Auteur/autrice : Yann Le Boucher

  • De la vie sur d’autres planètes ! (1)

    J’ai eu l’occasion de regarder récemment une série documentaire* sur Arte intitulée « L’odyssée interstellaire ». Cela m’a donné l’opportunité de faire le point sur les connaissances actuelles en matière de probabilité de l’existence d’autres planètes « habitées ». Et j’avoue que j’ai fait quelques belles découvertes en ce domaine (que jusque là je ne connaissais que très mal). Selon mon habitude, j’ai eu ensuite la furieuse envie de partager avec vous de façon ludique l’essentiel de mon tout jeune « savoir »… D’où cette série d’articles, qui je l’espère, vous donneront autant de plaisir à lire que je n’en ai pris à les écrire!

    Vue d’artiste de la planète « Proxima B », où la vie serait possiblement présente…

    PROLOGUE :

    Selon la cosmologie hindoue traditionnelle, les univers sont innombrables à la fois dans le temps et aussi dans l’espace. Dans ce contexte, il n’est donc pas du tout étrange de considérer que la vie ne soit pas cantonnée à la seule planète Terre, mais qu’elle existe sous différentes formes dans bien d’autres mondes, certains semblables au nôtre, d’autres très dissemblables. Mais cette vision de l’Inde traditionnelle était, jusqu’à présent passablement éloignée de la conception scientifique moderne selon laquelle et jusqu’à tout récemment, il n’y avait aucune preuve de l’existence d’autres mondes porteurs de vie au sein du cosmos…

    ACTE 1, la période de scepticisme :

    Pour tout dire et jusqu’à la dernière décennie du 20ème siècle, la communauté scientifique des astro-physiciens considérait même, aux vues des données disponibles, qu’il y avait très peu de probabilité que d’autres étoiles que notre soleil possèdent un système planétaire et donc encore moins de chance que puisse exister quelque part dans l’univers une autre terre plus ou moins semblable à la notre. Les quelques scientifiques qui s’étaient mis en tête de contredire ce point de vue officiel étaient considérés au mieux comme de doux rêveurs et au pire comme des individus louches qui tentaient de justifier leurs croyances aux extra terrestres à l’aide de leurs recherches scientifiques !

    ACTE 2, la première découverte :

    Michel Mayor, l’inventeur de la méthode des vitesses radiales qui a permis la découverte de la première exoplanète de l’histoire

    Et puis tout a changé en 1995 quand un astrophysicien suisse du nom de Michel Mayor a, le premier, inventé une méthodologie fiable visant à détecter les étoiles qui pourraient posséder un système planétaire. Avec sa petite équipe de chercheurs et en mettant en application sa méthode à l’observatoire français de Haute-Provence, il a été le premier à prouver l’existence d’une exo-planète. Entendez d’une planète gravitant autour d’une autre étoile que notre soleil. Il a baptisé cette planète Bellérophon, du nom du héros grec qui a dompté le cheval ailé Pégase, car elle était justement en orbite autour d’une des étoiles de la constellation de Pégase, soit à quelque 50 années-lumière de nos yeux…

    L’exoplanète Bellérophon, transitant devant son étoile-soleil dans la constellation de Pégase (vue d’artiste)

    À l’époque, cette découverte a fait grand bruit dans les milieux scientifiques et tous les télescopes du monde se sont dès lors tournés vers Bellérophon pour tenter de faire mieux connaissance avec cette toute première exo-planète. Las, les nouvelles informations collectées à son sujet ont vite déçu certaines attentes. Cette planète n’était pas de type rocheux (comme la Terre, Mars ou Vénus), mais de type gazeux (comme Jupiter, Saturne ou Neptune), donc parfaitement incompatible avec toutes les formes de vie que nous connaissons à ce jour…

    ACTE 3, une seconde découverte :

    Mais la chasse aux exoplanètes était lancée, et une petite dizaine de nouvelles venues purent être détectées dans les années qui suivirent. Jusqu’à ce que, en 1999, un autre scientifique du nom de David Charbonneau mette au point une seconde méthode (dite des transits) pour repérer les étoiles ayant elles-mêmes un système planétaire. Très vite il a pu vérifier la validité de son approche en découvrant grâce à elle une autre exo-planète (baptisée Osiris) aussi située dans la constellation de Pégase, mais beaucoup plus loin que Bellérophon (à 154 années-lumière).

    l’exoplanète Osiris, transitant devant son étoile tout en « perdant son eau » du fait de la chaleur (vue d’artiste)

    Et c’est muni de ces deux méthodes complémentaires que les « chasseurs d’exoplanètes » se sont mis, à partir des années 2000, à en découvrir de plus en plus au fil des années et même des mois…

    ACTE 4, un télescope spatial à la rescousse :

    À partir de là, la communauté scientifique a cessé de se « moquer » des chercheurs d’exoplanètes et a décidé de construire puis de lancer le télescope spatial Kepler, explicitement dédié à la recherche de ces nouveaux « objets célestes » et en particulier des plus petits d’entre eux, c’est-à-dire des exoplanètes ressemblant davantage à la Terre avec son sol rocheux qu’à une boule de gaz géante façon Jupiter… Lancé en 2009, Kepler avait pour objectif d’effectuer un recensement des exoplanètes détectables situées dans une région de la Voie lactée de 115 degrés carrés (soit seulement 0,28% du ciel!) en observant sur une période de plus de 3 ans l’intensité lumineuse de 145 000 étoiles pré-sélectionnées. Kepler a été conçu pour que la sensibilité de son détecteur lui permette d’identifier des planètes de type terrestre et puisse ainsi recenser les planètes semblables à la nôtre gravitant autour d’étoiles similaires au Soleil. Vu son succès, la mission initialement prévue pour durer trois ans et demi, a été prolongée jusqu’à l’épuisement de ses réserves de carburant, qui a eu lieu en octobre 2018…

    Le télescope spatial Kepler spécialement conçu pour la détection des « petites » exoplanètes est demeuré en orbite héliocentrique durant 9 ans…

    À l’achèvement de sa mission, Kepler avait détecté pas moins de 2 662 exoplanètes ! Ses observations ont contribué à mettre en évidence la diversité des systèmes planétaires, Kepler ayant découvert de nombreux systèmes multi-planétaires. Elles ont permis d’esquisser une première statistique de la distribution des planètes par grandeur et ainsi d’établir que 20% des exoplanètes avaient une taille semblable à celle de la terre. En y ajoutant les 30% de planètes ayant une taille ne dépassant pas le double, cela fait environ 50% d’exoplanètes telluriques, susceptibles d’accueillir la vie !

     

    Il en a résulté une véritable révolution scientifique débouchant sur une nouvelle compréhension de l’agencement du cosmos que l’on peut résumer ainsi :

    • Chaque étoile que l’on voit de nos yeux possède au moins une planète en orbite autour d’elle et souvent plusieurs (à l’image de notre soleil). En 15 ans, on est donc passé d’une conception qui niait la possibilité d’exoplanètes à une conception qui postule au contraire que là où il y a des étoiles, il y a nécessairement des exoplanètes…

     

    • En extrapolant les données obtenues par Kepler à l’ensemble de la Voie lactée (notre galaxie), on en arrive à des résultats tout à fait faramineux. Jugez plutôt. Selon les scientifiques, notre galaxie contiendrait environ 300 milliards d’étoiles. En postulant que chaque étoile a en moyenne deux exoplanètes, on en arrive à envisager qu’il existe quelque 600 milliards de planètes, cela dans notre seule galaxie. Et si on applique la proportion précédemment expliquée de 50% de planètes telluriques potentiellement habitables, cela fait, à la louche, quelque 300 milliards de « terres » potentielles présentes dans la Voie lactée!!!

     

    • Pour mémoire, rappelons que les scientifiques estiment que l’univers contient environ 100 milliards de galaxies semblables à notre Voie lactée. Bien qu’on ne soit pas encore capable (à cause de la distance!) de vérifier que les étoiles des autres galaxies ont aussi des exoplanètes, on comprend aisément qu’il y a de fortes probabilités pour que cela soit le cas. Ce qui implique que l’univers renfermerait potentiellement 30 000 milliards de « Terres ». Qui osera encore dire après cela que notre planète bleue est un cas unique dans l’univers ?

     

    ACTE 5, les exoplanètes habitables :

    À partir de cette nouvelle compréhension de l’agencement interne de l’univers, la recherche scientifique s’est naturellement focalisée sur la question de savoir si on pouvait réussir à détecter les exoplanètes disposant de conditions compatibles avec la vie, telle que nous la connaissons sur terre. Deux notions ont été développées pour tenter de répondre à cette palpitante question.

