Auteur/autrice : Yann Le Boucher

  • Homo pétroleum

     

    Voilà un moment que je pense à rédiger un article sur un excellent documentaire d’Arte que j’ai vu il y a déjà quelque temps et dont j’ai parlé plusieurs fois au thé, lors des derniers séjours à La Bertais. A vrai dire, ces temps-ci j’ai visionné plusieurs films "remarquables", tournant autour des questions de société et d’écologie (cf. mon précédent post sur "l’argent dette" ), et je croule littéralement sous les projets d’articles…

    Alors, voici le premier, consacré à la question de la fin du pétrole.

    Et plutôt qu’un long discours, voici déjà un premier schéma tiré du documentaire, qui, si on s’y attarde un tant soit peu, ne peut pas ne pas produire un choc :

    petrole1.jpg

    il résume en effet visuellement la place du pétrole dans l’histoire de l’humanité. Une période extrêmement brève à l’échelle de 10.000 ans de civilisation! Exploitée depuis la fin du XIXème siécle, cette ressource naturelle sans équivalent sera à coup sur épuisée avant la fin du XXIème siècle (probablement vers 2050). Une percée ridiculement étroite sur la ligne du temps, presque un accident de parcours dans l’histoire de l’humanité, qui n’aura concerné au plus qu’une demi-douzaine de générations d’humains. Avant elles, pas de pétrole, après elles plus de pétrole. Et au milieu (c’est-à-dire, en gros, depuis nos grands-parents jusqu’à nos petits-enfants), un gigantesque geyser énergétique aussi inespéré qu’éphémère, qui aura permis, par le biais de la révolution agricole et industrielle, de multiplier par six la population mondiale en l’espace d’un seul siècle, alors qu’il avait fallu précédemment 18 siècles pour la faire simplement doubler!

    Pour comprendre ce pouvoir extraordinaire de "l’énergie pétrole", quelques chiffres particulièrement parlants issus du documentaire : 

    • Un baril de pétrole raffiné, c’est-à-dire environ 160 litres de carburant, offre autant d’énergie que 25.000 heures de travail manuel, soit l’équivalent de ce peuvent faire à mains nues 12 hommes durant une année complète !
    • Dans les zones où l’exploitation est la plus aisée (comme en Irak), extraire un baril du sol coûte 1 dollar. En investissant 1 dollar, on obtient donc 25.000 heures de travail humain!
      Conclusion du commentateur scientifique qui expose ces chiffres : "le pétrole est une énergie si dense, qu’elle est quasiment gratuite !" et encore "c’est sans doute la plus fantastique ressource naturelle jamais découverte" (…) "Le pétrole est notre dieu ; même ceux qui disent qu’ils vénèrent Allah, Jésus, ou Bouddha, vénèrent en fait le dieu-pétrole"!

    • Les quelques générations d’humains privilégiés qui y ont eu accès ont donc pu réaliser, à très peu de frais, des prodiges en matière de développement économique et social. Deux siècles d’un âge d’or matériel où se nourrir, se vêtir, se loger, se soigner et se déplacer est devenu à chaque génération de plus en plus facile et bon marché pour ceux qui avaient accès à la manne pétrolière…

    Le seul "hic", bien sur, est que cette fantastique ressource est très mal répartie entre les pays et surtout entièrement  "non-renouvelable".
    Or, à en croire le documentaire, nous avons déjà atteint ce que les spécialistes appellent "the pic oil", c’est-à-dire le point de production maximale possible à partir duquel l’offre ne peut plus suivre la demande, faute de réserves disponibles suffisantes.

    D’où l’augmentation rapide et inéluctable du prix du baril, qui année après année va devenir de plus en plus coûteux à produire, face à une demande de plus en plus insatiable.

    D’où aussi toute une série de questions de fond touchant à l’avenir de la civilisation post-pétroleum.

    Par exemple, faites ce petit test : regardez autour de vous et demandez-vous à quoi ressemblerait votre univers quotidien si on y retirait tout ce qui, de près ou de loin, contient des produits dérivés du pétrole.
    Attention à ne pas prendre froid, car pour commencer vous allez perdre tous vos vêtements contenant des fibres synthétiques. Ensuite vous allez voir se volatiliser quantité d’objets familiers -de votre égouttoir à vaisselle à votre stylo-bille en passant par de nombreux meubles et par toutes vos moquettes et autres rideaux- et, plus surprenant, votre pharmacie elle-même va se vider plus sûrement que lors de votre dernier "grand nettoyage de printemps" !

    Question plus grave : combien la Terre peut-elle nourrir d’habitants sans recours au pétrole ? Pour comprendre la réponse du documentaire, plutôt "dur à digérer", il faut se souvenir qu’outre les moteurs des engins agricoles, le haut rendement de l’agriculture contemporaine est entièrement conditionné par le recours massif aux  engrais et aux pesticides issus des hydrocarbures! Sans pétrole (ou avec un pétrole 10 à 100 fois plus cher qu’aujourd’hui), les spécialistes interrogés dans le documentaire pensent que seul un à deux milliards d’êtres humains pourront manger à leur faim… Du moins si d’ici là, on n’a pas trouvé en quantité suffisante des énergies de substitution aussi bon marché et aussi pratiques que le pétrole. A n’en pas douter, un redoutable challenge…

    Bon, voilà un résumé perso bien incomplet des propos de ce film. Mais suffisant, je l’espère, pour vous donner envie de faire l’effort de le regarder jusqu’au bout!

    Pratiquement, c’est un peu compliqué, car pour une raison de limitation technique la version "dailymotion" du film est coupée en 5 parties de 18 minutes chacune et il faut donc le regarder en autant d’épisodes. Ci dessous, voici le premier épisode à visionner ici-même. Pour voir les épisodes suivants, il vous faudra vous rendre sur le site de Dalymotion, ce que vous pourrez faire facilement en cliquant sur les liens que j’ai placé en bas d’article, juste sous la vidéo…

    PS : Si vous disposez d’une bonne connexion, n’hésitez pas à mettre la vidéo en mode "plein écran" et "haute qualité" en cliquant sur les boutons ad hoc (petit rectangle et HQ)  présents en bas à droite du lecteur…

     

     


    Pour voir la suite du documentaire, cliquez sur les liens ci-dessous

    Cruel sera le réveil partie 2 >

    Cruel sera le réveil partie 3 >

    Cruel sera le réveil partie 4 >

    Cruel sera le réveilpartie 5 >

     


     

     

  • Le GSMP nouveau est arrivé…

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    Malgré son retard à l’allumage, la cuvée 2008/2009 du GSMP s’annonce particulièrement prometteuse.

    En douze années d’existence, vous n’avez jamais été si nombreux(ses) à solliciter votre participation à cette activité (40 inscrits), et signe d’un "bouche à oreilles" particulièrement favorable, nous n’avons jamais accueilli autant de "nouveaux/ nouvelles" que cette saison, avec pas moins de dix personnes "débutantes" (dans l’activité, mais pas nécessairement sur la voie!).

    Pour les quelques fidèles qui suivent avec nous cette aventure depuis la toute première rencontre du 16 novembre 1997 (eh oui, le 16 novembre est donc une date anniversaire), que de chemin parcouru!

    Au fil des saisons, nous avons expérimenté de nombreuses façons de faire fonctionner ce groupe et peu à peu nous avons élaboré un style et une organisation à la fois simple et efficace, qui, votre engouement le montre, répond désormais vraiment bien à la nécessité collective d’un soutien à la mise en pratique.

