Auteur/autrice : Yann Le Boucher

  • Replay – La mise en pratique selon Swâmiji

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    C’était un des tous premiers textes du blog. Ecrit par Yann le 16 février 2009.
    Et qui avait déjà fait l’objet d’un replay durant l’été 2016.
    Mais comme nous avons vécu récemment un fort week-end sur le thème des lettres de Swâmiji   et comme le nombre d’articles en instance est de nouveau très faible (avis aux bonnes volontés pour en rédiger), revoici donc cet article qui est et restera toujours d’actualité, plusieurs années après sa parution. . Les commentaires de l’époque y figurent toujours, tout comme ceux du 1er replay et il ne tient qu’à vous, 15 ans après, de poursuivre.. (Mireille)

     

     

    Au hasard de ma relecture des Lettres de Swâmiji, je suis tombé en arrêt devant ce petit bijou qui synthétise de façon si puissante la pratique de base proposée par l’Enseignement.

    La lettre est datée du 18 octobre 1967 et est écrite à un certain Yogendra qui, à réception, avait derrière lui quelques 45 ans de fréquentation de Swâmiji!

    Première surprise (mais ça peut en rassurer quelques uns) : au bout de 45 ans, ce disciple avait donc encore besoin de s’entendre redire une fois de plus ce que, très probablement, il s’était déjà entendu dire des dizaines et des dizaines de fois depuis sa première rencontre de l’Enseignement en 1922.

    Est-ce que nous serons plus prompts à entendre que lui ?

    Personnellement, j’ai déjà 30 ans au compteur, et malheureusement l’existence me montre au quotidien que je n’ai pas fini d’intégrer dans mon être ce message, pourtant si clair et si simple.

    Et vous ?

    swamiji_portrait.jpg
    cliquez sur la photo pour l’agrandir !

     

    (…) Qu’avez-vous à faire ?
    Vous avez à vivre dans la vérité.


    Qu’est ce que la vérité ?
    La vérité est ce qui est, ce qui n’admet aucun « non ».

    Comment mettre cela en pratique ?
    Quoi qu’il arrive, reconnaissez : « oui, c’est arrivé « .
    Quand vous commencez à penser : « si cela n’était pas arrivé…« , dites vous à vous-même : « regarde simplement ce qui est. Est-ce qu’en ce moment ce que tu aurais voulu correspond à ce qui est arrivé ? » (…)
    Mettez-vous au défi.
    Dites-vous : « Est-ce que quelque chose d’autre existe ? Non, non, non ! »
    Alors ? prenez-le,  acceptez-le et reconnaissez-le pleinement.
    Efforcez-vous seulement de voir et de ne plus penser.
    Pourquoi ?
    Vous ne pouvez voir que ce qui est -vous ne pouvez pas voir de ce qui aurait pu être (à la place de ce qui est) !
    C’est seulement votre pensée qui tente de créer ce quelque chose d’autre.
    Alors ?
    L’erreur réside dans le fait de penser.
    Et que produit le fait de penser?
    Cela vous entraîne loin de « ce qui est » !
    Alors ?
    Puisque c’est uniquement la pensée qui tente de créer quelque chose qui n’est pas, quelle est l’utilité de faire perdurer ce mécanisme ?
    Car c’est à partir de ce mécanisme que
    sont générées la tristesse, la souffrance, l’agitation mentale, etc.


    Comme la pensée crée « deux », voilà pourquoi elle est qualifiée d’a-shiva [néfaste].
    Seul est shiva [bénéfique], ce qui est libre de la dualité, ce qui est indemne de « la friction du deux ».
    Ce qui est EST.
    Cela et seulement cela est shiva. C’est en cela que réside tout bien.

    C’est donc ce que vous devez vouloir plus que tout (shiva-sankalpa)

    ——-

    PS : le texte français ci- dessus est une tentative personnelle de traduction de l’original (que j’ai légèrement écourté pour lui donner plus de force). Ci-dessous, le texte anglais intégral. La traduction complète de Daniel Roumanoff se trouve dans le tome 2 des Lettres, page 105, mais une lecture comparative montre qu’elle n’est pas, elle non plus, complètement fidèle au mot à mot anglais

    ———-

    Yes, indeed, what is is.
    What do you have to do? You have to live in truth. What is truth? Truth is that which is; which never admits of a ‘no’. How to put it in practice?
    Whatever happens, ‘yes, it has happened.’ If you feel, ‘if it hadn’t happened …’ tell yourself: ‘just see, what is. Is it at the moment what you would it should be? You have only to see, not to think. Isn’t it [a fact] that you can see only that which has happened, i.e. what is? So? Challenge yourself. Say: ‘Does anything else exist?’ No, no, no!! Then? Take it, accept it and acknowledge it.
    Seek only the capacity to see, not to think. Why? You can see only that which is— nothing other than that could be there. It is only your thinking which wants to create something else. So? It is the thinking which is false. What does it do? It drags you away from ‘what is’!!
    So? Only see, don’t think. When it is thinking alone that wants to create something which is not, what is the use pursuing that which is not? It is from this that sorrow, pain, restlessness etcetra ensue. As it creates «two», so it is a?iva [the evil].
    So? Only that is ?iva [the good] which is free from two-ness and has no friction of the two; what is is. This alone is ?iva. It is in this that the good lies. Hence ?ivasankalpa [will for the good].

     

  • Petit compte rendu de l’AG d’Hauteville 2022

     

    Privés d’AG pour cause de Covid durant deux années de suite, il y avait un plaisir manifeste à se retrouver pour les Hauteviliens présents ce week-end !

    Une fois n’est pas coutume, je commencerai par évoquer ici l’assemblée générale statutaire du dimanche matin : celle-ci en effet a été porteuse de bonnes nouvelles : malgré ces deux années de « vaches maigres », l’association des Amis de Hauteville se porte bien. Si le nombre de ses adhérents est en légère baisse (un peu plus de 1300 membres tout de même), cette baisse, peu importante, s’explique aisément par le fait que l’accueil de nouveaux-venus a été fortement réduit durant les deux années passées, les séjours à jauge réduite (quand ils sont redevenus possibles) étant prioritairement réservés aux adhérents. Mais durant tout ce temps, les demandes de personnes nouvelles ont continué à affluer et à partir de juillet prochain, un accueil « normal » de 6 à 10 nouveaux-venus par semaine va pouvoir reprendre, ce qui, à terme, devrait se traduire par une remontée du nombre des membres.

    Sur le plan financier,  et malgré les périodes de fermeture administrative suivies des périodes avec un accueil avec jauge réduite à une vingtaine de personnes, la situation est on ne peut plus saine. A cela une double raison : d’une part, l’association a pu bénéficier d’aides de l’Etat sous forme d’un financement du chômage partiel de ses salariés dans les périodes de fermeture. Et d’autre part, les membres ont fait preuve d’une générosité spontanée en faisant des dons financiers importants à l’ashram, alors même qu’ils ne venaient pas (ou peu) en séjour. Bien entendu, cette seconde source de revenu est la plus significative. Elle montre en effet que les membres d’Hauteville sont réellement désireux de voir leur ashram continuer à exister et qu’ils sont prêts pour cela à mettre la main à la poche, y compris sans que cela ne leur soit formellement demandé !

    Quelque mots à présent, plus rapides que d’habitude, sur chacun des quatre intervenants de cette « cuvée 2022 » qui ont pris la parole à tour de rôle (deux le samedi et deux le dimanche) :

    • Marc de Smedt : Elève du maître Zen Taisen Deshimaru qu’Arnaud lui avait fait connaître au début de son arrivée à Paris, il a été ensuite un ami régulier d’Arnaud et à ce titre aussi un conseiller littéraire. Marc a en effet mené une carrière  d’écrivain mais aussi d’éditeur spécialisé dans les ouvrages traitant des sagesses du monde et de méditation. Il a partagé avec nous une série d’anecdotes plus ou moins touchantes sur sa relation à son maitre (Deshimaru) et à son ami (Arnaud), ainsi que sa façon actuelle de concevoir la sagesse au quotidien…

     

    • Mirabaï Lodro-Martin : cette ancienne compagne de Lee Lozowick qui est à présent la nouvelle épouse de Thierry Martin, a partagé avec nous de nombreux souvenirs de sa sadhana personnelle auprès de Lee qui reste indéfectiblement son maître.

     

    • Alexandre de Salzmann : à l’affiche, c’était la personnalité « vedette » de cette édition. Il s’agit en effet de rien de moins que du petit-fils de Gurdjieff lui-même, dont la grand-mère (madame Jeanne de Salzmann) était la compagne dans la dernière partie de sa vie. De ce fait, c’est elle qui, à la mort de Mr Gurdjieff, a assuré la direction des « groupes », et qui a ainsi été la première référante spirituelle d’Arnaud et Denise quand ils ont eux même rejoint ces groupes dans les années 50… Elle a ensuite transmis la direction des « groupes » à son fils, Michel de Salzman qui a, à son tour, formé son propre fils Alexandre, celui-ci étant actuellement l’un des principaux responsables de cet enseignement en France. C’était donc là une occasion « rêvée » pour un certain nombre d’entre nous, de rencontrer « en vrai » un représentant actuel de cette voie. Làs, la prestation d’Alexandre en aura très probablement déçu plus d’un, car nous n’avons eu droit qu’à une suite de propos assez décousus, énoncés sur un rythme très lent, et ponctués de temps de silence pendant lesquels notre orateur se livrait à une pratique d’intériorisation pour, semble-t-il, chercher l’inspiration. Pour nuancer mon propos, je dois dire qu’il avait une très belle présence et que dans les moments de silence, il semblait effectivement en contact avec une dimension plus vaste et plus belle qui irradiait assez nettement de lui. Son être était donc beau et inspirant à voir (ce qui  est l’essentiel), même si son propos était, à mes yeux « pauvre en contenu ».
      Après coup,  concernant cette expérience, je me suis souvenu d’un passage du livre « Rencontre avec des hommes remarquables » où Gurdjieff raconte que dans un des monastère où il séjourna, il y avait deux prédicateurs : l’un était intellectuellement brillant et était très apprécié pour l’étendu du savoir dont il faisait preuve dans ses  conférences, l’autre semblait peu cultivé, s’exprimait de façon confuse et donnait l’impression de n’avoir pas grand chose à apprendre à son auditoire. Or, rapporte Gurdjieff, il s’avéra qu’avec le temps, il oublia complètement les propos pourtant brillants et bien argumentés du premier, alors que certaines formules courtes du second s’étaient gravées à tout jamais en lui et purent ensuite lui servir toute sa vie de point d’appui . Souhaitons qu’il en aille de même pour l’auditoire des Hautevilliens !