    La première est celle de « zone habitable » et s’explique intuitivement assez facilement. Pour que la vie soit possible sur une planète donnée, il faut qu’il n’y fasse ni trop chaud, ni trop froid et que la pression atmosphérique soit telle que l’eau puisse y subsister à l’état liquide. En fonction de la taille et de la luminosité de chaque étoile, on peut donc assez facilement déterminer à quelle distance de son soleil doit se trouver une exoplanète pour être située dans la « zone habitable » de ce système. Par exemple, dans notre système solaire, Mercure et Vénus (à gauche sur le schéma suivant) sont trop près du Soleil (non représenté) pour permettre la vie. Les températures au sol sur ces deux planètes sont de l’ordre de +400°C !  À l’inverse, au-delà de Mars, les planètes comme Jupiter, Saturne, Uranus (à droite sur le schéma) sont trop éloignées du Soleil pour que son rayonnement suffise à en réchauffer la surface. La zone circulaire, en bleu sur le schéma, illustre ce que représente  la « zone habitable » encore appelée « écosphère » du système solaire. On voit qu’elle débute entre Vénus et la Terre et s’achève entre Mars et Jupiter.

    Reste donc aux scientifiques à calculer, pour chaque étoile, quelle est sa zone habitable, puis de déterminer si une ou plusieurs de ses exoplanètes y gravite. En cas de réponse positive : bingo, on a affaire à une candidate potentielle pour être une soeur jumelle de la Terre. Vous objecterez certainement qu’avec de telles conditions restrictives, le cas ne doit pas se présenter souvent. Et en effet, c’est assez rare de trouver des exoplanètes répondant à ce critère. Mais, bonne nouvelle, à l’aide du télescope Kepler, on en a déjà trouvé une cinquantaine, et en extrapolant ces chiffres à l’ensemble de la galaxie, les scientifiques estiment que 0,15% des exoplanètes telluriques pourraient remplir cette condition. 0,15% quel chiffre ridicule pensez-vous peut-être. Et bien sortez votre calculette et vous verrez que cela fait , excusez du peu, environ 500 millions de planètes qui répondent à ce premier critère dans notre seule Voie lactée**, donc 500 millions de candidates potentielles à héberger la vie. À la vue de tels chiffres, croyez-vous qu’il soit encore bien raisonnable de douter que la vie puisse exister ailleurs que sur la terre ?

    Bon, 500 millions de planètes à explorer, quand on sait que la plus proche se trouve à 4 années-lumière et la plus éloignée à 100.000 années-lumière, c’est là, à première vue, une mission impossible ! Voilà pourquoi les scientifiques ont mis au point un second critère, plus pointu, celui de la composition chimique de l’atmosphère. Explication : presque toutes les planètes telluriques sont recouvertes d’une fine couche de gaz qui représente leur « atmosphère ». Or cette atmosphère est habituellement composée des gaz « primaires », c’est-à-dire de ceux naturellement disponibles dans l’environnement de la planète concernée. Mais on sait que l’atmosphère terrestre est composée en outre de gaz « secondaires », c’est-à-dire de gaz qui ne sont présents qu’en conséquence de l’activité du vivant. Par exemple, l’ozone est un dérivé de l’oxygène et, au delà d’une certaine concentration, il ne peut être présent que comme la conséquence d’une activité biologique de type respiratoire. Donc, s’il est détecté dans une certaine proportion dans une atmosphère donnée, c’est là un indicateur fiable qu’il y a ou qu’il y eu de la vie sur la planète correspondante. Dans les faits, les choses sont un peu plus complexes que cet exemple ne le laisse à penser et les scientifiques cherchent encore à peaufiner ce qu’ils appellent les marqueurs biologiques de l’atmosphère. Mais en gros, on est en passe de pouvoir déterminer le cocktail chimique atmosphérique qui témoigne de façon quasi-certaine de la présence d’une activité biologique sur une planète donnée. Autrement dit, pour savoir si une exoplanète héberge ou non de la vie à sa surface, il faut et il suffit de parvenir à analyser la composition chimique de son atmosphère. Voilà qui est simple, du moins en théorie  : il n’y a plus qu’à repérer parmi les 500 millions d’exoplanètes situées en zone habitable, celles dont l’atmosphère contient des gaz secondaires, c’est-à-dire des gaz qui  soit par leur nature soit par leur proportion, ne peuvent résulter que d’une activité biologique subséquente.

    En pratique, c’est « une autre paire de manches ». Nos outils actuels ont beau être sans cesse plus performants, une chose est de réussir à entr’apercevoir l’ombre qu’une planète fait en passant devant son étoile (c’est en effet la méthode la plus simple, dite des transits, qui permet de détecter les exoplanètes), une autre est de réussir à entreprendre l’analyse chimique de cette atmosphère située, pour les plus proches, à plusieurs années-lumière de la terre. Toute proportion gardée, c’est un peu comme si on vous demandait de tester la saveur d’un plat servi dans un restaurant new-yorkais tout en restant en France, assis dans votre propre salle à manger. Même avec une bonne liaison vidéo, comment allez-vous faire pour pouvoir dire si le plat est trop ou pas assez salé ?

    Bref, à partir d’ici, nous entrons dans une zone grise, celle qui se situe entre science d’aujourd’hui et science de demain. Je me propose de vous y amener dans un second article consacré entre autres au nouveau télescope James Webb qui devrait entrer en service en mars 2021 et qui aura la particularité technique de pouvoir analyser l’atmosphère des exoplanètes les plus proches de nous (ou plutôt les moins éloignées…). Une aventure totalement inédite qui pourrait prochainement nous apporter une réponse décisive à la question de la réalité de la vie extraterrestre en nous désignant la première exoplanète candidate au titre envié de soeur jumelle de la terre !

    Et en attendant, je vous propose de contempler d’un oeil neuf notre Voie lactée : autant de points lumineux, autant de systèmes solaires contenant potentiellement une autre Terre !!! (cliquez sur la photo pour l’agrandir)


    NOTES :

    * l’odyssée interstellaire est une série de quatre documentaires diffusés par Arte en août 2019, et disponibles en replay jusqu’au 8 octobre 2019 à l’adresse suivante : <https://www.youtube.com/playlist?list=PLCwXWOyIR22vS1jM-_b7FDpsoz0sbE1_w>

    ** Et si on extrapole à la totalité de l’univers, ce chiffre est à multiplier par 100 milliards (le nombre total de galaxies), ce qui fait 500 000 milliards de « terres » potentielles !!!

  • Une lettre de Swâmiji – Replay

    Voici  en replay, un article datant des tout débuts du blog.
    Publié le 12/12/2008 par Yann, en introduction à une rencontre de GSMP.
    (Reprenant le thème de la « loi du changement » que Yann a évoqué durant cette année passée)
    Et qui reste toujours d’une si simple évidence.
    (NDLR .Mireille)

     

    Permettrez-moi de partager avec vous cette courte lettre de Swâmiji, qui résume si bien à mes yeux à la fois notre situation de départ, la pratique proposée et le fruit qui en découle…

    lettre.jpg

    Blessings**

    The stream of events flows on. To see the stream not according to the law, but according to whether you like it, or whether it is beneficial, will cause pleasure when it is favourable and pain when it is unfavourable. This is inevitable.
    To see what happened or what is happening from the viewpoint of ‘should-be’ is untruth, and is [a source] therefore of confusion and emotional turmoil!!
    Accept what is happening and thereafter, if necessary, try to take counter steps that lie within your power. That is all that you have to do. Your mind and heart will then remain satisfied and at peace.

    Prajñânpad
    Bénédictions***,

     

    Le courant des événements se déroule sans cesse. Ne pas considérer ce courant selon la loi du changement mais selon vos attirances ou selon le bénéfice que vous pouvez en retirer vous donnera du plaisir quand ce courant sera favorable et de la peine quant il sera défavorable. C’est inévitable.
    Voir ce qui est arrivé ou ce qui arrive du point de vue de « ça devrait être » est contraire à la vérité, et c’est donc la source de la confusion mentale et de l’agitation émotionnelle !
    Acceptez ce qui arrive et ensuite, si nécessaire, essayez de le contrecarrer à la mesure de vos possibilités.
    C’est tout ce que vous avez à faire.
    Votre mental et votre cœur demeureront alors dans le contentement et la paix.

    Prajñânpad


    ** Lettre adressée le 14 août 1961 à Yogendra, un disciple indien de longue date…

    *** Traduction personnelle de l’original publié en anglais dans le tome 1 des Collected Letters, p 174-175

  • Echos du stage « Yoga et travail sur soi »

    La cuvée 2019 de notre stage « Yoga et travail sur soi » n’a pas démérité. Jugez-en plutôt par le texte qu’elle a produit en interne pour garder trace de cette belle semaine. Pour vous inciter à le télécharger, en voici la première page « en direct » :

     

    A l’aube :

    Une aurore, l’été

    Le grand chêne se souvient

    De mes rêves, enfant.

    ——————

    Méditation du matin :

    Grande salle verte

    Gong ! Douze méditants immobiles

    Une seule Conscience…

    ——————–

     Séva jardinage :

    Dans les parterres de la Bertais

    L’escargot gentil habitait

    Mon irresponsable main

    L’a délogé hier matin

     

    Le liseron de son toit

    Vite arraché par mes doigts

    Ce soir ne repoussera…

    Culpabilité excitera

     

    Accueil le réel

    Le péché n’est que véniel

    Car sur son dos l’escargot

    A plus qu’un paletot.

