Auteur/autrice : Georges Morant

  • La grandeur de l’homme

    Nous vous signalons la parution d’un nouveau livre sur l’enseignement de Svâmi Prajnânpad : « la grandeur de l’homme »
    Aux éditions Accarias l’Originel.
    (Un beau programme de lecture pour l’été)
    Voici un extrait de la présentation :

     

    Ce livre est un ensemble de citations des Upanishad, choisies et commentées par Svâmi Prajnânpad, sur le thème de la grandeur de l’homme. Il n’existerait pas sans l’immense travail qu’a fait Daniel Roumanoff pour conserver et analyser l’enseignement de ce maître.

    Il restait un inédit, préparé par Daniel, de citations et de commentaires sur les sujets suivants : Homme, Dieu, Mythologie, Religions et Science. En reprenant le manuscrit pour la publication, Colette Roumanoff a cherché à en rendre la lecture plus aisée, d’autant que les sujets abordés sont délicats et peuvent nourrir des polémiques.

    Cet ouvrage est une mine de citations authentiques, dont beaucoup sont inédites. Il plaira à coup sûr à ceux que cet enseignement intéresse déjà. Pour ceux qui ne le connaissent pas, ils seront agréablement surpris de la modernité des upanishad et de la critique faite par Svâmiji des dérives actuelles concernant les pratiques religieuses ou spirituelles qui rabaissent l’être humain.

    Svâmi Prajnânpad nous propose de décoder autrement les événements qui se produisent dans notre monde intérieur et notre monde extérieur. Ses paroles peuvent nous permettre, à condition de questionner nos habitudes de pensée et nos jugements de valeur, d’accéder à une vie moins conflictuelle et plus heureuse. Dans cet ouvrage, il questionne particulièrement nos croyances sur les religions, le sens de la vie, la place de l’homme dans l’univers.

    Cet ouvrage traite de la grandeur de l’Homme. Grandeur dont nous sommes invités à nous montrer dignes, en nous respectant nous-mêmes et en respectant les autres.

  • Kaivalya Upanishad strophe 23

     

    na bhûmir âpo mama vahnirasti

    na cânilo me’sti na câmbaram ca

    evam viditvâ paramâtmarûpam

    gubâshayam nishkalam advitîyam

    Il n’y a pour moi, ni terre, ni eau, ni feu,

    il n’y a ni vent ni espace.

    Ainsi s’exprime celui qui connaît

    La nature du Soi suprême

    Logé dans la cavité du cœur

    Indivisible, sans second

     

    —————–

    Au-delà des éléments :

    Les cinq éléments de toutes choses ici bas, n’ont plus cours pour celui qui s’est uni à l’Unique, Kaivalya : pour lui, le Soi est l’unique élément constitutif de toutes choses. Tout comme des parures en or ne sont que de l’or, sous des formes différentes, de même toute forme créée n’est que le Soi sous des aspects divers.

    Il a retrouvé sa vraie nature, celle du Soi suprême, qui ne se trouve pas ailleurs qu’en soi-même, et demeure fermement établi dans la « caverne » (guba) du cœur.


    PS : n’hésitez pas à lire ou à relire les strophes précédentes déjà publiées sur notre blog :

    • Strophe 17 (article du 2 mai 2019)  :  ICI
    • Strophe 18 (article du 22 mai 2019)  :  ICI
    • Strophe 19 (article du 11 juillet 2019)  :  ICI
    • Strophe 20 (article du 27 juin 2019)  :  ICI
    • Strophe 21 (article du 10 octobre 2019)  :  ICI
    • Strophe 22 (article du 30 janvier 2020) : ICI
  • « Le trait principal »

    « Le trait principal » (the chief feature)  est un terme forgé par Gurdjieff pour désigner le nœud central, la cristallisation d’un refus majeur au cœur du psychisme autour duquel se construit ensuite la fausse personnalité.

    C’est un thème auquel je pense depuis longtemps… Yann, m’avait indiqué au cours d’un GSMP, que chez moi, ce trait principal, était le manque d’estime de moi.

    Grâce au livre de Sophie et Eric Edelmann :  » Dites leur de viser haut », dont Frédéric a déjà posté deux extraits sur ce blog,  je me penche à nouveau sur ce thème.  « Le trait principal », thème essentiel dans la poursuite de mon chemin. Nul doute, à mes yeux et mon cœur, que ce sujet risque fort de vous intéresser aussi…

    (…) Véronique Desjardins, Eric et Sophie Edelmann, ont au cours d’un séjour dans une auberge en pleine nature avec Arnaud, questionné celui-ci au sujet du « trait principal ».

    (…) Mais leur détermination (à Véronique, Sophie et Eric) à poursuivre des efforts sincères sur le long cours avait joué un autre rôle, plus inattendu : celui de mettre en évidence l’existence en nous-mêmes d’un bastion apparemment imprenable, une résistance majeure au processus de transformation.

    Arnaud savait de première main de quoi nous parlions puisqu’il en avait fait lui-même l’expérience lorsque sa propre sadhana s’était intensifiée dans les dernières années de sa relation avec Swamiji (vous pouvez à ce sujet, lire la biographie d’Arnaud, par Gilles Farcet : « Arnaud Desjardins ou l’aventure de la sagesse », La table ronde 1987)

    Question : Qu’est-ce qui en nous, s’oppose si farouchement au pouvoir de la pratique et à l’influence d’une lignée spirituelle au point de vouloir les saboter ? Et pour protéger quoi ?

