un tapis roulant, mais à contre sens. Elle a beau aller le plus vite qu’elle peut, si le tapis sur lequel elle court se met à reculer plus rapidement qu’elle n’avance, elle s’éloignera inexorablement de son but !
Telle notre souris, les photons situés à la bordure de l’univers visible tentent désespérément de venir vers nous, mais le tapis roulant de l’expansion de l’espace les font finalement reculer…
La suite des plus étranges se profile dans vos esprits agiles : cela veut donc dire que l’univers est bien plus large que le halo résiduel actuellement visible formé par l’explosion primordiale et ses presque 14 milliards d’années-lumière de rayon. Une partie des photons qui composent cette lumière est actuellement rendue très au-delà de cette limite. Tels notre souris ou encore des nageurs pris dans un courant inverse au sens de leur natation, ils ont été contrariés dans leur course en avant par le gonflement de l’espace. Et ce qui est vrai de la lumière (l’objet le plus rapide) l’est aussi à moindre proportion pour les corps matériels (atomes, molécules, cailloux, étoiles et galaxies). Cela veut dire que les galaxies les plus vieilles qui nous semblent aujourd’hui situées à 13 milliards d’années-lumière de nous, sont en réalité actuellement bien plus éloignées. En tenant compte du taux d’expansion de l’espace, les scientifiques nous apprennent qu’elles sont en réalité environ trois fois plus loin que ce que l’on voit (46 milliards d’années-lumière et non pas 13 milliards). Pour vous aider à le comprendre, pensez à ce qui arrive quand on entend un avion passer le mur du son. Si on regarde d’où vient le bruit, on ne voit pas d’avion, car le temps que l’onde sonore nous parvienne, celui-ci a continué à avancer et se trouve bien plus loin que l’endroit d’où provient son bruit. De même, quand on regarde une galaxie lointaine, ce qu’on voit, c’est là où elle était il y a 13 milliards d’années et non pas là où elle est présentement.
La conclusion (encore provisoire) est que l’univers ne fait donc pas 13,7 milliards d’années-lumière de rayon (soit 140 mille milliards de kilomètres, comme dit dans mon premier article), mais plutôt quelque chose comme 46 milliards d’années-lumière (soit 420 mille milliards de kilomètres). Cette distance est celle à laquelle sont rendus aujourd’hui une partie des grains de lumière (les photons) issus du Big-Bang, compte tenu de la dilatation phénoménale du milieu dans lequel ils existent. Et à leur suite, ce sont aussi une partie des éléments plus complexes engendrés dans les premiers temps de l’univers (atomes, molécules, poussières, cailloux, étoiles et galaxies primitives) qui se situent dans cette zone invisible, mais néanmoins bien réelle de l’univers. Ainsi est-on amené à distinguer dans l’univers total deux cercles concentriques. À l’intérieur il y a la « bulle » de l’univers visible de presque 14 milliards d’années-lumière. Et cette bulle est enserrée dans une autre bulle trois fois plus grande qui représente la limite actuelle de l’expansion de l’espace. Cette limite définissant (peut-être) la vraie taille de l’univers. J’ai essayé de résumer cela sur le schéma de mon cru ci-dessous :
Grâce à ce schéma, on visualise mieux la disproportion qu’il y a entre la partie observable de l’univers et celle qui est à jamais soustraite à notre connaissance. On prend ainsi conscience que le domaine du connaissable est bien plus petit que celui de l’inconnaissable. Qu’on ne s’y trompe pourtant pas. La partie observable de l’univers (le cercle jaune du schéma) est, à l’échelle humaine, déjà incroyablement vaste. Elle contient en effet, notre terre, le système solaire, la galaxie à laquelle notre système solaire appartient (la Voie lactée, avec ses 300 milliards d’étoiles), l’amas local qui regroupe une soixante de galaxies proches de la Voie lactée, le super amas de galaxies (appelé Laniakea) qui regroupe, lui, environ 100.000 galaxies comme la nôtre et qui s’étend sur un demi-milliard d’années lumière, et enfin l’ensemble des supers amas qui composent tout ce que nous pouvons voir. Eh bien ce gigantisme du « connaissable » est encore environ trois fois plus petit que la partie inconnaissable de l’univers total !
Le point rouge = notre galaxie. Les filaments lumineux = les chapelets de galaxies formant le super amas dans lequel nous « résidons » appelé Laniakea. A ce jour, les scientifiques pensent qu’il y aurait environ 25 milliards de structures semblables dans l’univers observable !