     

    • Gilles Farcet : Le dimanche après-midi, c’était Gilles qui avait la délicate mission d’éviter à l’auditoire la somnolence digestive, car par une chaleur de plomb de 35° à l’air libre et probablement de + de 40° sous la tente, ce n’était certes pas facile de rester en possession de toute sa capacité d’attention entre 14h30 et 15h30! Mais contrairement à Alexandre, Gilles est un orateur brillant, et il a donc su se sortir de l’épreuve en racontant de façon très vivante certains des moments clés de sa relation avec Arnaud. Vous lirez très probablement le contenu détaillé de son intervention dans la prochaine lettre d’Hauteville, mais en attendant, sachez que le dernier petit livre de Gilles était à vendre sur place. Il s’agit de  « Guérir l’ego ou guérir de l’ego », un livret de 70 pages que  nous nous sommes procurés et qui pourrait très probablement éclairer la compréhension de nombre d’entre vous (j’essayerai d’ailleurs d’en faire un compte rendu une fois que je l’aurai lu!)…

  • Généalogie spirituelle (1)

    Dans un commentaire à un article de Georges sur la rencontre de Swâmiji avec Niralamba Swâmi (son guru), j’avais fait mention d’un document en anglais en ma possession (cadeau de Daniel Morin) qui présentait la vie du maître du maître du maître de Swâmiji, un certain Tibbeti Baba. Et à cette occasion, j’avais demandé si quelqu’un était volontaire pour traduire ce document, ce que Stéphane Boissel (prof d’anglais de son état) avait accepté de faire.

    Las, le résultat n’est pas à la hauteur de mon attente, car une fois retranscrit en bon français, ce texte se révèle être à la fois très mal écrit (forme) et peu intéressant (fond) car essentiellement hagiographique. Ceci étant, sa lecture m’a donné l’occasion d’approfondir l’histoire de notre lignée spirituelle, qui, pour mémoire, s’établit à ce jour de la façon suivante :

    • Arnaud Desjardins 1925 / 2011
      • Swâmi Prajnanpad 1891 / 1974
        • Niralamba Swami 1877 / 1930
          • Soham Swami 1858 / 1918
            • Tibbeti Baba ? / 1930
              • Paramananda Thakkar ? / ?

    Je vous propose donc ci-dessous un petit voyage dans le temps en évoquant pour commencer les deux maillons les plus anciens de cette « chaîne spirituelle » :

     

    Paramananda Thakkar

    Ce guru légendaire adepte à la fois de l’hindouisme et du bouddhisme est le plus ancien maitre connu de notre lignée. Quand je dis « connu », c’est une façon de parler car ce que l’on en sait se résume à très peu de chose. Selon l’un des biographes de son disciple Tibbeti Baba, c’était un ascète et  un yogi de haut vol qui était en quelque sorte « multicartes ». Il était à la fois maitre en yoga et possédait à ce titre certains des fameux siddhis (pouvoirs miraculeux) que Patanjali promet aux pratiquants avancés. Mais c’était aussi un fin connaisseur de l’advaïta-védanta. Etait-il indien ou tibétain d’origine ? Son nom semble faire pencher la balance vers la première option, mais il parait qu’il était considéré par les lamas de son temps comme l’un des leurs, car il était aussi un expert reconnu de l’approche tantrique tibétaine.  Pour vous situer le personnage, l’un des pouvoirs qu’il avait développé par la pratique du yoga était celui de la longévité et selon notre biographe, il avait déjà plusieurs centaines d’années quand Tibbeti Baba le rencontra… Ce qui fait qu’on ne sait ni sa date de naissance ni sa date de décès… Sans trop s’attarder sur cette dimension légendaire du personnage, ce qui me semble digne d’intérêt c’est sa double casquette spirituelle. Je me suis en effet souvent demandé comment il se faisait que l’enseignement de Swâmiji était, à certains égards, si proche du Bouddhisme alors qu’historiquement les tenants de l’Advaïta et du Mahayana se sont beaucoup confrontés et opposés. Je pensais jusqu’alors que c’était par une sorte d’affinité intellectuelle fortuite que Swâmiji avait choisi de reformuler certains aspects du Védanta traditionnel en des termes à consonance bouddhiste. Deux exemples rapides : la fameuse « loi du changement » de Swâmiji est excessivement proche de la notion bouddhiste d »impermanence, alors que celle de l’action-réaction fait immanquablement penser à  l’interdépendance prônée par Gautama! Mais à la lecture de la biographie de Tibbeti Baba, je me suis dit que cette proximité était aussi peut-être le reflet de cette particularité du premier fondateur connu de notre lignée…

     

    Tibbeti Baba

    On sait que c’était un Indien Bengali (comme les autres maîtres issus de sa descendance spirituelle jusqu’à Swâmiji) qui s’appelait à l’origine Nabin Chattopadhhyaya. Mais on ne connait pas non plus sa date de naissance.

    J’ai bien trouvé sur Internet un site qui annonce qu’il serait né en 1820. Problème : on connait de façon certaine la date et les circonstances de son décès qui eu lieu en 1930, dans un ashram situé à 15 kms environ de celui de Niralamba Swâmi (celui-là même dont hérita ensuite Swâmiji) . Ce qui lui donne une longévité de… 110 ans !
    Le texte traduit par les soins de Stéphane dépeint une vie extrêmement originale et aventureuse, avec à la clé, entre autres épisodes « incroyables », le fait que se sentant vieillir, il aurait, grâce à ses pouvoirs yoguiques hérités de son maître, échangé son vieux corps contre celui d’un jeune prince qui venait de mourir, ce qui lui aurait redonné une seconde jeunesse! Evidemment, cela pourrait être une explication de sa longévité de 110 ans. Mais qui aujourd’hui est prêt à accorder du crédit à un récit de ce genre ?
    Ce qui est moins douteux, c’est qu’après une enfance dans une famille de brahmanes shivaïtes plutôt aisée, il a décidé dès son adolescence de partir sur les routes en quête d’un guru capable de le mener à l’éveil. Sa mère, qui était déjà veuve à l’époque, a bien été peinée de son départ, mais ne s’y est pourtant pas opposée, car un sanyasin itinérant lui avait prédit en regardant les lignes de sa main que son 6ème enfant deviendrait un maître spirituel célèbre ! (Connaissant un peu les arts prédictifs indiens, je suis davantage enclin à considérer cette autre anecdote comme plausible, mais cela n’engage que moi).
    Toujours est-il que le jeune garçon part sur les routes et commence à visiter un à un les principaux lieux saints du Nord de l’Inde, espérant bien rencontrer son maître parmi tous les sadhous et sanyasins dont il a ainsi l’opportunité de croiser le chemin. De fil en aiguille, il devient d’abord l’élève d’un médecin ayurvédique qui le forme à la pharmacopée traditionnelle en lui faisant valoir que grâce à cela il pourra plus facilement continuer sa vie aventureuse en exerçant contre rémunération ses talents de guérisseur itinérant. Et à en croire son biographe, c’est ce qu’il fit effectivement durant toute sa vie de grand voyageur. Comme il était très curieux et désireux d’apprendre, il profita de son très long séjour au tibet (40 ans!) pour continuer sa formation en médecine traditionnelle et devint, aux dires de son biographe, un très grand expert de cet art. Dans la dernière partie de sa vie, alors qu’il était rentré en Inde, il arriva ainsi à guérir de maladies réputées incurables plusieurs personnes célèbres (dont un Maharaja), ce qui contribua à asseoir sa notoriété dans ce domaine…

    Mais avant d’aller plus loin, je ne résiste pas au plaisir de mettre à disposition des plus curieux d’entre vous un extrait de sa biographie (traduit par Stéphane et réarrangé par mes soins au niveau du style) qui décrit un épisode du début de sa quête assez hallucinant. Stéphane est assez sceptique quant à son authenticité, alors qu’en ce qui me concerne je n’ai guère de doute sur sa véracité.  A vous de juger !
    Quoi qu’il en soit, Nabin n’est alors encore qu’un grand adolescent. Au fil de ses pérégrinations, il se lie d’amitié avec un jeune sadhou de son âge, animé de la même quête que lui : trouver un guru pour parvenir à réaliser Dieu. Or un jour son nouvel ami lui dit qu’il vient de rencontrer un ascète qui lui fait forte impression et lui propose qu’ils aillent tous les deux lui rendre visite.

    (la suite de histoire étant particulièrement macabre, j’ai pris le parti de la déplacer au bas de cet article. Si vous avez le coeur sensible, poursuivez votre lecture en l’arrêtant avant ce texte additionnel. Sinon, lisez l’encart ci-après et revenez ensuite ici pour poursuivre le récit (… )

    (…) Après cette première expérience malheureuse, Nabin continua sa quête et finit par rencontrer sur les hauteurs himalayennes un authentique yogi qui accepta de lui enseigner les première étapes de son art. Nabin s’attacha énormément à ce premier maître. Mais après quelques années, celui-ci lui déclara un beau jour qu’il n’était pas son véritable guru et qu’il lui fallait aller au Tibet pour rencontrer celui qui parachèverait sa formation  spirituelle. Ce yogi avait pour disciple le premier ministre du Népal et sur sa suggestion, Nabin alla rencontrer ce dernier pour obtenir les autorisations administratives nécessaires lui permettant de se rendre au Tibet. A cette occasion, il rencontra le roi du Népal, qui, très impressionné par le charisme déjà évident du jeune yogi, lui fit savoir qu’il connaissait personnellement un Lama d’une grande sagesse et qu’il allait lui remettre une lettre de recommandation pour lui permettre de l’approcher lui-même. C’est ainsi que notre jeune Indien déjà bien imprégné d’hindouisme, se retrouva l’élève d’un premier lama tibétain. Celui-ci le fit méditer en continu dans une grotte pendant un an. Après quoi, au vu de ses importants progrès en méditation, il décida que Nabin méritait un maitre encore plus compétent que lui et lui fit rencontrer le fameux Paramananda Thakkar qui vivait dans un ermitage de montagne à proximité de celui de ce lama. Nabin se consacra dès lors corps et âme à celui qui devint son guru-racine. Il passa six ans à ses côtés, au bout desquels son maître lui enjoignit de reprendre une vie de moine itinérant afin de rencontrer d’autres maitres et de poursuivre sa formation dans les différentes branches du savoir traditionnel. Ce faisant, il commença à se faire remarquer dans le milieu spirituel tibétain où il devint célèbre à la fois pour l’intensité de ses ascèses et aussi pour ses dons de guérisseur qu’il mettait généreusement au service de tous ceux qui lui en faisaient la demande.

    Après avoir parachevé dans la solitude sa quête intérieure (sur ce point le biographe est extrêmement allusif), le goût de l’aventure le poussa à ne pas rentrer en Inde sans entreprendre d’abord un très long voyage à pied à travers toute l’Asie Centrale. Parti du mont Kaïlash (la demeure mythique de Shiva), il se rendit ainsi entre autres, en Mongolie, en Russie et même en Chine puis en Birmanie. Ce n’est qu’ensuite qu’il regagna son pays d’origine où, à l’instigation de quelques uns de ses disciples d’alors, il établit un premier ashram à Madras.

    Quelques années plus tard, alors qu’il était en déplacement dans la région de Bénarès, il s’attira de façon assez étrange la rencontre de l’homme qui allait devenir son futur héritier spirituel, le fameux Soham Swâmi. Mais je vous raconterai cela dans le prochain épisode en vous présentant le « troisième maillon » de la chaine!