    Arnaud : ...vient un moment où « le trait principal » se sent menacé par la pratique. Si on ne se disperse pas pour glaner d’autres pratiques ou influences appartenant à des voies différentes de la nôtre, l’engagement sur un chemin précis finit par conduire dans une sorte de goulet d’étranglement, un resserrement qui menace notre stratégie de survie, en réalité la stratégie de survie de l’ego…

    Question : Qu’est-ce que le trait principal ? Comment le définir pour chacun de nous ?

    Arnaud : Il n’est pas facile de trouver son trait principal ni celui de quelqu’un d’autre. Cela peut prendre des années pour soi-même et une façon d’y parvenir, c’est de chercher ce qui nous fait le plus peur, ce que nous redoutons le plus : la trahison, la critique, l’abandon, l’intrusion, se trouver face à l’incontrôlable, etc., et de voir comment notre mental s’est construit sur une injonction intérieure censée nous protéger du pire :  » On ne m’aura pas »,  » Ne me critiquez pas »,  » Je suis en contrôle de tout »…

    Question : Se libérer de notre trait principal, même après des années, voire des décennies de pratiques, nous semble hors d’atteinte. Peut-on réalistement espérer une telle transformation ? Sous quelle condition cela ne restera pas illusoire ?

    Arnaud : Il est impossible de se libérer du trait principal en l’isolant du reste. Le trait principal, la façon dont notre mental s’est cristallisé sur une pensée fausse, chacun la sienne, est bien trop fort pour que nous puissions y faire face ainsi.
    La seule issue est dans la désidentification globale, totale, de tout ce qui fait le moi. En fait, si je prends une image, c’est comme si on voulait jeter quelque chose par la fenêtre ou à la poubelle et que cela nous soit très difficile, en fait impossible. La seule issue est de jeter tout en même temps : cette chose et tout le reste. Pris dans un tout, cela devient possible ; isolé du reste c’est impossible.

    C’est une décision qui doit cristalliser. Quoi qu’il m’arrive et qui serait -vu mon trait principal- le pire du pire : Ce n’est jamais une raison pour que je me sente séparé de Dieu. Ce qui équivaut à cette formule de Swamiji, même si elle nous parait plus sèche :  » L’émotion n’est jamais justifiée. »

    Si on se demande simplement de ne plus être emporté par notre émotion habituelle quand notre pire scénario s’actualise dans les faits, on n’y arrivera pas : la force de la mécanique émotionnelle sera trop grande. C’est par une décision d’un autre ordre, par un processus plus profond qui s’attaque à la racine du moi, à l’identification elle-même, que nous pouvons accéder à cette liberté, liberté qui se manifestera y compris dans le pire de nos scénarios.
    Cela ne veut pas dire que nous n’aurons plus d’émotions, mais qu’une fois l’incendie émotionnel déclaré, nous saurons immédiatement où est l’extincteur et nous ne perdrons pas une minute d’hésitation avant de l’utiliser.

    Le trait principal est notre thème privilégié, récurrent, de pensées ; notre sujet favori de ruminations mentales et émotionnelles non nécessaires.

    Le trait principal est notre plus grande faiblesse que nous prenons pour notre plus grande aisance ou notre plus grande qualité.

    Le trait principal est le domaine où nous avons le moins l’intention de mettre en pratique. Chacun connaît son trait principal : c’est l’aspect de vous qu’il vous est le plus insupportable d’entendre mettre en cause.

    Le trait principal est toujours associé à la conviction d’être spécialement ceci ou spécialement cela, et l’ego y trouve toujours son compte.

    Le trait principal est la part mécanique de nous que nous nourrissons le plus (et il s’agit avant tout de nourritures psychologiques).

    Le trait principal est le domaine dans lequel le mental nous roule le plus facilement dans la farine.

    Extrait du livre de Sophie et Eric Edelmann : DITES- LEUR DE VISER HAUT
    Page 307 à 311

  • Grâce à Didier, je me met à l’alexandrin

    Grâce à Didier, j’essaie l’alexandrin…
    Au départ, ce n’est pas mon style, mais ça fait un moment que cela me titille
    Il n’y a rien de tel que l’expérience pour avancer, progresser, se débarrasser de préjugés
    Ce fut riche d’enseignements
    Mettre l’ ego en douze pieds peut être créateur
    Oblige à plus de rigueur, sans nuire  à la ferveur

     

    Douze pieds

    Statue Victor Hugo – Lilia – Plouguerneau

    Arrivé dans le pays, qui n’en est pas un
    Inspiré par la Foi, tout le long du chemin
    Je me suis vu voyageur, là, où tout Est Rien
    Non, ce ne fut certainement pas sans chagrin

    Mais, à force de pratique, grâce au Divin
    Guidé de main de maître, sagesse et compassion
    L’élan donné par le but et détermination
    Conduit, à coup sûr, à viser la communion

    Ces quelques mots écrits, ce court texte concis
    Nous invitent d’abord, si le cœur nous en dit
    A voir un peu plus loin, au cœur de notre chemin
    Mais n’attendons pas trop, le dernier rendez-vous
    J’espère, le plus beau, peut arriver dans l’instant

     

  • Hommage à Christophe

    « Les paradis perdus », titre d’une de ses chansons les plus célèbres. Je me suis permis d’écrire d’autres paroles Ce poème m’a donné un peu de mal. Il m’a titillé pendant deux jours. Le déclic, s’est produit vers trois heures du matin (dimanche 19 avril). C’est marrant, parce que, comme vous le savez peut-être, Christophe vivait la nuit. J’y ai vu, comme un clin d’œil des muses poétesses. Bonne lecture

    Hommage à Christophe

     Les paradis perdus

    Au milieu de la nuit tranquille

    Je vogue vers l’autre rive

    L’espace s’ouvre vers l’infini

    Un pari fou m’inspire

     

