Auteur/autrice : Yann Le Boucher

  • Mahâbhârata (7-2) : la naissance de Dhritarâshtra et de Pându

    Une fois n’est pas coutume : pour ne pas allonger démesurément mon commentaire au 7ème épisode du podcast de Laura, je l’ai scindé en deux. Donc, ci-dessous vous lirez mes explications complémentaires au second volet de cet épisode, celui qui concerne Vyâsa et la conception de ses trois fils.

    Le podcast ci-dessous est donc le même que celui inclus dans l’article précédent. Vous pouvez en zapper l’écoute si vous avez encore bien en tête son contenu. Ou alors, contentez-vous de réécouter la seconde moitié de l’enregistrement (à partir de la 4ème minute) si vous avez besoin de vous rafraichir les idées…

    Je commence à nouveau par développer quelque peu le récit de Laura. Suite à quoi, nous serons mieux à même d’appréhender les enseignements de sagesse qu’il renferme…

    Le dilemme de Satyavatî

    De santé fragile, le jeune roi Vicitravîrya meurt prématurément avant qu’aucune de ses deux épouses ne tombe enceinte. La reine mère Satyavatî de son côté est au plus mal. Elle qui attendait de son mariage avec Shântanu la gloire éternelle promise à la fondatrice d’une nouvelle dynastie, la voilà qui, après le décès de son mari, vient de subir la perte successive de ses deux fils, et cela avant qu’aucun d’eux n’ait pu lui assurer une descendance. La survie du royaume demanderait qu’elle fasse amende honorable et relève Bhishma de son serment. Celui-ci pourrait alors épouser une femme digne de son rang et ensemble ils perpétueraient la lignée des Kurus. Mais cette solution de bon sens ne peut pas être retenue, car elle se heurte à deux volontés contraires. D’un côté Bhîshma est désormais si fier de l’aura d’invincibilité qu’il a acquise par son vœu de chasteté que c’est mission impossible que de le convaincre des avantages qu’il aurait à faire machine arrière. Et de l’autre Satyavatî, dévastée par ses trois deuils, n’a plus que son rêve de grandeur pour la soutenir. C’est pourquoi ils en viennent l’un et l’autre à tomber d’accord sur une stratégie qui, vue de notre fenêtre contemporaine, parait vraiment tirée par les cheveux, mais qui, du point de vue de la tradition de l’Inde ancienne n’est pas en contradiction avec les us et coutumes de l’époque et reste donc compatible avec le sacro-saint dharma!

    La reine-mère Satyavatî, tente de convaincre son fils ainé Vyâsa, renonçant de son état, de servir de géniteur à ses brus

    C’est ainsi que Satyavatî va révéler pour la première fois de sa vie le secret de l’existence de son fils ainé Vyâsa et va convaincre Bhîshma d’autoriser qu’il s’unisse aux deux princesses pour assurer la descendance de sa lignée. Mais quid du consentement des deux jeunes femmes, me direz-vous ? Eh bien, sachez qu’à cette époque et dans le contexte de cette société patriarcale, la femme n’est rien si elle n’est pas sous la protection d’un homme, que ce soit son père dans son enfance, son mari à l’âge adulte ou l’un de ses fils dans sa vieillesse. Les princesses ne sont désormais que de jeunes veuves sans enfant, autant dire que si elles n’acceptent pas l’homme que leur belle-mère va leur proposer comme géniteur de remplacement, elles seront condamnées à une inexorable déchéance sociale. Bref, elles ne seront pas difficiles à convaincre face au spectre de la vie de misère qui les attend si elles demeurent sans enfants. Mais il reste un problème de taille. Vyâsa est un renonçant solitaire qui, en tant que yogi accompli, vit depuis toujours dans la chasteté. Bien qu’il n’ait pas pris formellement de vœu, il n’a aucun désir d’aucune sorte pour la vie de famille. Comment le convaincre à tout le moins d’accepter de procréer avec les princesses ? Qu’à cela ne tienne, Satyavatî veut y croire. Elle se souvient en effet des paroles du père de Vyâsa : « en tant que sa mère une connexion télépathique existera toujours entre toi et ton fils premier né, et si un jour tu es en grande difficulté, il te suffira de faire mentalement appel à lui pour qu’il vienne t’apporter son aide ».

    La conception des trois fils de Vyâsa

    Et c’est ainsi que Vyâsa réapparait tout à coup dans le récit. Il rencontre sa mère, se fait exposer la situation et face à l’adversité qu’elle traverse, il accepte de jouer son rôle de fils et de lui apporter son concours. Mais il pose une condition : lui-même et les princesses devront disposer d’un an pour faire connaissance et se préparer en douceur à l’union charnelle. À lui, véritable homme des bois, il faut un peu de temps pour se familiariser avec les us et coutumes du monde « civilisé » qu’il n’a encore jamais fréquenté. Et à elles, il leur faut apprendre à apprécier et même à honorer le style de vie qui est le sien, de façon à ce qu’elles soient fières du père des enfants qu’elles porteront. Que du bon sens en somme, car verser de l’huile bouillante dans une carafe d’eau froide, c’est risquer à tous les coups le choc thermique !

    Oui, mais Satyavatî est d’une impatience maladive. Elle n’en peut plus d’attendre que la vie accomplisse enfin son aspiration la plus chère. Elle veut être grand-mère TOUT DE SUITE. Aussi use-t-elle de son autorité maternelle pour contraindre Vyâsa à accomplir son devoir au plus vite. Bien qu’il sache pertinemment qu’il s’agit là d’une erreur, Vyâsa s’en tient à son propre dharma qui est, en l’occurrence, de laisser le dernier mot à sa mère. Et c’est ainsi que le « drame » se produit. Il s’unit une première fois à Ambika, mais celle-ci est trop horrifiée par son apparence de sadhu hirsute à la peau couverte de cendres et ne peut que fermer les yeux pour échapper à l’image -répugnante selon elle- de son amant d’un soir. Patatras, Vyasa s’en rend compte et fait une prédiction terrible. Le refus émotionnel de la future maman durant la conception va immanquablement impacter le bébé à naître qui, prévient-il, a toutes les chances de naître aveugle.

    Satyavatî l’Impatiente est effondrée. Elle sermonne sa seconde belle-fille et la nuit suivante celle-ci s’efforce, faute d’éprouver du plaisir, à tout le moins de garder les yeux grands ouverts pendant le coït. Las, elle n’est pas plus prête émotionnellement que sa sœur à accueillir en elle cet homme brut de décoffrage qui ne connait pas les codes et les bonnes manières de la haute société. Ce qui fait qu’au moment fatidique, elle défaille au point d’en devenir livide. Cette fois encore Vyasa s’en rend compte et il est formel, ce rejet intérieur de la princesse Ambalika ne peut pas ne pas affecter son enfant à naitre. Celui-ci aura le teint anormalement pâle et aura tendance à perdre le contrôle de son affectivité chaque fois qu’il subira un stress. Nouvelle prédiction insupportable à entendre donc pour Satyavatî. Mais décidément jamais à court d’idées, elle se dit que si Vyâsa accepte de donner une seconde chance à sa première bru et si cette fois celle-ci l’accueille vraiment en amante, cette relation réussie annulera peut-être les effets négatifs du premier rapport. Fidèle à son dharma de fils, Vyâsa se résout à accomplir une troisième et dernière fois la volonté de sa mère qui, de son côté, met une pression d’enfer sur Ambika.

    Mais point trop n’en faut dans la manipulation d’autrui. Au dernier moment Ambika se rebiffe et demande à l’une de ses servantes de prendre incognito sa place dans le lit nuptial. Celle-ci, qui est une jeune femme simple et pleine de vitalité, en est très honorée. Elle s’offre donc sans retenue ni arrière-pensée au sadhu toujours hirsute et barbouillé de cendres, et ils connaissent tous les deux la joie extatique d’une union sexuelle réussie. D’où cette dernière prédiction auspicieuse de Vyâsa : « tu auras un enfant parfaitement équilibré qui aimera la vie et qui sera reconnu pour sa sagesse.  Et pour te remercier de m’avoir fait connaitre le bonheur charnel, je vais demander à ma mère de vous anoblir toi et ton enfant à naître !

    Voilà, vous en savez plus désormais sur cet étrange aspect autobiographique du récit. Car oui, c’est bien Vyâsa le père des trois héros qui vont être désormais au cœur de la suite de l’épopée.

    Dhritarâshtra au centre, à sa gauche Pându, et à sa droite Vidura qui salue ses deux demi-frères royaux…
    • Dhritarâshtra est son fils ainé. Il est beau, il est fort, mais sa cécité obèrera une bonne partie de son potentiel.
    • Pându est son cadet. Doué d’une grande sensibilité, il est d’une nature bienveillante et généreuse. Mais sa pâleur inhabituelle est le reflet d’une instabilité émotionnelle qui ne présage rien de bon.
    • Vidura enfin, est son benjamin. C’est le seul enfant parfaitement sain et équilibré. Mais n’étant pas d’ascendance royale, il ne pourra pas prétendre au trône des Kurus. Tout au plus, ses grandes qualités le conduiront à devenir le Premier ministre dévoué du royaume pendant de très longues années. Mais sa sagesse ne suffira que rarement à faire contrepoids aux erreurs des futurs rois de la dynastie…

    Tous les trois sont en fait des demi-frères, puisqu’issus de mères différentes. Ils ont par contre la même grand-mère paternelle, Satyavatî, qui, bon gré mal gré, a enfin réussi à atteindre son but. Et comme elle est la veuve du roi Shântanu, les deux premiers fils de Vyâsa vont être considérés socialement comme les descendants légitimes de la dynastie des Kurus. À ce titre Bhîshma va être désigné comme leur oncle. Et il va remplir auprès d’eux le rôle de substitut paternel, Vyâsa lui laissant bien volontiers cette place, préférant, après avoir payé sa dette de gratitude vis-à-vis de sa mère, s’en retourner à l’anonymat de sa vie d’ermite…

    Les enseignements à tirer de ce second volet de l’épisode 7

    Concernant Satyavatî

    La première et la plus intéressante leçon à tirer de ce récit concerne cette nouvelle chaîne karmique que  l’on voit à présent clairement se dessiner à partir de Satyavatî. Enfant trouvée par un pêcheur, elle a grandi dans un milieu social très modeste. Mais après avoir mis au monde Vyâsa, elle se retrouve gratifiée d’un pouvoir de séduction décuplé (son parfum) grâce auquel elle arrive à épouser un roi. Jusque-là, rien de contraire au dharma, puisqu’elle ne fait que suivre sa nature profonde (rappelons-nous que, même si elle l’ignore, elle est elle-même fille d’un roi et d’une nymphe). Là où ça commence à dérailler, c’est qu’elle accepte sans broncher l’injustice qui est faite au premier enfant de Shântanu. Elle n’en est certes pas la première responsable. Mais à tout le moins elle en est l’instigatrice puis la complice. Imaginons un instant ce que peut être son ressenti quand elle voit au quotidien Bhîshma qui se dévoue à ses propres enfants (ses demi-frères) pour les préparer à devenir roi à sa place… Gênée ? Elle ne le montre pas en tout cas, et savoure la position d’autorité que lui confère son statut de reine mère…
    Mais là où elle en remet une couche, c’est quand elle contraint son fils ainé à suspendre sa vie de renonçant pour assurer sa descendance, et cela en passant outre les règles normalement en vigueur dans ce genre de situation d’exception. Par impatience, elle va même jusqu’à forcer ses brus à des relations sexuelles non suffisamment consenties. Cette double violence psychique (contre son fils et contre ses brus) va, ici aussi, créer une onde de choc karmique dont nous ne voyons pour l’instant que l’effet le plus immédiat (ces deux petits-fils sont porteurs d’une tare de naissance : la cécité pour l’un et l’hyper-émotivité pour l’autre). Mais, il est clair qu’un royaume qui n’a pour tout dirigeant potentiel qu’ un aveugle et un hyper-sensible est mal parti pour durer ! Et à dire vrai, le reste du Mahâbhârata va consister à dérouler cette chaine karmique en montrant cette fois encore combien les actions mues par les émotions personnelles finissent toujours par produire plus de mal que de bien, tant pour la personne qui les a initiées que pour la société tout entière.  Agir ou réagir ? Telle est la question récurrente qui va se poser encore et encore au fil du récit.

    Concernant le couple Satyavatî / Shântanu

    Pour terminer, je voudrais synthétiser les deux volets de cet épisode en faisant remarquer que le comportement de Satyavatî n’est que le reflet inversé de celui de son défunt mari. Alors que lui n’a pas hésité à cautionner le sacrifice de la libido de son fils  pour arriver à satisfaire son propre désir amoureux, elle n’hésite pas à forcer son ainé à avoir une activité sexuelle contraire à sa vocation d’ermite pour réaliser son ambition personnelle. Que ce soit pour la restreindre ou pour l’amplifier, dans les deux cas, on a affaire à un abus semblable d’un parent qui prend le contrôle de la sexualité de son enfant et la détourne à son profit.
    Il me semble remarquable que cette épopée vieille de  plus de 2500 ans ait pour premier ressort dramatique l’égocentrisme d’un « couple alpha » qui s’approprie l’élan vital de sa progéniture ! Toute ressemblance avec les parcours de vie cabossés de beaucoup de nos contemporains serait-elle purement fortuite ?

    Concernant les fils : Bhîshma et Vyâsa

    Une dernière remarque : face à cette situation délétère, on voit la différence de réaction des deux fils concernés par cet abus d’autorité. Bhîsma tire une fierté personnelle de son serment et par cette réaction en arrive à  « remettre de l’huile sur le feu » (enlèvement des princesses, ruine de l’avenir d’Amba). Alors que Vyâsa fait l’effort de s’adapter avec souplesse à une situation qu’il n’a certes pas choisie (sa chasteté est beaucoup plus ancienne et murie que le vœu de Bhîshma et mériterait bien plus d’être respectée), mais contre laquelle il fait « contre mauvaise fortune bon cœur ». Il accomplit son dharma de fils, ni plus ni moins, et ne rajoute rien de « son monde » au monde. Il symbolise ici le modèle de l’action éclairée qui consiste à répondre de façon impersonnelle à une réalité objective. Ainsi il ne crée pas de karma supplémentaire.

    Mais me direz-vous, n’est-il pas bizarre qu’il ne se soit pas opposé plus frontalement à la demande excessive de sa mère. N’est-ce pas là une autre façon d’être « adharmique » ? Pour couper court à cette objection, il suffit de se souvenir qu’avant d’être un personnage de l’Épopée, Vyâsa en est d’abord l’auteur. S’il veut, en tant qu’auteur, avoir quelque chose d’édifiant à nous raconter, il faut bien que ses personnages commencent par faire des erreurs !