    En attendant, sachez encore que vers la fin de sa vie, Tibbeti Baba revint s’installer au Bengale, sa région d’origine. Ses disciples, désormais assez nombreux, lui établirent deux ashrams, l’un « urbain » dans une des banlieues de Calcutta et l’autre « champêtre » dans un petit village géographiquement proche de celui de Channa où Niralamba Swâmi avait aussi établi son ashram. On peut conjecturer que comme le fera plus tard Swâmiji, l’ashram « urbain » était son lieu de repli à la saison des pluies alors que l’ashram « champêtre », plus bucolique, servait durant la saison sèche (?). Comme nous le verrons dans le prochain article, Soham Swâmi est mort jeune (en 1918, alors qu’il n’avait que 53 ans), et comme Swâmiji n’a lui même connu Niralamba Swâmi qu’en 1921, on peut raisonnablement penser qu’il n’a jamais eu l’occasion de rencontrer physiquement « le maître de son maître ». Par contre, Swamiji a raconté à Daniel, qu’il a un jour accompagné Niralamba  à l’ashram de Tibbeti Baba à l’occasion d’un rassemblement spirituel. Il y a donc de fortes chances pour que Swâmiji ait été en contact direct avec « le Maître du maître de son maître » à cette occasion ou à une autre semblable… Tibbeti Baba est mort deux mois et demi après Niralamba Swâmi. Comme on sait que Swâmiji était présent au chevet de son maitre le jour de son départ, il y a fort à parier qu’il a été mis au courant du décès de Tibbeti Baba et on pourrait même imaginer qu’il ait été invité aux obsèques. Il s’agit là évidemment d’une simple hypothèse, historiquement plausible mais que rien à ma connaissance ne permet de valider. Toujours est-il qu’au terme de ma lecture attentive de la biographie de Tibbeti Baba, je me suis rendu compte que le destin peu banal de cet homme remarquable avait croisé de beaucoup plus près que je ne l’avais imaginé celui du Maître de notre maître !


    EXTRAIT de La Biographie de Tibbeti Baba par Akhandananda Brahmachari (à ne pas lire avant d’aller se coucher !)

    (…) Un soir, alors qu’il marchait le long des rives de la Jamuna, Nabin rencontra Jagannath Choudhury, le fils d’un propriétaire terrien influant. La belle prestance de Nabin et sa personnalité digne attirèrent l’attention de Jagannath. Ils devinrent amis. Tout comme Nabin, Jagannath avait aussi renoncé à sa famille. Il avait décidé d’être initié par un guru très charismatique. Ainsi, alors qu’il parlait avec Nabin, Jagannath lui dit: « Frère Nabin, le but de notre vie est presque le même donc je te dirai un secret. Il y a quelques jours, j’ai été en contact avec un kapalik (un dévot de Shiva et de Kali qui accomplit ses pujas dans les ghats où l’on fait brûler les cadavres et où il récupère des squelettes et des crânes). C’est un saint homme qui s’est attiré la grâce du Divin en accomplissant des pratiques religieuses extrêmement austères. En plus de cela, on dit qu’il a développé le pouvoir de réanimer les cadavres. Allons le voir pour recevoir de lui notre initiation. »
    Nabin accepta immédiatement. Il se disait que les dernières années s’étaient déroulées sans qu’il ait pu accomplir grand-chose du point de vue de sa quête. Il n’avait pas rencontré un sadhu vraiment inspirant. Si les paroles de son ami étaient vraies, il prendrait refuge aux pieds de ce grand homme.

    Attention, la photo ne représente PAS le kapalika en question. Elle est juste là pour illustrer à quoi peut habituellement ressembler ce genre de personnage…

    Après avoir mené une petite enquête, Nabin découvrit que le sadhu vivait sur les rives de la Jamuna de l’autre côté de Vrindavan*. Son temple se trouvait dans l’épaisse forêt de Dharoa. Il méditait dans un but bien précis à l’intérieur d’un très vieux sanctuaire situé dans les profondeurs des frondaisons. Choudhury alla avec Nabin rencontrer le sadhu. Celui-ci avait une peau très sombre, avec de longs bras et une apparence qui inspirait une terreur mêlée d’admiration. Il avait une masse de cheveux emmêlés, ses yeux rouges brillaient comme une fournaise. Il avait l’air furieux comme si Kaal Bhairab elle-même (une déité fameuse représentant un aspect courroucé de Shiva) était apparue dans la forêt profonde. Nabin se prosterna pour le saluer, par respect et admiration. Ce jour-là pas grand-chose ne se passa et les deux amis repartirent après un bref moment. Après avoir visité le kapalik, Nabin était très impressionné. Il n’avait jamais aimé la voie de la dévotion qu’il trouvait trop tiède à son goût. Il pensait qu’il serait reconnaissant si le kapalik l’acceptait comme disciple. Nabin resta sur les rives de Jamuna. Quelques jours plus tard, Choudhury vint le voir. Il était très agité et excité. Il dit à Nabin « Nous avons beaucoup de chance, je viens juste de voir le kapalik et il m’a dit qu’après-demain à minuit, au moment de la pleine lune, il accomplirait un rituel spécial visant à assurer le succès de sa pratique spirituelle. Au cours de ce rituel, il m’a annoncé qu’il ferait revivre un cadavre durant un certain temps. Il m’a donné sa permission pour que nous soyons tous les deux présents et que nous prenions part à la cérémonie. Mais pour cela, nous devons d’abord prendre un bain dans la rivière et revêtir des habits neufs. Qui sait, peut-être sera-t-il suffisamment bon pour nous conférer l’initiation à cette occasion! »

    Avant l’heure dite, les jeunes hommes traversèrent la rivière Jamuna et entrèrent dans le temple situé dans la forêt Dharoa. Le sanctuaire était éclairé avec des torches, ce qui rendait l’apparence du kapalik encore plus impressionnante et même effrayante. Il avait une guirlande d’os autour du cou et un gros point fait de pâte de santal sur le front. Ses grands yeux étaient rougis du fait du vin qu’il avait bu. Il était affairé aux préparatifs du rituel. Il avait le dos tourné et il était assis par terre en train de mettre des choses sur une assiette en terre. Quand les deux jeunes gens entrèrent, il dit d’une voix grave : « Vous êtes déjà là ! Bien, asseyez-vous sur ces tapis. »

    Nabin et Choudhury s’exécutèrent sans prononcer un mot. A leur côté brulait une lampe à huile sur son support en terre cuite. Le kapalik avait un pot dans sa main qu’il tendit à Nabin en lui intimant d’une voix très grave : « Fais attention et garde un œil sur la lampe. Débrouille toi pour qu’elle brûle constamment ».

    Nabin sursauta quand il prit le pot dans sa main parce qu’il sentait horriblement mauvais, au point que dans un mouvement réflexe, il se protégea le nez à l’aide d’un pan de son vêtement. Ce que voyant, le kapalik dit d’une voix indifférente : « il n’y a rien dont tu doives avoir peur. C’est la matière grise provenant du cerveau d’un cadavre. Elle a été récupérée il y a quelques jours et c’est pour cela que ça sent. Il n’y a pas d’autre façon de faire. Pour ce rituel, l’utilisation d’huile ou de ghee (le beurre clarifié) est totalement prohibée. Cette substance grise est le seul combustible autorisé ».

    Nabin en mit un peu dans la lampe qui commença à brûler avec intensité. Il s’assit à sa place tranquillement. Ses yeux se posèrent devant lui. Il y avait deux cordes épaisses attachées à quelque chose situé au fond du temple et qui était orienté dans leur direction. Des guirlandes d’hibiscus étaient entrelacées autour de ces cordes. Les préparations pour le rituel étaient maintenant terminées. Le kapalik mis tout dans un panier et plaça une épée dessus. Le panier était posé devant eux. Les deux amis commencèrent à s’inquiéter. Ils gardaient les yeux fixés sur les cordes en se demandant ce qui allait se passer. Le kapalik les regardait intensément aussi. Il dit alors « Mes garçons, vous comprendrez très bientôt le pourquoi de ces arrangements. Regardez juste ces deux cordes qui font comme une échelle entre vous et le haut du temple. Un cadavre à qui je vais redonner vie par mon chant de mantras spéciaux va descendre lentement le long de ces cordes. N’en soyez pas perturbés, c’est pour votre bien que cette apparition va vous rendre visite. Restez assis tranquillement. »

    Le kapalik alla à l’intérieur du temple et commença à chanter ses mantras d’une voix grave. Presque instantanément, une chose stupéfiante se passa rompant soudain l’atmosphère tranquille du temple. Un cadavre de couleur très sombre et enduit de vermillon commença à s’avancer depuis l’autre bout de la pièce, soutenu par l’une des cordes. Et le plus incroyable, voilà que ce cadavre se mit tout à coup à s’animer. Il avait deux grosses épées dans ses mains et il faisait un bruit horrible tout en maniant ces armes avec vigueur. Nabin et Choudhury furent alors saisis d’un terrible effroi, les cheveux dressés, les yeux grands ouverts et leur cœur battant la chamade. Continuant d’avancer lentement, l’horrible cadavre était presque arrivé devant eux. Non, il n’y avait plus un seul instant à perdre, sous peine de quoi ce mort-vivant allait manifestement les transformer à leur tour en cadavres.

    Choudhury était un jeune Punjabi fort et courageux. En quelques secondes, il avisa. Il saisit la lourde épée posée sur le panier d’offrandes et d’un coup puissant, sectionna net la corde. Le cadavre tomba par terre en faisant un gros bruit. Aussitôt les deux jeunes gens se levèrent d’un bond et se mirent à prendre la fuite à la vitesse de l’éclair. Ils se sauvèrent ainsi du temple à toutes jambes jusqu’à atteindre la forêt épaisse et continuèrent ensuite à courir un long moment sans s’arrêter. Bien qu’essoufflés, la peur leur donnait des ailes. Fortement contrarié, le kapalik était fou de rage et se mit à les poursuivre frénétiquement avec une torche allumée dans la main. Il grognait comme un animal sauvage mais il ne réussit pas à les rattraper et, déçu, finit par arrêter sa poursuite. Au terme de leur course folle, nos deux jeunes gens atteignirent finalement l’orée de la forêt Dharoa, avec la rivière qui leur barrait la route. C’était vraiment risqué de traverser la rivière si tard dans la nuit. Mais ils n’avaient pas de temps à perdre ni aucune autre option en vue. Les deux jeunes gens sautèrent donc dans la rivière tout en récitant en boucle le nom de leur déité d’élection. Après une longue et éprouvante traversée, le corps engourdi d’épuisement, ils atteignirent l’autre rive. Ils aperçurent une petite cabane à proximité. A bout de forces, ils s’allongèrent non loin d’elle à même le sol et s’endormirent.

    Aux premières lueurs de l’aube, la porte d’osier de la cabane s’ouvrit et un très vieux sadhu Vaishnava (adepte de Vishnou) en sortit tout en chantant des louanges à Dieu. Quand il vit Nabin et Choudhury, il dit d’une voix aimante, « Qui êtes-vous mes enfants ? Pourquoi dormez-vous par terre à cette heure matinale ? » Les jeunes gens se sentaient déjà un peu mieux. Ils se levèrent et exprimèrent leur respect envers le sadhu majestueux en lui touchant les pieds. Puis, ils lui relatèrent leur terrible expérience de la nuit précédente. En les écoutant, ce Baba leur dit, « Mes enfants, vous êtes très chanceux, car vous avez échappé à une mort certaine. Le kapalik dont vous parlez est très dangereux. J’en sais long sur lui. C’est un tueur en série. Il a résolu de récolter neuf têtes humaines afin de se confectionner un siège spécial lui permettant d’accomplir certains de ses rites. Avec les deux vôtres, il aurait atteint le terme de sa collecte car il en a déjà récupéré sept. Et pour parvenir à sa fin immonde, je sais qu’il n’hésite pas à recourir à des pratiques de magie impliquant la réanimation temporaire de cadavres »…

    ———–

    * Vrindavan est le lieu de naissance supposé de Krishna et à ce titre un centre de pèlerinage extrêmement célèbre.