    Peu à peu

    Au bord de la Conscience

    « Je » s’évanouis enfin

    Au sein du Grand Silence

     

    Oh ! Oui, toujours oui

    Nourri par une foi féconde

    Le feu sacré de l’espérance

    Brûle de mille feux

    Lumière des anges

     

    Peu à peu

    Oh ! Mon Dieu

    Comment ne pas vouloir

    Se libérer de la souffrance

    Au milieu du chaos

    Naître à nouveau

     

    Oh ! Oui, toujours oui

    Inspiré par les muses vagabondes

    Là où s’attisent les désirs les plus forts

    Pour nous ramener enfin

    A la source, d’où tout vient

    La joie au cœur de l’être

    D’où, Rien, n’est jamais né

    D’où nous ne sommes jamais partis

     

    Au milieu de la nuit tranquille

    Je vogue vers l’autre rive

    L’horizon s’élargit, illimité

    Je vogue vers l’éternel

    Là, où brille le plus fou des espoirs

  • Livre coup de cœur : POUR L’AMOUR DU MONDE Yongey Mingyour Rinpotché

    « UN DES LIVRES LES PLUS INSPIRANTS DE L’ANNÉE

    Un témoignage extraordinaire et un enseignement profond qui vous entraînent dans une lecture émerveillée page après page. Un trésor d’idées pour aller toujours plus loin dans la pratique spirituelle et pour extraire la quintessence de notre existence

    Mathieu Ricard »

    Une nuit d’été, à trente-six ans, L’abbé Yongey Mingyour Rinpotché fait le mur : il décide, dans le plus grand secret, d’abandonner le confort de son monastère et le prestige de son nom. Son voyage en solitaire va durer plus de quatre ans. Cette aventure humaine et spirituelle, nous la suivons à travers tous les états que traverse le voyageur : jouissance de la liberté, mais aussi difficulté de la solitude et de la gène. Car l’abbé a fait le choix de pousser le dénouement à l’extrême, jusqu’à frôler la mort.

    Cet épisode le confronte à ses craintes, mais lui apporte surtout une sagesse nouvelle qu’il transmet au lecteur avec franchise et sérénité. Les réponses aux angoisses les plus accablantes se trouvent souvent à l’extérieur de notre zone de confort; et rechercher la difficulté pour mieux l’accepter nous permet de transformer notre peur de mourir en joie de vivre.

     » A la fois thriller, autobiographie et enseignement bouddhiste, voilà un livre extraordinaire » Pr J. Davidson, auteur des Profils émotionnels (les arènes, 2018).

    «  Un des livres les plus généreux, beaux et essentiels, que j’aie jamais lus » George Saunders, auteur de Lincoln au Bardo ‘Fayard, 2019)

    Né en 1975 à Nubri (Népal), Yongez Mingyour Rinpotché est un grand maître de méditation enseignant dans le monde entier. Il est notamment l’auteur de « Bonheur de la méditation » (Fayard 2007), dont je vous ai déjà parlé sur ce blog (ici)  et « De la confusion à la clarté » – Fayard 2016)

    Extraits :  Chapitre 24 : Se souvenir des bardos page 261, 262,263, 265, 266, 

    (…) au moment de mourir, un des premiers signes de déclin irréversible est une impression de pesanteur. C’est un des effets de la dissolution de l’élément terre (…),  la dissolution des éléments devient aussi marquée que la dissolution des sens, et nous pouvons faire l’expérience de la forme qui se désidentifie de la conscience.

    Au moment de la mort, chaque élément est absorbé dans le suivant, si bien qu’en définitive, l’espace se dissous en conscience.

    Au moment de la mort, l’élément terre, lié à la chair et aux os, la partie la plus dense de notre corps, se dissous dans l’élément eau (nos fluides corporels). L’élément eau se dissous dans l’élément feu (impression de flotter, la soif nous tourmente, le corps se dessèche, la circulation ralentit avant de s’arrêter, les lèvres se gercent, la peau parait sèche et les mucosités se figent.

    Quand l’élément feu se dissout dans l’air, nous sommes incapables de conserver la chaleur. Nos extrémités refroidissent, bien que notre cœur reste chaud et que nous ayons l’impression que notre esprit brûle.

    Quand l’air se dissout, la respiration devient difficile.

    L’espace est la réalité fondamentale de tous les phénomènes, notre corps compris. Sans espace, les autres éléments ne peuvent pas exister.

    Tant que nous utilisons notre esprit conceptuel pour nous rattacher à notre corps de chair et de sang, et tant que nous utilisons nos organes sensoriels pour négocier une réalité relative, nous ressentirons la douleur physique. Il en a été très différemment avec mon père.

    Plusieurs années avant sa mort, il est tombé gravement malade et la rumeur de sa mort prochaine, a commencé à circuler à travers toute sa communauté… Il faisait froid dehors, il n’y avait pas de chauffage et les murs de béton rendaient sa chambre glaciale et humide… un de mes frères aînés est venu voir mon père et a essayé de le convaincre de partir pour un climat plus chaud et plus sain, en Thaïlande peut être ou en Malaisie.

    Mon père a refusé. Il a dit :  » J’ai l’air d’être malade, mais en fait il n’y a plus de corps conceptuel. Je me sens très bien. Quoiqu’il advienne- qu’il soit pour moi temps de partir ou de rester-, c’est bien. Je ne souffre pas. »

    Quelqu’un  qui s’est éveillé à sa propre vacuité immortelle n’éprouvera pas l’instant de la mort comme une fin définitive, mais seulement comme une transition.