    ——————-

    Enseignement du matin :

    La vague se croit

    Plus petite qu’elle sera

    Sans aucune fin

    —————

    Du moi au Soi

    Quel abscond charabia !

    – Vis-le et tais-toi.

    —————

    Le fait est, oui ou non ?

    L’émotion éprouvée s’en va

    Manonasha.

    —————

     

     

    Pour découvrir la suite de ce « reportage » et pour voir les mandalas en grand, cliquez ICI  !

     


     

  • Pélerinage à l’ashram Channa (1) – replay

    Voici donc le 1er « replay » de la saison 2019.
    Et, à l’approche de la commémoration du départ d’Arnaud, nous trouvions intéressant de vous diffuser à nouveau ces beaux articles d’une habituée d’Hauteville, Véronique, qui avait partagé (08/11/2015) son parcours en Inde et sa visite à Channa, à l’Ashram de Swamiji, près de Ranchi.
    Dans les pas d’Arnaud qui s’y était rendu près de 47 ans  ans auparavant.
    Sur ces mêmes chemins secs et ruraux du Bengale.
    (Mireille et Georges)

     

    En septembre dernier, une habituée d’Hauteville du nom de Véronique Darras est venue participer à un premier séjour à La Bertais. Lors d’un thé, elle nous a appris qu’elle avait fait il y a quelques années un voyage en Inde au cours duquel elle s’était rendue « en pèlerinage » à l’ashram de Swâmiji où, avec son compagnon,  elle a réussi à séjourner une huitaine de jours. Depuis et à ma demande, elle nous a fait parvenir son « journal de voyage » dont j’extrais le passage suivant. Les photos sont aussi d’elle et datent de 2012-2013. Merci à toi Véronique pour ce touchant partage…

    veroniquedarras

    ——————————-

    (…)

    Gare de Kolkata.

    Immense. Immense est un mot trop petit pour contenir autant de quais, de voies, de trains, de voyageurs et de vendeurs. Camelots. Colporteurs de mille petits riens qui se monnayent trois fois rien. Cireurs de chaussures, gamins impertinents et malicieux. Balayeurs. Agents du rail. Gens en attente, accroupis sur les talons. Groupes de famille assis parterre autour du centre vital, c’est-à-dire les victuailles que l’on partage. Sous le voile des saris, les bébés tètent le sein des mères… Ballots en tas, bagages superposés. Gosses noirs de crasse, du même noir que les voies, les wagons et les roues… Petits mendiants au sourire clair parmi tout ce noir… Gens qui traversent les voies, valises en équilibre sur la tête. Qui montent et qui descendent aux rebords des quais. Trains locaux, « jungle class » chargés jusqu’aux rebords des marchepieds. Grappes de gens agglutinés aux bordures des portes. Des hommes courent, montent à la volée dans le train en partance. Bruit de ferraille et de freins. Eclats de voix. Annonces dans les hauts parleurs. Brouhaha. Intensité de la vie ferroviaire. Le train local s’arrête dans toutes les gares, à chaque arrêt montent et descendent des marchands ambulants. Annonces mi-criardes, mi-chantantes pour pacotilles de plastique ou friandises épicées. Quand la supplique se mêle à la proposition… Une mendiante aveugle secoue ses clochettes, attire sur elle un regard qu’elle a perdu… Dans un compartiment voisin des hommes chantent des prières. Voix, chants, toux, tours de roues sur les rails… Cacophonie vivante…

    Bardhaman

    Etape grise, affairée et bruyante.
    Gare des bus. Lieu de transit. Règles obscures pour le non initié. Comment dit-on Channa Ground en Bengali ?
    Le chauffeur la main rivée sur le klaxon. Au fil des arrêts, gens et bagages s’entassent de plus en plus nombreux. Le contrôleur monte, descend, lance ses appels en criant et de grandes claques sur la portière, hisse les bagages et des chèvres sur le toit. Billets rangés entre les doigts, il encaisse le prix de la course et s’y retrouve dans ce bazar, cet agrégat de gens… A chaque arrêt, qui revient souvent, un nouveau mouvement, une nouvelle vague s’élève…

    Channa Junction
    Carrefour
    Une baraque à thé
    Un vendeur de volaille
    Quelques vélos rickshaws à plateaux
    Et des gens qui nous dévisagent…
    Boire un tchaï et tenter de faire comprendre notre destination.
    Finalement l’Ashram se trouve à quelques kilomètres de piste.
    Efforts intenses de l’homme qui pédale. Mollets gonflés. La sueur perle au front. Quelques raccommodages ferment les déchirures de ses vêtements usés…

     

    chemin3

     

    Un demi-siècle plus tôt Arnaud Desjardins parcourait ce même chemin
    Se rendait auprès de Swâmiji Prajnândpad
    Allait à la rencontre de lui-même…

    Au bout du village, en bordure de piste, une allée de terre et d’arbres. Des champs entretenus autour. Au bout de l’allée, une place de terre craquelée entourée d’arbres touffus et larges.

    entree1

    Au centre, deux petites huttes de terre. Un toit de chaume, un autre de métal. Un puits.

    cour1

     

    Une stèle à l’entrée de la place. Swâmiji Prajnândpad veille…

    niralamba

    Une autre stèle un peu plus loin. Swâmi Niralamba son maître…

     

    mausole2 swamiji

     

     

    Un autre monument encore.

    grandestele

    Un maître et un disciple se font face. Le maître reçoit l’élève. L’accueille dans un geste d’ouverture : « Que voulez-vous » ?
    Sur le socle ces quelques lignes que je ne sais traduire :
    “Owing to Maya and her vibration mind. Apart from infinite thy self dost find. But Brahman thou art, nor portion or apart. Realise. Restraining mind. That that thou art”

     

    Des poules. Une petite chèvre. Le soleil. Et la rivière en contrebas.

    riviere

     

    Silence…

    Un vieil homme sort d’une hutte, celle au toit de tôle.
    Courbé sous le poids d’une charge lourde et invisible qu’il porterait sur le dos. Des lunettes énormes.
    Il nous permet de rester dans la place. Nous offre l’hospitalité en une seconde.


    hutte-tole
    Pièce minuscule.
    Fenêtre minuscule.
    Une planche sur pieds fait le lit.
    Une moustiquaire.
    Un coffre métallique qui prend la place que ne prend pas le lit.
    Deux, trois ustensiles.
    Des années de poussière.
    Des moustiques dans l’ombre.
    Derrière une cloison de terre la chambre du vieux Swâmi.
    Plus minuscule encore que celle-ci.
    Nous recevons ce droit d’entrer avec reconnaissance.
    À quelques pas, des arbres se penchent sur les larges méandres de la rivière Khuri.

    De ce lieu, de cette source, est venu l’enseignement transmis à Hauteville.
    Nos pas se posent sur la même terre craquelée et rude, foulée naguère par un homme sage et un autre homme en train de le devenir.
    Un homme disposé à payer le prix.
    Dans sa totalité…

    Respirer profondément
    Unir le passé et le présent.

    Certains commentaires datent de la diffusion de l’article, mais rien n’empêche d’en ajouter de nouveaux et nous vous en convions (NDLR).

     

  • 3ème conférence de Michel Fromaget à La Bertais

    LA SPIRITUALITÉ CONFRONTÉE AU TRANSHUMANISME ET AUX THÉORIES DE L’EFFONDREMENT

    Voici donc le texte de la troisième et dernière conférence de Michel Fromaget, faite le dimanche après-midi 26 mai en conclusion à notre week-end.

    Il porte sur l’analyse critique de deux courants de pensée contemporains d’apparences opposées, mais qui tous deux sont susceptibles d’être mieux compris dès lors qu’on les étudie à  partir du point de vue de l’anthropologie ternaire chère à Michel : le courant du transhumanisme et celui de la collapsologie.

    En ce qui me concerne, c’est la partie traitant du transhumanisme qui m’a le plus directement intéressé, car celle qui représentait pour moi l’apport le plus original de cette conférence. À cause du biais qui est le mien (et qui consiste à privilégier l’hypothèse d’un effondrement à plus ou moins brève échéance de notre civilisation), je n’étais pas conscient avant d’entendre Michel sur ce thème de l’importance de ce second danger qui nous guette : celui de l’ambition « faustienne » de notre civilisation ! À présent et grâce à Michel, me voilà averti : « Cette catastrophe, pour autant que nous puissions l’anticiper, se présente sous deux modalités radicalement différentes encore que non exclusives. Soit elle vient de la « fragilité » de notre civilisation faisant qu’elle ne franchira pas le cap de la crise qui vient et qu’elle s’effondrera. Soit elle vient au contraire de sa « solidité » et du fait qu’elle franchira cette crise tout en continuant de poursuivre ses objectifs actuels. Le danger ne s’appelle plus alors « effondrement », mais « transhumanisme et/ou post-humanisme».