    NB : Le texte complet de cette courte biographie fait 19 pages. Si vous êtes intéressé(e) par la traduction faite par Stéphane et « améliorée » par mes soins, faites-vous connaitre dans les commentaires…

     

  • Emmanuel Desjardins sur le web !

    J’ai le plaisir de partager avec vous cette nouvelle inattendue.
    Emmanuel Desjardins a pris la décision de créer un site personnel, indépendant de celui d’Hauteville, dans l’idée de partager auprès d’un public plus large certains aspects de sa réflexion sur l’état du monde actuel et sur la façon dont on peut en prendre mieux soin.

    Ci-dessous, une copie d’un extrait du courriel qu’il a adressé à ce sujet à un groupe de ses amis et connaissances.


    Depuis des années, je m’intéresse au thème « spiritualité et politique ».
    J’avais écrit, il y a plus de dix ans, un livre sur ce sujet intitulé « Prendre soin du monde« .
    J’avais ensuite mis cet intérêt de côté.

    Depuis quelques temps, ce thème m’a de nouveau intéressé.
    Après quelques fluctuations, j’ai décidé de faire un site internet sur lequel je pourrais publier des vidéos, des articles, des podcasts où je pourrais m’exprimer sur ce thème.
    Je suis heureux de partager avec vous l’annonce de la naissance de ce site. J’ai repris le titre de mon livre, « Prendre soin du monde ».
    Pour l’instant, il n’est pas très fourni car c’est un démarrage : j’y propose deux vidéos et deux articles (à lire ou à écouter en podcast).
    Ces deux premiers articles sont assez longs, mais je pourrais être aussi amené à proposer des texte plus courts à l’avenir.
    Je compte publier régulièrement, mais pas à une fréquence très élevée car mon idée n’est pas de faire un blog avec chaque jour quelque chose de nouveau.
    J’imagine plutôt mettre un contenu tous les mois. Et encore…

    Le thème spiritualité et politique est en filigrane.
    Le site se présente comme un espace de réflexion apaisé sur le monde actuel, sur un monde troublé.
    J’essaie de faire en sorte que ceux qui n’ont pas un intérêt majeur pour la spiritualité ou qui sont très novices y trouvent leur compte.
    Bien sûr, il ne faut pas y être totalement réfractaire…

    Après mon baccalauréat, j’ai fait Sciences Pô et des études de sociologie et, depuis, spiritualité et politique sont deux centres d’intérêts qui m’accompagnent et trouvent aujourd’hui cette forme d’aboutissement.

    Une adresse de contact spécifique est disponible sur le site, pour les visiteurs du site qui aimeraient me faire part de leurs réflexions et commentaires!
    Emmanuel Desjardins

    A titre d’exemple, voici la première des vidéos que vous retrouverez sur ce site


    Et voici à présent une présentation des deux premiers articles qui sont à lire en ligne ou à écouter en podcast :

    Vivre avec un grand « Je ne sais pas »

    La crise du Covid a exacerbé les conflits d’opinions en France et dans le monde. Les réseaux sociaux sont devenus le théâtre d’affrontements idéologiques entre les « pro » et les « anti » de tous poils. Qui a tort ? Qui a raison ? Qui dit vrai ? Qui dit faux ? Qui nous veut du bien ? Qui nous veut du mal ? Les conflits se sont invités dans les médias, sur les réseaux sociaux, mais aussi dans les familles. Ça n’a pas toujours été facile de côtoyer la déferlante des opinions et la confusion environnante, ce climat de désarroi, de peur, de colère et d’accusation. Cela peut être très douloureux de voir autour de nous nos proches ou nos moins proches se déchirer, de sentir que les positions des uns et des autres se durcissent, de ne plus savoir en qui avoir confiance. Et aussi de sentir qu’on peut se laisser insidieusement contaminer par ce climat plus ou moins toxique. Donc la question se pose : comment se situer dans ce contexte ? Où trouver un point d’appui au milieu de tant d’incertitudes ?

    (… pour lire la suite, cliquez sur le lien présent au bas de cette page…)

     

    Se préparer à des temps difficiles

    Je crois que nous avons tous plus ou moins l’impression que nous allons vers des temps difficiles et que nous allons devoir vivre désormais dans un monde troublé, que nous serons menacés dans notre confort, notre mode de vie, notre sécurité, notre liberté, notre environnement, sans trop savoir – puisque l’avenir est par définition inconnu – ce qui nous attend vraiment. De tous côtés nous viennent des informations très alarmantes sur l’état du monde et on peut parfois avoir l’impression que la classe politique minimise ces informations, ce qui crée une sensation globale d’irréalité et d’impuissance.

    (… pour lire la suite, cliquez sur le lien présent en bas de cette page…)


    Pour voir la seconde vidéo et/ou pour lire ou écouter en podcast l’intégralité des deux articles actuellement disponibles , cliquez sur le lien ci-dessous :

  • Echo du we avec le frère John Martin

    Ce week-end nous recevions donc pour la seconde fois* le frère John Martin à La Bertais, ainsi que Claude (son accompagnatrice- traductrice, véritable « shakti » française).

    Les réjouissances ont d’abord commencé  au Centre Culturel Bouddhique de Rennes par une conférence sur le thème  « Rester debout dans la tempête » qui a connu un beau succès.

    Je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous le passage qui m’a le plus touché : l’un d’entre nous (il s’agit de Sylvain pour ne rien vous cacher) a posé une question assez personnelle à frère John et celui-ci n’a pas hésité à s’impliquer dans sa réponse. Je vous laisse apprécier ci dessous son propos (11 minutes avec la traduction)**!

     

     

    Quant à la session de samedi après-midi à la Bertais sur le thème « Pleinement humain, pleinement divin« , elle nous a donné droit à un exposé assez « haut de gamme » sur la façon dont peuvent être réconciliées et synthétisées ce que le frère John appelle « les traditions prophétiques » (Judaïsme, Christianisme, Islam) et les traditions de sagesse (Hindouisme, Bouddhisme, Taoïsme…). Difficile de résumer ici le propos, mais les personnes présentes apprécieront certainement de pouvoir revoir le schéma suivant qui compare les trois premières (à droite de l’image) aux trois variantes classiques du Védânta hindou (à gauche de l’image) : le Védânta non-dualiste de Shankara (advaïta) le Védânta dualiste de Madhva (dvaïta) et le Védânta mixte (vishista-advaïta) de Ramanuja.

     

    Le festival théologico-philosophique s’est magnifiquement continué le dimanche matin avec un exposé sur la vision de frère John selon qui le Christ est le modèle même de l’homme libre du passé et du futur qui nous invite à  nous rendre compte que « chaque moment est éternité »…

    Comme prévu, chaque session a donné lieu à un temps d’échange ainsi qu’à une méditation guidée.
    Si vous voulez faire ou refaire la méditation (qui a été semblable les deux jours), elle est ici :

     

    Pour information, le frère John guide par la parole le premier quart d’heure, puis il y a un quart d’heure de silence, et il reprend brièvement la parole à la fin avant de conclure par  le chant du Om…

     

    Une nouveauté qui a fait un tabac  : cette année, avec l’aide de Claude, le frère John a mis sur pied un système de parrainage pour permettre aux enfants de familles défavorisées de son village natal de pouvoir aller à l’école. Si vous avez écouté le premier extrait audio ci-avant, vous comprendrez mieux pourquoi cette initiative lui tient particulièrement à coeur !

    La procédure est la suivante : le parrain ou la marraine aide à hauteur de 100€ pour l’année un enfant dont les parents ne peuvent assumer seuls les frais de scolarisation. Même s’il est souhaitable d’envisager ce parrainage sur une certaine durée (entre 3 à 7 ans selon l’âge initial de l’enfant), l’engagement ne vaut que pour l’année en cours et les parrains/marraines seront donc libres de reconduire ou de suspendre leur aide en 2023. Est-ce la simplicité de la formule ou la qualité de ce qui s’était dit avant que cette proposition ne soit présentée, quoi qu’il en soit, il y a eu la presse autour de Claude pour « choisir » un ou une filleule, et au total c’est une bonne quinzaine d’enfants qui vont ainsi connaitre les joies (!) de l’école grâce à notre générosité. Ce qui, à n’en pas douter, va renforcer encore nos liens avec la sangha de frère John…

    Merci à Sylvie qui a « joué à la marchande » avant et après les deux sessions !

     

    Mais puisque je n’étais pas tout seul à ce week-end, je laisse la plume à ceux et celles qui voudront compléter ce petit « reportage » en partageant leurs impressions via l’espace commentaire !


    * le lien vers l’article sur la première venue du frère John à La Bertais se trouve ICI
    ** si vous souhaitez recevoir l’enregistrement intégral de cette conférence, faites vous connaitre en commentaire…


     

     

  • Au revoir Marie-Paule

    Peu d’entre vous connaissait cette amie très proche de Viviane, mais ceux et celles qui avaient pu échanger avec elle lors de ces brèves venues à La Bertais s’en souviendront facilement tant son enthousiasme spirituel était fort.

    Marie-Paule « trainait » un cancer depuis plusieurs années et après une période de rémission, elle a vu son état s’aggraver ces derniers mois au point que les traitements médicaux classiques ont dû être suspendus. Mais comme le montre la vidéo suivante enregistrée il y a environ trois semaines par Viviane, Marie-Paule se préparait très activement à ce départ et était capable de témoigner d’un accomplissement intérieur peu banal.

    Je ne doute pas que de là où elle est, elle poursuive activement son cheminement;  et telle que je la connais,  je pense même qu’elle continue à avoir à coeur de nous encourager à faire de même « de notre côté du miroir »…

     

    Marie-Paule participait à l’atelier mensuel  « Sagesse et Méditation » que j’anime à la TA depuis trois ans et appréciait beaucoup ce qui s’y passait.
    Cette saison, nous avons entre autre travaillé sur la Katha Upanishad, texte qui la touchait particulièrement puisqu’il raconte un expérience peu banale de NDE.

    Un jeune garçon se retrouve projeté dans l’au-delà suite à un coup malencontreux porté sur lui par son père en colère. Dans le coma pendant trois jours, il rencontre Yama  (le dieu de la Mort) et arrive à lui sous-tirer les enseignements secrets de l’adhyâtma-yoga avant d’être ramené à la vie.

    Ci-dessous quelques versets emblématiques que j’offre comme viatique à Marie-Paule (car c’est Yama lui-même qui prononce ces paroles !)

    La conscience véritable n’est soumise ni à la naissance ni à la mort.
    Elle n’est ni l’effet ni la cause de quoi que ce soit.
    Elle est non-née, éternelle, impérissable.
    Racine ancestrale, elle n’est pas tuée quand le corps est tué.
    Si le meurtrier pense qu’il tue effectivement cette conscience quand il tue un corps, ou si la victime pense que sa conscience profonde est tuée quand son corps est tué, l’un et l’autre sont les jouets d’une conception erronée.
    Car en vérité cette conscience ne peut ni tuer ni être tuée.
    Elle qui est plus infime que le très petit et plus immense que le très grand, siège dans le cœur de toute créature.