    Mon père s’était familiarisé avec la reconnaissance du vaste esprit de conscience, l’esprit qui n’est pas né et ne peut pas mourir…

    La méthode la plus efficace pour se familiariser avec son esprit, est la méditation, qui est une autre manière d’expérimenter quotidiennement la mort.

    Nous ne pourrons jamais savoir avec certitude ce qui nous arrive au moment où nous mourons physiquement. Mais nous pouvons apprendre beaucoup en prêtant attention aux expériences de l’esprit qui transcendent l’esprit-ego limité- que ces moments surviennent, en méditation, lors d’aperçus spontanés de vacuité ou quand nous nous endormons (…)

    Bonne lecture

    Georges

  • La notion de souffrance incompressible

    Voici la transcription de la réponse que Gilles a fait à une question qui me tient particulièrement à cœur sur le thème de la parfaite acceptation.

    Première chose à dire… Pour un parent, un père, une mère, la souffrance de son enfant, humainement, c’est une crucifixion, un des plus grands motifs d’épreuves qu’un être humain puisse connaître.

    La deuxième chose est qu’il y a beaucoup de malentendus, de contresens, d’interprétations erronées, de fausses idées, sur cette fameuse acceptation et une de ces fausses idées à mon sens, un des contresens, à mon avis, très répandu, c’est l’idée que l’acceptation ou la non discussion de ce qui est, devrait faire disparaître complètement tous les aspects de la souffrance.

    A mon avis, il y a plusieurs types de souffrance. Il  y a une souffrance humaine que l’on vit en tant qu’être humain. Cette souffrance a quelque chose d’incompressible, en tant que telle.

    Un père ou une mère digne de ce nom qui voit, qui sent, son enfant souffrir, qui plus est, si c’est chronique, année après année, etc…  ne peut pas ne pas souffrir.

    J’avais posé la question à Arnaud :  » si par exemple vous appreniez que votre fils Emmanuel  vient de se tuer en voiture, que ressentiriez vous ? »

    Voici ce qu’il m’a répondu : « en tant que père, il y aurait certainement une souffrance qui à un certain niveau pourrait être insoutenable, et a-il ajouté, il y aurait deux niveaux : un niveau où il y aurait cette souffrance insoutenable et il y aurait un autre niveau accessible qui ne serait pas complètement obscurci, recouvert, qui ne disparaîtrait pas, où les choses seraient ce qu’elles seraient. Il y aurait toujours une disponibilité, une ouverture, une paix ». Mais il m’a bien dit, que « ça coexisterait… »

    Il m’est moi aussi arrivé d’être en situation de grande souffrance humaine, durable. Je l’ai expérimenté. Mais le premier point sur lequel je veux insister, c’est que ta souffrance humaine ne doit pas disparaître.  C’est le prix que tu as à payer par rapport au fait d’être incarné.  Il y a un aspect de l’incarnation qui est souffrance auquel on ne peut pas échapper.

    L’enseignement  proposé par la voie d’Arnaud, n’est  pas d’échapper à l’aspect incompressible de la souffrance, autrement dit, à notre humanité. Ce n’est pas possible. Ce que l’enseignement nous propose, c’est de vivre cette humanité de manière totalement ouverte, digne, juste, sans refus.

    Cette fameuse acceptation dans cette situation que tu vis, le critère, ce n’est pas qu’il n’y ait plus souffrance humaine, c’est que ta souffrance humaine de père, soit complètement pure. Qu’elle soit juste ce qu’elle est. Tu la sens, tu la vis, sans intervention du mental qui rajoute quelque chose, ou de moins en moins.

    Ni refus, ni appropriation ; juste l’expérience incompressible de la souffrance humaine, au même titre que le plaisir… La véritable acceptation te laisse avec ta souffrance d’être humain, incompressible, exactement telle qu’elle est dans l’instant sans refus ni appropriation ; juste telle qu’elle est, dans l’instant.
    L’acceptation c’est comme l’équilibre, dans l’instant. On n’a jamais vu un funambule, dire « je vais trouver l’équilibre ». S’il ne tombe pas, c’est qu’il a trouvé l’équilibre à chaque instant. S’il le perd, il tombe.
    L’acceptation, c’est ça, un équilibre trouvé dans l’instant. C’est un moment où ta souffrance devient un sentiment, une  souffrance totalement acceptée, ni refus, ni appropriation, à laquelle, rien n’est rajouté.
    Ce sentiment t’ouvre à la communion avec ton enfant et potentiellement, avec tous les parents qui souffrent pour leurs enfants. Tu comprends alors de l’intérieur la souffrance des autres. Ton sentiment devient un outil d’expérience potentielle de non-séparation. Ça t’ouvre, t’élargit.

    C’est dans ce sens là que la souffrance, abordée d’une certaine manière, contribue à dissoudre l’ego, le sens du moi séparé. Et le critère de la véritable acceptation, c’est cela ; mais surtout, ne pas chercher à enlever la souffrance incompressible. Cette souffrance peut être comme un aiguillon pour ta pratique. C’est comme une écharde dans ta chair.

     

  • « Mais alors, qui se révolte » – Gilles Farcet (3)

     » (…) Celui qui en moi prend conscience. Celui qui connaît le tout premier stade d' »éveil ». Pour utiliser cette fois le langage de Gurdjieff, la « machine prend soudain conscience de son fonctionnement de machine, et par là même cesse d’être uniquement une machine ». Là encore, l’image politique est parlante. Au sein d’une masse asservie, certains sujets prennent conscience d’une autre possibilité que celle de vivre et mourir sous le joug d’un régime dictatorial. Rien n’est encore fait, tout reste à accomplir, et cependant c’est pour le régime le début de la fin, même s’il faudra des générations pour le détrôner. Dès que des citoyens commencent à réfléchir, à envisager autre chose que la survie telle qu’imposée par l’ordre établi, la graine révolutionnaire est plantée. Le déclencheur peut en être une lecture, une conférence, l’exposition à un point de vue différent -c’est bien pourquoi les régimes totalitaires cherchent à contrôler toutes les sources d’information, en particulier aujourd’hui internet.