    Concrètement, cette saison, nous projetons d’utiliser peu à peu ce nouvel outil qu’est le blog, pour prolonger la dynamique de ces rencontres et, par exemple, mettre à disposition de tous, certains textes ou témoignages inspirants.

    yann.jpgAinsi, et pour célébrer l’anniversaire des 12 ans révolus de ce Groupe (dont c’est donc le 13ème anniversaire), je viens de retrouver et de corriger à votre intention la dactylographie de la causerie introductive que j’avais faite à La Bertais le 16 novembre 1997!
    Une bonne surprise pour moi : j’ai été heureux de constater que je n’avais rien à renier à ce que j’avais dit lors de cette fameuse réunion, bien au contraire. Et je suis aussi rassuré. Malgré les différentes péripéties que le GSMP a connu depuis son origine, le "point de visée" cher à Swâmiji est bel et bien resté le même.
    Si le coeur vous en dit, à vous d’en jugez en lisant le texte à télécharger ici,  et soyez assuré que je prendrai connaissance de vos commentaires à son sujet avec le plus grand intérêt !

    Jaï Atman (victoire au Soi !)

    PS : Malgré tout et avec le recul, j’ai senti que cette causerie était insuffisante sur au moins un point et que, si j’avais à la refaire aujourd’hui, j’ajouterai une précision importante.  Saurez-vous découvrir laquelle ?  Avis aux amateurs, voilà un nouveau jeu : qui sera le premier à trouver la bonne réponse ?

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  • Sieste verticale

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    Quelques uns parmi nous ont eu la chance de se trouver à la Bertais en même temps que Marie-Anne MICHEL.

    Quelques autres ont même pu visionner son très beau film, tourné dans le désert tunisien, où elle a voulu faire l’expérience d’y exercer son art entre sable et ciel, sans autre public qu’une caméra.

    Eh bien, que tous et toutes se réjouissent. Marie-Anne sera ce week-end à Bruz où elle assurera l’un des trois numéros présentés au cours d’un spectacle de cirque en salle, au Grand Logis.

    couverteintedemi.JPGSon art : le mat chinois, une spécialité acrobatique, en principe réservé aux hommes (à cause de la force musculaire mobilisée), mais qu’ Marie-Anne a réinventé pour en faire une sorte d’incroyable danse aérienne. Elle évolue en effet le long d’un mat de 6 mètres de haut au gré apparent d’une pure fantaisie chorégraphique, alors même qu’elle ne tient au mat que par les pressions intenses qu’elle applique alternativement avec les différentes parties de son corps sur son "tuteur" vertical.

    EN PRATIQUE :
    Ce spectacle a lieu au Grand Logis, 10 avenue du Général de Gaulle à Bruz, sous la houlette du Théatre National de Bretagne, dans le cadre du festival "Mettre en scène". Il s’agit, lit-on sur le site du TNB, "d’un festival dédié aux auteurs, à la création théâtrale et chorégraphique (…) répondant à cette impérieuse nécessité de faire découvrir d’autres esthétiques, d’imaginer d’autres possibles.

     Au programme de ce spectacle en trois parties :

    – Ali : Epoustouflant duo à deux têtes, quatre bras et trois jambes de danseurs acrobates, dont un unijambiste.
    – Nimbus : une trapéziste toute en douceur, qui joue avec l’apesanteur et les limites de l’équilibre et de la fragilité.
    – Sieste verticale : flirt incongru avec l’état de veille, où le corps se dépose et s’abandonne, sans force, au beau milieu du silence, en toute simplicité…

    DATES ET HORAIRES :
    – Le vendredi 14 novembre à 19h30
    – le samedi 15 novembre à 18h et à 21h
    – le dimanche 16 novembre à 14h30
    Le lieu : "Le grand Logis" – 10 avenue du Général de Gaulle à BRUZ.

    BILLETTERIE :
    – Tarif officiel (billets à acheter en avance au TNB, ou sur place avant le spectacle ou sur internet ) . Plein tarif : 17 €, tarif enfants 8€ .

    – Tarif spécial "amis de Marie-Anne" : 8 €. Pour en bénéficier, il faut envoyer un mail à Marie-Anne au plus tard le jeudi 13 avant 12h, en spécifiant le jour et l’heure du spectacle choisi et le nombre de places souhaitées.

    NB : Le festival est organisé par le Théâtre National de Bretagne en collaboration avec le Théâtre de Cornouaille / Scène nationale de Quimper ; le Théâtre Anne de Bretagne à Vannes ; le Centre Chorégraphique National de Rennes et de Bretagne ; le Triangle / Scène conventionnée danse ; l’Aire Libre à Saint Jacques de la Lande ; le Grand Logis à Bruz.

     

  • L’étoile Mystérieuse (2ème version)

    Suite à l’excellent commentaire d’Alain Sylvert sur le pentacle, Marie-Laure m’a transmis une photo inédite qui semble accréditer la thèse du rituel… Voyez plutôt mon ajout au bas de cet article!

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    PARTIE INITIALE DE L’ARTICLE

    Etant encore à La Bertais cette semaine, j’ai scruté le sol de la cour pour tenter d’y revoir "l’étoile mystérieuse" présente tout cet été à chaque lever du jour, comme en témoigne cette photo du mois d’août, prise par Anne-Marie d’une des fenêtres des chambres de l’étage…

    IMG_0035_1.jpg

     

    Mais cette semaine, les conditions météo n’étaient pas favorables et l’ Etoile n’est pas réapparue.

    Pour ceux et celles qui ne l’ont pas vu cet été, sachez que le phénomène n’était visible qu’au lever du jour, durant le temps d’évaporation de la rosée du matin. Dès que le sol était complètement sec ou si une pluie matinale le maintenait détrempé, l’étoile refusait d’apparaître! D’autres part, à plusieurs reprises, sachez qu’on a ratissé le sol dans la journée, pour tenter de mettre un terme à cette étrange apparition matinale. Certains se sont même lever avant le lever du soleil pour tenter de surprendre un hypothétique dessinateur facétieux. Mais malgré tous ces efforts, l’Etoile Mystérieuse est revenue chaque fois que les conditions climatiques (rosée + soleil) étaient réunies.

    C’est pourquoi un matin nous nous sommes mis à plusieurs pour immortaliser l’événement, avant qu’une fois de plus il ne se résorbe sous nos yeux incrédules !

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    Au fait, ceux et celles qui ne connaissent pas encore l’explication de cet étrange phénomène intermittent peuvent tenter leur chance en proposant leur hypothèse ci dessous…

    Bonne semaine à chacun et chacune !

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    Pièce à conviction ?

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  • L’argent-dette

     Chers amis

    Alors que je m’apprête à partir à la Bertais pour un nouveau séjour de deux semaines durant lequel mon accès à notre blog sera limité pour cause de connexion bas débit, j’ai pensé vous proposer, d’ici mon retour, un "devoir de vacances", sous la forme suivante.

    Il y a une quinzaine de jours, un ami d’un ami m’a fait parvenir un lien vers une page web diffusant un documentaire sur l’argent. Comme nous étions en plein début de la "crise financière" et que je suis d’un naturel curieux, j’ai regardé ce long documentaire de 50 minutes… qui m’a littéralement "scotché" !

    moneyasdebtDVDpic.jpg

    Depuis ce jour et jusqu’à ce matin, je cherchais un moyen de vous inciter à regarder, à votre tour, ce documentaire. J’avais donc en tête le projet d’un article, mais je buttais sur la question du film : comment vous permettre de le voir à votre tour sans vous obliger à vous connecter sur un site externe au blog. (Pour ceux qui aiment les infos techniques, sachez que toutes les vidéos inclues à ce jour dans notre blog, sont hébergées par deux sites -Youtube et Dailymotion- qui n’autorisent au plus que 10minutes de diffusion par vidéo).

    Et puis ce matin, en rendant une petite visite au blog d’Ipapy, je me suis rendu compte qu’Alain avait réussi à mettre ce documentaire sur son propre blog grâce à un autre hébergeur (Vimeo) qui, apparemment, accepte, lui, de diffuser des vidéo "longue durée".

    Je viens donc à mon tour de "bloguer" ce documentaire que vous allez pouvoir regarder ici même, après avoir pris connaissance des quelques remarques et conseils suivants.

