Dans ce dernier article de la saison 1 (!), je vous résume le début de l’épisode 18 du podcast que je ne vous propose pas à l’écoute. En effet, Laura embraye quasiment sans transition sur le récit du livre 2 du Mahâhbhârata, alors qu’en ce qui me concerne, je souhaite faire ici une pause et arrêter pour un temps mon travail de commentateur… Ceci étant, les plus mordus d’entre vous pourront prendre de l’avance en poursuivant l’écoute des 18 épisodes restants du podcast grâce au lien indiqué en bas de page…
Donc, après la cérémonie rituelle du couronnement de Yudhishthira, voici les Pândavas et leur épouse Draupadî qui émigrent vers cette terre sauvage qui a toutes les allures d’une jungle. Ils y sont suivis par leurs partisans, c’est-à-dire par les quelques habitants d’Hastinapura qui ont souhaité d’emblée se mettre sous la protection du nouveau souverain. Toute cette troupe campe un moment aux abords de la forêt hantée, le temps d’organiser l’opération consistant à délimiter puis à bruler une vaste zone de celle-ci afin d’y fonder une nouvelle ville et de disposer aux alentours de terres cultivables. C’est dans ce contexte que la faune et la flore sauvage seront détruites sans ménagement ; et c’est ce qui, deux générations plus tard, vaudra au petit-fils d’Arjuna, Parikshit, la morsure vengeresse du serpent Takshaka qui nous a été racontée dans l’épisode introductif (à relire ici) ! Ouf, la boucle est donc, sur ce point, bouclée !
Mais bien entendu l’histoire qui s’étend sur 18 livres ne fait encore que commencer !
Voici les apports les plus intéressants de la toute fin du premier livre :
1) Après quelques tentatives infructueuses de pénétration directe dans la forêt hantée, les Pândavas décident de faire appel à Agni, le dieu du feu pour les aider. Grâce à cette aide, la forêt commence effectivement à s’embraser, forçant ses habitants démoniaques à s’enfuir. Ce que voyant Takshaka (le démon en chef du peuple de la forêt) fait appel à Indra (le roi des dieux) pour le protéger ! Mais Indra est aussi le père divin d’Arjuna. Ce dernier se trouve donc dans la situation de devoir combattre un temps son propre père ! Entre les armes divines du roi des dieux et les flèches magiques d’Arjuna, cela donne lieu à un combat homérique qui n’a rien à envier aux meilleurs récits de la littérature contemporaine d’Héroic-Fantasy!
2) À un certain point de ce combat épique, alors qu’Arjua se retrouve en grande difficulté, Krishna fait son apparition sur son char pour prêter main-forte à son ami. À l’aide d’une arme magique qui lui est propre, il réussit à neutraliser simultanément les des deux belligérants. Ce qui amène Indra à prendre conscience de l’enjeu supérieur du projet des Pândavas et donc de l’iniquité de ce combat stérile contre son propre fils. Très favorablement impressionné par les talents de son rejeton, le roi des dévas décide alors de lui accorder sa bénédiction. En pratique, il lui assure le concours de son architecte personnel, le déva Vishvakarma, qui va dès lors se mettre au service des Pândavas pour réaliser la construction leur citée. Ce revirement d’alliances signe bien entendu la défaite de Takshaka !
3) Car Agni, le dieu du Feu, peut alors finir ses bons offices (Indra, dieu de la foudre, faisant jusqu’alors tomber des trombes d’eau sur la forêt pour empêcher la progression de l’incendie!). Suite à quoi, se sentant particulièrement honoré qu’on lui ait fait une offrande aussi somptueuse (plusieurs milliers d’hectares à bruler d’un coup, ce n’est pas tous les jours qu’il peut se régaler ainsi!), Agni fait cadeau à Arjuna d’un arc d’une qualité exceptionnelle.
Appelé Gandiva, cette arme a été directement façonnée par Brahmâ (le Créateur) et assure à son porteur une auto-confiance à toute épreuve. En outre Gandiva est accompagné d’un carquois magique qui ne se vide jamais, quel que soit le nombre de flèches tirées. On comprend mieux pourquoi c’est paré de cet arc si remarquable qu’Arjuna fera son entrée sur le champ de bataille au tout début de la Bhagavad Gîtâ (le simple son de la corde de cet arc fait, parait-il, fuir toute les créatures qui l’entendent)!