    Celui qui n’est pas agité par d’autres vouloirs peut contempler la gloire majestueuse de son propre Soi derrière ses sens et son esprit pacifiés,
    et il se retrouve dès lors libre de toute souffrance. (Katha Up  I-II-18 à 20). 


    Les obsèques de Marie-Paule Le Barbier auront lieu mardi matin 17 mai à 10h30 – église St Joseph, 29 Rue Monsieur Vincent, Rennes (près de la rue de Vern). 

     

  • La chorale de La Bertais (1)

    Première répétition pour la toute nouvelle chorale de La Bertais. Sous la houlette d’André ROBERT, et après un après-midi consacré à l’entretien des espaces verts, nous nous sommes initiés une heure durant au chant traditionnel à répondre.

    Pour mémoire, le projet est que lors de la célébration des 30 ans de La Bertais le samedi 1er octobre prochain, notre repas festif soit émaillé de tels chants. Il est donc bienvenu que nous soyons les plus nombreux possible à avoir déjà entendu ces chants et, si possible, à en avoir déjà mémorisé quelque peu les mélodies. Quant aux paroles, comme vous allez pouvoir le constater sur les vidéos suivantes, on les apprend facilement sur le tas, puisqu’on répète le plus souvent les propos du meneur…

    Bon, vous avez 7 semaines pour vous entrainer. Nous nous retrouverons en effet le samedi 18 juin (inscriptions via la page d’accueil de notre site) pour une seconde répétition de ces quatre premières chansons… plus quelques autres que nous ajouterons alors à notre répertoire.

    PS : c’est pour des raisons techniques (poids des fichiers) que les trois premières vidéos ne reprennent qu’un seul couplet. Bien évidemment André à « tout chanté » à chaque fois, et nous avec lui !

    Belle alouette grise…


    La fête s’annonce bien arrosée, mais rassurez-vous, « pas à en perdre la raison » sous peine de devoir rentrer chez soi « à saute-mouton » !


    Essayez de chanter à votre tour, celle-ci est facile !

    « Bon vent, vogue la galère, hissez la misaine ohé matelots

    Bon vent vogue la galère, il était corsaire de St Malo »


    Une dernière pour la route  : La piastre des Etats (dans sa version originelle québécoise !)

  • Le secret du bonheur

    Toujours dans la dynamique du week-end sur les lettres de Swâmiji, voilà un article d’il y 9 ans, qui présentait une lettre sur le thème de la joie. Avec des explications claires sur les termes sanscrits et les concepts d’ãnanda et de prãjnana. Et les lois de la différence et du changement. Ce thème de la joie avait fait l’objet d’un échange très fort lors du séminaire à la Bertais. Nous vous invitons à la redécouvrir et à partager vos impressions à la suite des commentaires d’alors. Mireille

     

    Cet article m’a été inspiré par le thème traité dans la dernière Lettre d’Hauteville, celui de la joie. Aux pages  10 et 11  de cette Lettre, Yves a regroupé des extraits de lettres de Swâmiji où il est question de la joie, ou plus exactement de ce que Swâmiji nomme en sanskrit « ānanda « .

    Deux termes sanskrits reviennent en boucle dans l’extrait de lettre qu’à la suite d’Yves je me suis évertué à traduire à mon tour : ānanda (bonheur) et prajñāna (connaissance)termes particulièrement riche de sens, mais qu’il est bien difficile de rendre par un seul mot en français. La difficulté est telle que dans la version anglaise de la lettre, ces deux mots n’ont pas été traduits! On a donc le choix : soit, comme Yves l’a fait, on prend l’option de remplacer ces deux mots sanskrits par un  équivalent français. Soit on conserve le mot sanskrit entre parenthèse, et on s’imprègne préalablement de ses diverses significations possibles de telle sorte que ces significations restent à l’arrière plan de notre conscience quand on lit  le mot français retenu par le traducteur. C’est cette option que, contrairement à Yves, j’ai retenu ci-dessous pour ma propre traduction…

    Autre difficulté à signaler : la version originale de cette lettre, adressée à une disciple-femme du nom de Kamala Basak, a été rédigée en bengali (la langue maternelle de Swâmiji). Avant de nous parvenir, elle a donc été traduite une première fois du bengali à l’anglais par un disciple indien bilingue, puis retraduite de l’anglais au français par Daniel Roumanoff. Enfin, c’est en repartant de la version anglaise et en la comparant à la traduction française de Daniel qu’Yves, puis moi-même, avons élaboré chacun notre traduction personnelle…

    En ce qui concerne la mienne, cela explique pourquoi je me suis senti autorisé à prendre quelques libertés avec le mot à mot anglais. Car ce mot à mot n’est pas directement de Swâmiji mais est déjà le produit d’une traduction. Du coup je me suis davantage attaché à saisir l’esprit de cette lettre qu’à en respecter la forme… Bien entendu, ma propre traduction ne prétend nullement être meilleure que celle d’Yves et encore moins que celle de Daniel. Elle vaut surtout en tant qu’effort fait pour m’imprégner du magnifique message véhiculé par cette lettre. J’invite ceux d’entre vous qui lisent l’anglais à tenter de faire de même : retraduire avec les mots qui vous touchent le plus ce morceau d’anthologie!

    Venons-en à présent aux deux concepts clés :

    A propos d’ ānanda :

    Dans son acception traditionnelle, le mot est habituellement rendu par « béatitude », parfois même par « félicité » et s’applique d’abord et avant tout à la réalité absolue (Brahman) qui est décrite comme Etre-Conscience-Béatitude « sat-chit-ânanda « . Ensuite et par extension ce terme sert à qualifier l’état intérieur du Sage qui a réalisé ce Brahman et qui est donc imprégné d’ânanda (ainsi que d’Etre et de Conscience). Mais dans l’approche pragmatique de Swâmiji, le mot sert aussi à désigner le simple fait d’être heureux. Dans sa bouche, il signifie donc, selon le contexte, le bonheur, la satisfaction et, par extension, l’épanouissement. Quant à la traduction d’Yves par joie, elle est un peu inattendue mais assez éclairante, car du coup les textes de Swâmiji qui parlent d’ânanda deviennent encore plus proches de nos préoccupations habituelles.

    A propos de prajñāna :

    Si traditionnellement le mot signifie bien « connaissance parfaite » ou « connaissance suprême », il est fondamental de comprendre qu’il renvoie bien davantage à la sagesse qu’au savoir. Aussi personnellement, j’aime bien rendre ce terme par la notion de « compréhension parfaite » qui me semble avoir une dimension moins cérébrale et plus empathique que celle de « connaissance ». Issus de la même racine sanskrite jnâna (connaissance), on trouve deux termes cousins dans l’enseignement de Swâmiji : vi-jnâna et pra-jnâna. Vijñāna, c’est la connaissance discursive ou analytique, produite par un effort de compréhension intellectuelle, celui que l’on fait par exemple quand on entend le maître nous exposer les principes de base de son enseignement ou quand on lit un de ses écrits. Rappelons dans ce contexte que le premier des quatre piliers de l’Adhyâtma Yoga se nomme justement « védânta vijñāna« . La voie démarre donc avec  l’acquisition de vijñāna, la compréhension claire des principes védantiques, et plus précisément ici de ce que Swâmiji appelait les lois de la vie : différence, changement et interaction. Quand ces lois sont suffisamment assimilées par la mise en pratique, la connaissance analytique initialement reçue se transforme peu à peu en une connaissance synthétique et intuitive, pra-jnâna. Ce qui différencie prajñāna de vijñāna c’est qu’il ne s’agit plus d’un savoir de notre tête mais d’une sagesse de notre être. Par exemple, à force de s’être intelligemment frotté à la vérité de la différence, vient un moment où le mental « capitule » et ou le pratiquant intègre cette loi dans son coeur. A partir de là, ce sont toutes les fibres de son être qui se retrouvent comme imprégnées de cette vérité et de l’attitude d’accueil inconditionnel qui signe prajñāna. C’est en ce sens, qu’on doit ajouter une dimension de « sagesse » au mot prajñāna  et le différencier radicalement de la connaissance cérébrale ordinaire.

    Munis de ces deux clés, nous voilà prêts pour apprécier toute la valeur de ce texte magnifique que je vous livre à mon tour dans une traduction remaniée, que vous pourrez confronter à la version anglaise donnée ci-après. (Vous pouvez aussi relire la traduction française de Daniel Roumanoff, in « La vérité du bonheur », page 60).


    La joie (ânanda) est le seul ami qui vaille la peine. Comment obtient-on cette joie (ānanda) ? En voyant les objets tels qu’ils sont, en cessant de les voir autrement qu’ils ne sont. La souffrance vient seulement du fait de voir autre chose que ce qui est vraiment. C’est la reconnaissance correcte et complète (de ce qui est) qui empêche de s’égarer. Et on n’aura pas à souffrir si on ne s’égare pas. Si vous connaissez les lois en matière de relation avec tous types de personnes, en toute occasion et en chaque situation et si, de plus, vous mettez ces lois en pratique, vous ne pouvez pas vous perdre ; et si vous ne vous perdez pas, vous n’aurez à subir aucune souffrance, insatisfaction, désagrément ou indignation.

    En fait, ces lois (de la différence et du changement), vous les connaissez ; ce que vous avez besoin de faire c’est simplement de les garder toujours à l’esprit.

    Etre au courant et conscient de ces lois, les comprendre à la fois dans le principe et dans la façon concrète de les appliquer, voilà ce qui est connu sous le nom de prajñāna ou la parfaite connaissance. Celui qui se met sous la protection d’une telle compréhension (prajñāna), celui qui prend refuge en elle, atteint la joie éternelle (ānanda). Et un tel refuge n’est jamais remis en cause. L’argent, la richesse, le mari et les enfants, tous sont transitoires et ne durent qu’un temps car personne n’appartient à personne. Par ailleurs personne n’est en mesure de retirer la souffrance et l’agitation de votre propre coeur. On ne peut se libérer de toute cette souffrance que par ānanda, la joie qui est issue de cette compréhension parfaite (prajñāna).

    L’application concrète de cette compréhension (prajñāna) consiste à considérer chacun comme soi-même de tout son cœur, et à faire des efforts pour le bien-être de chacun (tant sur le plan physique que sur celui des réactions mentales de plaisir et de peine). Si vous avez une compréhension réelle de ces lois, vous ne pouvez haïr personne. Cela vous rend capable d’aimer chacun, tout en sachant bien sûr que vous ne pouvez rien attendre de qui que ce soit, car deux personnnes ne sont jamais semblables. Ainsi, voyez-vous, si vous aimez, par voie de conséquence vous trouvez la joie (ānanda) ; mais, comme vous n’attendez rien, vous échappez au mécontentement causé par quelque chose qui viendrait à l’encontre de votre attente : alors vous restez en possession de la joie seule (ānanda). De plus, quand vous vivez avec des gens, il y a toujours une possibilité qu’ils fassent au moins une chose qui soit à votre convenance, ceci ne fera alors que renforcer votre joie (ānanda). Ainsi il n’y aura rien d’autre que la joie (ānanda) dans votre vie. Vous êtes heureuse si vous obtenez quelque chose et vous êtes également heureuse si vous n’obtenez rien.