    À cet égard, j’ai trouvé particulièrement éclairant l’analyse du transhumanisme en termes de réduction du paradigme dualiste « corps/psychisme » à un seul et unique terme, celui du corps et de sa biologie. On a là en raccourci une illustration particulièrement frappante de la perspective guénonienne sur l’Histoire. Partant d’une époque bénie (âge d’or) où les êtres humains avaient une conscience nette de leur triple dimension (corps-âme-esprit) et où ils accordaient sans hésitation la priorité à leur dimension spirituelle, ils sont passés peu à peu à l’oubli de cette troisième dimension, puis à sa négation, au point de faire de l’athéisme une sorte d’évidence culturelle. Mais une fois cette première régression opérée, il restait la possibilité de rabaisser encore d’un ultime cran la conception de l’être humain. C’est ce qu’a fait sans vergogne et depuis un certain temps déjà le matérialisme philosophique en nous habituant à considérer la pensée comme un sous-produit de notre biologie cérébrale. A titre d’exemple récent, voici ce que le médecin-essayiste-chroniqueur Laurent Alexandre écrivait en juin 2017 dans le Figaro : « l’homme se réduit à son cerveau. Nous sommes notre cerveau. La vie intérieure est une production de notre cerveau. L’Église refuse encore l’idée que l’âme soit produite par nos neurones, mais elle l’acceptera bientôt comme elle a reconnu en 2003 que Darwin avait raison, 150 ans après que le pape déclare que Darwin était le doigt du démon »…

    Mais il restait en quelque sorte à inscrire dans les faits cette réduction en développant des applications scientifiques fondées sur cette vision d’une nature humaine entièrement matérielle ou « corporelle ». D’où les projets « d’homme augmenté » qui fleurissent chez les tenants de cette nouvelle idéologie beaucoup plus en vogue (spécialement dans les milieux aisés) que notre « provincialisme culturel » ne nous le laisse croire.

    Elon Musk devant « son » lanceur de satellites dédié à la conquête de Mars !

    De ce point de vue, je dois confesser une petite déception, car si Michel a su, sur le plan des principes, nous donner une clé d’or pour analyser le phénomène, il n’a brossé que très allusivement la place concrète que ce courant transhumaniste est en train de prendre dans la mentalité de nos classes dirigeantes. Pensons par exemple à Elon Musk et à ses projets fous : l’homme qui a le premier été capable de construire une voiture électrique de série (Tesla) rivalisant en autonomie et en performance avec le haut de gamme des voitures à essence, a ensuite réalisé « l’exploit » de lancer l’une de ses voitures dans l’espace (en direction de Mars) à l’aide de son propre lanceur de satellites (SpaceX), lanceur qui est en passe de supplanter tous les lanceurs gouvernementaux (ceux de la Nasa comme celui de l’Union Européenne, Ariane). Ce même Elon Musk est l’homme qui est à la tête d’un projet visant à coloniser Mars (SolarCity), d’un autre projet visant à numériser la vie biologique (Neuralink) et à développer l’Intelligence artificielle (OpenAI)…

    Quand on sait qu’il rivalise dans plusieurs de ces domaines avec Jeff Bezos (le patron d’Amazon, considéré actuellement comme l’homme le plus riche du monde, et lui aussi aux avants postes du mouvement transhumaniste), on comprend que ce mouvement dispose de moyens financiers colossaux et qu’il ne s’agit donc pas de « doux dingues inoffensifs », mais bien d’influenceurs majeurs, capables d’orienter de façon significative l’avenir à court terme de pans entiers de notre société. Pour bien s’en persuader, ajoutons à cela que depuis quelques années, Google est devenu l’un des principaux sponsors du mouvement transhumaniste, notamment par le soutien financier massif des entreprises portant sur les nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives (NBIC). Sachez à ce propos que depuis décembre 2012, Google a recruté au sein de son équipe dirigeante, l’un des plus brillants spécialistes mondiaux de l’Intelligence artificielle, un certain Raymond Kurzweil, théoricien du transhumanisme qui travaille d’arrache-pied à l’avènement de programmes informatiques auto-apprenants (deep-learning) laissant entrevoir une supplantation rapide des capacités du cerveau humain. Pour vous rendre un peu mieux compte de ce que ce « génie » nous concocte avec ses équipes de chercheurs, jetez un coup d’oeil à cette page web intitulée « l’avenir d’ici 2099 » (attention, personnes sensibles à la futurologie s’abstenir !)

    Traduction : Le leader mondial de la futurologie Ray Kurzweil a dit : « Nous sommes une petite poignée de scientifiques en passe de découvrir le secret de la vie éternelle »

    Bon, c’était là ma petite contribution personnelle à la première partie de l’exposé de Michel, contribution qui, je l’espère, va vous donner la motivation de lire plus attentivement son texte!

    Rien à ajouter à la seconde partie qui traite de façon synthétique et aussi critique de la collapsologie façon de Pablo Servigne et qui sera surtout utile à ceux qui n’ont pas encore lu les deux premiers ouvrages de cet auteur.

    Quant à la troisième partie, elle est à mes yeux la plus intéressante, même si elle n’est pas la plus facile à lire. Et si vous calez en route, surtout ne passez pas votre chemin sans avoir, à minima, médité les 4 dernières pages (paragraphe intitulé « Déterminisme et cygnes blancs » ). Elles contiennent un très beau message d’espérance qui résume très bien à la fois l’intention et la conclusion de notre week-end…

    Télécharger le texte de la 3ème conférence

    Accès à la deuxième conférence

    Accès à la première conférence


    PS : je ne désespère pas de trouver le temps dans les 15 prochains jours de mettre moi-même par écrit mes deux exposés sur l’histoire du monde et de l’humanité, envisagée du point de vue de la sagesse indienne. Patience donc…

  • Des changements à La Bertais !

    A l’occasion du dernier week-end GSMP de la saison, un vent de changement a soufflé sur la Bertais, au propre comme au figuré.

    Au propre, c’est en réalité la semaine d’avant, lors de la tempête « Miguel », qu’il avait soufflé trop fort, ce vent ! Résultat, de nombreuses branches arrachées à divers endroits de la propriété, deux arbres moyens arrachés dans les Patouillettes et surtout notre vénérable noyer (celui qui était situé entre le potager et le verger) retrouvé « cul par dessus tête »…

    Pour faire bonne mesure, la veille du week-end, le terrassier (attendu depuis plusieurs mois) est enfin venu pour creuser le chemin d’accès à la réserve d’eau demandé par les pompiers. Et lors de ses manoeuvres, la pelleteuse à mis à bas l’un des chênes qui bordent le chemin d’accès. Voilà qui a donc donné du fil à retordre à notre tronçonneuse (la pauvre en a même rendu l’âme en fin de week-end !) et à sa consoeur de location appelée en renfort !

    Ceci étant, voici un aperçu en images du travail du terrassier, pendant et après son intervention…

     


    Eat final actuel, chemin d’accès empierré…

    Sinon, beaucoup d’autres travaux moins spectaculaires mais tout à fait significatifs ont été accomplis tant le samedi que le dimanche. Citons pêle-mêle : L’installation d’une machine à laver le linge (qui sera dès cet été à la disposition des personnes faisant des longs séjours), la réfection de la douche située au dessus de la cuisine, la pose d’une moquette neuve dans deux des chambres de l’étage, et bien sûr beaucoup de travaux de débroussaillage, taille, tonte, désherbage et jardinage.  

    Ce qui fait que dimanche soir en partant, La Bertais avait vraiment un air de neuf. Ceci étant, que les absents se rassurent, on leur a néanmoins laissé de quoi s’occuper lors de leurs prochaines venues…

     

    Sinon et comme prévu, le samedi après le thé a donné lieu à une dernière séquence d’enseignement sur le thème de la fin possible de notre civilisation, cette fois envisagée du point de vue de René Guenon et de la doctrine des quatre âges de l’humanité. Comme il s’agissait en fait d’une prolongation de ce que j’avais déjà pu dire à ce sujet lors de ma récente co-animation avec Michel Fromaget, je pense rédiger bientôt un texte de synthèse de ces trois conférences et le mettre à votre disposition sur ce blog.

    Samedi soir, nous avons aussi profité du repas convivial pour présenter aux participants nos idées d’animation pour l’an prochain dans le cadre de ces temps de retrouvailles pré-GSMP du samedi après-midi. Quatre propositions ont ainsi été évoquées et « mises aux voix » :

    • La loi de la différence étudiée et illustrée à l’aide de l’astrologie hindoue : à l’aide du thème astrologique de chacun, apprendre à repérer nos spécificités et à mieux comprendre en quoi les autres participants sont irréductiblement différents de nous.