    De même, l’embryon du disciple va naître d’une lecture, d’une conférence, d’une rencontre… Reste ensuite à s’organiser. Le révolutionnaire sérieux va chercher des esprits animés de la même intention, avec lesquels il va participer à une stratégie révolutionnaire. Le disciple potentiel va chercher une voie, un maître, un instructeur, une sangha… Ce n’est sans doute pas tout à fait fortuit si certains sages – dont le maître de Swâmi Prajnanpad, Niralamba Swâmi – ont commencé par être des révolutionnaires. (…) »

    Gilles Farcet, dans son dernier ouvrage : UNE BOUSSOLE DANS LE BROUILLARD » page 156-157

  • Kaivalya Upanishad – strophe 22

     

    vendair anekair aham eva vedhah

    vedânta krd vedavid eva câham

    na punyapâpe mama nâsti nâshah

    na janma dehendriyabuddhir asti

    Je suis Ce qui est à connaître dans tous les Veda,

    Moi, unique Auteur du Vedânta,

    Celui qui connaît les Veda,

    Au-delà du bien et du mal,

    Indestructible, non né,

    Sans corps, ni organes des sens ni intellect.

     

    Le cœur de la connaissance

    Là, est le cœur de toutes les sciences, de toutes les Ecritures, de tous les enseignements, notamment le Vedânta. Vedânta signifie « fin, but ultime, aboutissement (anta) de la connaissance (veda) « . A la fois source et but de la Connaissance, ce « je qui est à connaître » est le « Soi » absolu, dépourvu de causalité, sans devoir (litt. » sans bien ni mal », na punyapâpe), indestructible, libre de tout lien au corps, celui de l’intelligence( buddhi)…

  • Jamais trop tard pour dire Joyeux Noel

     

    Prayer

    Jusqu’au dernier mot
    Ce que je veux vraiment dire
    Il n’y a que Toi

    De là, à réussir
    A incarner Ta Présence
    Il n’y a qu’un pas
    Que je ne saurais franchir
    Qu’à force de désir
    Inextinguible

    Puisse ma destinée et détermination
    Consciente et inconsciente
    Attisée par le feu de la Foi
    Me conduire dans Tes Bras

  • Le tyran – Gilles Farcet (2)

     » (…) Si l’égo, ou  plutôt l’égocentrisme, est le dictateur, le mental est le système, l’échafaudage plus ou moins complexe, plus ou moins savant, plus ou moins cohérent et articulé, par lequel le dictateur se maintient désespérément au pouvoir, l’ensemble de son appareil idéologique et étatique.

    Chaque être humain non éveillé vit sous une dictature, certes plus ou moins éclairée, depuis la petite république bananière relativement inoffensive jusqu’au régime de terreur sanglante. En chacune des formes du Tout que nous sommes se joue le despotisme de l’égo légitimé par l’appareil du mental.

    L’égo refuse et prétend contrôler ce qui est, le mental légitime ce refus et cette prétention, explique pourquoi il est non seulement juste mais indispensable de refuser et de prétendre contrôler. Donc, si nous en revenons à la  » destruction du mental » en utilisant l’image d’un régime politique : la voie se propose de destituer le tyran, de mettre fin à son règne despotique pour rétablir ou établir la démocratie. Or, impossible de faire tomber le tyran  sans miner son appareil, tout ce sur quoi il s’appuie pour régner. Le disciple sur la voie est semblable à un contestataire qui, de l’intérieur, sape peu à peu la crédibilité de l’État totalitaire, dénonce son idéologie, paralyse ses institutions par la grève et la désobéissance civile. Il instille le doute chez les militaires et les fonctionnaires, jusqu’à ce que le roi se retrouve nu.

    La destruction du mental serait donc une révolution menée de l’intérieur…Mais alors, qui se révolte ? (…) »

    A suivre…

    Gilles Farcet dans son dernier livre :  » UNE BOUSSOLE DANS LE BROUILLARD » page 155-156

  • Swami Atmananda Udasin janvier 2016 Tiruvanamalai India (suite et fin)

    Arbre – voie verte Tremereuc

    Comment rester en cette Pure Conscience ?

    Cette technique est appelée akhananda kara  vritti. C’est très subtil, c’est une contraction très subtile. Cette fluctuation du mental est la toute première et la derniere. Et, en restant établi en ce premier et dernier mouvement du mental, vous finissez par réaliser tôt ou tard, la Source.

    La Source n’a pas de forme, n’a pas de contenu. Elle n’est pas limitée par quoique ce soit. Elle n’est pas dans le temps. Elle est au-delà de toutes les fluctuations, mouvements de pensées du mental. Donc, en restant établi en cette première et dernière fluctuation du mental, le « vritti d’akhananda », ce qui n’est pas divisible, l’indivisible, l’illimité, vous vous préparez d’une manière ou d’une autre à reconnaître l’illimité, qui est au-delà de toute fluctuation, tout mouvement de pensées du mental

    Donc,  » akhananda kara vritti » peut être traduit par : « la pratique de la pensée de l’illimité, la pensée de l’infini ». Mais c’est encore une pensée, c’est un moyen habile. Donc, en vous fondant dans ce pur « aham », qui n’est pas associé à quoique ce soit, vous arrivez à reconnaître la source de cet « aham », qui n’est pas situé quelque part. Le « aham » normal, ordinaire, personnel, est vraiment situé ici, dans ce corps mental, mais la Source est partout. Elle est illimitée. Elle est omniprésente.