4) Par ailleurs, et avant cela, Agni a aussi fait un cadeau riche de sens à Krishna : il lui a remis une arme très particulière appelée Sudarshana chakra. Il s’agit d’un disque coupant qui est traditionnellement l’un des attributs de Vishnu. Par ce présent, Agni vient donc signifier à tous que Krishna est bien l’avatar du Dieu protecteur, cette arme étant traditionnellement utilisée par ce dernier pour décapiter les ennemis du dharma! C’est à cet endroit du récit qu’on voit donc Krishna s’en servir pour la première fois et parvenir ainsi à neutraliser les armes respectives d’Indra et d’Arjuna…

5) Une fois le terrain dégagé, les Pândavas réquisitionnent Maya (l’architecte des asuras) pour aider Vishvakarma (l’architecte des dévas) à concevoir les plans puis à réaliser la construction de leur future capitale. Grâce à cette double aide providentielle, une magnifique citée voit très vite le jour. Elle comporte en son centre un somptueux palais et est désormais entourée d’une grande plaine cultivable. Ils la nomment Indraprastha, c’est-à-dire la citée semblable à la demeure céleste d’Indra. Pour remercier Arjuna d’avoir fait appel à ses services, Maya lui offre à son tour une conche très particulière. Celle-ci, nommée Devadatta, dispose d’une sonorité puissante capable d’effrayer même les ennemis les plus endurcis. C’est elle que nous entendrons retenir lors du déclenchement de la Grande Bataille décrite au début de la Bhagavad Gîtâ…

6) Ceci étant, une fois la ville construite, il s’en suit une période de paix et de prospérité bien méritée qui s’étend sur tout ce nouveau royaume. Celui-ci, gouverné par Yudhisthira selon les principes du sacro-saint dharma, se met à rayonner et à attirer à lui de plus en plus d’habitants. Menés par Arjuna, les frères étendent facilement le royaume en vassalisant les rois voisins, trop contents de se retrouver sous la protection d’un souverain à la fois puissant et juste. Et Draupadî, protégée par la dévotion attentive de ses cinq maris, peut jouir de sa première période de vie conjugale dans le cadre extraordinaire de son nouveau palais. L’histoire pourrait donc s’arrêter ici, car nous voilà en effet (presque) rendu à la fin du Livre 1… (plus que 17 tomes !!!)
Décryptage de la fondation d’Indraprashta
Si vous acceptez de me suivre dans ma tentative d’interprétation initiatique de l’Épopée, le sens profond de la péripétie suivante va vous apparaitre clairement. Avant d’affronter pour de bon le mental et l’ego, le vrai moi doit encore faire ses preuves et se bâtir, à partir de ses propres forces, une structure intérieure à la fois puissante et saine. C’est toute la symbolique de la construction de la citée d’Indraprastha! Et pour y parvenir, il va à nouveau devoir affronter des puissances hostiles (le serpent Takshaka et son acolyte Maya). La nouveauté est que cette fois, ce n’est pas par la seule force brute que la victoire est acquise (contrairement à ce qui s’est passé lors de la lutte entre Bhîma et le démon Hidimba) mais par le recours à des ressources d’ordre supérieur (intervention d’Agni le déva du Feu, puis bénédiction finale d’Indra le maître des dévas en personne). A cela viendra s’ajouter l’annexion du pouvoir d’illusion propre à l’asura Maya. On a ici un nouvel exemple de la transmutation d’une force maléfique en une arme utile et bénéfique puisqu’elle sera mise au service de la défense de la citée.
Quant à l’étonnante confrontation à laquelle on assiste entre un humain (Arjuna) et un dieu (Indra), sachez tout d’abord que cette situation se reproduit plusieurs fois au sein de l’épopée. Pour faire bref, cela signifie à mes yeux que la grâce est quelque chose qui se mérite et que plus on est capable d’aller d’abord au bout de ses forces humaines et plus on a de chance, dans un second temps, de recevoir l’aide de la Providence. Si Arjuna n’avait pas osé relever le défi consistant à affronter le roi des dévas, s’il n’avait pas mobilisé pour cela tout son savoir-faire de grand guerrier, la Grâce mise en scène par l’arrivée de Krishna ne serait pas intervenue dans sa vie. À partir de ce moment du Mahâbhârata, on va donc être amené à concevoir le cheminement spirituel comme le fruit de trois choses : la conquête de notre inconscient (la lutte victorieuse contre les asuras et la réorientation positive de leurs énergies), l’optimisation de nos capacités humaines (corps, tête et cœur) et l’ouverture aux bénédictions que la vie ne manquera pas de nous dispenser, pour peu que nous ne rechignions pas à faire ce qui nous revient.
En attendant que nous découvrions peut-être ensemble comment la suite du récit met en œuvre cette compréhension de ce qu’est la Voie, vous pouvez vous familiariser avec les principales péripéties qui nous attendent en vous rendant sur le site de Laura Arley et en écoutant à votre rythme la suite de son excellent podcast (accès direct à l’épisode 18 ICI) !
Le who is who de cet épisode 18
On peut mémoriser le nom du démon-serpent Takshaka, puisqu’après l’avoir vu à l’oeuvre dans l’épisode 3 puis dans cet épisode, on le retrouvera encore au moins une fois à la manoeuvre dans la suite du récit. Mais comme il ne s’agit pas d’un humain, je ne vais pas l’inclure dans mon tableau. Pas plus que son acolyte Mâyâ (le principe d’illusion, si important philosophiquement dans le cadre du Védânta). Ni non plus Vishvakarman, l’architecte divin du roi des dieux Indra. Ou alors serai-je peut-être amené à vous proposer un second tableau consacré aux principaux asuras et dévas intervenants dans le récit ? Mais en tout les cas, pour le présent, pas de noms nouveau à ajouter à notre liste.
Ci-dessous, l’état actuel du tableau des sept générations de personnages impliqués dans l’histoire (les noms qui viendront encore s’ajouter concerneront désormais les 4ème et 5ème générations)
Et pour retrouver tous les articles de cette série => c’est par ICI





















