     

    • L’étude approfondie du message des upanishads en ce qui concerne notre Vraie Nature : apprendre à différencier ce qui relève du  moi et ce qui relève du SOI dans notre expérience de nous-même et nourrir ainsi notre lien à la dimension infinie de notre propre conscience.

     

    • L’étude approfondie de quelques thèmes clé de l’adhyâtma Yoga en repartant des propos directs de Swâmiji tels que rapportés principalement dans le livre de Daniel Roumanoff « Swami Prajnanpad, un maitre contemporain« .

     

    • L’étude de la notion de Dharma (action juste) telle qu’illustrée par l’épopée du Mahabharata en prenant comme support le visionnage commenté du film en 5 épisodes de Peter Brook.

    Nous aurons bien entendu l’occasion de reparler de ce projet d’animation lors de la prochaine Assemblée générale. Mais d’ici là vous pouvez déjà participer à la consultation qui a débuté samedi en répondant au sondage ci-dessous pour indiquer vers quoi va votre préférence (merci de ne vous exprimer que si vous envisagez de participer effectivement  à ce cycle de rencontres qui auront lieu  lors des six samedis après-midi précédents le GSMP de la saison prochaine et dont les dates seront prochainement disponibles).

    Accès au sondage concernant le thème des samedis de la saison prochaine

     

    Et pour célébrer dignement ce week-end mémorable, nous avons débouché un jéroboam de bière (bouteille de 3 litres) en provenance directe du Mont Blanc, cadeau d’un brasseur collègue de notre fils Stéphane…
  • Journée chantier et 5ème rencontre autour du thème de l’effondrement

    Samedi prochain 22 juin, nous nous retrouverons à La Bertais pour une journée chantier, suivie d’une cinquième et dernière rencontre/réflexion/enseignement autour du thème de l’effondrement probable de notre civilisation. Nous avons programmé pas mal de travaux manuels tant extérieurs qu’intérieurs pour cette journée et nous vous espérons donc nombreux et nombreuses pour la séquence chantier qui, cette fois-ci commencera dès le matin à 10h (accueil à partir de 9h45).

    Après le thé, la partie enseignement sera cette fois-ci consacrée à la doctrine hindoue des quatre âges de l’humanité selon René Guenon, dont Yann a déjà parlé lors de sa seconde intervention du week-end co-animé avec Michel Fromaget, mais sur laquelle il pense intéressant de revenir de façon à apporter un dernier élément de réflexion à notre thématique de la saison.



    Comme annoncé dans la Lettre, ceux et celles qui le souhaitent pourront prolonger la journée en dînant sur place et en participant ensuite à une soirée conviviale au cours de laquelle nous évoquerons avec les présents la façon dont nous pourrions la saison prochaine concevoir un nouveau cycle de rencontres (choix d’un thème à l’année ou choix de thèmes ponctuels).

    Si vous avez prévu d’être des nôtres samedi prochain, il est nécessaire de vous inscrire à cette journée en utilisant le lien ci-dessous :

    Je m’inscris à la rencontre du samedi 22 juin

    Programme : 

    • 9h45 : accueil et installation
    • 10h : brève méditation introductive
    • 10h15 : organisation des tâches du matin et chantier
    • 13h : repas convivial (préparé sur place)
    • 14h30 : organisation des tâches de l’après-midi et chantier
    • 17h : thé convivial
    • 17h45-19h15 : rencontre/réflexions et enseignement autour de la question de l’effondrement possible de notre civilisation envisagée du point de vue de René Guenon.
    • 19h45 : diner convivial sur place (présence recommandée pour ceux qui souhaitent participer à la soirée)
    • 20h45 : Soirée conviviale (suite de l’échange de l’après midi et projets de thèmes pour la saison prochaine)
    • 22h30 : fin des activités (possibilité de rester dormir à La Bertais si vous participez à la journée GSMP du lendemain -sur réservation)

    Suite à nos précédentes rencontres de réflexion sur le thème de l’effondrement, j’avais rédigé deux textes de synthèse dont vous trouverez à nouveau le lien de téléchargement ci-dessous. Depuis lors, j’ai rédigé un troisième texte à partir de ce qui avait été dit lors de la rencontre du 9 mars sur l’application de la loi du changement de Swâmiji au problème de l’effondrement.  Vous pourrez le lire grâce au lien ci-contre !

    La loi du changement appliquée à la notion d’effondrement 

    Textes antérieurs à télécharger :

    Propos sur la notion d’effondrement n° 1

    Propos sur la notion d’effondrement n°2

     

  • 2ème conférence de Michel Fromaget à La Bertais

    HISTOIRE ET MÉTAHISTOIRE

    PERSPECTIVES CHRÉTIENNES SUR LA CRÉATION, LE DEVENIR ET LES FINS DERNIÈRES DE L’HUMANITÉ

    Pour ne rien vous cacher, j’avoue que j’ai hésité un moment à vous livrer ici la version écrite de la seconde intervention de Michel Fromaget à La Bertais. La raison principale est que le texte suivant est certes d’une grande richesse, mais aussi d’une complexité certaine qui risque de rebuter la plupart d’entre vous. Et ce d’autant plus que, selon moi, s’il ouvre de belles perspectives, il laisse aussi derrière lui de nombreuses questions irrésolues.

    Dit autrement, ce texte est à la fois plus difficile et moins abouti que les deux premiers déjà mis à votre disposition (conférence publique du vendredi et intervention du samedi matin). En ce qui me concerne, je le vois comme un matériau de travail et c’est pourquoi j’ai choisi de vous en présenter ci-dessous l’aspect qui m’a le plus inspiré, de façon à vous donner un aperçu de sa richesse potentielle, même si vous n’avez pas goût à tout lire…

    Protologie et eschatologie, qu’est-ce à dire ?

    Levons d’abord une première difficulté de vocabulaire. La réflexion sur les origines du monde (ou sur l’origine des mondes, au choix), se nomme en théologie chrétienne la « protologie » c’est-à-dire le discours (logos) sur le début (protos).  Et la réflexion sur la fin du monde (ou sur la fin des temps, au choix), se nomme « eschatologie« , c’est-à-dire le discours (logos) sur la fin (eschatos).

    La source biblique principale de la protologie est le livre de la Genèse, alors que celle de l’eschatologie est le livre de l’Apocalypse. Si on veut se faire une idée de la façon dont le christianisme se représente le début et la fin de l’univers et de l’humanité, il faut donc se pencher sur ces deux textes. Ce qui, comme le montre en partie le propos de Michel, n’est pas une mince affaire. Je dis « en partie », car malheureusement, dans son intervention, Michel n’a pas vraiment poussé sa réflexion jusqu’à l’Apocalypse, mais s’en est tenu à la Genèse, puis à la doctrine « classique » de l’incarnation du Fils de Dieu sur terre. C’est là une petite limite de son travail, mais dont on aurait mauvaise grâce à lui faire reproche, tant il y a déjà matière à réflexion dans ce qu’il nous livre.

    Les deux récits de la Création dans le livre de la Genèse :

    Une première remarque qui permet d’entrevoir la difficulté de l’entreprise, c’est que le livre de la Genèse s’ouvre non par un, mais par deux récits successifs de la création, qui sont en contradiction apparente l’un avec l’autre. En effet, dans le premier récit « en 7 jours », Dieu crée d’abord l’univers, puis la vie sur terre (les plantes au 3ème jour,  les poissons et les oiseaux au 5ème jour, les mammifères terrestres au 6ème jour), puis enfin l’être humain qu’il génère sans hiérarchie des sexes (« mâle et femelle il les créa » ), cela aussi au soir de la 6ème journée. Après quoi, satisfait de sa tâche (« Dieu vit que cela était très bon ») il se repose le 7ème jour !

    Le Paradis, selon Lucas Cranach l’Ancien (1530).

    Alors que tout semble ainsi en place, et sans aucune transition, au verset suivant, la Genèse se relance dans un second récit de la création dans lequel, cette fois, Adam (le premier humain de sexe masculin) est créé en premier (après le ciel et la terre). Adam existe avant les plantes et les animaux et bien avant la femme, qui n’apparait qu’en dernier lieu, après qu’Adam ait cherché en vain parmi les animaux un être semblable à lui avec qui partager sa vie! C’est alors que Dieu l’endort et « sous anesthésie » tire de son flanc Ève, son double féminin. Et c’est ensuite que prend place le fameux épisode où le Serpent tente Ève qui « craque ». Elle cueille le fruit défendu de l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, « croque la pomme », puis incite Adam à faire de même à son tour! De là, la malédiction divine qui s’abat sur nos ancêtres, les chasse du Paradis terrestre où ils avaient précédemment été installés et les condamne à la souffrance et à la mort !