     


    Le who is who de ce second demi- épisode

    Trois noms viennent s’ajouter à notre tableau : ceux des enfants que Vyâsa va concevoir avec ses amantes d’un soir : Dhritarâshtra, Pându et Vidura. La ligne « 3ème génération » de notre tableau se retrouvant ainsi enfin remplie à son tour…

    Ci-dessous, l’état actuel du tableau des sept générations de personnages impliqués dans l’histoire (les cases vides se compléteront au fil des épisodes)



    Et pour retrouver tous les articles de cette série => c’est par ICI


     

  • Les rencontres de MéditàRennes 2023

    Certains le savent déjà, les 31 mars, 1er et 2 avril prochains aura lieu la quatrième édition des « Rencontres de Médit’àRennes » dont je suis l’un des co-organisateurs.


    Pour mémoire, cette association vise à permettre aux pratiquants de la région de Rennes de se retrouver de temps en temps pour méditer ensemble quelle que soit leur « chapelle d’origine », confronter leur pratique avec celles d’autres méditants, expérimenter de nouvelles approches et contribuer ainsi dans la bonne humeur à faire mieux connaitre à tous les trésors de bienfaits offerts par cette activité.

    Fort du succès des éditions précédentes, l’événement est désormais étalé sur deux jours et demi.
    Les Rencontres commenceront ainsi dès le vendredi à 18h15 par une cérémonie d’ouverture (incluant un temps de présentation des différents intervenants et une méditation collective).
    A 19h30, notre ami Alain Durel, écrivain et philosophe, prendra le relais avec une conférence sur le thème des trois révolutions de Bouddha (plus de détails ici).

    Le samedi 1er  et le dimanche 2 avril, de 9h15 à 18h30 se succéderont chaque jour six sessions de méditation guidée d’une heure et quart chacune (temps de présentation et échanges post-méditation compris).
    En marge de ces activités « pour adulte », il y aura aussi deux ateliers spécialement conçus pour les enfants…

    Les animateurs et animatrices de tous ces ateliers ont été sélectionnés à la fois pour leurs qualités d’enseignants, mais aussi pour donner le plus de diversité aux pratiques proposées, celles-ci se répartissant ainsi entre quatre pôles principaux : tradition hindoue, tradition bouddhiste, approche laïque contemporaine, et autres traditions (Christianisme, Islam soufi et Taoïsme).
    Vous retrouverez ainsi certaines « têtes connues », telles Katel Bodin, Marjolaine Bonnant, Florence Grenier-Mériaux ou Martine Larbat, toutes quatre de longue date en lien avec les Amis de La Bertais, mais aussi Claude Lhuissier-Noël, la traductrice et accompagnatrice du frère John Martin… Le groupe Soufi qui avait beaucoup impressionné les participants au « dikr » de la toute première édition sera à nouveau des nôtres, et nous accueillerons par ailleurs pour la première fois une représentante du courant Taoïste (Violaine LELOUP).

    Bref, si vous êtes disponible et intéressé(e), ne tardez pas à faire votre choix dans le programme proposé puis à prendre vos places, car m’est avis qu’ il n’y en aura pas pour tout le monde !!!

    Programme détaillé // Inscription en ligne

    Flyer à télécharger

     

    PS : Nous avons besoin de bénévoles pour encadrer les 600 personnes attendues sur les 3 jours. Aussi si la « cause » vous touche et vous motive, n’hésitez pas à vous faire connaitre en renseignant la rubrique ad hoc du formulaire lors de votre inscription en ligne.

  • Mahâbhârata (7-1) : L’enlèvement des trois princesses de Bénarès

    Lors de la cérémonie appelée « svayamvara » les prétendants font à tour de rôle la démonstration de leurs talents devant la princesse à marier, ses parents et toute la cour royale.

     

    Encore un épisode très dense qui contient plusieurs péripéties importantes, dont l’intérêt ne ressort vraiment que si on les explicite… Mais comme à l’habitude, je vous suggère de commencer par écouter la narration de Laura avant de lire mes commentaires…

    Vous l’aurez noté, cette fois le récit comporte deux volets quelque peu disjoints : le premier tournant autour de l’enlèvement des princesses de Bénarès par Bhîshma ; le second autour de la surprenante mission de géniteur accomplie par Vyâsa.  Comme chacun de ces deux volets mérite une explication assez longue, je vais pour cette fois-ci scinder mon commentaire en deux articles. Dans celui d’aujourd’hui, vous trouverez de quoi mieux comprendre la première partie du récit de Laura, celle qui correspond aux quatre premières minutes du podcast. Et rendez-vous vous au prochain article pour lire mon commentaire sur le reste de cet épisode si riche d’enseignements!

    Bhîshma alourdit son karma

    Résumons d’abord les faits et gestes de la première séquence du récit de Laura.
    Comme fruits de leur amour, le couple Shantanu-Satyavati engendre deux fils, Citrângada et Vicitravîrya (chouette, vous pouvez ne pas mémoriser leurs noms, car passé cet épisode, on n’en entendra plus parler). Une fois adolescent, le premier manifeste d’excellentes aptitudes au métier de roi, mais à force de courir après la gloire des armes, il finit par se faire tuer dans un combat contre le chef des Ghandarvas (une classe de devas-artistes spécialisés dans la musique et la danse). Quant au second, il est d’un tempérament nettement moins vaillant, et, alors que Shântanu décède, c’est Bhîshma qui doit assumer la régence en attendant que son jeune demi-frère soit en âge de monter sur le trône. En bon tuteur, quand le temps est venu de marier Vicitravîrya, il prend en charge la recherche de la future épouse. Et c’est ici qu’un premier détail mérite d’être explicité dans le récit de Laura, car il permet de commencer à entrer dans la compréhension de ce que l’Inde appelle la loi du karma.

    Quand Bhîshma a prononcé son serment, sa décision a créé une onde choc qui va se propager dans toutes les directions, pour le meilleur et pour le pire. Le « meilleur », on le connait : il a ainsi solutionné la question du mariage autrement impossible de son père et de Satyavatî. Mais ce faisant, son action a aussi généré divers « effets de bord » plus ou moins indésirables. Entre autres, celui-ci  : le roi de Bénarès avait déjà planifié de marier sa sœur à Bhîshma,  ceci dans le but de rapprocher les deux dynasties et de constituer ainsi à terme un royaume plus grand et plus puissant. Or avec son vœu de célibat, Bhîshma a privé ce monarque de cette perspective « avantageuse ». En conséquence, celui-ci boude la cour royale des Kurus et n’invite pas son jeune prince héritier à la cérémonie où ses filles vont pouvoir se choisir un mari ! Ce que voyant, Bhîshma se vexe à son tour et décide, pour sauver l’honneur de sa dynastie, de se rendre à cette cérémonie sans y avoir été invité. Là, il n’y va pas quatre chemins et enlève les princesses afin de pouvoir les « offrir » comme épouses à son jeune protégé. Inutile de vous dire qu’après un tel « exploit », Bhîshma ne va pas être en odeur de sainteté dans la région, car évidemment, il vient de ruiner l’espoir de tous les autres invités d’obtenir les faveurs d’une des princesses. Et à cela va s’ajouter le ressentiment violent de ces trois jeunes filles, brusquement privées de leur liberté. C’est ainsi que non seulement la dynastie des Kurus va devenir la bête noire de plusieurs des royaumes voisins, mais encore que Bhîshma va devoir faire face à la haine inextinguible de l’ainée des princesses, une certaine Amba, suite à un autre enchainement de causes et d’effets sur lequel je vais revenir ensuite.

    Mais je préfère faire déjà une pause, car avec ce qui vient d’être dit, nous avons suffisamment d’éléments pour illustrer cette notion de « chaine karmique », si présente dans le Mahâbhârata. De quoi s’agit-il ? Tout simplement du fait qu’une action qui, sous des dehors de vertu, n’est pas vraiment conforme au dharma, produit nécessairement une série de réactions qui de fil en aiguille finissent par se retourner contre leur initiateur. Dans le cas présent, voici l’enchainement : la « générosité » initiale de Bhîshma pour son père contrarie les projets du roi de Kashi (autre nom de Bénarès) => vexé, celui-ci réagit en snobant la cour des Kurus => Bhîshma sur-réagit à son tour à ce qu’il considère comme un affront et décide de passer outre en imposant sa présence à la cérémonie. => Sur place, toujours en proie à son besoin de réparation, il humilie publiquement son hôte et tous les princes présents en les défiant :  « si quelqu’un conteste mon droit à enlever les princesses, qu’il se mesure à moi au combat« . => Comme tout le monde est au courant de sa quasi-invulnérabilité, personne n’ose s’interposer, mais cela crée évidemment un ressentiment général, Bhîshma étant devenu pour le roi de Bénarès et ses invités « l’homme à abattre ». Et voici comment ce qui au départ n’était qu’un dommage collatéral négligeable (la contrariété initiale du roi de Bénarès) en arrive à produire, au fil des réactions égotiques en cascade, un problème politique majeur. Ne nous y trompons pas : si la situation concrète semble bien éloignée de notre contexte moderne, le principe qu’elle illustre est, lui, inchangé. Ouvrons les yeux : en nous et autour de nous, le monde fonctionne encore et toujours selon cette loi implacable de l’action/réaction mue par les émotions !

    Le Svayamvara des filles du roi de Bénarès

    Revenons à présent sur cette coutume si particulière de l’Inde ancienne, dite du Svayamvara. Le terme sanskrit est explicite : il signifie « vouloir » (vara) « par soi-même » (svayam) et il désigne donc le privilège dont jouissent alors les femmes de haut rang de pouvoir choisir elles-mêmes leur futur époux parmi un panel de prétendants, au lieu de se le voir imposer par leurs familles. En pratique, quand un roi voulait marier l’une de ses filles, il organisait une sorte de grand tournoi auquel tous les prétendants de la région pouvaient participer, ce qui permettait à sa fille comme à la cour de mieux se rendre compte des qualités et défauts de chacun d’eux. À l’issue de cette joute qui comportait le plus souvent des épreuves physiques d’endurance et/ou d’agilité, la jeune femme désignait son futur époux en lui passant une guirlande de fleurs autour du cou. Et son choix était souverain, même s’il déplaisait à son père ou à telle ou telle faction de la cour. Bref, une liberté aussi rare que précieuse pour les femmes concernées. Voilà pourquoi, en décidant qu’il ne se soumettrait pas aux épreuves qualificatives, mais qu’il enlèverait les trois sœurs d’entrée de jeu, Bhîshma leur porte un énorme tort.

    Bhîshma ramenant de force à Hastinapura les trois princesses de Kashi

    Et c’est la raison pour laquelle, à peine arrivée à Hastinapura, l’ainée des princesses le lui fait vertement savoir. Elle lui annonce qu’elle avait déjà choisi son mari avant même la cérémonie et qu’elle n’est donc pas disposée à prendre un autre époux que celui qui lui revenait de droit. Notre « expert en dharma », a beau tourner le problème dans tous les sens, il ne peut échapper à cette conclusion : selon les règles en vigueur dans les livres sacrés, Amba a raison et ne peut pas être légitimement mariée à son demi-frère. Quoi faire d’elle? Après consultation des sages de la cour, il décide de lui rendre sa liberté en lui suggérant d’aller retrouver son fiancé et de conclure avec lui au plus vite l’union prévue. Moyennant quoi Bhîshma garde à la cour les deux sœurs cadettes Ambika et Ambalika qui deviendront bientôt les épouses du jeune Chritrângada.

    L’histoire d’Amba

    Sans surprise, dans une épopée guerrière comme l’est le Mahâbhârata, les hommes tiennent globalement une place plus importante que les femmes. Mais l’ouvrage cisèle tout de même le portrait de plusieurs femmes remarquables, et à n’en pas douter, la princesse Amba est de celles-là. Pour des raisons qui lui appartiennent, Laura fait dans son podcast le choix de ne pas nous en dire plus à son sujet. Selon moi, c’est là un manquement dommageable, et pour y remédier, il ne me reste plus qu’à vous raconter moi-même la belle, mais tragique histoire d’Amba…
    Sachez donc que l’ainée des filles du roi de Bénarès a hérité de ses nobles parents toute la fierté et la force de caractère des femmes de son rang. Elle est belle, intelligente, cultivée et a l’esprit farouchement indépendant. Pour preuve, elle n’avait pas attendu la cérémonie officielle de promesse en mariage pour se trouver un fiancé. Et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit de Shâlva, le roi d’une contrée voisine florissante. Les deux jeunes gens se sont déjà rencontrés en secret et ils ont convenu que pour ne pas froisser la bonne société, Shâlva participerait comme les autres princes aux épreuves du Svayamvara d’Amba, mais que, bien entendu, quelle que soit sa performance publique, c’est autour de son cou qu’Amba passerait la guirlande à la fin de la journée! D’ailleurs, quand Bhîshma lui vole sa fiancée en public, Shâlva est le seul à protester. Et une fois le régent des Kurus parti, il est encore le seul à rameuter une escorte pour poursuivre et intercepter le « voleur ». Pas de chance pour lui, Bhîshma n’est pas homme à être contrarié dans ses projets. Il arrête son char, se retourne vers son poursuivant et lui décoche une de ses flèches magiques qui retombe en pluie drue sur le pauvre Shâlva et ses compagnons. Il y a des blessés, quelques morts peut-être aussi. Bref, Shâlva a cru que sa dernière heure était arrivée et, plutôt que de s’exposer plus avant à la vindicte de Bhîshma, il renoncer à ce combat perdu d’avance. Amba qui est sur le char de Bhîshma avec ses deux sœurs a tout vu. Le vain courage de son fiancé, comme l’extraordinaire puissance que dégage Bhîshma dès lors qu’il est mis au défi par quelqu’un. Un doute s’immisce déjà dans son esprit. Après tout, si elle devenait l’épouse de Bhîshma, elle ne perdrait probablement pas au change! Mais elle chasse vite de sa jolie tête cette pensée malsaine et se prépare à affronter son bourreau en mobilisant toute sa fierté de princesse blessée.
    C’est ainsi qu’elle obtient le soir même une audience privée avec le régent, qu’elle lui révèle l’histoire de sa liaison secrète avec le roi Shâlva et lui annonce péremptoirement qu’il n’a pas le droit de la forcer à épouser son demi-frère. Ce qui, comme déjà dit, oblige finalement Bhîshma à lui rendre sa liberté.