    Quand vous pratiquez ce recueillement dans le pur « aham », vous en venez à avoir des aperçus de ce pur « aham ». C’est la manière dont cela se manifeste au début. C’est ce que Bhagavan Ramana appelle les premiers éclats ou le pur rayonnement de votre « je », jusqu’à ce que vous demeuriez sans efforts dans ce pur « je ». Bhagavan l’appelle aussi, le je, je… le je qui est antérieur au je personnel. C’est votre Présence Conscience, antérieure à votre présence personnelle. La présence personnelle apparaît à l’arrière plan de cette Présence Consciente.

    Ce recueillement dans le pur « aham » est bienheureux. Mais ce n’est pas encore ce que l’on appelle l’Éveil. « l’âtma jnana », la connaissance du Soi n’a pas encore eu lieue. Mais la Source vous sera révélée tôt ou tard, si vous pouvez demeurer en ce pur « aham », d’une façon naturelle et sans efforts. En réalité, La Source se révèlera à Elle -même. Car, quand cette « âtma jnana » ou « âtma budha » a lieu, il n’y a plus personne qui reste comme un « je » individuel et séparé. Donc, L’Éveil n’apparaît pas à qui que ce soit. La conscience « normale » , « ordinaire » qui était associée avec ce qui est non conscient ou inconscient, regagne sa propre Conscience!

    Cela est mentionné dans la Bhagavad Gîtâ

    LE SOI SE RÉVÉLÈ A LUI  MÈME A TRAVERS LUI MÈME

    Donc, que vous pratiquiez la posture du témoin ou que vous suiviez la voie de l’investigation du Soi, ou que vous demeuriez simplement dans le sentiment « je suis », comme l’indiquaient les enseignements de Nisargadatta Maharaj, vous parvenez à ce recueillement dans le « pur je ». Donc, même s’il y a de très légères différences entre ces approches, elles sont toutes identiques, parce qu’elles vous conduisent au même endroit. 

    Vous pouvez pratiquer ce recueillement, même sans qualifications particulières. Vous pouvez commencer cette investigation du Soi et ce recueillement sans aucune qualification préliminaire. Et simplement en pratiquant ainsi, par ce simple fait, le mental sera purifié de façon graduelle. Vous allez perdre votre intérêt pour les objets de ce monde, du monde extérieur et du monde intérieur, de votre mental. Parce que vous allez découvrir cette tranquillité en vous, ce silence qui est plénitude, complet en lui-même. Vous n’avez pas besoin de quoi que ce soit pour être heureux. C’est le bonheur sans aucune cause, la joie parfaite, celle qui ne dépend de rien. 

    Donc, en pratiquant le seul « vritti » de l’illimité, ou ce « je suis », qui est aussi un « vritti »,  vous allez détruire tous les autres « vrittis ». Cette pratique purifiera le mental et d’une manière ou d’une autre, elle génèrera un détachement des objets du monde. D’un autre côté, vous pouvez aussi pratiquer le détachement à travers une juste compréhension. C’est à dire, en comprenant, que tout attachement est une invitation à souffrir. Ainsi, vous allez devenir de plus en plus détaché. L’attachement implique la souffrance. Le désir implique la souffrance.  Mais la même énergie qui est présente dans le désir doit être sublimée dans le désir du Soi, du vrai Soi, le désir du Divin. Alors, ce désir vous conduira à la liberté complète de tout autre désir. Ce désir, cette aspiration, va brûler la forêt de vos autres désirs. Cela, vous laissera sans désir.

    PS : pour relire le premier article de cette série, cliquez ICI

  •  » Aucune chaîne n’est plus forte que le plus faible de ses maillons » . Swâmi Prajnânpad

    « (…) Quand on ne connaît pas sa faille, on en a peur et cette peur alimente le doute :  » Et si mes accomplissements et mes prétendues qualités n’étaient finalement que du vent ? Il m’a été possible de faire illusion jusqu’à maintenant. Il suffirait cependant que les autres prennent conscience de ma faiblesse; pour qu’ils comprennent à quel point je suis terrorisé et démuni pour que je sois démasqué et que je perde tout, etc. » C’est le fameux syndrome de l’imposture dont beaucoup sont affligés. Comment être en paix dans ces conditions ?

    Tout être humain qui ne connaît pas sa stratégie de survie sait en l’intime de lui-même qu’il est un château branlant, construit sur une faille qui pourrait bien, si les conditions sont réunies, se révéler et le faire s’effondrer. Le travail spirituel suppose d’en arriver à reconnaître sa faille et à la traverser.