    • L’auteur de la vidéo est un Canadien du nom de Paul Grignon. Ce n’est pas un spécialiste des questions financières et au départ il n’avait pas de parti pris sur le sujet. Professionnel de la vidéo, quelqu’un lui a commandé un petit film d’animation sur l’argent et il a donc commencé à traiter de son sujet comme d’un sujet "banal". Mais chemin faisant, il a fait de telles découvertes qu’il s’est mis en cheville avec de vrais spécialistes de la finance qui, pour l’essentiel, ont été enchantés de la première version de son film et qui l’ont incité à faire une version plus étoffée, en lui fournissant les informations financières complémentaires qui lui manquaient. paul_grigon.jpg
    • Le documentaire actuel est donc le produit de cette rencontre entre un créateur de films d’animation et quelques spécialistes canadiens et américains de la finance.
    • Ce film devait à l’origine s’adresser aux enfants. Il se présente donc comme une sorte de dessin animé volontairement très pédagogique. Ça tombe bien, car le sujet étant parfois ardu, même expliqué dans un langage de maternelle, il vous faudra probablement visionner plusieurs fois certaines séquences pour vraiment comprendre de quoi il s’agit  (perso, j’ai déjà tout vu trois fois, et il reste encore quelques passages obscurs!)
    • Mais croyez-moi, le jeu en vaut vraiment la chandelle car ce film lève le voile sur tout un pan inconnu de la société contemporaine et donne de véritables clés pour comprendre :
      • Vers quel gouffre le système financier d’endettement mondial généralisé nous conduit.
      • Pourquoi et comment le système bancaire actuel est l’acteur principal de cette situation kafkaïenne.
      • Quelles marges de manoeuvre il reste, tant à l’action collective des gouvernements qu’à l’action individuelle citoyenne.
      • De façon annexe, vous comprendrez aussi pourquoi il a été apparemment si urgent et si facile pour les gouvernements américains et européens de trouver des sommes d’argent aussi colossales que celles qui ont été engagées pour juguler la crise financière.
      • Vous comprendrez aussi pourquoi l’idée de notre cher Président de convoquer un sommet mondial pour "refonder le système monétaire internationnal" est en soit une très très bonne initiative, même si elle n’a concrètement presque aucune chance d’aboutir à autre chose qu’à un rafistolage de fortune du système actuel… 
    • Pour ne rien vous cacher, j’ai eu plusieurs fois une sensation de "vertige intense" en regardant ce film. Et je me sens bien peu qualifié pour vous dire ce qu’il faut en penser. Par contre, si cette petite "intro a réussi à éveiller votre propre curiosité, c’est avec grand intérêt que je lirai vos propres impressions ici-même. Et peut-être qu’en mettant en commun nos interrogations, nous parviendrons peu à peu à percer ce grand mystère contemporain et seul "vrai dieu" que notre société reconnaisse : l’argent.

    PS : N’oubliez pas de mettre la vidéo en mode "plein écran" (icône en bas à droite, juste avant le mot "Vimeo"). Prévoyez 50 minutes de tranquillité pour un premier visionnage. Munissez-vous d’ un papier et d’un crayon pour noter le timming des séquences difficiles : vous pourrez ensuite vous les repasser plus facilement.

     

     

    L’Argent Dette de Paul Grignon (Money as Debt FR) from Bankster on Vimeo.

  • L’Ashtanga Yoga au Journal de 20h

    Mardi 14 octobre, durant le journal télévisé de 20h sur France 2, il y a eu un assez long reportage sur l’Ashtanga Yoga tel qu’il est pratiqué en Inde dans le centre de Shri K Pattabhi Joïs à Mysore.

    Anne-Marie et moi avons fréquenté ce Centre de Yoga en 1978 et à l’époque le maître des lieux recevait ses élèves dans une toute petite salle située au rez de chaussée de la maison familiale et dont la capacité n’excédait pas la douzaine de personnes… Signe des temps et du succès de son enseignement, on apprend dans ce reportage que les sessions concernent désormais des groupes de 150 élèves !

    Autre signe des temps, la diffusion d’une telle info pendant un JT de 20h, ce qui semblerait donner raison à Mathieu qui dans l’Edito du dernier numéro d’InfosYoga écrit :

    Deux informations marquent cette rentrée : une crise financière largement médiatisée et une affluence record dans la plupart des salles de yoga passée sous silence par la presse.
    Il y a pourtant entre ces deux événements une corrélation subtile que je vous laisse deviner en citant J. Krisnamurti :
    "le fait d’être bien adapté à une société profondément malade n’est pas un indice de santé".
    Le Yoga est non seulement une réponse salutaire à la crise, mais il devient une véritable contre-culture dont on ne mesure peut-être pas encore bien l’ampleur.

    Prophétique, cet article…

  • S’inscrire aux activités en ligne (bis)

    Ça y est, depuis ce matin vous pouvez aussi vous inscrire en ligne au séminaire des 18 et 19 octobre avec Denise Desjardins (voir le lien en bas de cette page).


    "On n’arrête pas le progrès"… ? …

    Cela, en tous les cas, est en tain de se vérifier concernant notre blog, qui grâce aux bons soins d’Alain Vitry (une nouvelle "recrue", informaticien de métier) est entré dans une seconde étape de son développement technique.

    Dans l’immédiat, et en attendant d’autres surprises, voici arrivée la première version du module d’inscription en ligne aux différentes activités de La Bertais.

    A terme, et si cette façon de gérer les inscriptions vous donne satisfaction, elle sera progressivement étendue à toutes les activités. Mais dans l’immédiat et à titre de test "grandeur nature", vous allez pouvoir dès aujourd’hui vous inscrire par ce biais :

    • A la journée "Assemblée Générale" du dimanche 5 octobre
    • Au séminaire avec Denise Desjardins des 18 et 19 octobre

     Pour ces deux activités cliquez ICI

    DERNIERE MINUTE : pour le GSMP, l’inscription se fait à partir de la page d’accueil du site, via la rubrique "s’inscrire aux activités".

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  • Sur les chemins de Compostelle (3)

    Nos premiers pas sur « le chemin de Compostelle» nous ont conduits, en cinq jours, du Puy à Saugues, distant d’environ 50 kms, ce qui, compte tenu à la fois de notre inhabitude de la marche à pied et des fréquents dénivelés du trajet s’est avéré parfaitement « calibré ».
    Il faut vous dire que notre progression était volontairement lente : beaucoup de photos à prendre en cours de route et des arrêts systématiques à chacun des nombreux calvaires et chapelles qui jalonnent la « via »…
    Chose remarquable par les temps qui courent, chacune des églises rencontrées avait sa porte grande ouverte. En outre, le plus souvent elle mettait à notre disposition un livre d’or que nous pouvions parapher à notre guise.

    En feuilletant ces livres d’or, on a une bonne idée du taux journalier (élevé) de visiteurs-pèlerins et on se sent soudain faire partie d’une grande famille de voyageurs vers … « Dieu sait quoi » !

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    La montée du Puy en Velay (625m) au col de Montbonnet (1200m) : soit 20 kms, (sur deux jours)

    Le_Puy_en_Velay_Place_Fontaine.jpgLe prologue de 500 mètres se déroule au sein même du Puy, entre la cathédrale et la place centrale de la vieille ville dite place du Plot. C’est sur celle-ci que se trouve la célèbre inscription photographiée ci-contre: inscription.jpg

    Le temps de faire sur cette place les dernières emplettes nécessaires au «voyage», de remplir sa gourde d’eau fraîche à la fontaine des pèlerins, et on quitte la vieille ville par la rue St Jaques (comme il se doit), qui se prolonge par la rue des Capucins, débouchant elle-même sur la rue de Compostelle. Donc, jusque là, pas de problème majeur de navigation ! Sauf que la pente est tout de suite raide dans ces deux dernières rues et qu’on a vite fait de se retrouver au-dessus des toits de la partie basse de la ville, avec en arrière plan, la cathédrale qui elle-même « s’enfonce » à son tour peu à peu sous notre ligne d’horizon.

    stjacquesbois.jpg

    Un premier arrêt au début de la rue de Compostelle pour admirer une grande statue de bois (contemporaine) qui porte à sa base cette belle mise en bouche :

    "Ce n’est pas le chemin qui est difficile, c’est le difficile qui est le chemin".