Cette distinction entre partie observable et partie non-observable de l’univers total a quelques conséquences très étranges. Par exemple, celle-ci. Si nous étions aujourd’hui capables de nous rendre à la frontière de l’univers visible, nous ne nous trouverions pas nez à nez avec le néant, mais nous serions face à un nouvel horizon apparent de 13 autres milliards d’années-lumière ! Un peu comme un marin qui voit l’horizon reculer au fur et à mesure qu’il avance sur l’eau. Et qu’on se le dise, puisqu’aucun objet ne peut se déplacer dans l’univers plus vite que la lumière, il nous est à jamais impossible d’en atteindre « le bord ». Ce bord de l’univers, si tant est qu’il existe, recule en effet plus vite que les objets qu’il contient ne peuvent s’y déplacer. Aille, voilà qui en flanque un ultime coup à notre prétention à vouloir tout connaitre!
Il me resterait encore à vous parler de plusieurs autres paradoxes « incroyables » que cette situation génère, mais je crains d’abuser de nos neurones respectifs. Je me contente donc de signaler le problème crucial qui reste à ce jour non résolu : est-ce que l’expansion de l’univers total (visible + invisible) a une limite ? Autrement dit, s’il est admis que l’univers actuel a une taille définie (environ 46 milliards d’années-lumière de rayon, comme déjà dit), va-t-il continuer indéfiniment à croitre en volume ou arrivera-t-il à une limite ? Plusieurs théories s’affrontent à ce propos, mais je vais me contenter de résumer ici les deux plus simples à comprendre.
Première hypothèse : l’expansion se fait de façon identique dans toutes les directions. On parle alors d’un milieu spatial « plat » (bien que ça soit un abus de langage puisque l’espace possède trois dimensions). Si tel est le cas, alors l’expansion de l’univers matériel pourrait continuer indéfiniment et on peut alors parler d’univers infini (non dans les faits, mais dans le principe).
Seconde hypothèse : il se peut que le tissu spatial ne soit pas rigoureusement « plat », mais qu’il présente une légère courbure. Dans ce cas, l’expansion de l’univers réalise un cercle gigantesque et sa taille, bien qu’incommensurable, est finie (les éléments qui voyagent en son sein finissent par revenir à leur point de départ!).
Pour pouvoir trancher cette énigme, il faudrait être capable de mesurer la présence ou l’absence de courbure de l’espace sur des distances gigantesques, ce que l’état actuel de la science ne permet pas de faire. Avec les moyens dont ils disposent actuellement, les scientifiques sont à cet égard comme des fourmis qui essayeraient de savoir si la terre est plate ou ronde. Toutes les mesures faites par les fourmis-savantes indiqueraient que la terre est plate, car leurs instruments de mesure ne seraient pas à la bonne échelle pour révéler la sphéricité de notre planète. Eh bien il en va de même pour les savants humains : leurs instruments de mesure actuels disent que l’univers est « plat » (entendez qu’il s’étend de façon identique dans toutes les directions), mais ils savent aussi que ces mêmes instruments ne sont pas capables de dire si cette platitude se retrouve ou non à l’échelle de l’univers total. Il se pourrait que la courbure soit tellement infime à notre échelle qu’elle ne soit pas actuellement détectable pour nous. Dans ce cas, l’univers serait une sphère finie qui à terme mesurerait au minimum 250 fois l’univers observable, mais qui, en postulant une courbure encore plus faible, pourrait tout aussi bien mesurer beaucoup, beaucoup, beaucoup plus!
Ma longue-vue est formelle : la terre est plate !
Bref, on voit que si la cosmologie contemporaine nous donne une réponse chiffrée quant à la taille actuelle de l’univers, elle est, à ce jour, incapable de trancher la question de savoir s’il est fini ou infini dans le temps. À tout le moins elle nous permet d’appréhender un peu mieux quelle échelle de grandeur est impliquée dans la question, ce qui est déjà, selon moi, un résultat tout à faire remarquable…
Mais avant de conclure, permettez-moi de soulever une dernière question, peut-être encore plus vertigineuse : Comment se fait-il que les minuscules et insignifiantes créatures que nous sommes en regard de cette incommensurable réalité, soient tout de même capables d’écrire ou de lire un article comme celui-ci ? Serions-nous nous-mêmes potentiellement plus grands que cet univers que, tant bien que mal, nous réussissons au moins partiellement à « comprendre » (c’est-à-dire, selon l’étymologie, de « prendre en nous ») ? Je vous laisse méditer la réponse de la sagesse upanishadique à cette question : « De toute évidence, la taille de notre conscience est forcément plus vaste que ce qu’elle contient ! »
Si vous voulez connaitre la source principale de mon inspiration, vous pouvez regarder la vidéo suivante. Sachez néanmoins que son propos est parfois assez abscons et que ce n’est pas pour rien que j’ai eu besoin de rédiger ces deux articles pour m’y retrouver. Ceci étant, si vous ne craignez ni les maux de tête ni les vertiges métaphysiques, cela vous donnera l’occasion de découvrir les points que j’ai du passer sous silence, en partie faute de place, mais aussi, je dois le confesser, faute de réussir moi-même à bien les comprendre !