    Amba, la princesse qui osa défier Bhîshma

    Mais la galère d’Amba ne fait malheureusement que commencer.
    Parvenue auprès de Shâlva, elle a la surprise de se faire sèchement éconduire par son ancien fiancé. Celui-ci a tellement eu peur lors de sa brève confrontation avec Bhîshma qu’il craint, s’il accueille Amba sous son toit, que cela ne donne un bon prétexte au régent des Kurus pour venir attaquer son royaume. Il n’arrive pas à croire que Bhîshma ait vraiment renoncé à ses droits sur Amba, et il pense que tôt ou tard, la présence de cette femme à ses côtés va lui attirer les pires ennuis. Mais trop fier pour assumer la responsabilité de sa propre frayeur, il préfère faire porter le chapeau à Amba en mettant en cause sa vertu : « puisque tu as passé une nuit sous le toit de Bhîshma, comment puis-je être certain qu’il ne t’ait pas touchée! » Coup de poignard dans le cœur innocent d’Amba. Son premier amour vient de la trahir en mettant en doute l’authenticité de ses sentiments!  Elle est « sonnée » et ne sait plus quoi faire ni où aller. Revenir chez son père ? C’est devoir expliquer toute l’affaire de sa liaison pré-maritale à sa famille et en être sévèrement punie, voire bannie ! Elle ne voit finalement qu’une seule option, retourner près de Bhîshma et lui demander sa protection. Ce qu’elle fait.

    Bhîshma l’accueille en effet et l’écoute avec bienveillance raconter sa terrible déconvenue. Mais il n’a pas de solution pour elle, car désormais le jeune Vicitravîrya, dont elle a précédemment blessé l’amour propre, refuse catégoriquement de la revoir. Elle n’a donc plus sa place dans ce palais. Amba convient qu’elle ne peut devenir la femme du jeune roi, mais de plus en plus impressionnée par la noblesse et la puissance de Bhîshma, elle lui laisse entendre qu’elle est disposée à rester vivre à ses côtés. Touché là où ça ne peut que lui faire mal, Bhîshma se cabre : « jamais aucune femme, ni toi ni une autre, ne me fera renoncer à mon serment, quoi qu’il m’en coute« . Amba se fait insistante, en argumentant que s’il n’accepte pas de la prendre pour épouse, sa vie sera définitivement gâchée, car à l’exemple de Shâlva, aucun autre homme n’osera désormais la courtiser. Et elle sait défendre son bon droit : ainsi lui fait-elle valoir, non sans raison, que comme c’est lui qui l’a mise dans ce pétrin, c’est à lui et à lui seul de l’en sortir! Bhîshma se retrouve face à un impossible dilemme. Le code d’honneur des Kshatriyas est formel : se dédire après un serment pris devant témoin est une faute gravissime. Mais est-ce vraiment plus grave que d’être responsable de la ruine définitive de la vie d’une femme, qui plus est princesse de haut rang ? Déjà déstabilisé, au lieu de faire amende honorable comme le dharma véritable le lui demanderait, il se raidit un peu plus dans son idéalisme et commet la seconde faute majeure de son existence. Il annonce à Amba péremptoirement que jamais, quoi qu’elle dise ou fasse, il ne lui permettra de partager son intimité. 

    Pourquoi est-ce là une faute majeure ? Tout simplement parce qu’il n’a pas pris la mesure de la gravité de la situation et en particulier qu’il n’a pas tenu compte du tempérament de feu de cette femme d’exception. Devant ce qu’elle considère comme une attitude d’une injustifiable cruauté, Amba prononce à son tour un serment tout aussi terrible que celui de Bhishma : puisqu’il vient par son refus de la condamner à une vie de solitude et de misère, elle jure qu’elle va consacrer tout le reste de son existence à un seul but, trouver l’homme qui sera capable de la venger en le tuant à son tour. Bhîshma tente de la raisonner : « tu ne trouveras jamais un tel homme… » . Elle lui répond laconique :  « Et toi, tu ne pourras plus jamais dormir en paix, car chaque nuit le souvenir de mon serment viendra te hanter« .  Sur ces sombres paroles, elle part en effet sur les routes en vagabonde, et se met à parcourir le monde de long en large à la recherche de son héros… Mais ne comptez pas sur moi pour vous révéler avant l’heure le résultat de son étrange quête !

    Ceci étant, vous avez maintenant une vision plus complète de l’étendue des dégâts karmiques que le serment imprudent de Bhîshma a générés. Outre l’hostilité des princes de plusieurs des royaumes adjacents à celui des Kurus, il va devoir endurer toute sa vie les ondes négatives produites par la malédiction de cette femme dont il a ruiné l’existence de par son idéalisme forcené…

    À n’en pas douter, l’enfer du Mahâbhârata est pavé des bonnes intentions de Bhîshma !

    Une réflexion personnelle

    Aussi surprenant que cela puisse paraitre, l’histoire de la relation entre Bhîshma et Amba n’est pas sans rapport avec l’un des aspects les plus sombres de la vie de Swâmi Prajnânpad, à savoir le drame humain qui s’est joué entre lui et Anasûya Devi. Ce n’est pas le lieu que je m’y attarde ici, mais en quelques mots, voici les principaux éléments qui peuvent être mis en parallèle.

    • Comme Bhîshma, c’est au sortir de l’adolescence que Swâmiji a pris la décision de mener une vie de célibat.
    • Comme Bhîshma, une fois entré dans l’âge adulte, il a été contraint par l’existence à faire face aux attentes affectives et sexuelles d’une très jeune femme (celle que son frère l’avait obligé à épouser).
    • Comme Bhîshma, au nom de son idéalisme forcené, il s’est comporté vis-à-vis d’elle d’une façon particulièrement cruelle et inhumaine, conduisant la jeune femme à la limite de la folie.
    • Comme Bhîshma, il a eu à subir les conséquences de cette erreur de jeunesse durant tout le reste de sa vie…
    • Comme Bhîshma, il a su faire de cette grosse épreuve un tremplin pour sa sadhana

    Pour se convaincre de la pertinence de ce rapprochement (ainsi bien entendu que de ses limites), il suffit de relire les chapitres 2 à 7 de La biographie écrite par Daniel Roumanoff « Svâmi Prajnânpad », Ed La table Ronde.


    Le who is who de ce premier demi- épisode

    Cinq noms viennent s’ajouter à notre tableau : ceux des deux fils de Shântanu et Satyavatî, et ceux des trois princesses de Kashi (Bénarès) pressenties pour devenir reines des Kurus. Mais par chance, seul le nom d’Amba est à retenir pour la suite du récit…

    Ci-dessous, l’état actuel du tableau des sept générations de personnages impliqués dans l’histoire (les cases vides se compléteront au fil des épisodes)


    Et pour retrouver tous les articles de cette série => c’est par ICI


     

  • Mahâbhârata (6) : le serment de Bhîshma

    Le jeune Devavrata jure de renoncer à la sexualité devant le père adoptif de Satyavatî (à gauche) et un membre de son escorte (à droite). Satyavatî intimidée observe depuis la cabane (au second plan à gauche)!

    Dans l’épisode précédent, je vous avais dit que c’était avec la génération du roi Shântanu que les protagonistes allaient faire leurs premières embardées par rapport au dharma. Ce digne successeur des Bhâratas est désormais veuf et cette triste situation va l’amener à prendre une décision « humaine, trop humaine » qui, de fil en aiguille, va déclencher en cascade une série de réactions aux conséquences de plus en plus problématiques.  À vrai dire, il s’agit d’un épisode clé pour comprendre la suite du récit. Cela va donc m’amener à le commenter un peu longuement, car ici encore le format court du podcast ne permet pas de rendre vraiment justice au texte. Ceci étant, ne boudons pas notre plaisir, la narration de Laura ayant une fois de plus le mérite de nous donner une vue d’ensemble de la péripétie !

    La formation de Devavrata

    Pour commencer, il me faut dire quelques mots en ce qui concerne  la prise en charge par Gangâ de l’éducation de son fils Devavrata.
    En tant que déesse, elle a ses entrées auprès des plus grands des sages de l’époque et elle n’hésite donc pas à s’assurer les services de deux des plus illustres d’entre eux pour assurer la formation du futur prince héritier. Avec le premier (Vashistha) Devavrata étudie le dharma (la loi d’harmonie qui régit le fonctionnement des trois mondes ainsi que la société des humains). Et avec le second, Parashurâma qui est un maître-guerrier insurpassable, il apprend les arts martiaux et devient en particulier un archer d’une dextérité exceptionnelle. Ce dernier maître étant par ailleurs un yogi accompli, il lui transmet aussi les mantras qui permettent de transformer un arc ordinaire en une arme magique surpuissante. Ainsi peut-il à volonté faire qu’une simple flèche tirée par son arc se démultiplie en vol et devienne à l’arrivée une véritable nuée de projectiles. C’est en usant de ce pouvoir peu banal qu’il s’est « amusé » (pour impressionner son père) à tirer une flèche en l’air qui en retombant sous forme d’un grand nombre de traits compacts a constitué un barrage entravant momentanément le cours du Gange… Inutile de vous dire qu’après quelques exploits de ce genre, il devient vite la coqueluche de Shântanu ainsi que de toute la cour ! Avec un tel héritier, voilà la succession de la lignée des Bhâratas assurée…

    La rencontre de Shântanu et de Satyavatî :

    Quant à l’histoire du remariage du roi avec la belle et odorante Satyavatî, elle nécessite elle aussi quelques explications complémentaires. Le point le plus étrange du récit est le culot dont fait montre cette héroïne face au roi. Souvenons-nous en effet qu’elle n’est alors encore qu’une jeune personne très ordinaire. Élevée parmi une communauté de petites gens, elle travaille de ses mains comme batelière et est probablement illettrée. Or, quand Shântanu lui fait comprendre qu’il la désire, au lieu de considérer que c’est la chance de sa vie, elle commence par poser une condition qui a toutes les chances de rendre impossible la relation. Du fait de son rang social très inférieur, en bonne logique elle aurait dû se réjouir de cette « promotion » inespérée et se satisfaire du statut déjà enviable de concubine royale ! Mais non, la première préoccupation de cette « fille-mère » est d’obtenir du roi qu’il fasse d’elle son épouse à part entière de telle sorte que les enfants qu’ils auront en commun soient considérés comme des princes de sang et non comme des bâtards royaux (ce qu’ils seront de fait). Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle n’a pas froid aux yeux et vu sous cet angle on ne peut qu’approuver la première réponse du roi, qui, tout amoureux qu’il soit, choisi de rester fidèle à son dharma de monarque et de père plutôt que de donner libre cours à sa dernière passion.

    Le serment d’absolue chasteté de Bhîshma :

    Il me faut à présent vous signaler un point capital qui peut échapper à la première audition. Là où prend place la première embardée vis-à-vis du dharma, c’est quand le jeune prince héritier Devavrata (alias Bhîshma), se met en tête de faire le bonheur du roi « malgré lui ». À première vue, quoi de plus noble que le sacrifice d’un fils pour son père. Mais à regarder cela de plus près, cette générosité n’implique rien moins qu’une inversion des valeurs, car le rôle d’un enfant n’est pas de renoncer à son épanouissement pour faire le bonheur de ses parents, mais au contraire de prendre appui sur leur propre sacrifice pour s’accomplir à son tour, afin d’être ensuite en mesure de retransmettre la flamme de la vie. « Beware of idealism » aurait dit Swâmi Prajnânpad au jeune homme imprudent! Ceci étant, Devavrata a l’excuse de son jeune âge. Mais là où les choses deviennent franchement « adharmiques », c’est quand Shântanu ne remet pas en cause le choix de Devavrata-Bhîsma. Car alors il fait clairement repasser son désir amoureux avant l’intérêt de son fils.
    Réfléchissons un instant : un père digne de ce nom ne pourrait pas cautionner un tel arrangement. Il dirait quelque chose comme : « écoute fils, je suis très touché par ta décision qui témoigne de la grandeur de l’amour que tu me portes. Mais la satisfaction de mon propre désir ne justifie pas ton sacrifice parce que tu es jeune et que c’est à toi que l’avenir appartient. Moi, j’ai déjà été marié et j’ai déjà connu les joies de l’amour. Si l’un de nous deux doit voir son désir frustré, c’est donc à moi que cela échoit. Encore merci pour ta proposition, mais rassure-toi, je vais me ressaisir, sortir de cette dépression passagère qui me minait jusqu’à aujourd’hui et, le moment venu, je t’introniserai comme prévu sur le trône ».
    Si telle avait été la réaction du roi, l’erreur du jeune Devavrata aurait été neutralisée et le dharma aurait été préservé, mais l’histoire se serait aussi terminée là ! Donc pour les besoins de notre édification, ce n’est pas comme cela que l’auteur a conçu son récit. Tout au contraire, il nous dit que le roi est devenu fou de joie en voyant que son désir amoureux allait enfin pouvoir se réaliser. Il a félicité son fils et l’a couvert d’honneurs, mais il n’a pas remis en cause le sacrifice de sa sexualité.

    Ce faisant et sans s’en rendre compte, Shântanu donne le coup d’envoi au drame du Mahâbhârata. Toute la suite de l’histoire n’est que la conséquence de cette double erreur initiale : une décision contraire à l’intelligence de la vie est prise sur un coup de tête par un fils trop enclin à faire plaisir à son père. Et cette décision n’est pas remise en cause par un père, lui-même trop attaché à son intérêt immédiat pour se rendre compte du caractère contre nature du sacrifice filial.