    Avec cette compréhension correcte et parfaite, (prajñāna),  vous possédez donc une réserve inépuisable de bonheur.

    Et pour cela, le refuge en prajñāna est le seul point d’appui…


     Ânanda is the only friend worth having. How is this ānanda acquired? By seeing an object exactly as it is; by not seeing it as contrary to what it is. Suffering comes only from seeing it as something else. Proper and complete knowledge prevents one from being led astray. And, one does not have to suffer if one does not go astray. If you know the law in respect of dealing with all kinds of people on all occasions and in every situation, and if, moreover, you follow that law in practice, you cannot go astray; and if you don’t go astray, you don’t have to undergo any suffering, dissatisfaction, annoyance or indignation. These rules indeed you know; what you need do is simply to keep them always in your mind. Being conscious and aware of these laws, knowing them fully and completely, is indeed what is known as prajñāna, or perfect knowledge. He who is protected by prajñāna, he who takes shelter under prajñāna, attains everlasting ānanda. His place of refuge is never demolished. Money, wealth, husband and sons are all transient: all these last only for a while; no one is [really] one’s own. No one is capable of removing one’s heart’s suffering and unrest. One is freed from all these by ānanda derived from prajñāna. To consider everyone as your own with the whole of your heart, to make efforts for the welfare of everyone (the physical body comprising flesh and blood, as well as mental reactions of pleasure and pain, are common to everyone) : this indeed is the practical application of prajñāna. If you have a proper comprehension of the rule, you cannot hate anyone. That makes you love all, though, of course, you can’t expect anything from anyone, for no two things are alike. So, you see, if you love, you find ânanda thereby, but, as you don’t expect anything, you are saved from the disappointment caused by something going against your expectation: thus you are left in possession of ānanda alone. Moreover, when you are living with some people, there is every possibility that they would do at least something which will be to your liking: that would only enhance your ānanda. [So, you are left with] nothing but ānanda. You are happy if you get something; and you are also happy if you don’t get anything. You have an inexhaustible treasurehouse of this happiness [in the form of] proper understanding, perfect understanding, prajñâna. Refuge in prajñâna is the only support…

     

  • Le fruit du jaquier

     

    Voici un replay qui date d »il y a 14 ans ! Et qui se révèle toujours d d’actualité, aussi bien du fait de l’ intemporalité de l’enseignement, mais surtout car il fait écho au récent week-end sur les lettres de Swamiji. A l’époque (été 2008), les stagiaires avaient déjà pris pour axe de réflexion et pratique les lettres écrites par Swamiji. Pour ceux d’entre vous qui n’ etaient sans doute abonnés au blog à  l’epoque mais aussi pour une essentielle piqûre de rappel pour les autres, nous vous re-editons cet article avec l introduction d’alors de Yann. N hesitez surtout pas à  poster des commentaires, même à la suite des anciens. Ils apparaitront en fil d d’actualité et nul doute qu il y a toujours autant de matière. Mireille.


    Article paru le première fois le 13 septembre 2008

    Durant le stage d’été « sur les pas de Svâmiji », nous avons pris pour support de travail quotidien une des Lettres écrites par Svâmiji à ses disciples indiens.

    Chaque jour, je sélectionnais une lettre en lien avec le thème de la journée et chacun était invité à faire un certain travail à partir de cette lecture…

    Mais figurez-vous qu’en fin de semaine, j’étais loin d’avoir épuisé toutes les Lettres méritant une telle attention ! Aussi lors du repas conclusif, j’ai proposé une petite animation complémentaire sur le thème « Les lettres auxquelles vous avez échappés cette semaine » (clin d’oeil à la 4ème de couverture de Charlie Hebdo, pour ceux qui connaissent!).

    Une de ces lettres, (donc présentée en of), résume tellement bien l’axe principal de l’enseignement de Svâmiji que j’ai demandé à Catherine (prof d’anglais) de m’aider à la traduite, ce qu’elle vient de faire…

    Je ne résiste donc pas à partager avec vous ce véritable morceau d’anthologie…Yann

     

    Lettre à Mme Kamala Basak, datée du 30 mai 1942

    Pourquoi existe-t-il des goûts différent ? Le piment, le poivre et le gingembre sont piquants, le tamarin et le citron sont acides, l’orange de Sylhet est sucrée et celle de Nagpur est légèrement aigre, le neem est amer, le harîtaki et le amalaki sont astringents et le sucre est sucré. Pourquoi ?  Parce que c’est dans leur nature (d’être ainsi). Ils sont comme cela, (un point c’est tout). Vous n’allez pas (vous mettre à) mépriser le piment sous prétexte qu’il est piquant, ni le neem  sous prétexte qu’il est amer.
    piment.JPGQui plus est, voyez comme le piquant du piment, du poivre et du gingembre diffèrent pour chacun d’entre eux. La qualité de piquant des piments varie également selon les espèces. Si chaque jour de la semaine vous utilisez une espèce différente de piment, votre cuisine, sera en proportion, chaque fois différente. Et avant d’utiliser telle ou telle espèce, il vous faudra bien prendre en compte son degré effectif de piquant.


    Exactement de la même manière, chaque personne est différente : l’une est acide, une autre est amère tandis qu’une autre encore sera aigre ou telle autre sucrée.
    Et parmi celles qui sont de nature piquante, il y en a même qui excellent dans leur côté piquant…
    Quand vous vous adressez aux autres, si vous ne gardez pas les oreilles et les yeux grand ouverts, il vous est impossible de les comprendre réellement. Dans ce cas, comment pouvez-vous avoir une relation juste avec ces personnes?
    Approchez les autres avec un visage souriant avant de leur parler : quelle que soit leur attitude à votre égard, qu’ils soient jaloux ou en colère contre vous, ne nourrissez  au fond de votre cœur que de l’affection pour tous et faites en sorte que votre attitude joyeuse et amicale soit en accord avec votre comportement à leur égard.


    Et comment faire ? Et bien,
    pensez au fruit du jaquier…

    fruit_jaquier.jpg

    Vous aurez beau souhaiter le contraire, vous ne pourrez pas faire abstraction du fait que ce fruit a un jus laiteux et collant. Si vous devez couper un jaquier, il ne faudra pas oublier de vous enduire les mains d’huile de sorte qu’elles ne deviennent pas collantes à cause du jus de ce fruit. Voilà comment vous vous protégerez les mains de ce jus collant. De la sorte, vous n’aurez plus aucun souci avec le caractère collant qui est le propre de ce jus.


    De même, si vous gardez à l’esprit que chacun agit toujours comme il l’entend, que c’est dans sa nature d’agir ainsi, que c’est véritablement une loi, pourquoi souhaiteriez vous un événement qui soit contraire à la loi ? Garder ceci à l’esprit, c’est comme de s’enduire l’esprit d’huile à la façon dont vous le faites pour vos mains : en agissant ainsi, la jalousie ou la colère des autres n’aura pas plus de prise sur vous que le jus du jaquier !

    S. Prajñânpad

    PS : Le jacquier, ou jaquier, est un arbre de la famille des Moraceae, originaire d’Inde et du Bangladesh, cultivé et introduit dans la plupart des régions tropicales en particulier pour ses fruits comestibles. C’est une espèce proche de l’arbre à pain avec lequel il ne doit pas être confondu. Il est cultivé majoritairement en Asie du Sud-Est et au Brésil.

    De nombreuses espèces de la famille des moracées contiennent du latex. Celui du jacquier, produit par toutes les parties de l’arbre, est particulièrement abondant et collant. Il circule dans de gros canaux laticifères.
    La colle jacque était traditionnellement utilisée pour ses propriétés adhésives et pour piéger les oiseaux.

    Source Wikipédia

    arbre_jaquier.jpgrecolte_jacquier.jpg

  • Echo du week-end « sur les pas de Swâmiji »

    Nous en avions « rêvé », nous l’avons fait : consacrer tout un week-end à se confronter individuellement et en groupe au contenu de certaines des Lettres que Swâmiji a envoyées à ses disciples tout ou long de sa longue « carrière » de guide spirituel.

    Evidemment, il ne pouvait pas être question en deux jours de passer en revue l’ensemble des lettres qui font la matière des trois tomes des Collected Letters (en anglais), ni même de celles d’entre elles que Daniel et Colette Roumanoff ont pris la peine de traduire en français et de présenter dans les trois ouvrages de référence (L’art de VOIR, Les Yeux OUVERTS, et la Vérité du BONHEUR).

    Avec Anne-Marie, nous avions donc commencé par faire une première sélection d’une quarantaine de lettres tirées soit des livres en français soit des trois tomes en anglais. Puis nous avions tenté d’évaluer celles qui se prêtaient le mieux à l’exercice que nous souhaitions faire. Nos critères étaient que chaque lettre devait tenir sur une seule page, qu’elle ne traite que d’un seul sujet principal et qu’elle ne répète pas ce qu’une autre Lettre disait déjà. C’est ainsi que finalement nous sommes arrivés à ne conserver de notre première sélection qu’une petite trentaine d’entre elles…

    Ce sont ces lettres qui ont été proposées à la vingtaine de participant(e)s au week-end, à raison d’une lettre par personne choisie « en aveugle » (mais sous le regard d’Arnaud et de Swâmiji).

    Chacun s’est ensuite isolé pendant trois quarts d’heure  pour prendre connaissance et réfléchir à la Lettre qu’il avait reçue en utilisant le canevas proposé « Qu’est ce que je ressens à la lecture de cette Lettre, qu’est-ce que j’en comprends, comment puis-je relier cela à ma vie et à ma sadhana ? »

    Puis le travail de groupe a consisté en un partage des prises de conscience et des questionnements que chacun avait pu faire,  le tout piloté par les animateurs et enrichi par leurs propres apports.

    Le premier constat qui s’est imposé, c’est que de façon aussi étonnante que mystérieuse la plupart des participant(e)s se sont retrouvé(e)s avoir en main  une lettre qui convenait particulièrement bien à leur problématique personnelle ou à leur dynamique. Dans de très nombreux cas, la chose était tellement frappante qu’on ne pouvait pas ne pas sentir que l’énergie de Swâmiji et d’Arnaud était à la manoeuvre en coulisse…

    Bon, mais si ce n’est le petit reportage photo qui suit, je ne vous en dis pas plus sur le fond, car je préfère laisser la plume aux participant(e)s eux-mêmes…

    L’auditoire du samedi (désolé Edmonde, tu étais hors champ !)

     

     

     

    Avec un temps radieux, les fleurs printanières étaient partout « en joie »

     

    Quand les animateurs font aussi équipe pour le séva !

     

    Le « bhoga » du thé !

     

    A vos plumes !


     

  • Cheminer vers la Sagesse, chapitre 5 : Atman = Brahman

    Avec ce cinquième chapitre, je vous propose de prendre de la hauteur en envisageant à présent les fondements philosophiques de notre voie. Il sera donc pour certains un peu plus difficile à lire et surtout vous n’aurez pas la possibilité de l’illustrer de vos propres témoignages, contrairement aux précédents. Qu’à cela ne tienne, ne vous privez pas néanmoins de le commenter et/ou de poser les questions qu’il pourrait vous inspirer. La rédaction n’a pas été facile pour moi, et je suis certain que mon exposé peut encore être amélioré. Je tiendrais donc le plus grand compte de vos remarques pour une éventuelle seconde mouture…

     

    Sinon, merci à ceux et celles qui ont continué à m’envoyer leurs témoignages concernant les chapitres 2, 3 et 4 et pour ceux ou celles qui hésitent encore, sachez que je continue à être intéressé par votre prose…

    Comme annoncé dans un article précédent, je vais « distiller » peu à peu ces témoignages (en les anonymisant quand il s’agira d’expériences ayant un lien direct ou indirect avec  la pratique du chemin).