    Nous voilà prévenus !

     

    La ville du Puy est logée dans une cuvette volcanique. Les premiers kilomètres servent donc à se hisser « hors du puit » et on ne résiste pas à la tentation de se retourner encore et encore au fur et à mesure que l’horizon se circularise, découvrant un panorama de plus en plus vaste et accidenté du fait des nombreux cônes volcaniques qui encerclent notre champ de vision.

    Cath__drale_Le_Puy_en_Velay.JPEG
     

    Après environ deux kilomètres, nous voilà sur une sorte de plateau, d’où on découvre l’autre versant du paysage, lui aussi magnifique.

    arbre_chemin.jpg

     

    La montée se fait certes moins rude, mais reste marquée jusqu’au premier hameau rencontré depuis notre départ : celui dit de la Roche : IMG_0038.jpg

    Courage, plus que 1594 kilomètres pour toucher au but !

    Puis par un chemin en corniche longeant un délicieux petit vallon, nous redescendons lentement vers le premier ruisseau à traverser : la gazelle !

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    Après quoi l’ascension reprend en douceur pour nous conduire au premier sanctuaire remarquable : la petite église romane de Saint Christophe sur Dolaizon (XIIème siècle), située à 8,5 kilomètres du Puy.

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    La belle porte centrale est grande ouverte et nous invite à entrer faire une halte méditative car l’ambiance qui règne en cette fin d’après midi ensoleillée est particulièrement sereine…

     

    La voie emprunte alors pendant environ 2 kilomètres une petite route goudronnée, puis redevient chemin de terre jusqu’au hameau de Ramourouscle situé encore 2 kilomètres plus loin. On traverse tout du long de cette étape un vaste plateau herbeux entouré à bonne distance de nombreux sommets. Le paysage est presque aussi beau que dans le film et nous respirons la nature à pleins yeux (fleurs) et poumons… (cliquez sur la photo pour l’agrandir)

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    Le goudron reprend alors brièvement ses droits pour nous conduire à une seconde halte spirituelle : celle de la chapelle St Roch (XIème siècle), nichée dans un écrin de verdure à l’entrée du village de Montbonnet, approximativement situé à 17 kilomètres du Puy.

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    Il faut compter encore 3 kilomètres supplémentaires pour faire l’ascension du sommet de Montbonnet et rejoindre le lac de l’Oeuf auprès duquel, attiré par la perspective d’un plan d’eau, je croyais que nous pourrions pique-niquer.

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    C’était faute d’avoir bien scruté la carte, car en fait de lac, il s’agit d’une tourbière asséchée, située en haut du col et si la forêt de sapins est belle alentours, aucune eau en vue à cette hauteur (environ 1200 mètres)…

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    Ouf, en voilà fini avec cette première étape ascensionnelle qui nous laisse face à un somptueux paysage de moyenne montagne, avec devant nous, comme première barrière naturelle à notre progression, les magnifiques gorges de l’Allier vers lesquelles nous plongerons ensemble dans un prochain post (dénivelé d’environ 600 mètres : attention aux glissades intempestives !)

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  • Sur les chemins de Compostelle (2)

    Point de départ : Le Puy en Velay

     

    CarteItineraires.gifMais pourquoi donc partir du Puy et non pas de Tours, de Vezelay ou d’Arles, me direz-vous ?
    Le premier argument n’est guère en mon honneur puisqu’il vient tout droit du film «Compostelle La Mecque» qui fait démarrer son périple de cette ville, comme expliqué dans mon précédent post.
    A  vrai dire, à l’époque, mon ignorance du sujet était telle que je ne savais même pas que d’autres points de départ existaient !  Et puis, seconde raison, souvenez vous que je voulais initialement vérifier de visu les paysages du film (du moins ceux des scènes relatives aux premiers jours de marche). Et là, évidemment, je me devais de me rendre sur les lieux même (supposés ?) du tournage !
    Mais depuis, je ne regrette pas mon choix d’ignorant : il se trouve en effet que la route du Puy, appelée « via Podiensis », est à la fois la plus ancienne et probablement la plus belle des quatre voies traditionnelles. Elle a été ouverte dès l’an 951 par Godescalc, évêque du lieu, qui décide un beau jour de « se rendre en toute hâte jusqu’aux confins de la Galice pour implorer humblement la miséricorde de Dieu et le suffrage de l’apôtre Jacques ». Revenu enthousiaste de ce périple long de deux fois 1600 kilomètres, il fait bâtir une chapelle au sommet du rocher d’Aiguilhe, sorte de piton volcanique qui surplombe la ville du Puy et invite tous ceux qui voudront suivre sa trace à en faire le point de départ de leur  périple…
     

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    Outre cette antériorité historique, la via Podiensis a aussi un avantage géographique certain en termes de diversité des paysages car c’est elle qui passe par la zone montagneuse la plus étendue (le massif central, et ses régions successives du Velay, de la Margeride et de l’Aubrac), offrant dès les premiers kilomètres des points de vue somptueux. Bref, même si ma curiosité est désormais éveillée pour les autres chemins, je ne regrette pas la naïveté de mon choix initial !
    Certes, la première chapelle du rocher d’Aiguihe existe bien toujours. Mais elle est devenue très vite trop petite et le point de départ du pèlerinage s’est donc naturellement déplacé vers la cathédrale de la ville, Notre-Dame du Puy, elle-même construite sur un surplomb volcanique au sein de la cuvette géologique qui abrite l’antique capitale du Velay.

    Chose étrange, j’ai passé tout un après-midi dans cette église sans voir le temps passer, tant le lieu est « fort » et « chargé » en vibrations « d’un autre âge », (ou d’un autre « niveau » si vous préférez).

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    L’accès à la cathédrale est déjà un premier symbole : il se fait par une ruelle en forte pente qui se termine par un escalier de 134 marches. Ces marches se prolongent à l’intérieur même du sanctuaire et débouchent ainsi directement dans le sol de la cathédrale. Je veux dire qu’on se retrouve, en haut des marches, directement dans la nef centrale, comme si on venait d’une cave et non pas d’une entrée de plain-pied.
    Style roman oblige, l’intérieur est sombre et austère. Ce n’est pas, selon ma sensibilité, une «belle église», mais c’est une église «puissante» voire un peu «effrayante» tant elle est chargée d’énergies et de forces de nature inhabituelle.

    stjacques.jpg Désireux de vérifier la véracité du film, je me suis d’abord dirigé vers l’antique statue de St Jacques au pied de laquelle se trouve bien en effet du papier, un crayon et une urne. Proposition est faite aux fidèles qui le souhaitent d’exprimer par écrit à Saint Jacques leurs intentions de prière et de les déposer dans l’urne. Les messages ainsi collectés seront ensuite convoyés vers Compostelle par ceux des pèlerins qui acceptent de jouer les "facteurs spirituels". Ces pèlerins, apprend-on encore au pied de la statue, ont rendez-vous ici même chaque matin après la messe de 7h pour recevoir la bénédiction de départ, avec la remise de la fameuse « crédenciale », sorte de passeport que le « jacquet » aura à cœur de faire tamponner à chaque étape significative de son périple…

     

     

     

    viergepuy.jpg Voilà le décor planté, mais avant de quitter cette cathédrale, il faut s’attarder un peu en face de la statue de la Vierge noire à l’enfant.
    Elle trône dans l’ancien cœur de l’église et est un support de dévotion encore très actif.
    Un mystère que cette Vierge et sa couleur qui évoque davantage les forces telluriques du sous-sol volcanique que la pureté désincarnée habituellement associée à l’image de Marie !