     

    Le péché Originel, vu par Jan Brueghel (pour le fond du tableau) et Peter Paul Rubens (pour Adam et Ève, l’arbre et le serpent). 1615

    Michel se fait l’écho d’une tradition herméneutique selon laquelle le premier de ces deux récits serait d’ordre cosmogonique (explication de l’origine du cosmos) alors que le second serait d’ordre anthropogonique (explication de l’origine du mal dans l’expérience humaine). Sur cette base, il explicite alors l’une des différences majeures qui existent entre la protologie catholique et la protologie orthodoxe. Pour la première, les deux récits sont à prendre « au pied de la lettre » c’est-à-dire comme décrivant (sous forme réelle ou symbolique) des faits ayant eu lieu au sein de l’histoire. En conséquence l’être humain actuel est définitivement exilé du Paradis terrestre et ne peut pas réintégrer par lui-même cet état. Cette réintégration n’est possible que par l’intermédiaire d’un second événement historique, l’incarnation du Fils de Dieu rédempteur, qui est une nécessité incontournable pour contrebalancer les effets délétères du péché originel. Bref, il s’agit d’une vision qui réduit l’être humain à sa dimension temporelle, ce qui, ce faisant, pose tout un tas de problèmes théologiques quasiment insolubles, comme le fait que, dans cette conception, les catastrophes naturelles et la souffrance sans nom qu’elles engendrent depuis le début des temps sont censées être la conséquence du péché originel de nos ancêtres (alors que bien évidemment les dinosaures ont eu à subir cette souffrance bien avant l’apparition des premiers humains sur terre !). Ou encore, dans cette conception, seuls les êtres humains nés après la venue du Christ ont la possibilité de réintégrer (grâce à son aide) le Royaume des Cieux (autre nom du Paradis terrestre) ! Et tant pis pour les millions et millions d’humains ayant vécu avant la venue du Christ ou aussi pour tous ceux qui, depuis sa venue, n’en ont malgré tout jamais entendu parler!…

    A l’opposé de cette conception catholique « historiciste », la protologie orthodoxe estime que seul le premier récit de la Genèse a valeur historique, le second étant méta-historique. Qu’est-ce à dire : pour ce que j’en ai compris (à vous de lire le texte de Michel si vous voulez vous en convaincre à votre tour), cela revient à considérer que tout être humain a, ici et maintenant, le choix d’être ou non dans le paradis terrestre ou d’en être exilé, car ce récit ne décrit pas quelque chose qui a eu lieu dans l’histoire, mais quelque chose qui a lieu « derrière l’histoire » ou « en amont de l’histoire » ou encore sur un plan subtil de notre être qui n’est pas soumis au temps ! Et alors, dans cette autre perspective (de mon modeste point de vue) tout s’éclaire d’un jour nouveau. Le péché originel ne parle pas de la faute de mes lointains ancêtres, mais de celle que je commets moi-même, ici et maintenant, chaque fois que je choisis de « distinguer le bien du mal », c’est-à-dire d’émettre un jugement sur le réel plutôt que de l’accepter tel qu’il est. Et, accessoirement, le Christ n’est plus le passage unique et obligé vers cet état intérieur a-temporel qui est notre vraie nature. Il n’est qu’un des supports possibles (au mieux, le meilleur qui puisse être pour un temps et une ère civilisationnelle donnée) offerts aux hommes par Dieu pour leur permettre de « revenir à eux-mêmes ».

    Avec cette approche orthodoxe, que Michel présente éloquemment comme étant celle du christianisme des origines, nous nous retrouvons donc en convergence beaucoup plus facile et profonde avec la doctrine hindoue en général, et la pensée de Swâmi Prajnanpad en particulier. Je n’ai pas eu le temps de développer moi-même ce point dans mes propres interventions, mais sachez que pour le Védanta, c’est la non-reconnaissance de notre vraie nature (âvidya) qui est l’équivalent du péché originel du christianisme. Et pour Swâmiji, c’est le refus de « ce qui est » qui manifeste cette ignorance (et donc qui est « le péché originel en acte », celui dans lequel nous nous complaisons du matin au soir sans même nous en rendre compte).  Tout comme  le christianisme orthodoxe, le védânta considère donc que chacun est seul responsable de sa « misère » actuelle, celle-ci ne devant rien à une force extérieure à lui-même, et en particulier rien à une malédiction divine conçue comme insurmontable, car préemptive, c’est-à-dire énoncée avant même notre propre naissance. Et dans ce contexte, permettez-moi de vous rappeler cet aphorisme de Swâmiji selon lequel, « tout est neutre, et c’est le mental humain qui qualifie de bon et de mauvais ». Voilà qui éclaire sous un jour nouveau l’interdiction biblique de croquer le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Traduit en langage védantique, pour réintégrer notre nature « paradisiaque » nous n’avons qu’une seule chose à faire : renoncer à nos opinions, nos comparaisons et nos jugements de valeur, en un mot renoncer à notre mental, pour vivre d’instant en instant en accord avec le monde tel qu’il est !

    Eschatologie chrétienne et Védânta

    Si l’apport de Michel en ce qui concerne la « protologie » m’a semblé lumineux, les choses ne m’ont pas paru aussi limpides en ce qui concerne ce qu’il nous a dit des fins dernières (eschatologie). Et peut-être justement, parce que sur ce thème, il n’a pas su ou pu faire ressortir suffisamment la différence entre le point de vue catholique et le point de vue orthodoxe. Toujours est-il qu’en ce qui concerne la fin des temps, il s’en est globalement tenu au point de vue historiciste selon lequel, Dieu se révèle progressivement aux hommes au cours de l’histoire, ce qui fait que ceux-ci sont donc censés « progresser spirituellement » au fil du temps, jusqu’à parvenir à une re-divinisation complète… Je simplifie à outrance le propos de Michel, entre autres parce que ça serait trop long de le détailler ici, mais sachez que, sur ce point, la divergence de surface est grande avec la tradition hindoue, puisque celle-ci considère au contraire que le temps est un facteur irrémédiable de la dégénérescence spirituelle de l’humanité. Cependant, si on fait intervenir la notion de cycles cosmiques (à laquelle Michel fait allusion à la fin de son texte), les choses sont plus complexes et plus nuancées, comme j’ai tenté de le montrer dans mes propres interventions. Pour vous en convaincre, il vous faudra donc attendre de pouvoir lire mes propos sur cette conception cyclique de l’histoire, propos que je projette de mettre bientôt à votre disposition ici même. Histoire de vous mettre l’eau à la bouche (ou de vous dégouter définitivement de me lire sur ce thème), sachez déjà qu’il y a aussi dans l’Apocalypse non pas un, mais deux récits de la fin du monde, qui, selon moi, font pendant aux deux récits de création de la Genèse.  Sans en avoir encore parlé avec Michel, je suspecte que là encore l’un des deux concerne « l’histoire », alors que l’autre concerne « la méta-histoire ». Mais chut, vous n’en saurez pas plus aujourd’hui !

    Sur ce, bonne lecture (aux plus téméraires) du second texte de Michel à télécharger ci-dessous. Et pour les autres, bravo déjà d’avoir eu la patience de lire cet article jusqu’au bout !!!

    Téléchargez ici le texte de la deuxième intervention de Michel à La Bertais

  • Petit retour sur l’AG d’Hauteville, cuvée 2019

    Selon mon habitude et en attendant le compte rendu officiel du prochain numéro de la Lettre d’Hauteville, voici un petit aperçu (subjectif) de ce qui s’est passé ce week-end à Hauteville…

    Intervention d’Alain Delaye du samedi matin 11h :

    Touchante surprise que la découverte du parcours de cet homme âgé, de petite taille mais de haute érudition, qui a longtemps été moine Carmes avant de décider de revenir à la condition laïque, et où, après un mariage et l’éducation de ses trois filles, il s’est finalement retrouvé à enseigner la théologie chrétienne, puis les religions orientales (hindouisme et bouddhisme) à l’université catholique d’Angers. Esprit ouvert et d’une curiosité insatiable, il ne s’est pas contenté d’étudier les textes classiques et les témoignages des grands noms de la spiritualité, mais il a aussi osé expérimenter par lui-même de nombreuses pratiques, dont le Yoga et le Zen. Ayant la plume facile, il a jalonné son itinéraire personnel d’ouvrages multiples reflétant les différentes époques de sa propre quête de sagesse (livres sur les grands mystiques chrétiens : St Thérèse d’Avila et Saint-Jean de la Croix, puis livres sur le bouddhisme et sur l’hindouisme, et encore, ouvrages sur la sagesse convergente de maitres contemporains, dont Etty Hilsum et Swâmi Prajnanpad. Un peu à la façon d’André Comte-Sponville, il a rédigé un petit livre de synthèse sur l’enseignement de notre maitre (qu’il estime être l’un des sages les plus remarquables du 20ème siècle) et qui s’appelle  » Dire Oui à ce qui est  » . A lire sans modération, si vous voulez reviser votre compréhension des bases de cet enseignement !