    Ainsi, voici aujourd’hui un récit assez touchant. D’une part parce qu’il illustre ce qu’un séjour dans un lieu spirituel comme Hauteville peut parfois avoir comme conséquence inattendue. Et d’autre part parce qu’il confirme magnifiquement ce que j’ai évoqué dans le chapitre 3 de façon peut-être trop brève, à savoir que la sexualité peut, elle aussi, être le point de départ d’authentiques expériences spirituelles…

    Et puis, en bas d’article, vous trouverez le lien de téléchargement de ce chapitre 5…


    TEMOIGNAGE :

    Après une semaine passée à Hauteville, mon compagnon de l’époque vient me chercher pour quelques jours à partager ensemble. Je ne sais plus si l’événement vécu était le jour même ou le lendemain. Qu’importe, c’était de toute façon  nos retrouvailles ! Il se trouve qu’en tant que femme, je me suis toujours sentie avec une sexualité harmonieuse et épanouie, n’ayant aucune inhibition à « faire l’amour », cela y compris quand j’avançais en âge (j’avais plus de cinquante ans lorsque cet événement s’est produit).

    Toujours est-il que cette fois là, après les retrouvailles de nos corps et de nos coeurs, j’ai senti un état particulier s’installer, avec une imprégnation sensorielle plus large, plus fine, plus vaste, me dépassant. Une expansion des perceptions qui semblait n’en plus finir.
    Peu après, nous décidons d’aller nous promener dans le parc de la ville qui était d’une grande beauté à cette période du printemps.
    Etrangement, une fois dehors, cette perception / sensation inhabituelle qui avait commencé à la fin de notre relation sexuelle a continué son expansion, englobant bientôt toutes les entités perçues ( arbres, fleurs, personnes, objets ) pour les fondre dans un « Tout » non limité.

    Dire le mot « Tout » est inapproprié…(mais je n’en trouve pas d’autres) car il implique une limite, une barrière, une fin, qui n’existait pas dans mon expérience d’alors. Peut-être qu’il me faut dire « un Tout ouvert, en expansion vers l’infini ».

    Toujours est-il que « Je » n’existait plus et s’était fondu dans cette vastitude, entraînant une perception cosmique et panoramique.
    Sensation de ne plus être un « sujet » et de voir tout ce qui était, de façon désincarnée…illimitée…exponentielle.
    Cet état particulier a probablement duré 1 heure ou un peu plus.

    Puis, visite du mental qui dit : « tu deviens folle, reprends toi ! tes perceptions sont modifiées …oh ! la, la ! Si tu restes toujours comme cela ! »
    Et voilà  : « je » était de retour avec l’émotion de la peur!

    Les jours passés ensuite avec mon compagnon m’ont fait peu à peu perdre de vue cette expérience et la vie a repris son cours normal.
    Je me suis simplement dit que cette fois-là l’orgasme avait atteint un paroxysme, qui jusque là m’était inconnu.
    Je n’ai jamais parlé de cet événement à quiconque.
    Ce n’est que tout récemment, en évoquant le thème des expériences d’Eveil avec Yann, que j’ai compris qu’il s’agissait d’une manifestation de la Conscience, de la non-séparation, du sans-forme, de l’Amour.

    Nous sommes tous « frères et soeurs » sur le chemin et une expérience partagée par l’un(e) ouvre parfois des portes que d’autres gardaient fermées ; c’est en tout cas cette conviction qui m’a décidé à témoigner ci-dessus de ce vécu pour le moins « hors norme » (qui ne s’est jamais reproduit ensuite pour moi, du moins avec une telle qualité et intensité)…

     


     

    Et si vous avez raté les quatre premiers chapitres, ils sont téléchargeables ICI

  • Vos expériences de moments de conscience élargie (1)

    Suite à la mise en ligne du chapitre 3 de mon livre « collaboratif »,  et de l’appel à témoignage qu’il contenait concernant vos propres expériences de moments de conscience élargie, j’ai déjà reçu une bonne dizaine de textes, ce dont je vous remercie chaleureusement. Certains (comme Paul…) et certaines (comme Cécile…) m’ont annoncé qu’ils allaient aussi apporter leur pierre à l’édifice et d’autres m’ont  demandé si ce n’était pas trop tard pour le faire.

    Ma réponse :  tant que le livre n’est pas sous presse (et cette perspective est encore assez lointaine!), vous pouvez continuer à m’adresser vos témoignages. Et cela pas seulement sur le chapitre 3 (même si c’est probablement le plus facile à illustrer à ce jour). Je ne sais pas encore comment je vais utiliser vos apports dans la version finale du livre, mais sans plus attendre, je me propose de partager peu à peu sur le blog les témoignages déjà reçus, histoire de permettre à chacun d’en profiter et même d’inciter certains à prendre à leur tour la plume.

    Comme il s’agit de textes touchant directement à la dimension spirituelle, il me semble plus juste de ne pas donner le nom de leur auteur/ autrice. Il serait en effet dommage et même contre-productif que l’ego d’un rédacteur se sente « reconnu » pour quelque chose qui en réalité ne lui appartient pas, ou que des lecteurs soient incités à « penser » à propos de la personne d’où provient le témoignage, alors qu’à nouveau il ne s’agit justement pas d’un vécu exprimant les spécificités de cette personne mais bien ce qui en elle comme en nous dépasse les caractéristiques individuelles !

    La bonne façon de recevoir ces témoignages est donc :

    1. De les utiliser pour renforcer notre propre conviction dans la réalité de ce type d’expérience
    2. De les utiliser comme source d’inspiration pour mieux repérer et apprécier nos propres vécus en la matière

    Sur ce, bonne lecture de ce premier récit !


    Une expérience de suspension du mental dans la nature

     » Cela s’est passé en 2009. Je faisais une balade en forêt. Je n’étais pas forcement bien dans ma tête ce jour-là  et j’avais décidé que  marcher m’apaiserait peut-être…

    Durant cette marche, l’idée m’a pris de me concentrer sur mes sens.
    Je me suis efforcé d’être présent dans mon corps, car je voulais à tout prix réussir à décrocher des pensées envahissantes.

    Je ressentais donc le poids de mon corps sur mes pieds… le touché des troncs d’arbres avec mes mains… je respirais l’odeur de la forêt… j’écoutais le bruit de l’air dans les branches et de mes pas sur les feuilles mortes… j’admirais le soleil à travers les branches…

    Et tout à coup sans prévenir, une chose étrange est arrivée.
    De façon soudaine, le temps d’un éclair, le mental s’est arrêté net.
    Et ce que je percevais avec mes sens s’est vu soudain amplifié.

    J’aime à dire que la réalité était un million de fois plus intense, une perception toute neuve, pure, sans perturbation.
    Il n’y avait plus les processus mentaux habituels : l’oeil voit un arbre, le mental active le mot « arbre », puis ses caractéristiques « un chêne, un douglas… », puis un jugement « beau, tordu, petit, immense… », et éventuellement les souvenirs et les émotions liés à cette vision du moment « le magnifique chêne du jardin de mon grand père » etc…

    Plus rien de tout cela, l’accès direct, pur et puissant à la perception de cette réalité « forêt ».

    Puis brusquement, cette perception élargie s’est arrêtée !
    La brutalité de l’arrêt m’a autant marqué que l’expérience elle-même, car ce que j’ai ressenti à ce moment m’a surpris : une peur.
    Une peur particulière, effroyable, qui a duré une fraction de seconde, mais suffisamment forte pour stopper l’expérience…

    Je me suis ensuite demandé pourquoi j’avais eu si peur d’une telle expérience, au demeurant magnifique ?

    Il m’a fallu quelque temps pour analyser cette peur.
    Puis ça m’a sauté aux yeux…
    J’ai repensé à une lecture ou une causerie d’Arnaud disant que la peur la plus forte n’était pas la peur de mourir, mais la peur de disparaître (je ne sais plus quels étaient ses mots exacts).
    Ce n’était effectivement pas la peur de mourir qui avait stoppé net l’expansion de ma conscience, mais la peur qu’avait éprouvée mon ego, cette construction à laquelle je suis identifié, de disparaître, de s’effacer comme lors d’un plantage informatique… Et en effet, j’ai reconnu que c’était cette peur de disparaitre qui m’avait re-crispé sur moi-même et ré-enfermé dans la perception ordinaire de la réalité.

    Lors de promenades ultérieures, à de nombreuses reprises, j’ai tenté de reproduire ce moment  d’exception.
    Mais à ce jour, cela a été peine perdue. 

    J’en ai déduit que si mon mental a bien été piégé une fois, il n’est pas prêt à se laisse reprendre : trop malin, le bougre!

    J’ai donc fini par considérer cette expérience d’une façon détachée, comme un cadeau de la vie, un clin d’oeil qui disait « c’est bien , tu es sur le bon chemin… »

     

     


     

  • Séminaire « sur les pas de Swâmiji » des 26-27 mars 2022

    Quoi de mieux pour faire le point sur notre compréhension des principes fondamentaux de l’adhyâtma yoga que de se replonger le temps d’un week-end dans les Lettres que Swâmiji a échangées au cours de son existence avec ses principaux disciples ?

    Et pour que cette reviviscence ne reste pas théorique, quoi de plus adapté que de partager quelques heures de travail manuel collectif, puis de voir ensemble comment les enseignements évoqués en première partie de journée auront pu trouver à s’appliquer à ce temps de vie communautaire ?

    C’est en effet sur cette double proposition que nous avons conçu ce séminaire d’un genre quelque peu inédit.

    Les samedi et dimanche matins, nous distribuerons à chacun une lettre de Swâmiji, comme si le facteur venait de la déposer à son intention.
    Vous aurez alors un temps personnel pour lire et réfléchir au message que Swâmiji vous aura en quelque sorte adressé personnellement.
    Après quoi, une réunion de questions-réponses aura lieu au cours de laquelle vous pourrez dire ce que vous retirez de votre Lettre, les questions qu’elle vous pose, les exemples de mise en pratique que vous pouvez fournir pour illustrer votre compréhension…

    En début d’après-midi, il y aura un temps de séva qui sera conçu pour tenter d’appliquer les clés de compréhension qui auront été revisitées le matin. Suite à quoi, une nouvelle réunion aura lieu pour partager la moisson d’échantillons récoltés pendant le temps de travail manuel collectif.

    Ainsi nous nous réjouissons de vous retrouver nombreux et motivés à l’occasion de ce week-end que nous avons conçu pour nous faire progresser toujours plus dans l’assimilation de ce qu’est la pratique de ce chemin qui a du cœur….

    Horaire et programme indicatif :

    Activités communes : le samedi 26 mars de 9h45 à 19h, le dimanche 27 mars de 9h45 à 17h30
    Équipe organisatrice : du vendredi après-midi à partir de 14h30 au dimanche vers 18h (cf. coupon-réponse).