    Et encore, après enquête, j’en apprends de belles : La statue actuellement offerte à la dévotion ne date que du IXXème, car l’originale a été brulée à la Révolution sous les cris de "à bas l’Egyptienne", tant son apparence était troublante pour nos Sans-Culottes incultes!
    Grâce à des gravures antérieures à cet holocauste, un artiste a pu reproduire la statue originale et cette copie fait désormais partie du "trésor" que l’on visite dans la sacristie de la cathédrale. Avouez qu’il y a de quoi se poser des questions, et que celles-ci ne peuvent que redoubler quand on apprend que l’original du XIIème  siècle a peu ou prou servi de modèle à la quasi totalité des Vierges Noires romanes présentes en Auvergne !

    Encore un peu de curiosité permet de confirmer cette impression selon laquelle et malgré les apparences, nous ne sommes pas seulement dans un sanctuaire chrétien.
    Une pierre très ancienne et noire elle aussi, de la taille d’une grande table, a été déposée dans une abside. En lisant les panneaux explicatifs, on apprend qu’il s’agit d’une pierre «guérisseuse des fièvres» qui, jusqu’à une date récente, trônait en haut des marches de l’entrée principale de la cathédrale, donc bien en vue de à tous.
    Aux premiers siècles de notre ère, une femme atteinte de fièvre aurait été inspirée par Marie à se coucher sur cette pierre, qui n’était rien d’autre alors que la table d’un ancien dolmen. La nuit passée, elle se serait retrouvée miraculeusement guérie de sa maladie… Plusieurs miracles analogues s’étant ensuite produits sur cette pierre, il fut décidé d’ériger un lieu de culte autour de la "pierre magique", ce qui donna naissance à la première version de la Cathédrale…
    Légende qui, comme ailleurs (au Mont St Michel par exemple) reflète l’annexion par le christianisme primitif des lieux-forces ancestraux, objets de cultes "païens" antérieurs…

    En souvenir d’une pierre analogue, approchée dans un petit temple de montagne situé aux sources du Gange, j’ai moi-même voulu toucher cette pierre et j’ai été étonné de l’intensité de ce que j’ai ressenti suite à son contact… Ce qui explique, entre autres, pourquoi je suis si facilement resté plusieurs heures dans l’enceinte des vieux murs de cette cathédrale. J’étais comme « aimanté » par eux et habité d’une énergie intérieure particulière que je reconnaissais pour l’avoir déjà éprouvée dans quelques rares endroits et que j’associe sans hésitation à la présence du «sacré».
    Ce qui me fait dire sans hésitation que cette cathédrale, malgré ses dehors plutôt austères (à moins que ce ne soit grâce à eux !) est l’un des rares sanctuaires encore « vivant » que je connaisse en France…

    coquille.jpg
     

  • Sur les chemins de Compostelle (1)

    « Saint Jacques la Mecque », ça vous dit quelque chose ?
    Ce film de Coline Serreau, une comédie sans prétention mais bien sympathique comme l’auteur sait en faire (cf « La Belle Verte ») est à l’origine de ce qui suit.
    Car figurez vous que c’est après l’avoir vu que l’envie m’est venue de découvrir à mon tour « les chemins de Compostelle ».
    Jusqu’alors et comme tout un chacun, j’avais bien entendu parler de ce fameux pèlerinage, et je savais même que certains ou certaines d’entre vous avaient fait à pied au moins une partie du trajet. Mais n’étant pas jusqu’alors un adepte de la randonnée pédestre, l’idée ne m’était jamais venue de m’affronter moi-même physiquement à la Voie…

    Puisqu’il y est pour quelque chose, voici d’abord en quelques mots, le propos du film :

    affiche.jpg

    Pour toucher l’héritage de leur mère, deux frères et une sœur, fâchés de longue date, sont contraints de faire ensemble et à pied le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle. Pour cela ils doivent rejoindre, au Puy en Velay, un guide de randonnée et s’intégrer au petit groupe de marcheurs que celui-ci a mission de conduire en deux mois à bon port. Parmi les autres marcheurs, se trouve un jeune Maghrébin, un peu simple d’esprit, à qui son copain à fait croire qu’ils allaient à la Mecque : d’où un certain nombre de quiproquos qui justifient le titre de la comédie…

    Ce qui m’a « accroché » : au-delà de l’égrènement un peu convenu des situations comiques entre les personnages, c’est le rythme de ce film (construit autour des étapes pédestres), les magnifiques paysages dans lesquels les personnages évoluent et leur passage dans les hauts lieux historiques qui servent de cadre à leur aventure.
    Et j’ai eu envie de vérifier deux ou trois choses : la France « sauvage » existe-elle encore ? Est-elle aussi belle que ce film le laisse entrevoir ? La marche à pied, de par la lenteur de déplacement qu’elle impose, ne serait-elle pas en définitive la meilleur façon de s’en rendre compte et de faire du « tourisme intelligent » ?
    Ajouté à cela la dimension hautement symbolique d’une randonnée sur un tracé emprunté depuis plus de onze siècles par des pèlerins, c’est-à-dire en fait, par des « frères et sœurs sur le Chemin », voilà de quoi achever de me convaincre d’essayer.
    Restait à gagner l’adhésion de la famille (entre autres de notre fille adolescente pour qui un tel projet de vacances était pour le moins peu attractif)… Ce qui fut fait au prix de diverses tractations et compromis sur lesquels je ne m’attarderai pas ici…

    Pour finir ce premier post, un peu d’histoire-géo, occasion de vous faire partager ma toute jeune érudition en la matière :

    Saint Jacques : il s’agit de l’un des douze apôtres du Christ, plus précisément du frère aîné de l’évangéliste Jean, surnommé par Jésus « fils du tonnerre» de par son tempérament fougueux. La statuaire traditionnelle en fait un homme de grande taille au corps d’athlète. Un homme «physique», taillé pour l’aventure… De fait, et selon la tradition, c’est lui qui, le premier, serait venu évangéliser l’Espagne. Saint Jacques ou, en espagnol, Sant Iago (Santiago) est donc depuis le début de notre ère le Saint Patron de ce pays. Ceci accompli, Jacques serait retourné en Palestine où, selon les Actes des Apôtres, il a fini par se faire arrêter pour ses activités « subversives » et décapiter sur ordre du roi Hérode (entre 41 et 44), devenant ainsi le premier apôtre martyr.

    Compostelle : Toujours selon la tradition, deux disciples Espagnols de Jacques étaient à ses côtés lors de son exécution à Jérusalem. Ils y récupérèrent sa dépouille et la rapatrièrent en Espagne, plus précisément en Galice (où l’apôtre avait lui-même commencé sa mission évangélisatrice) et la mirent en terre dans un champ… Le tombeau aurait peu à peu été « oublié » jusqu’à ce qu’il soit miraculeusement redécouvert au IXème siècle par un ermite, guidé vers le champ (campus) par une étoile (stella) : Compostelle.
    Dès lors les nombreux miracles qui eurent lieu aux abords immédiats du tombeau incitèrent à inclure celui-ci dans une église, qui fut bientôt elle-même l’épicentre de l’urbanisation de Compostelle. Et c’est ainsi que la petite ville Espagnole se retrouva très vite dans le trio de tête (avec Jérusalem et Rome) des destinations de pèlerinage de toute l’Europe chrétienne médiévale.

    Les Chemins de Compostelle : Puisqu’on vient à Compostelle de toute l’Europe depuis plus de onze siècles, il existe en fait de nombreux itinéraires traditionnels, certains partant d’autres pays que la France (Italie, Suisse, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Angleterre). En France même, on trouve des signes de ces chemins (en particulier la fameuse « coquille Saint Jacques » cf. plus bas) dans presque toutes les régions de notre pays, y compris les plus éloignées (Bretagne, Alsace…).
    Mais, selon le plus ancien des « Guide du pèlerin », rédigé vers 1130 par un certain Aymeri Picaud, moine poitevin plein de verve et «connaisseur des bonnes reliques»,  « il y a quatre points de départ pour se rendre de France à Compostelle ». Il s’agit de quatre hauts lieux de la Chrétienté médiévale, à savoir (du Nord-Ouest au Sud-Est) Tours, Vézelay, Le Puy en Velay, et Arles.