    Le cadeau empoisonné des dévas :

    Quant à ceux qui ont le privilège de regarder les affaires humaines d’en haut, ils ne s’y trompent pas, car, nous dit le texte : « les dieux eux-mêmes furent éberlués qu’un être humain soit capable d’un tel sacrifice ! ». C’est alors que pour marquer leur admiration, ils vont eux aussi commettre une faute vis-à-vis de leur propre dharma : ils vont accorder à Devavrata un cadeau démesuré : le pouvoir de choisir lui-même le moment de sa mort. À nouveau, si on n’y prête pas garde, on peut trouver qu’il s’agit là d’une récompense fantastique. Pensez donc, cela signifie que Bhîshma, (puisque c’est désormais son nom), est potentiellement invincible. Ses ennemis pourront certes le blesser plus ou moins grièvement, mais personne ne pourra le faire périr contre son gré. Notez bien au passage que Bhîshma ne se voit pas attribuer l’immortalité (les dieux étant eux-mêmes mortels, ils ne peuvent offrir que ce qu’ils ont, à savoir la longévité).  Ce qui veut dire qu’il va pouvoir jouir d’une vie très longue et ainsi avoir le temps de s’accomplir humainement jusqu’à plus soif. En quoi est-ce là un cadeau empoisonné, me demanderez-vous? Eh bien imaginez-vous un instant dans la position de Bhîshma :  le monde extérieur n’a pas le pouvoir de vous tuer d’aucune façon : accident, maladie, torture… Cela signifie qu’il n’y a plus de limite objective au désir d’expansion de votre ego. Du simple fait que vous avez les moyens d’imposer par la force votre vision du monde à autrui, il y a fort à parier qu’avec le temps, vous vous transformiez en véritable tyran…

    Deux enseignements complémentaires quant à l’attribution de ce pouvoir exorbitant à Bhîshma. Le premier consiste à mettre en avant le lien qu’il y a dans l’existence entre auto-sacrifice et pouvoir. Si on regarde bien les choses, on verra que pour chaque réussite humaine d’envergure, il y a un sacrifice important de certains aspects de l’existence. On ne devient pas un artiste mondialement reconnu, un scientifique de haut rang, un champion sportif leader de sa discipline ou un homme politique de premier plan sans une somme considérable de renoncements au confort d’une vie privée « tranquille ». En ce sens, Bhîshma est en quelque sorte l’exemple emblématique de ce que Freud a appelé la sublimation de la libido. L’énergie naturelle de la sexualité est convertie en une énergie mentale décuplée, ce qui donne un pouvoir démesuré sur soi-même et sur les autres, mais cela au prix d’une auto-torture de l’élan vital naturel. Pas étonnant que  sur cette base Bhîsma (et tous ceux qui, à sa suite, préfèrent sublimer leur sexualité que de la vivre) rencontre ensuite de grandes difficultés à trouver la paix intérieure !

    Une seconde remarque, qui n’a rien à voir, mais qui peut jeter un autre éclairage sur la sagesse du Mahâbhârata. Selon Swâmi Prajnanpad « personne ne meurt sans le vouloir* ». Affirmation à priori bien étrange puisqu’elle implique que nous serions tous des Bhîsma qui s’ignorent. Swâmiji explique en effet que c’est par un acte de volonté qu’au moment fatidique chacun décide de quitter ce monde et que tant que la personne n’est pas d’accord pour lâcher prise, elle ne meurt pas. Laissons de côté les cas de mort brutale instantanée ou de mort durant le sommeil qui peuvent faire objection et tentons de comprendre ce que Swâmiji veut pointer avec de tels propos. Selon moi, il veut juste attirer notre attention sur le fait que nous sommes bel et bien responsables de tout ce qui nous arrive, y compris de notre mort. Et personnellement, je trouve qu’il y a là un élément de sagesse précieux, qui, comme par hasard, se trouve enchâssé (avec bien d’autres) dans l’Épopée…

    En résumé

    Bhîshma le Magnifique possède trois talents de très grande valeur : il a une bonne connaissance (à tout le moins théorique) de ce qu’est le dharma, c’est un redoutable archer capable d’ensorceler ses flèches et, last but not least, il a le pouvoir de décider lui-même du moment de sa mort. Ainsi équipé, voici à n’en pas douter un protagoniste de tout premier plan pour le drame qui est désormais mis sur les rails..

    Bhîshma, lors de la Grande Bataille

    * Extrait d’un entretien de Roland avec Swâmiji juillet 1969 : « until and unless one desires to die away, one cannot die. Every death is desired death, every death is desired death… »


    Le who is who de cet épisode

    Il n’y a pas de noms supplémentaires à ajouter à notre tableau, si ce n’est qu’il inclut à présent le second mariage de Shântanu et de Satyavatî, ce qui, bien évidemment présage de nouveaux enfants à y ajouter la prochaine fois !

    Ci-dessous, l’état actuel du tableau des sept générations de personnages impliqués dans l’histoire (les cases vides se compléteront au fil des épisodes)


    Et pour retrouver tous les articles de cette série => c’est par ICI


     

  • Mahâbhârata (5) : les ancêtres des Pândavas

    Nous savons désormais par quel biais le Mahâbhârata est parvenu jusqu’à nous : c’est pour empêcher Janamejaya, arrière-petit-fils d’Arjuna, de porter une grave atteinte à la biodiversité (l’éradication des serpents) que l’Epopée lui a été racontée. Un conteur itinérant était présent dans l’auditoire : par lui, le récit s’est alors mis à voyager de bouche à oreille, de contrée en contrée, de siècle en siècle….

    Nous avons aussi fait connaissance avec son auteur, Vyâsa, et cela nous a permis au passage de comprendre son intention profonde : assurer la transmission au plus grand nombre des clés de la sagesse védique.

    À présent il est temps d’en apprendre plus sur la généalogie des futurs héros de l’histoire : les Pândavas

    Je vous ai dit dans l’article précédent que le scénario se déroule sur trois scènes parallèles : celle des dévas, celle des asuras et celle des hommes. Cette clé va nous être très utile pour comprendre l’épisode du jour, car quand on cherche la cause première d’un quelconque phénomène terrestre, on bute tôt ou tard sur un mystère, l’origine se trouvant toujours sur un plan plus subtil que celui de la matière.
    Tel est ce qui se passe quand on enquête sur les débuts de l’humanité. La généalogie ordinaire montre vite son insuffisance, car elle ne répond pas à la question du « Pourquoi ». À l’origine de toute réalité visible, il y a une intention invisible. Et le monde des intentions, c’est justement celui des dévas. Donc si l’humanité est apparue, c’est parce que deux de ces entités subtiles en ont eu envie : le dieu du Soleil et celui de la Lune. Selon l’Inde, chacune de ces « divinités » est en effet responsable de l’apparition d’une race d’êtres humains qui, dans un premier temps, ont prospéré de façon indépendante. Jusqu’à ce qu’un digne descendant de la dynastie lunaire (le roi Dushyanta) rencontre une belle et non moins digne descendante de la dynastie solaire (Shakuntala). De leur union naquit celui qui, aux dires du texte, allait devenir le plus grand monarque de tous les temps, l’empereur Bhârata. Mais pour en savoir plus, écoutons tout d’abord ensemble le 5èmeépisode du podcast de Laura.

    Bhârata ou la symbolique de la Lune et du Soleil

    Je vais passer sous silence pour l’instant cette étrange histoire initiale concernant la façon dont le roi des dévas Indra a réglé la délicate situation résultant de l’adultère du dieu de la Lune (Chandra), avec la déesse des Étoiles (Tara), car on aura l’occasion d’y revenir plus tard.
    Arrêtons-nous juste un instant sur le produit de leur union, leur fils asexué nommé Buddhi. Puisqu’une bonne partie de l’épisode tourne autour de l’équilibre entre la dimension solaire (masculine) et lunaire (féminine) en l’être humain, il se peut que cette bizarrerie soit là pour nous rappeler une vérité métaphysique fondamentale : notre nature profonde est au-delà de la différenciation des sexes. Physiquement nous avons soit un corps d’homme, soit un corps de femme. Psychiquement nous sommes à la fois mâle et femelle comme nous l’explique la suite du récit. Mais spirituellement nous ne sommes ni masculin ni féminin, car la buddhi (cette faculté qui selon Swâmi Prajnânpad nous permet de VOIR) n’a pas de genre ! Que d’enseignement donc dans cette petite anecdote introductive !

    Venons-en à présent à l’empereur Bhârata. Vous l’aurez compris, il symbolise la perfection humaine, celle que l’on obtient quand on a réussi à harmoniser en soi le pôle lunaire (la tête) et le pôle solaire (le cœur). C’est en cela qu’il est considéré comme un symbole de l’homme accompli et qu’il est compté comme le représentant emblématique de la première génération concernée par le récit (entendez qu’avant lui, les événements racontés ne le sont que comme des éléments de mise en scène). Il est ainsi à l’origine de la lignée royale à laquelle la plupart des héros de l’histoire vont appartenir. Et voilà pourquoi son nom glorieux a d’abord servi de titre à l’épopée avant de devenir le mot désignant le pays tout entier (en hindi, « Inde » se dit  « Bhârat »).

    Un certain nombre d’anecdotes sont rattachées à cette figure légendaire. Ainsi dit-on que Bhârata disposait d’une force physique et mentale peu banale. Dès l’enfance il aimait à se mesurer avec les bêtes sauvages et on dit qu’un jour sa mère le trouva en train de jouer avec un bébé tigre dont il avait ouvert la gueule à mains nues pour mieux lui compter les dents (d’où la présence de l’animal sur l’image)! Soham Swâmi (lui-même célèbre dompteur de tigres, avant de devenir le maitre du maitre de Swâmi Prajnânpad) avait donc de qui tenir! Quoi qu’il en soit de cette légende, l’impression principale qui demeure à son évocation est celle d’un monarque plein de bonté et de sagesse qui me fait penser au célèbre du roi Salomon de la culture juive, ou, plus proche, à celle de notre bon roi Saint Louis. Bhârata est le modèle du souverain fort, juste et bon, qui, naturellement en état d’équilibre intérieur, est de ce fait capable de faire régner l’ordre et l’harmonie (le dharma) dans le monde extérieur…

    Mais ceci étant, comme il s’agit d’un ancêtre très éloigné par rapport au coeur de l’histoire, le texte ne s’y attarde pas outre mesure et se contente ensuite de nommer brièvement ses descendants pour arriver, une vingtaine de générations plus tard, aux aïeux directs de nos héros. Sachez tout de même que parmi la descendance de Bhârata, on trouve deux noms intéressants à connaitre, car en lien avec la partie centrale du récit.

    Le premier est celui du roi Hastin. Le texte le présente comme le fondateur de la ville d’Hastinapura (la ville d’Hastin, c’est-à-dire aussi de l’éléphant) qui à partir de son règne devient la capitale du royaume des Bhâratas et où vont donc naître et grandir bon nombre de nos héros. Selon les archéologues, cette ville pourrait effectivement avoir existé dans un passé révolu et se serait située un peu au nord de Delhi, dans l’état actuel de l’Uttar Pradesh… Quoi qu’il en soit, l’épicentre géographique de toute l’Epopée se trouve  bien dans cette partie de l’Inde et tout particulièrement dans les territoires bordant le cours du Gange auquel il est fait de nombreuses fois allusion dans le texte…

    Et le second est Kuru. Plus proche temporellement du récit principal, son patronyme va servir à désigner la lice sacrée où les conflits internes au royaume sont censés se régler par les armes, le fameux Kurukshetra (champ de bataille des Kurus) dont il sera question tout particulièrement dans la Bhagavad Gîtâ. Par ailleurs, dans la mesure où la branche ainée de la lignée est celle qui hérite légitimement de la charge royale, cette branche sera désignée dans la suite du récit par le terme de Kauravas (descendants de Kuru). Quant aux Pândavas, qui représentent la branche cadette (et bientôt rivale) de la lignée, nous comprendrons d’où elle tire son nom dans le prochain épisode…

     

    Du rififi dans les cieux : Gangâ et Shântanu

    À en croire le récit, tout alla pour le mieux pendant un nombre considérable de générations au sein de la dynastie des Bhârata (l’âge d’or de l’humanité en quelque sorte) jusqu’à ce qu’une première série d’incidents contraires au dharma se produise concernant le roi Shântanu. Et c’est donc à partir de ce roi que le récit va véritablement commencer.

    Faute de temps, Laura a simplifié à l’extrême l’étrange histoire de Shântanu et de sa première épouse Gangâ. Je la développe donc ici un peu.
 Sachez ainsi que Gangâ et Shântanu sont en réalité des créatures célestes qui vivaient autrefois à la cour du roi Indra. Or un jour ils sont tombés amoureux l’un de l’autre et, emportés par leur passion naissante, ils se sont laissé aller à afficher publiquement leur attirance sexuelle. Pour les « corriger » de ce faux pas indigne de créatures célestes, Brahmâ les a donc contraints à une incarnation terrestre. Car ainsi ils vont pouvoir donner libre cours à leur passion charnelle et expérimenter plus complètement ses limites. Dans ce processus, Shântanu a perdu la conscience de son état antérieur, alors que Gangâ en a conservé la mémoire. Incarnée d’abord sous la forme d’un fleuve majestueux (Ganga = le Gange), elle se sait être une divinité en exil et a le pouvoir de prendre forme humaine à volonté. Par ailleurs, du temps où elle vivait dans le monde céleste, elle était en bons termes avec les huit assistants principaux d’Indra qu’on appelle les Vasus. Or il se trouve qu’un jour ces dévas offensèrent gravement un yogi (humain) très puissant. À l’aide de ses pouvoirs, celui-ci leur jeta une malédiction : pour expier leur faute, ils allaient eux aussi devoir s’incarner et connaitre les affres de la condition humaine ! Apprenant que Gangâ s’apprêtait à subir le même sort, les Vasus lui demandèrent d’accepter d’être leur mère terrestre. Leur requête était qu’elle les fasse passer de vie à trépas dès leur naissance, de façon à ce que la punition de l’incarnation humaine leur soit la plus brève possible. Par pitié pour ses compagnons d’infortune, Gangâ accepta, d’autant que de son côté, pour pouvoir réintégrer le monde céleste, elle devait sur terre retrouver son ancien amant, se faire aimer de lui, puis lui briser le cœur de façon à l’amener à se fâcher contre elle ! Elle imagina donc un plan combinant à la fois son intérêt et celui des Vasus. Une fois sur terre, elle amadoua le père de Shantanu de façon à ce qu’il accepte de lui donner son fils comme époux. La suite de l’histoire, vous la connaissez, mais elle va probablement prendre davantage de relief à présent :

    – Si Gangâ noie ses sept premiers enfants, c’est pour rendre service aux Vasus ses compagnons d’infortune sur terre.
    – Si elle ne dit rien de ses motivations à son mari (alors que selon le texte, ils s’adorent et ont une vie amoureuse et sexuelle particulièrement intense), c’est parce qu’il lui faut trouver un moyen de déclencher une colère contre elle pour pouvoir réintégrer le monde paradisiaque d’où elle a été exilée.
    – Quant au fait que le huitième Vasu va être sauvé par son père, c’est aussi lié à ce qui s’est passé antérieurement dans le monde céleste. C’est ce déva en particulier qui est responsable de l’offense initialement faite au yogi. C’est donc à lui de « payer » le plus lourd tribut, ce qu’il va faire en étant affligé d’une très longue durée de vie terrestre !