    • Samedi 26 mars
      9h45 : Accueil des participants à La Bertais.
      10h00 : Méditation introductive avec Yann et Anne-Marie
      10h15 : Réception par chacun d’une première Lettre de Swâmiji et temps personnel de réflexion
      11h00 : Réunion question/réponse autour de la lettre reçue par chacun
      13h00 : Repas (pique-nique à apporter par chacun)
      14h00 : Yoga-nidra ou temps personnel
      14h30 : Travail manuel collectif (séva)
      16h45 : Thé convivial
      17h30 : Réunion autour des échantillons collectés durant le séva
      19h00 : Fin des activités communes de la première journée

     

    • Dimanche 27 mars
      9h45 : Accueil des participants à La Bertais.
      10h00  : Méditation introductive avec Yann et Anne-Marie
      10h15 : Réception par chacun d’une seconde Lettre de Swâmiji et temps personnel de réflexion
      10h45 : Réunion question/réponse autour de la lettre reçue par chacun
      12h45 : Repas (préparé sur place)
      13h45 : Yoga-nidra ou temps personnel
      14h15 : Travail manuel collectif (séva)
      15h30 : Réunion autour des échantillons collectés durant le séva
      17h00 : Méditation conclusive
      17h15 : Thé (facultatif)
      17h45 : Fin des activités communes et rangement (pour les membres de l’équipe organisatrice).

    Participation financière :

    Nous avons pris la décision de ne pas tarifer ce week-end, chacun étant invité à faire une donation d’un montant laissé à son appréciation.
    Cependant, et à titre indicatif, sachez que pour équilibrer son budget, l’Association aurait besoin que la moyenne des participations s’élève à environ 80€ par participant pour le week-end complet (repas du dimanche inclus) et à environ 40€ pour la seule journée du samedi (du fait de la dynamique du week-end, il ne sera pas possible de ne venir que le dimanche).

    Hébergement :

    • L’hébergement sur place sera réservé en priorité aux membres de l’équipe organisatrice arrivant à La Bertais dès le vendredi soit à partir de 14h30, soit avant le thé de 17h, moyennant quoi un dîner sera prévu pour ces personnes le vendredi soir.
    • Si vous habitez Rennes ou à proximité de La Bertais et que vous disposez de places pour loger les participants les plus éloignés, merci de vous proposer lors de l’inscription.
    • De même, si vous venez de loin et souhaitez bénéficier d’un tel mode d’hébergement “ amical ”, signalez-le en vous inscrivant. Dans la mesure de l’offre, nous vous mettrons alors en relation avec un logeur bénévole.
      Il est aussi possible de loger à proximité immédiate de La Bertais, en chambre d’hôtes ou à l’hôtel de Sens-de-Bretagne. La liste des principales solutions d’hébergement se trouve ICI.

    Autres points pratiques :

    • Pour les méditations du samedi et du dimanche, pensez à amener votre châle personnel.
    • Inscriptions : Pour participer à ce séminaire, merci de vous inscrire en ligne au plus vite en cliquant ICI
      En cas de difficulté à utiliser ce moyen électronique, vous pouvez téléphoner à Joël Caillerie qui vous aidera à réaliser votre inscription (tel : 06 75 05 96 46, uniquement le matin des jours ouvrables).

  • Cheminer vers la Sagesse, chapitre 4 : Dangers et limites de la désidentification involontaire

    Ce quatrième chapitre est nettement plus court que les précédents et comme il est un prolongement du même thème (moksha), je ne sais pas encore si à terme cela ne fera pas qu’un seul chapitre. Bon, pour l’instant cette présentation a l’avantage de rendre la lecture de votre feuilleton préféré plus digeste. Cette fois encore, vous trouverez un appel à témoignage à la fin du texte. N’hésitez pas à y répondre si votre lecture vous a inspiré!

     

    Sinon, comme on pouvait s’y attendre, j’ai déjà reçu bon nombre de contributions en ce qui concerne le chapitre 3. Merci tout particulièrement à Célia, Claude, Mohamed, Monique et Viviane ! Par ailleurs, plusieurs d’entre vous n’ont annoncé leur intention de contribuer à leur tour. Au total, il va donc y avoir de la matière pour une sorte de compilation des expériences spirituelles spontanées, faites par les membres de notre sangha !

    A titre illustratif, je reproduis ci-dessous un petit texte, qui, en nous livrant ce qui semble n’être à première vue qu’un simple souvenir d’enfant, illustre à mes yeux que l’élargissement du champ de conscience est bel et bien possible dès le plus jeune âge !

     

    Mon père

    Enfant, tu m’as montré la vastitude, ce qui nous dépasse, moment inoubliable de ma mémoire d’enfant

    Je revois et revis le contexte, nous étions seuls, du moins je le crois… dans cette partie surélevée du jardin, face à la maison « Maussion ».

    Tu me montrais les étoiles et me disais que lorsque leur lumière nous parvenait, la plupart n’existait plus.

    Phénomène incompréhensible pour l’enfant que j’étais.

    Mais ce que je percevais et ressentais était le mystère, la beauté qui aspire car elle n’est pas de notre fabrication humaine.

    J’étais fascinée, happée par ce spectacle dans lequel tu me plongeais.

    Nous étions tous les deux dans l’envoûtement de ce mystère.

    Tu m’as ouvert les portes de l’incompréhensible, de ce qui dépasse l’entendement.

    Cette empreinte, cette fascination, ont sculpté ma vie .

    Régulièrement, je m’installe pour regarder les étoiles, plonger dans ce mystère, m’en imbiber

    Etre avec  le «plus grand», le « plus vaste»

    Toi, le Raisonné tu m’as ouvert à l’Irraisonné

    Gratitude

     

     

    Et si vous avez raté les trois premiers chapitres, ils sont téléchargeables ICI

  • Cheminer vers la Sagesse, chapitre 3 : Moksha, le but ultime de la vie

    Ouf ! j’ai eu du mal à accoucher de ce troisième chapitre, mais ça y est, le voici à votre disposition !

    La petite équipe des correcteurs m’a fait des premiers retours très élogieux, ce qui me laisse penser qu’à votre tour vous allez trouver un vrai intérêt à cette lecture. Cette fois encore, je fais appel à vos témoignages à la fin du chapitre et, comme vous n’allez pas tarder à vous en rendre compte, vous n’aurez que l’embarras du choix pour contribuer à enrichir mon texte à l’aide de vos propres exemples (lien de téléchargement en bas de l’article).

    Le jeune Nachiketa apprend le secret de l’Eveil de la bouche de Yama

    Concernant le chapitre sur le Dharma, j’ai reçu à ce jour cinq témoignages.  Alain S, Arnaud R, Viviane G, Rémy L et Claude G, un grand merci à vous !

    Malheureusement, il n’y a que le témoignage d’Alain qui corresponde complètement à ce que je souhaitais, c’est-à-dire un récit où c’est l’intervention d’un tiers de confiance (guide spirituel ou à défaut upa-guru) qui vous a permis de vous réaligner avec l’intelligence de la vie, avec en prime la description de ce que vous avez éprouvé sensoriellement lors de cette expérience de recentrage. Je reste donc demandeur d’autres témoignages de ce type.

    A titre d’exemple, voici un extrait du témoignage d’Alain qui illustre le mieux cette double attente.

    « Pendant dix ans j’ai enseigné le Tai-Chi dans une association de dimension internationale. Mon investissement dans la pratique et dans la vie de l’association était conséquent. Je participais régulièrement à des stages de formation à l’étranger et j’assumais de nombreuses responsabilités dans le fonctionnement du centre français. Les responsables me confiaient des groupes débutants, que j’initiais à la chorégraphie des mouvements pendant quelques mois puis qui évoluaient vers un groupe de niveau supérieur (…)

    D’anciens élèves me demandaient pourquoi je n’enseignais que dans le cours débutants, ils auraient bien aimé continuer avec moi dans les cours supérieurs. Dans les ateliers internationaux auxquels je participais, les collègues instructeurs étaient surpris que je n’enseigne qu’aux débutants. Je voyais bien que ma technique était plus avancée que d’autres enseignants, mais le bureau français refusait mon passage au niveau supérieur. Je ne comprenais pas, les raisons invoquées changeaient sans arrêt. Je n’avais aucun pouvoir sur cette décision et, entre accepter ou partir, je choisis d’accepter la situation. Mais cette acceptation n’en était pas une (…) Je la portais comme un fardeau qui devenait encombrant. Cela ne me semblait pas en ordre.

    J’en parlais avec Emmanuel, mon guide spirituel, qui me questionna sur le déroulement de mes cours actuels, sur les motifs invoqués pour refuser de me confier un cours supérieur, sur mes ressentis devant le refus des décideurs, devant l’encouragement des élèves, sur mon désir… Il m’a ainsi aidé à y voir progressivement plus clair tant en moi que dans la situation extérieure. Lors d’un entretien mémorable, Emmanuel me suggère que mon succès faisait peut-être de l’ombre à des personnes influentes et me demande si j’avais déjà pensé à créer mon propre cours de Tai-Chi.

    Sur le coup, j’ai senti une énergie me traverser. Le dos se redressait et les contacts devenaient plus présents : les pieds au sol, les fesses sur le coussin, les bras sur les accoudoirs du fauteuil. La respiration et des battements du cœur étaient plus sensibles. Cette idée était très excitante. Un bref déclic, tout mon corps était interpellé et sortait d’une torpeur inavouée : une possibilité bien concrète apparaissait et m’offrait la possibilité de sortir des ruminations qui tournaient en rond depuis longtemps sans jamais changer. Mon corps disait OUI, je le sentais. Cela était sans doute trop fort, trop audacieux, pour mon mental tellement habitué à dire NON. Ce qui fait que la croyance en mon incapacité à réussir est arrivée au galop et qu’il s’en est suivi un moment d’effondrement intérieur. J’ai alors tenté de fuir la proposition d’Emmanuel en prétextant que je n’y arriverai pas tout seul (…)

    Puis cela a progressé et le positif est réapparu. De larges portes s’ouvraient, j’en parlais autour de moi, immédiatement des amis me proposaient leur aide, cela devenait tout à fait possible, et même m’apparaissait comme une idée géniale. Le cœur parlait, je trouvais les ressources en moi-même et je devais tenter l’aventure. Tranquillement, je laissais mûrir, il fallait laisser retomber l’emballement et voir. Je prenais confiance, et voyais l’intérêt bien sûr pour moi qui allait satisfaire un désir profond, mais aussi pour les élèves qui me poussaient dans cette direction (…).

    Finalement, porté par une force tranquille, j’ai pris la décision d’annoncer mon départ aux responsables de l’association et d’enseigner le Tai-Chi de façon indépendante.  Il y eut bien sûr des remous, et j’ai dû plusieurs fois refaire le travail de recentrage me permettant de garder le cap de mon sva-dharma, mais  je n’ai plus jamais douté et voilà un an que mes cours fonctionnent. La période de pandémie traversée n’a pas facilité les choses, il y a eu des difficultés, mais les solutions sont toujours arrivées rapidement et simplement. Les anciens élèves qui m’ont suivi sont satisfaits et de nouveaux élèves sont arrivés. Je suis parfaitement bien dans ce rôle. Cela m’apparaît en ordre et me nourrit largement« .

     



     

    Et si vous avez raté les deux premiers chapitres, ils sont téléchargeables ICI