    Comme on le voit ci-dessous presque toutes les autres voies rejoignent à un moment ou à un autre l’une de ces quatre citées qui étaient elles-mêmes des centres à part entière de pèlerinage. Ce n’était donc qu’après y avoir fait halte que le pèlerin pouvait se considérer sur le véritable Chemin…

    800px_Stjacquescompostelle.jpg

    Le bourdon, la besace et la coquille : pelerin.jpgVoilà qui forment les attributs traditionnels du pèlerin de St Jacques (avec le chapeau à larges bords et la pèlerine).
    Le bourdon est une sorte de grand bâton de marche. Plus haut que le pèlerin, il dispose d’un embout pointu métallique et peut ainsi se transformer instantanément en arme défensive, en cas de mauvaise rencontre (attention à la traversée du Gévaudan!).

    La besace est l’ancêtre de nos sacs à dos, portée en bandoulière, elle contient le viatique du pèlerin.

    Mais la coquille, me direz-vous ?
    Elle n’a, semble-t-il, pas d’autre raison d’être que celle d’un signe de reconnaissance. Une légende veut qu’elle soit liée à l’un des premiers miracles attribués au Saint. Un jour, un chevalier qui caracolait sur la côte de Galice trop près de la mer vit son cheval emporté par les flots. Après une invocation intense et fervente du grand Jacques, il fut, avec sa monture, miraculeusement sauvé de la noyade . Or son cheval ressortit des flots couvert de coquilles, celles-là même qu’on trouve sur les plages du Padron, là où aborda la barque contenant le corps du saint… Le lien fut ainsi scellé entre Jacques et le coquillage !
    C’est ainsi que dans un premier temps, une coquille St Jacques fut systématiquement remise à chaque pèlerin atteignant Compostelle, sorte d’attestation qu’il pouvait ensuite montrer à son retour comme preuve de l’accomplissement effectif de son périple.
    Puis assez vite le fameux coquillage devint un signe de ralliement trans-frontalier. On le grava sur toutes les églises, calvaires, hospices et auberges qui jalonnaient les trajets des pèlerins pour que ceux-ci sachent qu’ils étaient bien sur la bonne route…
    Enfin les pèlerins eux-mêmes en vinrent à adopter le port d’une coquille, y compris sur le trajet de l’aller, comme signe de reconnaissance favorisant la fraternisation et l’entre aide mutuelle…
    Comme nous avons pu le constater, aujourd’hui encore, on rencontre de-ci de-là un marcheur arborant plus ou moins discrètement sur son sac ou son chapeau le coquillage mythique… Une façon comme une autre de se distinguer de la cohorte, désormais nombreuse, des randonneurs profanes…

    coquille.jpg
     

  • Le sens de l’Histoire (1)

    Un vieux débat philosophique hante certains esprits -tel le mien, spécialement les jours de pleine lune – :

    « l’Histoire de l’humanité est-elle celle d’une évolution, comme on le pense généralement en Occident depuis la période de la Renaissance, ou bien n’est-elle pas plutôt celle d’une involution cyclique, comme l’imaginent les cultures traditionnelles, Inde en tête ? »

    603px_Serpiente_alquimica.jpg

    Le Serpent du temps ou Ouroboros se mord-il vraiment la queue dans un éternel recommencement ?

    Le tenant Français le plus célèbre de la seconde position fut le penseur René Guénon (1886-1951) dont les thèses, particulièrement originales pour son époque, ont contribué à ébranler le dogme du Progrès bien avant les remises en causes contemporaines des écologistes ou autres théoriciens de la décroissance.  Ses ouvrages clés (« La Crise du monde moderne » publié en 1927 et « le Règne de la quantité et les signes des temps » qui date de 1947) ont révélé à l’Occident une toute autre façon de considérer l’Histoire de l’Humanité.

    Guenonestuda.gifSans entrer dans les détails de sa théorie des cycles cosmiques, l’idée centrale, conforme à la fois à  la tradition de l’Inde ancienne mais aussi à celle de l’Antiquité Gréco-Romaine, est qu’au fil des temps, l’humanité suit inexorablement un cycle involutif. Depuis le moment de la création d’une humanité (âge d’or, Jardin d’Eden) jusqu’à celui de sa destruction (âge de fer, Kali Yuga) le « progrès » matériel apparent est inversement proportionnel à la régression spirituelle de la conscience qui s’enferre progressivement dans la matière et oublie de plus en plus sa dimension spirituelle ou « divine ».
    Ce qui fait qu’au fil des siècles, les êtres humains sont de plus en plus insatisfaits et malheureux alors même qu’un regard superficiel considère qu’ils sont au contraire en position de jouir plus et mieux de la Vie!

    La pensée de Guénon est puissante et mon bref résumer n’a pas vocation à en rendre pleinement justice. Il s’agit juste de poser les prémisses d’un débat qui vient d’être relancé pour moi par la découverte d’un texte de Swâmiji, lu dans le dernier livre de Daniel Roumanoff , texte que je vous cite plus bas…

    Mais avant cela, et pour mieux mesurer l’enjeu du débat, sachez par exemple qu’Arnaud est globalement proche des thèses guénoniennes, tout comme Mr Lee et un certain nombre d’autres instructeurs spirituels contemporains, pour qui le monde moderne représente le plus souvent la parfaite antithèse du modèle de société qu’ils appellent de leurs voeux. Une illustration de cet « anti-modernisme » d’Arnaud, peut être trouvée dans le livre « Regards sages sur un monde fou« , où il adopte un point de vue « décalé » sur bon nombre des  fondements de notre culture, comme le droit à l’information ou la démocratisation d’Internet…

    Là où les choses se corsent (et deviennent aussi plus intéressantes!) c’est que, sur ce sujet comme sur beaucoup d’autres, Swâmiji fait preuve d’une originalité et d’une liberté de pensée par lesquelles il échappe à ces deux positions contradictoires (traditionalisme / modernisme) !

    Voici ce texte que je soumets à votre « méditation active » avant d’en reparler éventuellement dans un second post…

     

    2. Temps anciens et temps modernes (p 91-93)

     

    livreCDS.jpgDisciple : A la longue, y a-t-il un progrès?

    Swâmiji : Oui. Il y a un progrès, il ne peut pas en être autrement. Parce que la Nature cherche toujours à être en équilibre, cherche toujours la plénitude. La Nature ne peut pas tolérer le vide… La Nature évite le vide.

    D. Ainsi l’âge d’or n’est pas derrière nous ?

    S. Pas du tout! Aujourd’hui est très avancé… bien plus avancé que le passé. Voyez… maintenant, aujourd’hui, même un petit enfant ne peut accepter n’importe quoi. Il dit : « Pourquoi? Pourquoi? »
    Pensez-vous que ceci soit une très petite chose?
    La conscience en est arrivée à un tel point… La conscience s’est éveillée à un point tel, consciemment ou inconsciemment, qu’elle ne peut rien croire. Elle cherche toujours à examiner. Cette attitude est une révolution fantastique ! (…)

    L’attitude est là. L’attitude est pour la vérité ! Rien ne peut être pris comme allant de soi. « Pourquoi? Dites-moi, montrez-moi, montrez-moi la vérité, donnez-moi une preuve ». Ceci montre que la conscience de l’homme, même dès l’enfance, est éveillée. (…)

    Ainsi tout progresse, progresse… l’homme est éveillé maintenant.

    D. Plus qu’au temps des Upanishads?

    S. Oh! Ce temps était un temps où il n’y avait que peu de choses attirantes. Le jeu de la Nature n’avait pas encore été découvert de manière si diverse, si relié. Aussi, aujourd’hui, si un homme atteint cet état (de sagesse), il sera beaucoup plus riche (d’expérience) qu’aucun homme du temps des Upanishads, parce que vous avez aujourd’hui d’innombrables lieux d’attirance et vous devez passer par tous ces lieux. Ce n’est pas une plaisanterie. Mais le niveau (de sagesse) est le même, sans aucun doute (…)

    Ainsi le volume de connaissance d’un sage d’aujourd’hui est beaucoup plus grand que par le passé alors que le niveau (de sagesse) atteint est le même…

     Et vous, qu’en pensez-vous ?