    Ce déva qui s’ignore, réincarné comme le seul fils survivant de Shântanu, va être l’un des principaux protagonistes de la suite de l’histoire. Il porte différents noms au cours du récit. Dans son enfance il est appelé Gangadatta, c’est à dire « Cadeau du Gange » en référence au fait que sa mère l’a donné à son mari (et au monde humain) au lieu de le noyer comme ses frères. Pendant son adolescence, on le nomme Devavrata, soit le « Pieux», car durant sa formation, il se révèle particulièrement dévoué à ses maîtres dont il devient l’un des plus brillants élèves. Enfin, dès le prochain épisode, il va prendre le nom de Bhîshma (le Magnifique ou aussi le Terrible) pour une raison que nous allons y découvrir…

    Mais avant cela, essayons de synthétiser les principaux enseignements à retenir de cet épisode, parmi les plus abscons, j’en conviens :

    • On l’a vu, la capacité à comprendre et à appliquer le dharma provient du juste équilibre en nous entre la tête et le cœur. C’est là un premier enseignement fondamental.
    • Plus inhabituel, mais qui mérite notre réflexion : l’incarnation humaine est présentée ici à la fois comme le lieu où l’expérience de la dualité peut être faite de la façon la plus complète et instructive possible (Gangâ et Shântanu doivent prendre forme humaine pour vivre pleinement leur passion et réaliser in fine sa vanité) et aussi comme -en soi- un lieu d’exil spirituel, voire de perdition pour celui qui « oublie » son origine divine (Les Vasus veulent écourter cette expérience et celui d’entre eux qui n’y parviendra pas va devoir passer par une très longue série d’épreuves).
    • Dernière leçon possible : les choses ne peuvent jamais entièrement s’expliquer dans l’ordre du « visible ». Qu’ils soient sombres ou lumineux, nos destins sont conditionnés par des éléments nombreux dont certains nous échappent parce que relevant des plans subtils de la réalité (le plan des dévas). Ceci est un message très fort de la sagesse indienne. Face à des situations qui nous semblent à priori inacceptables, comme ici l’infanticide de nouveau-nés, il faut se garder de toute indignation excessive et de tout jugement hâtif. L’enchainement des causes et des effets, le fameux « karma » est quelque chose d’infiniment complexe qui ne peut jamais être entièrement prévu ni encore moins entièrement maitrisé par l’être humain. Cela, comme on le verra en détail par la suite, ne nous dédouane pas d’agir, mais nous incite à l’humilité. « Je fais ma part, mais j’arrête de me prendre pour le chef d’orchestre ».

    Et avec tout cela me direz-vous, en quoi sommes-nous plus avancés concernant la généalogie des Pândavas ? Disons en première approximation qu’ils descendent de Shântanu et sont donc, de ce fait, les lointains rejetons du grand Bhârata lui-même ! Mais comme nous allons le découvrir bientôt, la véritable origine de nos héros est quelque peu différente de leur généalogie officielle…

     


    Le who is who de cet épisode

    Rassurez-vous, il n’est pas nécessaire de mémoriser le nom de bon nombre de protagonistes de cet épisode car ils ne joueront plus de rôle dans la suite du récit. Souvenez -vous essentiellement de :

    • Bhârata : le monarque archétypal, fondateur mythique de la nation indienne (qui, à cause de son antériorité, ne figure pas dans le tableau ci-dessous)
    • Shântanu :  l’un de ses lointains descendants, amant céleste puis mari terrestre de Ganga, père de Bhîshma
    • Gangâ : la déesse du fleuve, 1ère épouse de Shântanu et mère de Bhîshma
    • Bhîshma : le fils de Shântanu et de Gangâ, prince héritier de la dynastie des Bhâratas

    Ci-dessous, les voilà à leur place au sein du tableau des sept générations de personnages impliqués dans l’histoire (les cases vides se compléteront au fil des épisodes)


    Et pour retrouver tous les articles de cette série => c’est par ICI


     

  • Mahâbhârata (4) : le sage Vyâsa

    Le sage humain Vyâsa dicte le Mahâbhârata au dieu Ganesha, qui lui sert de scribe

    Maintenant que nous savons comment le Mahâbhârata est venu jusqu’à nous, il est bon de faire connaissance avec son auteur. Et comme l’épopée ne fait jamais rien à moitié, c’est aussi sa généalogie qui va être évoquée. Autant le dire tout de suite, c’est (avec le suivant) l’un des épisodes les plus difficiles à expliciter, car faute de temps la narratrice ne fait que survoler le texte. Bon, le plus simple est que vous écoutiez d’abord son récit, puis que vous lisiez mes explications. Ensuite, je vous recommande de faire une seconde écoute, pour voir si ainsi les choses vous seront devenues plus claires…

    Les trois mondes et leurs interactions :

    Si l’épopée peut être qualifiée de grande et même de grandiose (mahâ), c’est d’abord parce qu’elle l’est dans le temps. Pas moins de sept générations successives prennent directement part à l’histoire, et si on prend en compte la généalogie des héros, alors ce nombre augmente encore, comme nous le verrons dans l’épisode suivant.
    Mais grandiose l’épopée l’est aussi et encore quant à l’espace. Elle se déroule en effet simultanément dans trois mondes parallèles. Une partie de l’intrigue se joue dans les cieux et concerne les dieux (déva), une autre partie se déroule sur terre et concerne les hommes, et enfin une troisième partie se déroule dans les mondes souterrains et a pour protagonistes les démons (asura). En principe ces mondes sont suffisamment hétérogènes pour que leurs habitants respectifs puissent s’ignorer : les dévas vivent entre eux dans le monde céleste, les hommes occupent le monde terrestre et les asuras prospèrent dans les mondes souterrains. Enfin, pour chapeauter ces trois mondes, il existe un quatrième niveau : celui du spirituel pur, Dieu (Ishvara) qui, dans sa fonction de créateur de ce triple univers, prend la dénomination de Brahmâ, dans sa fonction de préservateur celle de Vishnou et dans sa fonction de destructeur de Shiva. Au  regard de cette vision panoramique, il faut donc garder en tête que quand il est question de dévas, on ne parle pas du plan spirituel ultime, celui d’Ishvara, mais seulement d’un monde plus subtil et plus éthéré que le nôtre, celui que la tradition judéo-chrétienne appelle le monde des anges. Le mot déva signifie d’ailleurs « être de lumière » et renvoie à des créatures célestes qui, malgré leurs conditions d’existence infiniment plus plaisantes que les nôtres, sont encore prisonnières de leur ego. On en a une belle illustration au début de cet épisode, puisqu’on y voit Indra (le roi des dévas), se sentir menacé dans ses prérogatives par l’intensité de l’ascèse du roi Vasu-Uparikara. Et il en va à fortiori de même pour les asuras, créatures elles aussi célestes qui, s’étant révoltées contre le créateur, ont été contraintes de quitter les cieux et de vivre « sous la terre », mais tout en demeurant sur le plan subtil, ce qui fait qu’habituellement, les hommes ne peuvent pas plus les voir qu’ils ne voient les dévas. Sauf qu’évidemment, ces trois domaines (loka) ne sont pas d’une étanchéité parfaite et qu’il y a donc de temps en temps des contacts et même des interactions entre les dévas, les hommes et les asuras.  On en a eu un exemple dans le premier épisode, puisque le serpent Takshaka qui a tué le roi Parikshit n’était pas un serpent ordinaire, mais le héros d’un des peuples vivant sous la terre (les Nagas), qui s’était provisoirement incarné dans un reptile pour venger son maître autrefois offensé par Arjuna!

    Autre point important, l’ordre de prééminence entre ces mondes n’est pas celui que nous suggère spontanément leur localisation (le ciel en premier, la terre en second et les enfers en dernier). La vraie hiérarchie est celle des plans de la réalité :

    • Tout en haut se trouve le plan causal (Dieu et ses trois fonctions associées que sont Brahmâ, Vishnou, Shiva).
    • Vient ensuite le plan subtil (qui inclut le monde des dévas et celui des asuras).
    • Et en dernier vient le plan matériel (la terre et tous ses habitants humains et non-humains).

    Or il y a des voies de circulation entre ces trois niveaux. Ainsi il est admis qu’un être humain qui se soumet à une ascèse suffisamment intense peut arriver à obtenir des pouvoirs psychiques semblables à ceux des dévas et des asuras. Et selon l’usage bénéfique ou maléfique qu’il aura fait de ses pouvoirs, il ira rejoindre à sa mort le monde subtil « lumineux » (il deviendra un déva) ou « sombre » (il deviendra un asura). Tel est dans cet épisode le sens de l’ascétisme initial du roi Vasu-Uparikara.
    De leur côté, les créatures subtiles (bonnes ou mauvaises) ont besoin du plan terrestre pour réaliser matériellement certaines de leurs aspirations. Il leur arrive donc de s’incarner sur notre plan, soit sous forme d’un élément de la nature (montagne, rivière…),  soit sous forme animale (poisson, oiseau…), soit sous forme humaine. C’est ce qui se passe aussi dans cet épisode où deux divinités se sont incarnées l’une en « montagne » et l’autre en « rivière » donnant naissance à Gilika, alors que par ailleurs la nymphe Attika a pris, sur ordre du Créateur, la forme d’un poisson, ceci afin de faire venir au monde sa « fille » Satyavatî…

    Dans la suite du récit, nous aurons bien d’autres occasions d’assister à ce genre d’interaction entre les habitants des trois mondes, parfois de leur propre fait et parfois téléguidés par Dieu lui-même. À cet égard, et pour en rester à l’épisode d’aujourd’hui, il est utile d’éclairer le sens que peut avoir la présence de Ganesha au côté de l’auteur de l’épopée. Quand Vyâsa s’est décidé à composer son poème, il a adressé une prière au Créateur afin de trouver à la fois l’inspiration et aussi …un secrétaire. Et en réponse « deux en un », Brahmâ  lui attribue l’aide du dieu Ganesha. La question se pose donc de savoir qui est ce Ganesha et surtout à quel plan de la réalité il appartient. Or la réponse n’est pas évidente, car Ganesha ne peut pas être considéré comme un quelconque déva. En effet, en tant que fils de Shiva, il ne se réduit pas à une simple créature céleste, mais relève du quatrième niveau, celui du spirituel pur. Le « cadeau » de la présence active de Ganesha au côté de Vyâsa est donc un symbole fort de l’importance que Dieu lui-même accorde à l’existence de l’épopée. Ganesha n’est en effet rien d’autre que la personnification de Sa grâce.
    Cela éclaire entre autres l’anecdote sur laquelle Laura passe trop vite faute de temps : pour pouvoir rédiger le poème que Vyâsa lui dictait à jet continu, le Scribe à tête d’éléphant eut besoin d’une plume particulièrement endurante. N’en trouvant pas, il sacrifia l’une de ses défenses, se servant alors de la pointe de celle-ci comme d’un stylet. Et c’est en mémoire de ce don de Dieu aux hommes que les statues de Ganesha sont traditionnellement représentées avec une seule défense intacte !

    Mais comment faire, me demanderez-vous,  pour donner du sens à cette conception apparemment archaïque des interactions possibles entre ces trois plans (causal, subtil et grossier) qui fait la toile de fond de l’Épopée ? Deux éléments de réponse me viennent à l’esprit :

    • Il est bon pour commencer de tenter de recevoir cette épopée « avec une âme d’enfant » et entendre ses histoires merveilleuses avec notre sensibilité profonde plutôt qu’avec notre intellect de surface. Nul doute que c’est là la voie royale pour en être nourri. Si vous le pouvez, je vous invite à essayer cette approche et à vous ouvrir pour vous laisser toucher par le récit, même et surtout face à ses passages les plus étranges ou contraires au sens commun. Le texte, soyez-en certain, met en branle les grands archétypes de la psyché humaine et il n’est pas nécessaire de « comprendre » pour être « transformé » par le processus alchimique qu’il peut déclencher dans notre âme!
    • Ensuite, si on veut une approche plus « rationnelle », on peut faire appel aux explications de la psychologie des profondeurs et considérer que les asuras représentent le contenu instinctuel le plus primaire et « grossier » de notre inconscient, alors que les dévas représentent notre potentiel d’expériences intérieures les plus hautes et les plus subtiles. Dans cette perspective, qu’Arnaud adoptait d’ailleurs parfois, l’inconscient est un terme générique qui peut se subdiviser en « infra-conscient » et « supra-conscient ». Tout comme les anges de la tradition judéo-chrétienne, ce qui se rapporte aux dévas peut être considéré comme la mise en scène de notre « supra-conscient », alors que notre « infra-conscient » est imagé sous la forme des démons-asuras. Notre civilisation est telle que nous vivons en ignorant plus ou moins complètement ces deux parts de notre psyché (infra et supra conscient). Et de ce point de vue le Mahâbhârata peut être une aide pour élargir la perception que nous avons de nous-mêmes dans ces deux directions apparemment opposées, mais en réalité complémentaires… Quant au plan spirituel pur, il est bien entendu situé au-delà du plan subtil des dévas et asuras, c’est-à-dire au-delà du domaine de l’ego, conscient et inconscient compris. Le Mahâbhârata, soyez-en assuré, saura aussi vous le faire entrevoir, mais seulement à la fin du long parcours initiatique qu’il vous propose…

    À propos de la naissance des plus hasardeuses de Satyavatî (la future mère de Vyâsa)

    Ici Laura est à la fois très allusive et plutôt pudique, à croire qu’elle destine aussi son podcast à des enfants. Toujours est-il qu’il est intéressant d’évoquer cette péripétie plus en détail. Le texte nous dit qu’un jour, alors qu’il chassait loin de son palais, le roi ascète Vasu Uparikara -futur grand-père maternel de Vyasa- eut besoin de se reposer. Il s’endormit sous un arbre. Dans son sommeil, il se mit à rêver à sa belle épouse, et son désir d’elle fut si fort qu’il en éjacula. Or il savait que Gilika était dans sa période menstruelle favorable à une fécondation. Aussi voulut-il lui faire parvenir au plus vite sa semence. Il imagina donc de la confier au faucon dressé qui l’accompagnait à la chasse et qui, tel un pigeon voyageur, allait pouvoir rapporter au plus vite à la reine sa précieuse « contribution ». Et c’est là qu’un accident aussi étrange que lourd de conséquences se produisit. Alors qu’il était en vol vers la reine, ce faucon est attaqué par un congénère qui veut lui voler ce qu’il croit être de la nourriture. Au cours du combat aérien qui s’en suit, notre faucon ouvre le bec et le précieux liquide tombe dans la rivière que survolaient alors les oiseaux.
    Du coup, le sperme royal vient en contact d’un gros poisson vivipare, qui, comme un fait exprès, était en réalité la nymphe Attika que Brahmâ avait condamnée à un séjour terrestre afin qu’elle y mette au monde une fille. A quelque temps de là ce poisson femelle fut pris dans le filet d’un pêcheur. Qu’elle ne fut la surprise de celui-ci quand il ouvrit le ventre de sa prise : un tout petit bébé à forme humaine s’y trouvait logé ! Ainsi naquit Satyavatî, fille illégitime d’un roi et d’une apsara. Comme Satyavatî va devenir la mère, puis la grand-mère, et enfin l’arrière-grand-mère des principaux héros de l’épopée, cette ascendance mi-royale et mi-divine est tout sauf anecdotique. Nous verrons plus tard qu’il s’agit même de l’un des premiers ressorts dramatiques de l’épopée. Mais, n’anticipons pas, car il nous faut pour l’instant en dire plus sur sa jeunesse…

    À propos de l’union « hors mariage » de Satyavatî avec le rishi Parashara

    Ici aussi, Laura choisit de rester très allusive (ce n’est pas un reproche, car elle réussit tout de même à faire en un temps très court un résumé fidèle de l’intrigue). La légende, version longue, vaut son pesant d’or : jugez plutôt.