    Ce qui est loin d’être évident. Gurdjieff en parle magnifiquement dans les Fragments d’un enseignement inconnu »

    Pas évident du tout, car ce que j’ai appelé « faille » n’est pas unilatéralement négatif, bien au contraire. C’est une réalité à deux versants. En pratique, ma plus grande force contient ma plus grande faiblesse et vice-versa.Une manière à priori inattendue de trouver la faille est de regarder du côté de ce qui fait mes forces, mes atouts. C’est pourquoi ce travail s’avère si délicat. Notre stratégie de survie se fonde souvent sur des qualités objectivement précieuses : par exemple le charisme, l’intelligence, la précision, la force de travail… Ces qualités nous sont d’autant plus précieuses que ce sont celles qui nous ont permis de survivre et de nous déployer dans le monde. Lorsque nous commençons à remettre en cause notre stratégie de survie nous avons l’impression de devoir renoncer aux talents sur lesquels nous avons fondé notre identité. Alors qu’il nous est seulement demandé de ne plus en faire un usage névrotique. Si ma stratégie de survie se trouve mise en cause, j’ai immédiatement l’impression de me trouver en danger vital en passe de perdre ce qui m’a permis de m’en sortir, alors que ce ne sera pas du tout le cas. Mais c’est momentanément très déstabilisant. (..) »

    Gilles Farcet dans son dernier ouvrage : » Une boussole dans le brouillard  » page 182-183

     

  • Swami Atmananda Udasin : 16 janvier 2016 Tiruvanamalai, « Vous êtes la Réalité »

    A l’occasion du départ en retraite de Mireille, nous étions retournés en Inde en janvier 2018. Notre but était double, d’une part, faire un peu de tourisme, découvrir un peu l’Inde du sud, que nous ne connaissions pas et d’autre part séjourner quelque temps à Tiruvanamalai , lieu consacré où je voulais me rendre depuis très longtemps.

    Peu de temps auparavant, nous avions échangé avec Corinne Bayod pour avoir des adresses locales. A cette occasion, elle nous apprend qu’aux dates de notre séjour à Tiruvanamalai,  Atmananda Udasin donnait des satsangs.  Corine, qui le connait, nous a vivement conseillé d’y assister.

    Les satsangs avaient lieu tous les matins sur le toit d’une guest house, en face de la colline d’Arunanchala. Cette année là, Atmananda enseignait à partir des 40 versets sur la Réalité de Ramana Maharshi.

    J’ai été particulièrement touché par ce premier contact…

    Depuis, je pense beaucoup à lui et je visionne régulièrement ses vidéos sur Youtube que je retranscris sur un cahier. J’aime beaucoup faire ce petit travail car je suis particulièrement touché par cette approche directe aussi piégeuse qu’elle soit.

    J’ai choisi pour aujourd’hui le passage suivant tiré de l’un des satsangs que j’ai déjà retranscrit et qui m’a beaucoup plu pour des raisons spécifiques que je partagerai avec grand plaisir dans la suite à venir de cet article.

    Nul doute que si  vous faites bon accueil à celui-ci, d’autres suivront !

    Bonne lecture


     

    L’essence non duelle de la Réalité, le Soi, se révèle à Lui-même par Lui-même.

    Dans la tradition de l’Advaita Védânta, la non-dualité, il y a plusieurs approches, plusieurs techniques. Hier, nous avons évoqué la pratique qui consiste à demeurer témoin, l’attitude de témoin, la posture de témoin SAKSHI BHAVA. C’est une approche très directe, car le Soi, la Présence en nous est le témoin et vous pouvez l’appliquer dans toutes les circonstances de votre vie. Demeurer le témoin en toute circonstance. Donc, c’est très compatible avec notre vie quotidienne bien occupée. Une autre approche qui est aussi très compatible avec notre vie moderne est l’Atma Vicara, l’enquête du Soi, telle qu’elle a été enseignée par Ramana Bhagavan Maharshi

    ATMA VICARA ou L’enquête du Soi

    C’est en réalité une approche très ancienne, mais elle a été développée au vingtième siècle par Ramana Maharshi. Elle est ancrée dans les Ecritures. Même Adi Shankaracharya a mentionné cette approche dans plusieurs textes. Mais elle a été développée à notre époque. Pourquoi devrions-nous pratiquer cette enquête du Soi ? C’est-à-dire : « Qui suis-je ? » (Koham ?) On pratique cette enquête pour être libre de la souffrance, car à moins que nous en venions à découvrir notre nature véritable, il n’y aura aucun bonheur durable. C’est seulement quand nous découvrons notre vrai Soi que nous devenons libre de la souffrance. Cette approche peut être appelée le « chemin inversé « , car on commence avec le « je » identifié, le « je » personnel, je suis ceci ou cela, je suis cette personne. Et on effectue une sorte de régression jusqu’à ce que l’on découvre la véritable source de ce « je », le vrai « je » qui est antérieur à la personne. Donc, c’est vraiment le chemin inversé.

    La question : « Qui suis-je ? » est là seulement au tout début. Il ne s’agit pas de la répéter tout au long de sa vie. Ce n’est pas à utiliser comme un mantra. Elle vient au tout début de la recherche. C’est une technique. Car, en toute circonstance de notre vie, vous pouvez vous demander : Qui est celle ou celui qui rencontre tel ou tel problème ? Et donc, ce questionnement vous conduira lentement, graduellement, à votre présence spontanée qui précède la personne. Comment se fait-il que nous sentions que nous sommes cette personne ? Que s’est il passé en réalité ? Comme je l’ai expliqué hier, la Pure Conscience  » SHUDDHA CHAITANYA », une fois qu’elle est réfléchie à travers le mental, devient le reflet que l’on appelle CHIT ABHASA, le reflet de Chit, la Pure Conscience infinie.