    A noter pour finir que ce « militant spirituel » de toujours est aussi à l’origine des « cafés Sagesse », une initiative citoyenne qu’il a lancée à Angers sur le modèle des café-philo et qui se veut un espace d’échange et de partage entre personnes intéressées par les thématiques de la sagesse universelle. Ça se passe à Angers le 3èm mercredi de chaque mois à 20h30 au café de l’Entre…

    Intervention de Calisto Suarez du samedi après-midi 15h30 :

    Changement de décor avec ce représentant d’un « peuple premier » de l’actuelle Colombie. Cet indien Arhuaco de la Sierra Névada est un pacifiste déclaré qui voyage à travers le monde pour faire connaître sa culture d’origine et ses valeurs de respect de la Terre et de tous les êtres vivants.

    Autant la prestance et la chaleur de l’homme ont plaidé pour sa cause, autant le discours (en espagnol, avec une traduction un peu approximative) a quelque peu déçu. Des propos sur la nécessité de prendre soin du monde et d’harmoniser pour cela nos rapports avec les autres êtres vivants (hommes, animaux et plantes) certes pleins de bonnes intentions, mais déclinés de façon très redondante et en termes trop généraux pour donner l’impression qu’on a appris quelque chose de neuf. Un tour sur le site web qui promeut sa mission m’a donné ce matin quelques éléments supplémentaires me permettant de tempérer ce jugement personnel peut-être un peu trop « expéditif ».

     » Je suis Calixto Suarez Villafañe, indigène Arhuaco de la Sierra Nevada, au nord de la Colombie. Je suis né au sommet d’une montagne, à 3000 mètres d’altitude. A ma naissance, je n’étais pas très bien physiquement, j’avais des problèmes de santé et ma mère pensait « que je n’avais pas de futur ». Elle me laissa entre les mains de ma grand mère qui était une masseuse hors pair et c’est elle qui régla mes problèmes physiques. Après 4 ans, mon oncle maternel se maria et je partis vivre avec eux comme fils unique. C’est à ce moment que j’ai commencé ma formation avec les anciens. Avec eux j’ai compris la vie en général, j’ai appris sur les quatre mondes, sur la terre et l’univers.

    J’avais une perception sensorielle très forte mais j’étais très timide.Très souvent je restais seul dans la montagne à cultiver du maïs ou d’autres sortes de choses. Les anciens me parlait des êtres vivants de la nature et ces des points sacrés que nous appelons aujourd’hui points d’énergie, où les Mamos (les sages) font leurs paiements pour l’harmonisation. Il y a beaucoup de lieux sacrés dans le territoire Arhuaco, et j’ai donc commencé à comprendre qu’un point était parfois relié à tous les autres et que certains points ne sont reliés qu’à une seule chose. Les Mamos disent que la Sierra Nevada est comme le cœur du monde. J’ai alors commencé à réfléchir pourquoi ? Ma conclusion fût que les points qui sont sacrés ici, sont en connexion avec d’autre points de la planète. Et qu’ils font tous partie d’un réseau qui est connecté avec l’univers.

    A partir de là, j’ai ouvert la porte et j’ai voyagé hors du pays. Il y a maintenant un moment que je voyage. J’ai connu différents pays, cultures et traditions dans le monde. Toujours sous forme de recherche, afin de ressentir la force invisible des lieux sacrés de la planète, car il y en a partout. Je me suis dédié à faire un échange d’énergie avec ses lieux. J’ai ainsi voyagé en donnant des conférences et en ayant des entretiens avec des enfants, des adolescents, des adultes, des associations, des fondations, des institutions. Avec d’autres cultures, d’autres religions, avec des politiciens et des maitres spirituels.

    Ce qui m’intéresse plus spécialement, c’est la bonne santé de la terre, que l’eau soit exempte de maladie, que le vent ne porte pas de virus et que les humains soient en paix avec eux-même. Voilà mon élan et mon intention, parler de l’importance de ces lieux sacrés et du sacré qu’il y a en chacun de nous ».

    Et si ce texte vous donne envie d’en savoir plus, n’hésitez pas à visiter ce site à votre tour (il y a plein de très belles photos !!!) :

     

    AG statutaire du dimanche matin 9h30 :

    Les nouvelles de l’association des amis d’Hauteville sont plutôt bonnes. Voici, en vrac, ce que j’en retiens pour vous :

    • Avec 1519 membres en 2018, la baisse du nombre des adhérents constaté lors des précédents exercices semble en passe de se stopper, d’autant plus que sur le premier semestre 2019, le nombre des adhésions est reparti à la hausse…
    • Du point de vue financier, le budget global de l’association des Amis de Hauteville est de l’ordre de 930.000€. Un déficit probable avait été anticipé l’an passé, mais au final celui-ci a pu être bien mieux contenu que prévu et n’est en 2018 que de 6.600€. Il est donc probable que l’exercice de 2019 puisse permettre de revenir à l’équilibre… A noter que par ailleurs, l’association vient de finir de rembourser son emprunt pour l’achat de la propriété et que de ce fait, elle jouit d’une bonne santé financière, avec entre autres, une avance de trésorerie suffisante pour aborder sereinement la saison en cours…
    • Cette situation a permis quelques investissements notables visant à améliorer l’état global de la propriété et en particulier à la rendre plus autonome sur le plan de son approvisionnement en eau. A cet effet un bassin de rétention des eaux de pluie et un forage couplé avec une pompe à panneaux solaires, sont en cours de réalisation ; ce qui va permettre l’irrigation « gratuite » des plantations et du jardin potager…
    • Intéressant à savoir : il y a actuellement 25 permanents qui travaillent à Hauteville soit, compte tenu des bénévoles, l’équivalent temps plein de 13 personnes. Deux des postes vont connaître un changement : le remplacement d’une des cuisinières et d’un des responsables des espaces verts est en cours. Alors, bienvenue à Églantine et à Loïc dans leurs nouvelles fonctions !

     

    Intervention de Sophie Edelman  du dimanche matin 11h :

    Sans nul doute, cela aura été l’intervention majeure de cette AG. Dans le style très vivant qui est le sien, Sophie a en effet fait un témoignage très inspirant sur son chemin et sur l’aide particulièrement déterminante qu’elle a reçue de Daniel Morin tout d’abord puis ensuite d’Arnaud. Étant donné que le contenu de son intervention était très personnel et que l’essentiel en sera très certainement reproduit dans la prochaine Lettre d’Hauteville, je ne vous en dirai pas plus ici. Mais sachez que désormais, la sangha compte un atout supplémentaire en la personne de cette « femme remarquable »…

     

    Intervention du père Christian Delorme du dimanche après-midi 14h30 :

    A ma connaissance, c’était la troisième fois que ce prêtre lyonnais, ami de longue date d’Arnaud, était invité dans le cadre de l’AG d’Hauteville. Bien que je garde de ses deux interventions précédentes une impression positive, j’avoue ne pas me rappeler de leur contenu. Cet oubli aura eu pour avantage de me permettre de recevoir de façon neuve la parole de « Christian » qui nous a brossé une « brève histoire de sa vie » et des rencontres marquantes qui l’ont jalonnée : Martin Luther King (qui est à la racine de sa vocation religieuse), Lanza del Vasto, Le Dalaï Lama (dont il a été un proche pendant plusieurs années en étant à la tête d’une association oeuvrant à l’intégration des réfugiés tibétains en France), Le Cheikh Bentounès (à l’initiative de la diffusion du soufisme dans les banlieues islamisées françaises) et, bien entendu Arnaud. Mais cette longue litanie ne donne qu’une idée très superficielle du charisme propre de Christian Delorme, qui est d’abord et avant tout un prêtre engagé, très impliqué dans les mouvements sociaux et la défense des plus pauvres ou des plus démunis. Pour avoir une idée plus juste du personnage, je vous recommande le film « La Marche », avec Jamel Debbouze dans le rôle principal et Olivier Gourmet dans le rôle du Père Christian ! En voici le pitch, pour ceux et celles qui l’ont raté sur les écrans  lors de sa sortie en 2013 :

    En 1983, dans le quartier des Minguettes, en banlieue lyonnaise, un adolescent est blessé par un tir policier. À sa sortie de l’hôpital, contre l’avis de ses proches, il décide avec deux amis, Sylvain et Farid, ainsi que le curé de la paroisse, (Christian Delorme), de se lancer dans une marche pour dénoncer le climat d’intolérance qui règne dans le pays. Martin Luther King et Gandhi les inspirent. Le 15 octobre, ils quittent Marseille à une petite dizaine. Deux mois plus tard en entrant dans Paris, ils seront plusieurs milliers…

    A sa sortie, le film a fait polémique, car soutenu publiquement par François Hollande et son gouvernement, il a été stigmatisé comme un film de « propagande du pouvoir socialiste » ce qui a eu pour effet de briser sa carrière publique. Il n’empêche, la critique de Télérama était excellente, et lors d’un interview au sujet de la fidélité du film aux événements, Christian Delorme (qui, en vrai, a été l’un des principaux animateurs de cette « marche des beurs ») a déclaré à la presse : « le réalisateur est resté fidèle à l’esprit de notre mouvement pacifiste ».