    L’humanité, on l’a dit, en est rendue dans son histoire à la fin du dvapara-yuga alors qu’approche à grands pas le kali-yuga. Les meilleurs sages de l’époque le savent et cherchent à sauver ce qui va pouvoir l’être des enseignements spirituels encore disponibles. Parmi eux, un rishi fameux du nom de Parashara, père entre autres de l’astrologie védique, est particulièrement au courant de ce que l’avenir réserve (c’est son « métier »!). Il cherche désespérément un disciple digne de recevoir son immense savoir, mais ne trouve personne d’assez qualifié. Bien qu’étant un ascète renonçant, il en vient à la conclusion qu’il lui faut avoir un fils, car un disciple issu de son propre sang aura, pense-t-il, toutes les chances d’hériter de ses propres qualités.
    Avec ses dons de voyance, il a repéré l’existence de Satyavatî qui, devenue jeune fille, subvient aux nécessités de sa famille d’adoption en faisant traverser la rivière Yamouna à l’aide d’un bac. Un jour (qu’il a choisi à l’avance selon des critères astrologiques), il s’approche d’elle et loue ses services pour passer le fleuve. La jeune fille est très belle, mais elle est affublée d’un défaut qui lui gâche la vie. Suite aux conditions inhabituelles de sa gestation, son corps dégage une forte odeur de poisson. Comme ses parents adoptifs sont des pêcheurs, elle a cru au début que c’était pour cela qu’elle traînait après elle cette détestable fragrance. Mais non, même quand elle se lave avec la plus grande énergie et le plus grand soin, rien n’y fait, l’odeur subsiste. Aussi le vit-elle comme une véritable malédiction : comment  pourra-t-elle s’attirer un époux avec une telle tare ?

    Parashara a « vu » tout cela et décide d’en tirer parti. Une fois rendu au milieu du fleuve, il fait sa déclaration à Satyavati : « Bien que je sois un renonçant déjà âgé, je souhaite avoir un fils. Si tu acceptes de t’unir à moi ici même dans cette barque, je te promets que tu ne sentiras plus jamais mauvais, mais qu’au contraire ton corps exhalera ensuite et pour toujours un délicieux parfum« . Satyavati n’en croit pas ses oreilles. Mais elle est encore vierge et craint pour sa réputation si elle accepte de se donner hors mariage à ce parfait inconnu. D’autant plus que le rishi lui dit qu’il ne l’épousera pas, mais qu’il viendra récupérer l’enfant juste après la naissance et qu’il l’élèvera tout seul dans la forêt. Un deal de mère porteuse, en quelque sorte! La jeune fille hésite. Parashara la rassure encore en lui affirmant que grâce à ses pouvoirs, il restaurera sa virginité après son accouchement et qu’elle pourra donc par la suite se trouver facilement un époux, aidée qu’elle sera par le charme envoutant de son parfum! Satyavati « résiste » encore un peu, mais voilà trop longtemps qu’elle se lamente sur sa détestable odeur. Et la majestueuse aura du vieux rishi la porte à lui faire confiance. Un sursaut de pudeur lui fait cependant dire au sage d’une voix gênée, « mais si on fait l’amour ici dans la barque, les gens vont nous voir depuis la berge ». Alors dans une envolée poétique, le texte nous dit que Parasara  « fit lever un brouillard sur le fleuve qui enveloppa les amants le temps de leur étreinte, dérobant celle-ci  aux regards indiscrets« .

    À propos du personnage extraordinaire de Vyâsa

    Et c’est ainsi que fut conçu Vyâsa ! En mémoire de quoi, l’un de ses surnoms est « fils du brouillard »!
    Tout se passa ensuite comme Parashara l’avait annoncé. Avant que sa grossesse ne soit devenue évidente, Satyavati trouva un prétexte pour se retirer sur une ile située au milieu du fleuve. Elle y accoucha discrètement et quelque temps plus tard le père vint récupérer le bébé. Celui-ci avait la peau sombre et puisqu’il était né sur une ile, il fut d’abord baptisé par ses parents « Krishna Dvaparyana » (né sur une ile avec la peau sombre). Ce n’est que bien plus tard, quand, pour remplir la mission assignée par Parashara, il se mit à compiler les Védas en vue d’en sauvegarder les enseignements qu’il reçut le nom de Vyâsa (le Compilateur).
    Détail important, avant de quitter Satyavatî, le rishi convint avec elle qu’afin de préserver sa réputation, il était bon qu’elle ne revoie pas son fils tant qu’elle n’aurait pas réussi à se marier. Mais, lui dit-il, « puisque tu es sa mère, vous resterez tous les deux connectés télépathiquement. Et si un jour, en proie à une quelconque difficulté, tu as besoin de son soutien, il te suffira de l’appeler mentalement très fort. Il le sentira et fera en sorte de te rendre visite au plus vite ».

    Sur ce, Parashara s’en retourna vers son ermitage forestier avec son enfant qu’il éleva de telle sorte qu’il devienne à son tour un grand ascète et un yogi accompli. Il lui transmit toutes ses précieuses connaissances, puis l’incita à voyager dans tout le pays afin d’y recueillir les enseignements oraux des sages et des saints hommes qui y étaient disséminés. Suite à quoi, il lui assigna la tâche d’organiser cette matière sous forme écrite, puis de transmettre ce livre (le Véda) aux brahmanes pour qu’ils le mémorisent et en assurent ainsi la retransmission de génération en génération.
    Ce travail titanesque occupa Vyasa pendant de très très nombreuses années et, du fait de l’abondance de la matière collectée, donna finalement lieu à la rédaction non d’un seul livre, mais de quatre gros volumes. Le Rig Véda, le Yajur-Véda, le Sama-Véda et l’Atharva-Véda étaient nés, et bientôt tout fut mis en place pour qu’ils puissent parvenir sains et saufs jusqu’aux hommes du kali-yuga.

    On raconte que le jour où il mit un point final à son œuvre monumentale, Vyâsa poussa un soupir de soulagement, puis alla se coucher d’une âme sereine. Quelle ne fut pas sa surprise d’être tiré de son sommeil par un rêve des plus funestes : celui-ci lui montrait qu’au cours de la période sombre qui s’annonçait, les brahmanes finiraient à la longue pas perdre tout intérêt pour les quatre Védas et cesseraient alors d’en délivrer le message de sagesse au reste des humains! Il prit soudain conscience de la limite de son œuvre : celle-ci était trop savante pour être accessible à tous. Il lui fallait écrire de toute urgence « un cinquième Véda » qui, lui, pourrait être compris et apprécié par quiconque. C’est alors que lui vint l’idée de l’Épopée : il allait concevoir une histoire tellement belle et tellement grandiose, que les conteurs, musiciens, et comédiens n’auraient de cesse, génération après génération, de la conter, de la chanter et de la mettre en scène encore et encore. Et il ferait en sorte de truffer son récit de leçons de sagesse, celle-là même qui faisait la matière première des quatre Védas, mais bien entendu sous une forme pratique susceptible de toucher tout auditeur, lettré ou non !

    À en croire Laura, trois ans plus tard, le Mahâbârata était né !
    Au fait, et si vous réécoutiez à présent son récit !


    Le who is who de cet épisode

    Trois noms sont principalement à retenir dans cet épisode.

    • Celui du roi des dévas : Indra, car il interviendra plusieurs fois dans la suite du récit.
    • Celui de la mère de l’auteur Satyavatî. 
    • Et, bien sûr, celui de Vyâsa.

    Au sujet de celui-ci, ne soyez pas surpris d’entendre Laura l’appeler au début de l’épisode « Krisna-Davaparyana-Vyasa », car c’est là son nom complet.
    Attention à ne pas le confondre avec le prince  Krishna. Si ce dernier porte aussi en partie le même patronyme, c’est parce qu’il partage la couleur de peau foncée de Vyasa. Mais à part cela, il s’agit de deux personnages parfaitement distincts, même s’ils vont œuvrer de concert pour assurer le passage du dvapara-yuga au kali-yuga.

    Ci-dessous, le tableau des sept générations de personnages impliqués dans l’histoire (les cases vides se compléteront d’épisode en épisode)


    Et pour retrouver tous les articles de cette série => c’est par ICI


     

  • Mahâbhârata (3) : le grand sacrifice des serpents

    Oblations dans le feu sacrificiel védique (yajna) réalisées par un brahmane

    Quand on a eu la chance d’assister, ne serait-ce qu’une fois, à un rituel védique, la scène d’ouverture choisie par Laura pour démarrer son récit prend un relief tout particulier. Au cœur d’un tel rituel, le plus souvent tenu en plein air, se trouve un feu sacrificiel circonscrit par un autel. Assis tout autour, siègent les officiants. Si le commanditaire du rituel est un homme ordinaire (peu fortuné), il n’y en a qu’un (comme sur l’illustration ci-dessus). Mais si ce commanditaire est riche et puissant, comme le jeune roi Janamejaya du début de cet épisode, alors, c’est tout un groupe de brahmanes de haute lignée qui est recruté et qui, en jetant dans le feu les offrandes rituelles, psalmodie d’une voix puissante les mantras sanscrits appropriés. Leurs incantations montent à l’unisson au-dessus du foyer et se répandent dans l’atmosphère avec la fumée et l’odeur exhalées par le yajna. Aucun doute n’est possible : dans de telles conditions l’intercession magique ainsi orchestrée ne peut que porter ses fruits. Et c’est bien ce qui est en train de se passer au tout début de notre histoire. Car aussi étrange que cela puisse paraitre, les serpents de la contrée, envoutés par les mantras des brahmanes, sont irrésistiblement attirés par le brasier sacrificiel où, tels des papillons, ils se jettent par centaines. Le rituel de Janamejaya n’a en effet qu’un but : éradiquer la gente serpentine de la surface de la Terre pour venger la mort de son père, tout récemment victime d’une de ces créatures malfaisantes.

    Mais que serait un monde sans serpents :  un paradis ou un enfer ? Telle est la question !

     

    Génial ce début, non !
    Au lieu de commencer l’histoire par son commencement, le Mahâbhârata nous raconte… sa fin.
    Nous voilà situés deux générations après la Grande Bataille de Kurukshetra (dans les premières années du kali-yoga donc) et la vie a, semble-t-il, repris un cours à peu près normal. Au point que le petit-fils d’Arjuna veuille se comporter selon la vieille loi du talion, c’est-à-dire en se vengeant de celui qu’il tient pour la cause de son malheur.

    Première leçon de dharma : Seule la miséricorde peut mettre un terme à l’engrenage sans fin du karma. Sans elle, la dialectique infernale « bourreau/victime » ne peut que se poursuivre indéfiniment.
    Et seconde leçon : Ce qui arrive à chacun de nous n’est jamais dû au hasard. Quand quelqu’un est victime d’une apparente injustice, c’est en réalité que par son comportement antérieur il s’est attiré ce « retour de karma ». Et s’il prétend qu’il n’a rien à se reprocher, il suffit alors de fouiller dans son passé, y compris généalogique, pour trouver l’origine de son « malheur » présent. Car telle une dette qui ne s’éteint pas avant d’être intégralement remboursée, le karma de nos ancêtres peut nous poursuivre indéfiniment.

    Je suis particulièrement frappé par l’actualité de cette leçon. L’arrière-grand-père de Janamejaya (le héros Arjuna) a involontairement fait souffrir la gente animale en déforestant par le feu une vaste région sauvage où lui et ses frères voulaient installer leur nouvelle capitale. L’entreprise, comme on le verra au cours du récit, fut un franc succès. À grands coups de pelleteuses, de bulldozers et de grues (de l’époque!),  les Pânndavas réussirent à bâtir sur ce qui n’était au départ qu’une jungle inhospitalière une immense et magnifique cité : Indraprashta (= « la citée semblable à celle du roi des dieux », ça en jette, non!). Mais ils avaient juste oublié « un détail ». C’est que cette terre qu’ils s’étaient appropriée sans se poser de question sous prétexte qu’elle était « sauvage » abritait en réalité une foule de créatures vivantes de toute sorte, animaux et plantes, qui périrent par centaines de milliers dans cette entreprise « civilisatrice ».  Alors, oui, Arjuna a échappé de son vivant à cet aspect de son karma. Tout comme au XXème siècle, nos  propres parents et grands-parents ont échappé au karma ayant consisté à sacrifier plus de la moitié des êtres vivants non humains de la planète sur l’autel du Progrès et de la Civilisation. Mais il se pourrait bien que leurs descendants (vous et moi) soient contraints rapidement de « payer la facture » de cet effondrement de la biodiversité ! Telle est en tous les cas l’une des leçons les plus fortes que je retiens de cet épisode!

    Et vous ?


    Le who is who de cet épisode

    Bonne, nouvelle, la plupart des personnages de cet épisode ne reviendront pas dans la suite du récit. Vous n’avez donc pas besoin de faire l’effort de mémoriser leurs noms. Qu’il vous suffise de vous souvenir du patronyme du troisième des Pândavas, le prince et héros entre tous Arjuna. C’est à travers lui que la lignée  s’est continuée et que « La Grande Histoire des Bhâratha » a pu finalement arriver jusqu’à nous !

    Si vous y tenez vraiment, notez la filiation : Arjuna => Parikshit => Janamejaya.

    Et puis gardez aussi dans le coin de votre tête le nom de cette splendide cité antique : Indraprashta, l’éphémère capitale des Pândavas, que certains localisent à l’emplacement de l’actuelle Delhi. Dans la suite du récit, nous serons amenés à y séjourner, et même à visiter son extraordinaire palais…


     NB : Pour accéder à l’index de tous les épisodes disponibles, cliquez ICI


     

  • Mahâbhârata (2) : la notion de dharma

    Telle une roue, le dharma permet d’avancer efficacement dans la vie !