    Et par infini, on ne devrait pas imaginer quoi que ce soit. Ce n’est rien de cosmique ou de macrocosmique. Infini veut dire : cela qui n’a pas de limite, l’illimité. La Conscience n’est pas limitée par le temps ou l’espace. Elle ne peut pas être connue par quelque entité séparée que ce soit, un sujet séparé. Vous pouvez seulement être cette Conscience illimitée, infinie. Vous êtes cette Conscience mais vous ne vous en rendez pas compte. Cette Conscience infinie, une fois qu’elle est réfléchie par le mental donne lieu à la naissance d’un sens de la subjectivité, à une subjectivité consciente. Et nous l’avons mentionné hier et avant-hier que c’est pour des raisons fonctionnelles, car sinon, aucune connaissance ne pourrait avoir lieu, la connaissance empirique, la connaissance d’autres objets. Vous ne pourriez pas remarquer d’objets, de formes, même votre corps, s’il n’y avait pas cette subjectivité consciente. Ce centre de subjectivité est la toute première contraction, la toute première expression. Mais c’est aussi la contraction très subtile de la Conscience infinie et il semble que cela donne naissance à une dualité, car il y a une subjectivité.

    Il semble qu’il y ait dualité entre un sujet et un objet. Mais ce n’est pas le cas. En fin de compte, on réalise qu’il n’y a que cette Conscience infinie, continue et que cette distinction entre sujet et objet est seulement due aux mécanismes du mental. Nous devons faire cette distinction pour accumuler des connaissances. Donc, cette toute première subjectivité consciente est appelée : « l’aham vritti« . Ce n’est pas encore le concept « je », le mot « je ». C’est là, chez l’enfant, avant même qu’il dise « je ». C’est le sens de la subjectivité : » aham vritti », c’est une modification qui se produit au niveau du mental. Et c’est le tout premier nœud (granthi) qui apparaît dans la Conscience. C’est l’association de ce qui est conscient avec ce qui n’est pas sensible, ce qui est inerte.

    Les Upanishads mentionnent les nœuds du cœur : « hridaya granti ». Donc, c’est le tout premier nœud, la toute première contraction, très subtile, très subtile. Et en même temps, ce aham primordial, ce « je » primordial, qui n’est pas associé avec quoi que ce soit d’autre, est aussi le seuil, le pont, pour aller vers la Reconnaissance complète de ce que nous sommes. Cet aham primordial apparaît une fois que la Conscience est réfléchie à travers le mental. Ce premier aham caractérise cette Conscience incarnée, cette conscience réfléchie. Ensuite, cet « aham » va s’associer avec toutes sortes d’attributs, d’autres objets qui sont vus. C’est ce que Bhagavan appelait :  » l’idam », « ceci » , quoique ce soit et bien sûr, en premier lieu, le corps. Et cet idam apparaît aussi au niveau de la conscience mentale. C’est aussi une autre vritti, une autre modification dans la Conscience. Donc, l’aham vritti se trouve associé à l’idam vritti et donne naissance à l’aham idam: je suis ceci. C’est une association qui a lieu, encore une fois, pour des raisons fonctionnelles. Donc, une fois que le aham idam apparaît, on dit que la Conscience est identifiée. La Conscience est alors associée avec ce qui n’est pas conscient, ce qui est insensible, le « chada » , insensible ou non-conscient. C’est aussi la définition dans le Védânta, de l’âme, du « jiva ». C’est l’association de Chit la Conscience avec l’insensible (non-conscient), « l’achit » et c’est une sorte de nœud. Donc le « jiva » est aussi défini comme : « chit achit granthi« . C’est le soi, plus les contenus du mental, c’est l’âme telle qu’elle est définie par la tradition du Védânta.

    Donc, cet  » aham idam », je suis ceci, je suis ce corps, je suis ce mental, c’est la conscience identifiée, la conscience associée, la conscience personnelle. Et l’on vit vraiment à ce niveau. C’est une contraction complète de la Pure Conscience. Donc, l’investigation du Soi va nous ramener à l’aspect conscient, ou à l’essence de cet  » aham ». On revient au pur « aham » , celui sans attributs, qui est vide de tout contenu. Et on reste là. Donc, en se posant la question :  » Qui suis-je ? Qui est celui qui fait face à tel ou tel problème ? Qui est celui qui pense ? On pointe vers cette Pure Présence, cette Pure Subjectivité en nous. Mais, une fois que vous y êtes, vous n’avez plus à vous poser la question Qui suis-je ? Parce que cette question est posée par votre intellect, la partie supérieure de votre mental, la buddhi, simplement comme une facilitatrice pour revenir à votre Présence, simple, subjectivité Consciente. Après cela, vous n’avez pas à penser, à poser quelque question que ce soit. Vous devez rester là aussi longtemps que possible.

    REMAIN AS THE PURE CONSCIENCE SUBJECTIVITY

    A suivre…

     

     

  • Kaivalya Upanishad – strophe 21


    apânipâdo’ham acintyasbakti

    pashyâmi acakshuh sa shrnomy akarnah

    aham vijânâmi viviktarûpo

    na câsti vettâ cit sadâham

    Dépourvu de mains et de pieds,

    Ma puissance est inconcevable;

    Je vois sans yeux, j’entends sans oreilles.

    Je suis celui qui connaît, dépourvu de forme,

    Et nul autre ne me connaît,

    Moi qui suis à jamais pure Conscience

    L’idée principale de la strophe est évoquée par ce titre : La Conscience, au-delà du corps

    Le « Délivré » est passé au-delà : il pris conscience de sa puissance infinie, au-delà du corps, tout comme de sa perception, qui transcende les organes des sens ; il est le Connaisseur, au-delà des formes. Il est pure Conscience, la Conscience unique (CF. Shvetâshvatara Upanishad III, 19) Unique Sujet, ne pouvant à aucun moment être « objet » de connaissance. Tout, en lui ou hors de lui, est objet de connaissance. Mais Lui, étant l’Unique Sujet, ne peut à aucun moment être objet de connaissance. Qui Le connaît est Lui- même.

    Traduction d’après Paul Deussen
    Traduction française de Roberto Caputo