    Votre-philosophe-de-service

  • Quelque chose de Swâmiji…

    Honte à moi, avant d’écrire ce post, dédié à la chanson de fin de soirée de l’AG d’Hauteville (qui m’a tant touché), je ne connaissais rien du personnage qui a inspiré l’original à Michel Berger !

    625px_Tennessee_Williams_NYWTS.jpg

    Maintenant que me voilà fraichement déniaisé, sachez que le Tennessee de la chanson initiale n’est autre que le dramaturge américain Tennessee Williams, auteur, entre autres, de :  « Un tramway nommé désir,  La ménagerie de verre , Chatte sur un toit brûlant, La nuit de l’iguane »  et beaucoup d’autres pièces … dont plusieurs portées au Cinéma. T Williams a été, par exemple,  président du jury du Festival de Cannes 1976.

    Son vrai nom était en fait Thomas Lanier Williams. Il a pris le pseudonyme de Tennessee en hommage à ses grands-parents qui vivaient dans cet État, à Memphis.

    D’après ce que j’ai compris, c’était un homme marqué par la solitude (il est mort en 1983 quasi abandonné dans sa chambre d’hôtel de New-York), particulièrement concerné par le thème des  inadaptés, des marginaux, des perdants, des désemparés. D’où le ton particulièrement nostalgique de la chanson…

    Bon, voici maintenant ce qu’Emmanuel et Fabienne en ont fait : un vrai petit bijou, selon moi!
    (En bleu les paroles changées par rapport à l’original).

    Et pour le fun, en bas de ce mail, la vidéo de notre Johnny national, interprétant ce « tube » en duo avec le compositeur…

    Quelque chose de Swamiji


    Quelque chose de Tennessee

    On a tous quelque chose en nous de Swamiji
    Cette volonté de vivre une autre vie
    Ce désir de sortir de la folie
    Oh ! Mind, what a tragedy !Quelque chose  de Swamiji
    Cette force qui nous pousse vers l’infini
    Y a peu d’amour et tellement d’ennui
    Si peu d’amour et tellement de bruit
    Quelque chose  en nous de Swamiji

    Ainsi vivait Swamiji
    Le coeur en paix, tranquille et recueilli
    Il ne s’attribuait que deux Siddhis :
    L’amour et la patience infinis

    Quelque chose de Swamiji

    Comme une étoile qui s’éteint dans la nuit
    A l’heure où d’autres se battent à grands cris
    Sans un éclat de voix  et sans un bruit
    Dans un souffle il a dit son dernier oui
    Ainsi disparut Swamiji

    A certaines heures de la nuit
    Quand le coeur d’Hauteville est endormi
    Il flotte un sentiment, une énergie
    Ce pur joyaux qu’Arnaud nous a transmis :
    Quelque chose de Swâmiji

    On a tous quelque chose en nous de Tennessee
    Cette volonté de prolonger la nuit
    Ce désir fou de vivre une autre vie
    Ce rêve en nous avec ses mots à luiQuelque chose de Tennessee?
    Cette force qui nous pousse vers l’infini ?
    Y’a peu d’amour avec tellement d’envie
    Si peu d’amour avec tellement de bruit
    Quelque chose de Tennessee

    Ainsi vivait Tennessee
    Le coeur en fièvre et le corps démoli ?
    Avec cette formidable envie de vie ?
    Ce rêve en nous c’était son cri à lui ?
    Quelque chose de Tennessee

    Comme une étoile qui s’éteint dans la nuit ?
    A l’heure ou d’autres s’aiment à la folie ?
    Sans un éclat de voix et sans un bruit ?
    Sans un seul amour, sans un seul ami ?
    Ainsi disparu Tennessee

    A certaines heures de la nuit ?
    Quand le coeur de la ville s’est endormi ?
    Il flotte un sentiment comme une envie ?
    Ce rêve en nous avec ses mots à lui ?
    Quelque chose de Tennessee

  • La connaissance de soi (Daniel Roumanoff)

    Je viens de recevoir en cadeau le dernier livre de Daniel Roumanoff intitulé :

    "La connaissance de soi,
    Citations commentées des Upanishads et histoires".

    Daniel et Colette nous en avaient parlé en mars dernier : il s’agit d’un livre écrit depuis déjà quelques années mais qui n’avait pas trouvé preneur auprès des éditeurs car extrêmement volumineux. Finalement, les éditions L’originel ont accepté d’en publier une version "light" et c’est la réalisation de cet allégement qui, entre autres, a pris du temps !

     

    livreCDS.jpgSur le fond, de quoi s’agit-il ? Rien de moins qu’une sorte de complément  au tome 1 de l’ouvrage principal de Daniel “Svâmi Prajñânpad, un maître contemporain”.
    La table des matières montre en effet le même plan :

    Partie 1 : les lois de la vie
    La loi de la différence, du changement, de l’action-réaction…

    Partie 2 : L’organe interne
    Le mental, l’ego, l’émotion, les désirs, le désir sexuel et sa satisfaction…

    Alors, où se situe l’intérêt me direz-vous?

    Et bien, pour ce que j’ai pu déjà en lire, celui-ci est grand.
    Tout simplement parce que Daniel a regroupé pour chacun des thèmes traités l’ensemble des citations des Ecritures (Upanishads en tête) faites par Swâmiji avec sa traduction personnelle (souvent décalée) et ses commentaires. Une mine pour comprendre le lien de Swâmiji avec la tradition indienne et l’origine traditionnelle ou non de tel ou tel de ses thèmes de prédilection!

    En plus des citations, on trouve dans ce livre les anecdotes (souvent inédites) que racontait Swâmiji pour illustrer soit le message de la Tradition soit encore sa “lecture” personnelle de ce message, c’est-à-dire son propre enseignement.

    Le livre fait 285 pages et je sens déjà que j’aurai une grosse frustration à la dernière ligne en pensant qu’une suite existe, mais seulement à l’état de manuscrit !

     

  • GSMP, textes à télécharger

    Cette page s’adresse en priorité aux membres du GSMP qui appartiennent à l’un des trois groupes dits "d’anciens", c’est-à-dire, à ceux qui travaillent soit avec moi soit avec Anne-Marie à partir du livre de Daniel Roumanof : "Svâmi Prajñânpad, un maître contemporain".

    Si vous n’en possédez pas vous-même un exemplaire, comme le livre est actuellement épuisé, nous mettrons ici en téléchargement le scan des passages à travailler.

    tome2.jpgAinsi et pour commencer, voici le texte à lire durant la période allant jusqu’au 26 juin 2008 et qui traite des trois premières qualifications requises par le chemin de Swâmiji.

    Pour mémoire, il s’agit des pages 328 à 342, du tome 1 de la nouvelle édition (équivalent aux p 35 à 50, tome 2 ancienne édition).

    Pour télécharger le fichier .pdf  scanné par YannK (merci à lui! )

    Cliquez ici  

  • Patañjali : Yoga Sûtra I,1

    Il y a quelques temps déjà, je vous avais “appâté”  avec un article traitant du deuxième aphorisme du texte de Patañjali, celui qui donne la définition traditionnelle du Yoga (=> à lire par ici).

    Profitant de la dynamique de la dernière conférence que j’ai faite vendredi soir dernier, je reviens un peu en arrière pour situer ce sûtra si important dans son contexte, c’est-à-dire en évoquant le premier sûtra introductif.