    Dans le deuxième épisode de son podcast, Laura se retient encore de commencer sa narration car elle veut d’abord nous donner quelques informations de base sur la notion de dharma. Celle-ci est en effet la clé de voute de tout le Mahâbhârata qui peut être lu comme un traité « illustré par l’exemple » de ce que sont à la fois le dharma (le juste ordre des choses) et l’a-dharma (l’absence de justesse et de justice) dans les affaires humaines. « Moteur »!

    J’ai peu de choses à dire sur cet épisode, d’autant plus que je me suis déjà longuement exprimé l’an passé sur la notion de dharma. Si vous ne voyez pas de quoi il s’agit ou si vous voulez juste vous rafraîchir la mémoire, cliquez ICI

    Ceci étant, le rapprochement que Laura fait entre la notion indienne de dharma et la notion grecque de thémis mérite quand même qu’on s’y arrête quelques instants. Nous verrons bientôt en effet que comme dans la Grèce antique, le Mahâbhârata n’hésite pas à personnifier le dharma, cette notion devenant dans certains passages du récit un dieu à part entière. Petite différence, celui-ci est alors masculin et non pas comme en Grèce, une figure féminine. Mais à part cela, les attributs traditionnels de Thémis que sont la balance et le glaive conviennent tout à fait à Dharma. La balance est le symbole à la fois de l’équilibre et de l’objectivité des lois de l’univers et le glaive rend compte de  la force intrinsèque du juste. Si je sais que j’ai raison, je dispose naturellement d’une capacité à défendre ma position plus grande que si je sais que j’ai tort ! Il illustre aussi cette idée chère au Mahâbhârata que pour faire triompher le dharma, on peut être amené, en dernier recours, à prendre les armes!

    Sur le tableau ci-dessous (du 18ème siècle), outre la balance et le glaive, Thémis porte sur sa tête une colombe. Cela nous rappelle opportunément que la source d’inspiration première de toute justice se trouve dans l’Esprit Saint, c’est à dire en Dieu lui-même…

     


    Je profite de la brièveté de cet article pour commencer une « galerie de portraits« . Mon idée est de lister ici les noms des principaux  protagonistes de l’histoire, au fur et à mesure qu’ils seront introduits par Laura dans son récit.

    Pour aujourd’hui, il faut retenir de cet épisode les trois patronymes suivants :

    1) Yuddhishthira : c’est l’ainé des cinq fils de Pându (les Pândavas). Il est l’incarnation de la perfection morale (il porte le surnom de dharma-raja, soit littéralement, roi du dharma). Quand Swâmi Prajnânpad était jeune (du temps où il s’appelait encore Yogeshwar), il avait développé une forte admiration pour ce personnage du Mahâbhârata qu’il considérait comme l’incarnation de son idéal. Au point qu’il a écrit sur lui un petit essai qui lui a valu un premier prix de littérature au sein de son collège!

    2) Arjuna : c’est le jeune frère de Yuddhisthira. Guerrier hors pair, il sera le « général en chef » du camp des Pândavas lors de la Grande Bataille.

    3) Krishna : c’est un prince d’une autre maison royale que celle des Pândavas. Il va devenir leur allié et ami et le moment venu, jouera pour Arjuna le rôle d’instructeur spirituel. C’est en son honneur que cette partie du récit portera le titre de  » Bagavad Gîtâ », c’est-à-dire de « Chant du Bienheureux (Krishna) « .

    Allez, c’est promis, dans le prochain article, on plonge pour de bon dans le premier épisode de notre feuilleton !


     NB : Pour accéder à l’index de tous les épisodes disponibles, cliquez ICI


     

  • Mahâbhârata (1) : introduction

    Manuscrit du Mahâbhârata datant du 17ème siècle. L’image représente Krishna et ses protégés, les cinq frères Pândavas.

     

    Ceux et celles qui me connaissent le savent : je suis un admirateur inconditionnel du Mahâbhârata.

    C’est aux alentours des années 1990 que j’ai découvert cette œuvre monumentale grâce au film de Peter Brook qu’avec Anne-Marie nous avions alors été voir en salle à Rennes.
    J’étais sorti des deux heures vingt de projection assez décontenancé : j’avais à la fois l’impression d’une immense chance, celle d’avoir été introduit  à une œuvre majeure, et j’éprouvais en même temps la frustration de manquer de clés pour comprendre bon nombre des péripéties du récit, ce qui me laissait un goût d’inachevé. Quel ne fut pas mon bonheur quand je découvris quelque temps plus tard qu’Arte diffusait la version longue de ce film sous forme de six épisodes de 55 minutes (soit un récit de près de 5h30). Grâce à quoi de nombreux points restés obscurs dans le premier film me devinrent plus compréhensibles. A cette occasion, j’appris aussi que Peter Brook avait en réalité monté initialement cette histoire sous forme d’une pièce de théâtre de 9h d’affilée et que c’était cette pièce qui avait été filmée et « réduite » une première fois à un spectacle de 5h30 (celui proposé sur Arte), puis encore condensée en un film de 2h20, afin de s’adapter au standard des projections commerciales…

    Réalisant alors que la version longue d’Arte n’était encore qu’une peau de chagrin par rapport à l’épopée originelle, je me mis à lire différents ouvrages « racontant » sous une forme de plus en plus longue et détaillée le récit complet. C’est sur la base de ces premiers approfondissements que j’ai pu ensuite proposer deux ou trois fois à La Bertais une animation autour du Mahâbhârata…
    Par la suite (à partir de 2010), j’ai pris l’habitude de présenter systématiquement cette épopée aux élèves de l’École de Formation de professeurs de Yoga Van Lysebeth dans laquelle j’interviens chaque année, ce qui m’a donné l’occasion d’approfondir encore ma compréhension de l’œuvre.
    Enfin, quand Swâmini Umananda vint nous rendre visite à La Bertais en 2013, elle me fit connaitre l’existence d’une version indienne filmée du Mahâbhârata qui comptait la bagatelle de 94 épisodes d’une heure chacun. Le Graal ! À ceci près qu’il s’agissait d’une série télévisée tournée en Inde à la fin du siècle précédent, donc avec une mise en scène digne d’un théâtre de patronage, le kitch en plus. Mais j’étais tellement intéressé de découvrir comment les Indiens eux-mêmes se représentaient leur propre épopée que j’ai réussi à passer outre et que je suis parvenu à venir à bout des deux coffrets de DVD (sur plusieurs mois).
    Nouveau rebondissement :  en 2019, lors d’un séjour à Hauteville, Karinne et Pascal Pourré m’ont fait connaitre l’existence d’une série indienne plus récente (2015) et donc un peu moins indigeste cinématographiquement parlant. J’ai acquis cette nouvelle version (un seul coffret, mais de 24 DVD) et il m’a fallu presque un an pour la visionner en intégralité, car si le cinéma Bollywoodien a effectivement beaucoup progressé les trente dernières années, cette série reste encore assez éloignée de nos propres standards dramaturgiques et esthétiques. Il n’empêche, j’ai de nouveau beaucoup appris sur le Mahâbhârata et cela n’a fait que renforcer ma fascination pour ce monument de la littérature universelle…

    Bref, je me croyais au bout de ma découverte du Mahâbhârata, jusqu’à ce qu’un élève de yoga me révèle fin 2022 l’existence d’un podcast mis en ligne l’année dernière par une certaine Laura Arley, professeur de yoga d’origine mexicaine installée à Toulouse. Fort de mes « connaissances », j’avoue que j’ai eu une petite hésitation avant d’en écouter un épisode. Mais comme il s’agit de séquences courtes (moins de 10 minutes à chaque fois), j’ai décidé de tenter l’aventure. Bien m’en a pris, car  j’ai tout de suite été conquis par cette narration audio, beaucoup plus digeste que les trois versions cinématographiques que je connais à ce jour, et qui, mine de rien, offre une véritable initiation à l’univers du Mahâbhârata, dans l’esprit des conteurs traditionnels.

    Cerise sur le gâteau, ça faisait un moment que je me demandai comment j’aurais pu partager avec vous plus complètement le trésor que représente pour moi ce Mahâbhârata. Or l’existence de ce podcast m’a montré une voie possible : découper le récit en de nombreux petits épisodes dont je pourrai à chaque fois tenter de décrypter avec vous le sens profond. Mon projet est donc de vous proposer une série d’articles suivant grosso modo le même plan que celui retenu par Laura dans son podcast, grâce à quoi vous découvrirez par étapes l’essentiel de l’histoire, tout en disposant à chaque fois de clés vous permettant de mieux comprendre l’intérêt philosophique et spirituel de chacune des péripéties racontée.

    Alors prêt(e)s pour pousser la porte de ce qui est probablement la plus grande et la plus profonde des épopées jamais écrites ?

    Si oui, écoutez attentivement le premier épisode de 10 minutes proposé par Laura ci-dessous. Et ensuite (ensuite seulement) lisez les explications que j’ai placé sous ce podcast introductif.

    Ceci fait, n’hésitez pas de laisser un commentaire en bas de l’article !

    Trois points m’inspirent un commentaire dans ce premier épisode.

    1) Concernant la datation de l’œuvre : il faut être très prudent sur les dates annoncées par Laura, car la tradition indienne est toujours d’abord une réalité orale avant de devenir écrite. Donc ce n’est pas parce que les indianistes situent la rédaction de ce récit entre -500 avant JC et + 300 après JC que celui-ci n’a pas pu exister bien avant sous forme orale.

    2) Quant au nombre de vers qui composent le texte, les chiffres avancés par Laura ne me semblent pas les bons. Mais le calcul n’est pas simple à faire, car il faut d’abord savoir de quoi on parle. Il faut en effet distinguer les strophes (sloka en sanskrit), des vers qui les composent, un sloka sanskrit étant classiquement composé de quatre vers de huit pieds.  Or il me semble que Laura fait l’erreur de confondre ces deux notions (vers et slokas)… Quoi qu’il en soit, quand elle annonce que la version critique du texte compte 67.314 vers, c’est déjà beaucoup plus que l’Iliade et l’Odyssée réunies qui comptent respectivement 16.000 et 12.000 vers, soit seulement un total de 28.000 vers… Par ailleurs, le dénombrement le plus courant que j’ai rencontré dans les différentes traductions que j’ai eues entre les mains tourne autour de 200.000 vers, Wikipédia annonçant même le chiffre de 82.000 slokas (soit 328.000 vers!).

    3) Le point le plus important et intéressant à commenter tourne autour du sens à donner au mot Bhârata. Comme Laura l’indique, selon le contexte, le terme peut désigner soit un roi, soit son clan, soit son royaume et donc par extension l’Inde, soit enfin l’humanité tout entière. Ce dernier sens est à mettre en relation avec la conception cyclique que L’inde se fait de l’Histoire. Selon cette conception, le devenir de l’humanité passe par un cycle involutif de quatre phases qui sont autant de paliers marquant la régression spirituelle et morale du genre humain. La phase initiale est appelée âge de la vérité (satya-yuga) et la dernière phase est appelée l’âge sombre (kali-yuga). Or, selon cette vision des choses, ce kali-yuga a commencé à la mort de Krishna, soit vers -3100 ans, suite à la bataille titanesque qui forme le cœur du récit du Mahâbhârata. Cette bataille marque donc en quelque sorte la fin de l’âge antérieur (le dvapara-yuga) et le début de l’âge actuel (le kali-yuga). Cet élément est très important pour comprendre la nature à la fois grandiose et dramatique de l’épopée, car au delà de son enjeu « indo-indien », elle décrit symboliquement la fin de la troisième période de l’Histoire de l’humanité (période plus juste, car plus spirituelle) et le passage (dans la douleur) à la quatrième et dernière période de cette Histoire, ère bien plus sombre, la nôtre, éclairée toutefois par les enseignements des deux passeurs que furent Krishna et Vyâsa (personnages clés de l’épopée avec qui nous ferons bientôt connaissance).

    De ce fait, le récit a aussi une dimension prophétique, car en mettant en scène cette période troublée de transition entre deux yugas, il nous donne un avant-goût de ce que pourra être la transition suivante, celle qui marquera la fin du présent kali-yuga et le démarrage subséquent d’un nouveau cycle au sein duquel les valeurs spirituelles retrouveront (pour un temps) la première place dans la conscience collective.  Dans cette perspective, l’évocation par le texte du déchainement titanesque des forces destructrices à la fin du dvapara-yuga peut nous donner la mesure de l’ampleur du combat qui nous attend à la fin du kali-yuga.

    Le champ de bataille de Kurukshetra, avec le char de guerre d’Arjuna et Krishna au premier plan

    Et les trésors de patience et d’ingéniosité déployés par Krishna et Vyâsa pour arriver à faire finalement triompher le dharma peuvent bien entendu être une puissante source d’inspiration pour aujourd’hui. Car un certain  nombre de signes avant-coureurs, dont quelques-uns répertoriés au sein même de l’épopée, peuvent laisser à penser que nous nous rapprochons à grands pas d’une nouvelle période de transition. Il suffit de penser au dérèglement climatique ou à l’effondrement de la biodiversité pour que « la plainte de la Terre », dont il est question dans le texte juste avant la Grande Bataille retrouve toute son actualité…. Ce que déplorait alors notre planète bleue, c’était le règne généralisé à sa surface de l’a-dharma (l’injustice, le déséquilibre, la dysharmonie).
    A n’en pas douter, l’un des aspects les plus intéressants du Mahâbhârata est de nous inciter à retrousser nos manches pour participer à notre tour à « la guérison du monde » par la restauration puis le triomphe du dharma dans nos propres vies!

    Au fait, à très vite, car le second épisode du podcast traite justement de ce dharma !


     NB : Pour accéder à l’index de tous les épisodes disponibles, cliquez ICI


     

  • Carnet rose chez les Le Boucher

    Une fois n’est pas coutume, nous avons fini le premier séjour de 2023 en sablant le champagne.

    La raison de cette liesse inhabituelle : quelques heures plus tôt, je venais d’apprendre la naissance de notre seconde petite-fille, Léa Le Boucher. Anne-Marie avait été appelée en urgence la veille par notre fils et est donc partie pour Amsterdam avant la fin du séjour afin de prêter main forte au jeunes parents Christophe et Vivi. Théo, le frère ainé de Léa (3 ans), était très heureux de revoir sa grand-mère dans cette circonstance et la mission de sa mamie va être effectivement (entre autres) de lui rendre ce bouleversement familial plus « doux »…

    Ah les affres de l’ainé détrôné, Anne-Marie et moi sommes tous les deux bien placés pour savoir combien cela peut laisser de traces tenaces. Mais ses parents sont évidemment plus éclairés que ne l’étaient les nôtres en pareilles circonstances, et j’ai donc bon espoir que Théo s’en sorte bien mieux que ses grands-parents paternels !