    Pour mémoire, sachez que le texte de Patañjali comporte 195 sûtras, eux-mêmes répartis en 4 chapitres, ce qui tient sur quelques feuilles, comme le montre le document suivant :

    yogasutra.jpg

    Au rythme moyen d’un sûtra par semaine, il nous faudrait donc pas moins d’une année pour passer l’ensemble du premier chapitre en revue et environ quatre ans pour étudier chacun des aphorismes!
    Evidemment, tel n’est pas mon projet, car d’une part tous les sûtras n’ont pas la même importance pour notre propre pratique, et d’autre part je ne me sens pas nécessairement qualifié pour commenter certains sûtras, bon nombre d’entre eux passant très au dessus de mon expérience actuelle de la Voie…

    Après cette petite introduction, voici donc comment débute ce texte magnifique :

    1) atha yogânushâsanam

    Voici (atha) l’enseignement traditionnel (anushâsanam) du Yoga (yoga).
     
    Ce premier sûtra introductif  comporte donc trois mots dont deux (yoga-anushâsanam) sont phonétiquement fondus en un seul (yogânushâsanam) selon les règles de la grammaire sanskrite.


    Le mot anushâsanam est le plus important à commenter : il signifie en effet quelque chose comme “enseignement reçu d’une tradition antérieure puis retransmis”. Il indique donc clairement, que Patañjali n’est pas “l’inventeur” du Yoga mais seulement son “exposant” et qu’il va faire cet exposé dans le cadre d’une relation initiatique de maître à disciple. Ce qui amène une première question : d’où Patañjali tient-il lui-même sa connaissance du Yoga?

    A cela on peut répondre qu’elle lui vient d’au moins trois sources différentes.
    La première, c’est sa connaissance approfondie des textes sacrés issus du Véda (Upanishads, Mahâbhârata et Samkya-Sûtra). De ces textes, il tire en effet les principaux concepts philosophiques qu’il va mettre en oeuvre dans son propre exposé.

    La seconde, provient de sa fréquentation intime des sages et des yogis de son époque, Patañjali dressant dans certains passages de son texte une sorte de catalogue des pratiques en vogue autour de lui et dont il a manifestement pu constater de ses yeux l’efficacité.

    La troisième, n’est autre que son expérience personnelle très profonde du Yoga.
    Manifestement, Patañjali sait  de quoi il parle, et même si son texte est parfois bien difficile à comprendre, ce n’est pas tant pour des raisons philosophiques que pour des raisons techniques : seul quelqu’un ayant une expérience avancée de la voie peut comprendre certains sûtras où sont décrits par le détail les différents états intérieurs que génère la pratique du yoga.  C’est un peu comme un livre de cuisine ou un manuel de bricolage. Si vous ne cuisinez pas vous-même ou si vous ne bricolez jamais, un grand nombre de descriptions données par de tels ouvrages, même bien conçus, resteront pour vous lettre morte! A l’inverse, si vous connaissez ces domaines, vous pourrez facilement vous rendre compte en lisant de tels ouvrages du degré de compétence de l’auteur. Et bien, en ce qui concerne le Yoga-Sûtra, nous allons vite nous rendre compte qu’il a été écrit par un expert en matière de travail sur soi, et même “de très gros calibre”…

    Mais à propos d’expérience directe du yoga, on peut se poser cette autre question : Patañjali a-t-il eu lui-même un maître ?
    La chose est bien difficile à trancher car la tradition le considère comme une incarnation du Dieu-Serpent Shesha, et lui attribue à ce titre une Sagesse innée. Ce dieu est en effet le symbole de ce qui subsiste à la fin des temps lors de la disparition de l’univers, (c’est sur ce Serpent que s’endort Vishnou à chaque fin de cycle cosmique). Shesha est la représentation du substratum immuable sur lequel repose et d’où provient tout ce qui existe. En tant qu’émanation de ce Dieu, Patanjali incarne donc la continuité de la Sagesse à travers toutes les vicissitudes de l’existence relative, y compris par delà la ronde des morts et des naissances!
    Voilà pourquoi, on considère traditionnellement que Patanjali était “un sage de naissance”. Ceci dit, son traité se voulant aussi complet que possible, on peut penser qu’ il a fréquenté les yogis les plus avancés de son temps et qu’il a étudié leurs pratiques, même s’il n’a pas eu lui-même besoin d’un maître pour s’établir dans la Sagesse…

    Tout ceci pour en arriver à cette conclusion : en matière de Yoga, nous pouvons faire toute confiance à Patañjali. S’il a composé ce traité, ce n’est pas pour faire mousser son ego, mais bien dans le souci de la retransmission du trésor dont il s’est retrouvé dépositaire à un moment donné… Et avec les innombrables générations de yogis qui se sont succédés depuis lors, nous pouvons à notre tour “faire le pranam à Patanjali” (prânâmâmi Patanjalim) comme nous y incite la fin de la prière traditionnelle qui lui est consacrée et que l’on récite quotidiennement dans certaines écoles de Yoga.

    Mais au fait, puisqu’il s’agit d’un traité du Yoga,  peut-être n’est-il pas vain de commenter aussi le mot “ yoga ” lui-même!

    Sachez donc qu’étymologiquement, yoga signifie “jonction” et par dérivation, liaison, union, unification…

    Le mot peut être utilisé en deux sens différents, soit pour désigner le BUT de la voie, soit pour désigner les PRATQUES qui permettent d’atteindre ce but.
    Premier sens  = le yoga est l’ état dans lequel la conscience individuelle (âtman) est en jonction parfaite avec le conscience universelle (brahman). C’est l’unité retrouvée entre l’individu et sa Source transpersonnelle, l’intégration réussie de la dimension spirituelle dans le relatif, ou, en termes de l’enseignement de Swâmiji, l’établissement de la Conscience de l’Unité.

    Sens second  = le yoga est la discipline qui permet cette jonction, c’est-à-dire l’ensemble des moyens à mettre en oeuvre pour parvenir à la Conscience de l’Unité. Dans cette acception, le mot “ yoga ” véhicule l’idée qu’il faut “mettre sous le même joug” les différents aspects de nous-mêmes et en particulier le corps, l’affectivité et l’intelligence, pour que toutes nos énergies et tous nos dynamismes travaillent dans la même direction de l’Eveil. Dans ce second sens, tout ce qui favorise la réunification et l’harmonie intérieure relève donc  du Yoga.

    Au total, on peut donc parler de deux temps ou de deux dimensions dans le travail du yoga. Un travail dans la dimension horizontale, qui consiste à faire l’unité à l’intérieur de nous-mêmes (rendre l’ego cohérent et structuré, faire émerger le “disciple” de la foule amorphe de nos personnages contradictoires), et un travail dans la dimension verticale qui consiste à rétablir le lien entre ce disciple et la Transcendance…

    Et en additionnant ces deux sens, on a une bonne idée de l’immense portée du mot, qui, à lui seul, sert à désigner à la fois les diverses formes et étapes de la sadhana et le but unique vers lequel elles convergent toutes.

    Pour conclure en image ce petit commentaire personnel de deux des trois mots qui composent le premier sûtra, (comme vous voyez, il y a long à dire!) (re) voici comme support à votre "méditation" cette belle  représentation traditionnelle de Patañjali. 

    patanjali_old.jpg

    Sa forme “mi-serpent mi-homme” nous rappelle le mythe de son origine “divine”.
    Mais au delà de ce rappel mythologique, j’en suis encore à me demander ce que cela  peut bien signifier pour notre pratique.
    Est-ce que c’est pour nous indiquer qu’il nous faut à notre tour  faire le lien (yoga) entre la partie animale et la partie humaine de notre être ? Réconcilier complètement notre dimension instinctive et notre dimension rationnelle ? Intégrer parfaitement l’énergie sexuelle (le serpent) dans notre conscience ?
    Et du coup avoir à notre service toute la puissance de la Vie (voyez les têtes de serpents qui lui font un capuchon protecteur)?

    Je vous laisse méditer ce symbole et me dire ce qu’il évoque pour vous (n’hésitez pas à vous “lâcher” et à laisser s’exprimer votre sensibilité profonde plutôt que votre tête!)

    Yann-qui-salue-bien-bas-le-Prince-des-Yogis