    En tous les cas, pour l’instant tout se passe au mieux pour la famille Le Boucher junior et la petite Léa est sage comme une image…

     


    Et si vous voulez savoir en temps réel combien nous sommes d’humains sur la terre, sachez qu’il existe des compteurs en ligne qui sont assez impressionnants, car on les voit tourner en direct.

    Par exemple, celui-ci, qui m’apprend que nous sommes en ce 8 janvier à 22h,  8 milliards, quarante-neuf millions, cent trente-cinq mille et cinq cent quarante-quatre personnes.
    Selon la date de consultation, vous aurez bien entendu un chiffre encore un peu plus grand =>
     https://countrymeters.info/fr

  • En route pour le Blog 2.0 !


    Un petit retour sur la réunion du samedi après-midi 3 décembre consacrée d’une part à l’avenir du présent blog et d’autre part à la mise en chantier du tome 2 des « Pépites… »

    Nous étions une douzaine à plancher sur ces deux questions et voici l’essentiel de ce qui est ressorti de positif de nos échanges :

    Concernant la dynamisation du blog : nous avons constitué un « comité d’animation et de rédaction » qui va épauler Yann, Joël, Mireille et Georges dans l’animation du blog. Les cinq nouveaux membres de cette équipe sont : Hélène Arnaudet, Marjolaine Bonnant, Sandrine Caroff-Urffer, Jean-Claude Lemée et Claude Guichet. De ce fait, vous devriez cette année voir plus souvent la signature de  ces personnes au bas des articles (ce qui se constate déjà en ce qui concerne Hélène, Marjolaine et Claude…).

    Mais bien entendu, les articles en provenance de tous les abonné(e)s continuent à être les bienvenus. Et c’est même un objectif de ce comité d’animation que de trouver de nouvelles manières de donner envie à chacun et chacune de contribuer (à sa mesure) à la vie du blog. Il y aura donc bientôt quelques initiatives allant dans ce sens.

    Et pour vous donner une idée de ce que ça pourrait être, nous avons déjà envisagé de vous proposer un mini-stage « photo » le samedi 11 mars (10h-17h) qui sera animé par Jean-Claude Lemée (photographe professionnel). L’objectif de ce mini-stage sera d’apprendre à ceux que cela intéresse à mieux tirer parti de l’appareil photo qu’ils utilisent déjà (smartphone compris) afin d’améliorer la qualité des clichés qu’ils pourront inclure dans leurs prochains articles. Les inscriptions à cette animation (gratuite) se feront via la page d’accueil du site à partir du début février, mais vous pouvez déjà vous manifester en commentaire si cette initiative vous intéresse…

     

    Concernant la réalisation du tome 2 des « Pépites du blog », là aussi un premier comité de volontaires s’est constitué qui va avoir pour mission de relire et d’évaluer les articles pré-sélectionnés par Mireille, Georges et Yann sur la période de 2015-2022. D’ores et déjà sept personnes ont donné leur accord pour participer à ce travail : Brigitte Touquet, Magali Moisy, Florence Grenier, Sandrine Caroff-Urffer, Joël Caillerie, Pascal Dupont, et Claude Guichet. Mais comme il y a environ 330 articles à relire et à évaluer, n’hésitez pas à venir renforcer l’équipe des évaluateurs. Pour cela, il vous suffit de vous porter volontaire à l’aide d’un petit commentaire ajouté au bas de cet article.

    Toutes les personnes concernées recevront très bientôt de la part de Mireille la liste des articles qu’elles devront relire et évaluer (soit entre 30 et 50 articles à traiter par personne), étant entendu que chaque article sera évalué par trois personnes différentes, sa note finale étant le cumul des trois évaluations précédentes. De la sorte, nous obtiendrons la sélection finale qui ne devra pas dépasser les 200 articles (sur les 370 présélectionnés).
    Alors, qui veut en être ?

  • Blog, blog, blog et … après-midi séva à La Bertais

    Comme rappelé oralement à l’AG et par écrit dans la Lettre de La Bertais qui a suivi, l’abonnement au blog est « annuel », ce qui veut dire que chacun des abonnés de la saison passée (2021-2022) doit faire la démarche de s’y réabonner s’il souhaite pouvoir continuer à consulter ce blog durant la saison 2022-2023.

    blog-300x225

     

    Concrètement, si vous lisez cet article c’est que vous êtes dans l’une des trois situations suivantes.

    • Vous avez déjà renouvelé votre cotisation à l’association pour la saison 2022-2023 et vous avez aussi déjà effectué les démarches de renouvellement de votre abonnement aux services en ligne de l’association (demande d’accès au blog,  et éventuellement à la blog-letter hebdomadaire, et à la version électronique de la Lettre des Amis de la Bertais). Dans ce cas, les deux paragraphes suivants ne vous concernent pas et vous pouvez passer directement à la lecture de la fin de mon article (qui concerne tout le monde).
    • Vous avez déjà renouvelé votre cotisation à l’association pour la saison 2022-2023. Mais vous n’avez pas encore effectué les démarches de renouvellement de votre abonnement aux services en ligne de l’association. Dans ce cas, cliquez dès à présent sur le lien suivant pour renouveler votre abonnement en précisant vos choix pour la saison en cours concernant l’envoi par mail de la Lettre des Amis de la Bertais ainsi que de la blog-letter hebdomadaire :
      ATTENTION, si vous n’effectuez pas cette démarche avant la fin de cette semaine, votre accès au blog sera suspendu à compter du lundi 5 décembre…
    • Vous n’avez pas encore renouvelé votre cotisation à l’association pour la saison 2022-2023. Dans ce cas, si vous souhaitez continuer à pouvoir accéder à notre blog, merci de régler votre adhésion au plus vite, soit en ligne  en cliquant ICI   soit en renvoyant par la poste la demande d’adhésion présente à la dernière page de la Lettre des Amis de La Bertais avec votre règlement.

      Ceci fait cliquez ensuite sur le lien suivant pour renouveler aussi votre abonnement aux services en ligne en précisant vos choix pour la saison en cours :
      ATTENTION, si vous n’effectuez pas ces deux démarches avant la fin de cette semaine, votre accès au blog sera suspendu à compter du lundi 5 décembre…

    blog-ordi

    Et à présent, permettez-moi d’évoquer en quelques mots la nouvelle saison qui s’ouvre pour notre blog.

    Deux initiatives sont prévues prochainement pour relancer la dynamique de notre « salon virtuel ». La première concerne la réalisation du tome 2 des « Pépites du blog », et la seconde concerne le renouvellement de notre équipe rédactionnelle.

    Très concrètement, pour avancer sur ces deux sujets, nous avons prévu une réunion samedi après-midi prochain 3 décembre à La Bertais. Celle-ci se fera dans la prolongation de l’après-midi « Séva » prévu de longue date.  Vous êtes donc « chaudement invité » à y participer, selon l’une des trois modalités suivantes :

    • Soit vous venez à la totalité de l’après-midi (accueil à 14h15, méditation introductive, séva, thé convivial puis réunion « blog » de 17h30 à 19h)
    • Soit vous ne venez que pour la réunion de 17h30-19h
    • Soit vous ne pouvez pas venir « physiquement », mais vous souhaitez suivre la réunion de 17h30 en ligne (via Zoom).

    Dans ces trois cas de figure, il est impératif que vous vous inscriviez dès à présent en cliquant sur le bouton ci-contre :

    PS : Les personnes participant au GSMP du dimanche peuvent demander à diner et à dormir sur place.

  • Echos de la célébration des trente ans de La Bertais (1)

    Ça a demandé un peu de temps, mais ça y est, nous avons récupéré plusieurs documents photos et vidéos permettant d’illustrer l’exceptionnelle qualité de ce week-end de célébration.

    Pour aujourd’hui, c’est un montage photo dû au talent de Jean-Claude (merci à lui) que j’ai le plaisir de partager avec vous.

    Il dure 5’19 » et mérite un affichage en plein écran !

    Si vous y étiez, n’hésitez pas à partager vos impressions en commentaire pour étoffer ce premier témoignage et permettre à ceux et celles qui n’ont pas pu être des nôtres de gouter encore un peu mieux l’ambiance de ce week-end mémorable…

    PS : Au au moment où vous lirez ces lignes, vous devriez avoir reçu par la poste  le dernier numéro de la Lettre de La Bertais contenant le compte rendu de l’Assemblée générale. Si tel n’est pas le cas, vous pouvez télécharger la version numérique de cette Lettre en cliquant ICI

  • La bénédiction initiale de notre ashram

    En préparant la célébration des trente ans  de notre ashram, j’ai retrouvé dans un des albums photos de La Bertais, cette dédicace d’Arnaud qui date de sa toute première venue (1995). Sa lecture a fait remonter bien des souvenirs. Je la considère en fait comme une forme de bénédiction initiale et c’est avec le coeur plein de gratitude que je la partage avec vous ! Puisse l’énergie de Swâmiji (ashram Channa) et d’Arnaud (ashram Hauteville + Mangalam) continuer longtemps à irriguer « notre » Bertais !

  • Pépites du blog : le must de la rentrée littéraire !

    « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait » (Mark Twain)

    Quand Mireille vous a annoncé, le 23 juin dernier, que nous venions d’avoir l’idée un peu folle de réaliser un livre avant le 1er octobre, à partir des meilleurs articles parus sur ce blog depuis son origine, nous ne savions pas que c’était impossible…
    Alors nous avons constitué en urgence une petite équipe et nous nous y sommes mis « d’arrache pied ». Mais plus les jours passaient et plus nous réalisions l’ampleur du défi. Je ne vous raconte pas ici les affres par lesquels nous sommes passés ni les douloureux renoncements auxquels nous avons été contraints (en termes de nombre de pages et d’illustrations principalement). Mais au bout du compte, nous avons RÉUSSI !

    Le bébé est là et il se porte bien : jugez plutôt !

     

    Et l’imprimeur ayant lui aussi fait des prouesses de vélocité (six jours seulement entre le dépôt du manuscrit final et la réception des exemplaires commandés, quand les délais usuels sont de plusieurs mois!), nous sommes heureux de vous annoncer que le livre sera en vente dès ce samedi à La Bertais. 

    Son prix : 15€ l’exemplaire (pour 272 pages illustrées de près de 80 photos couleurs).
    Son contenu : un florilège de 141 articles rédigés par 26 auteurs différents (avec quelques bonus !).

    La diffusion se fera uniquement en interne, mais pour ceux et celles qui n’ont pas prévu de venir prochainement à La Bertais, nous allons organiser après l’AG un service d’envoi postal (il vous faudra alors passer commande et payer le port en sus).

    Une présentation en images du contenu de l’ouvrage aura lieu au cours de la soirée festive de samedi. Ci-dessous en avant-première, le texte de la quatrième de couverture, suivi du sommaire :

    —————–

    Depuis que notre association existe, elle a toujours été à la pointe de la communication « high-tech » .

    Ainsi, dès 2001, alors qu’Internet n’en était encore qu’à ses balbutiements, elle s’est dotée de ce que nos cousins québécois appelaient alors « un babillard », soit plus prosaïquement « un forum de discussion électronique ». Celui-ci, que nous avions alors baptisé du doux nom de « Cybertaisie », a fonctionné sans discontinuer jusqu’à la rentrée 2007 et a permis de très nombreux échanges entre les membres d’alors. Sur demande d’Arnaud, nous imprimions même à intervalles réguliers une compilation des messages les plus significatifs échangés, de telle sorte qu’il soit informé de ce qui se passait dans ce premier « salon virtuel » de La Bertais…

    Puis, avec la démocratisation d’Internet, l’idée s’est peu à peu imposée d’abandonner ce premier outil électronique au profit d’un site web bi-face. Côté pile, quelques pages d’accès public allaient pouvoir servir de « vitrine numérique » à notre association, et côté face, le blog que nous avons conçu dès l’origine comme un espace réservé aux seuls adhérents, devenait notre nouvel outil de communication interne.

    À l’occasion de la célébration du trentième anniversaire des Amis de La Bertais-Vassot, l’idée s’est fait jour de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur pour mieux se rendre compte de ce qui s’était échangé sur ce blog depuis sa création. Ceci afin d’en réaliser une compilation « imprimée » qui pourrait donner une seconde vie aux articles les plus intéressants gisants oubliés dans nos archives numériques…

    Las, nous avions complètement sous-estimé l’ampleur de la tâche et face aux quelque 1860 articles à traiter, nous avons dû rapidement réviser notre ambition à la baisse et décider de ne prendre en compte, dans un premier temps, que la matière des sept premières saisons. Vous lirez donc dans ce livre le meilleur des années 2007 à 2005 de notre blog. Promis, si ce premier tome rencontre un intérêt justifiant la poursuite de l’entreprise, nous publierons l’an prochain une seconde compilation portant sur les sept années suivantes (2015-2022).

    En attendant, souhaitons que vous preniez au moins autant de plaisir et d’intérêt à lire ce premier tome que nous en avons eu à le réaliser.

    Dans la joie de partager avec vous cette aventure mémorielle inédite !

    Yann et Anne-Marie

    —————–

    SOMMAIRE

    Introduction

    Partie 1 : Échos des activités de La Bertais

    • Chapitre 1 : En séjour à La Bertais
    • Chapitre 2 : Le groupe de soutien à la mise en pratique
    • Chapitre 3 : les autres activités de La Bertais (séjours spéciaux, week-ends à thème…)

    Partie 2 : Échos de l’Enseignement et des Enseignants

    • Chapitre 4 : Swâmiji
    • Chapitre 5 : Arnaud
    • Chapitre 6 : Denise et les autres collaborateurs
      • Denise Desjardins
      • Véronique Desjardins
      • Alain et Corinne Bayod
      • Emmanuel Desjardins
      • Gilles Farcet
      • Lily Jattiot
      • Éric et Sophie Edelmann
      • Christophe et Murielle Massin
      • Yves Rémond
      • Thierry Martin
      • Marie-Pierre Chevrier
      • Sabine Michelin-Pigeon
      • Pascal et Élisabeth Tellier
      • Daniel Morin
      • Lee Lozowick
    • Chapitre 7 : Aux sources de la sagesse
      • Les Upanishads
      • Le Mahâbhârata et la Bhagavad Gîtâ
      • Les grandes écoles de la sagesse hindoue (darshana).
      • Les sciences et les arts traditionnels
      • Mâ Anandamayi
    • Chapitre 8 : Autres sources d’inspiration

    Partie 3 : L’orangerie virtuelle !

    • Chapitre 9 : Créativité et expression artistique
    • Chapitre 10 : Musique, maestro !
    • Chapitre 11 : Voyage voyage
    • Chapitre 12 : Pêle-mêle

    Avant de prendre congé !