    Aller : ne vous privez pas de jeter un œil à la bande-annonce. Et que l’évocation de cette marche pacifiste nous inspire à continuer l’aventure de notre propre cheminement intérieur, tant au côtés de nos frères et soeurs de la sangha hautevilienne qu’au delà, avec tous les « disciples de bonne volonté » !

  • 1ère conférence de Michel Fromaget à La Bertais

    Une des particularités de Michel Fromaget, c’est qu’il rédige à l’avance chacune de ses interventions publiques et que, de ce fait, il est à même, à l’issue de ses prestations, de fournir aux organisateurs un écrit reflétant de façon fidèle son propos oral. Ceux et celles qui auront la curiosité de lire le texte de sa première intervention à la Bertais (celle du samedi matin) auront néanmoins la surprise de trouver dans ce texte de nombreuses précisions qui n’ont pas été données oralement. A l’inverse, certains développements oraux ne figurent pas dans le texte écrit. La raison est bien évidemment que comme tout bon conférencier qui se respecte, Michel se sert de son écrit comme d’un canevas à partir duquel il improvise en partie son discours en l’adaptant aux circonstances et à l’auditoire précis devant lequel il se trouve. De la sorte la lecture ne fait pas double emploi avec l’audition, mais permet au contraire d’approfondir les points les plus techniques qui souvent échappent à la compréhension lors de la simple écoute…

    Pour la livraison d’aujourd’hui, pas de surprise majeure dans la première partie du texte : vous y retrouverez cependant un thème qu’en ce qui me concerne j’ai perçu comme original par rapport à ce que Michel nous avait dit lors de sa première venue de 2016 : c’est celui de l’influence que le modèle anthropologique implicitement véhiculé par une société donnée a sur les individus. Cette idée est déjà évoquée dans le texte de la conférence publique mis en ligne la semaine dernière, mais elle est ici encore plus clairement développée. Je la résumerai ainsi : la représentation qu’une société donnée se fait de l’être humain ne décrit pas l’homme tel qu’il est, mais le fait devenir tel qu’elle le décrit. Ainsi quand le modèle anthropologique dominant d’une culture est seulement binaire (corps et psychisme), il amène les membres de cette société à se percevoir et à se comporter comme s’ils n’étaient eux-mêmes que cela puisque c’est cela la seule l’image qui est collectivement reconnue comme vraie ou réelle. A méditer !!!

    Dans la seconde partie du texte, pas de grande surprise pour ceux et celles qui connaissent les bases théoriques de la pensée de Michel, mais pour les autres, c’est une belle occasion de se frotter plus avant à cette pensée (l’exposé étant là aussi plus détaillé et précis que celui de la conférence publique). Un point mérite cependant à mes yeux une attention spéciale, c’est ce que Michel dit de nouveau (par rapport à 2016) concernant le corps. Il distingue en effet ici ce qu’il appelle l’essence du corps, c’est-à-dire la possibilité qu’offre celui-ci à la personne de pouvoir s’exprimer et de pouvoir être identifiée par autrui, des caractéristiques accidentelles et provisoires du corps (son poids, sa taille, ses organes) qui peuvent être conçues comme « inessentielles ». De ce point de vue, et il s’agit là selon moi d’une idée d’un grand intérêt, l’essence du corps n’est pas matérielle mais subtile et de ce fait n’est pas obligatoirement soumise à la déchéance lors de la mort physique (matérielle)… Un autre thème sur lequel nous aurons avantage selon moi à revenir!!!

    Ceci étant et toujours selon moi, l’apport principal du présent texte se trouve dans sa troisième et dernière partie intitulée « le point de vue de l’histoire » où Michel retrace par le détail l’historique quelque peu chaotique de l’anthropologie chrétienne. Il y a là un apport original remarquable sur lequel, faute de temps, Michel a dû faire l’impasse dans son exposé oral et qu’à la lecture j’ai pourtant trouvé à la fois passionnant et lumineux. Bien qu’il s’agisse de pages un peu difficiles, je ne peux que vous inciter à les lire car elles offrent un éclairage rare sur un aspect de l’histoire de notre culture aussi important que méconnu : à savoir le rôle crucial joué par les grands théologiens que furent respectivement Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin dans la genèse du modèle binaire dont notre civilisation est à la fois l’héritière et le fer de lance. Très touché d’apprendre -entre autres- comment St Thomas lui-même a eu, sur la fin de sa vie, la révélation de l’inanité de son fantastique travail intellectuel! Et au-delà de ce détail, pour  une fois que l’érudition est au service de la Sagesse, je ne saurais vous inciter à ne pas bouder le plaisir de cette lecture inspirante !

     

    Téléchargez ici le texte de la première intervention de Michel à La Bertais

     

    Rappel : le texte de la conférence publique du vendredi soir est disponible au bas de l’article précédent « Retour sur le we avec Michel Fromaget« 


     

  • Retour sur le week-end avec Michel Fromaget

    Comme à l’habitude, je suggère aux participants à ce dernier week-end de partager ci-dessous leurs impressions. Par ailleurs et outre les quelques photos ci-contre, vous trouverez ci-dessous un lien vous permettant de télécharger le texte de la conférence publique que Michel a fait vendredi soir à Rennes et qui donne déjà une bonne idée du contenu du week-end.

    « Je télécharge la conférence »

     

    Le texte des trois interventions qu’il a faites à La Bertais sera lui aussi prochainement mis en ligne….

    Quant aux deux longs exposés que j’ai faits moi-même sur la tradition hindoue, je vais tenter d’en rédiger un résumé. En attendant, je veux déjà remercier ici ceux et celles qui m’ont fait oralement part du grand intérêt qu’ils avaient pris à m’écouter sur un sujet dont je n’avais jusqu’à présent jamais parlé de façon aussi complète et détaillée, à savoir la cosmologie issue de la Sagesse indienne et les perspectives qu’elle offre quant à notre évolution individuelle et collective. Une porte a été poussée, qui, comme souvent, ouvre autant de nouvelles questions qu’elle n’apporte de réponses. Si mes propos ont soulevé en vous des interrogations, n’hésitez pas à les partager. Dans la mesure des limites de ma propre compréhension, c’est avec plaisir que je prolongerai l’échange.

    Une confidence pour finir : j’ai dû pas mal « travailler » dans tous les sens du terme pour préparer mes deux interventions et, comme souvent, je me sens à présent le premier bénéficiaire de ce travail. De ce point de vue, c’est donc moi qui aie envie ce matin de remercier La Bertais et les participants de m’avoir permis, une fois de plus, de « grandir en esprit » tout en les servant !

    PS : cette fois-ci les photos ont été prises par Anne-Marie (ce qui explique qu’elle n’y figure pas !)

     

     

  • Modernité et désarroi

    En préparation à la conférence et au séminaire avec Michel Fromaget, je vous offre ce petit extrait de l’introduction de son livre « Modernité et désarroi ou l’Âme privée d’Esprit ».

    « Aucune civilisation, ni même aucune culture, n’est concevable qui ne soit tissée sur une conception, une compréhension particulière de l’homme et de la vie humaine, qui ne soit, en un mot, tissée sur une anthropologie. Cette anthropologie n’est en rien une entité ou une notion abstraite. Elle est une représentation psychologique véhiculée et fournie par le milieu social, notamment par la famille et l’école, une image mentale que nous « respirons » et assimilons dès notre plus tendre enfance et sans laquelle nous ne saurions construire notre humanité. (…)

    Au vrai, cette anthropologie, qui à notre insu nous habite, conditionne nos moindres pensées et nos moindres gestes. Or celle élue par l’Occident moderne consiste à dire que l’homme est un être à deux dimensions : physique et psychique, ou encore biologique et psychologique. Qu’il est fait de cela seulement et uniquement (…)

    Soit! dira-t-on. Mais si le modèle dualiste « corps-psyché » s’est imposé dans notre culture, c’est tout simplement parce que l’homme est ainsi fait. La preuve en est que ce modèle « marche » et même très bien pour expliquer l’essentiel de ce qui fait l’existence humaine de nos contemporains (…)

    Mais  est-ce bien vrai que ce modèle, qui condamne l’homme à n’être que corps et âme, marche ?

    Et si l’essentiel des maux qui accablent nos contemporains, à savoir, à titre individuel, maladies, angoisse, solitude, dépression, suicide, drogue et, à titre collectif, chômage, inégalité, pauvreté, racisme, délinquance, terrorisme, guerres, le tout conduisant à l’extinction des espèces animales, au réchauffement climatique et autres calamités… et si tout cela venait, justement de ce modèle erroné qui ne rend pas compte de ce qu’est l’homme en réalité et qui ne lui donne donc pas accès à la plénitude de l’expérience du monde ? »

    ************

    Pour en savoir plus sur ce que vous êtes vraiment et sur le regard neuf que cela vous invite à porter sur votre existence et sur la marche du monde, rendez-vous le vendredi 24 au soir pour la conférence publique de Michel à Rennes, et/ou les 25 et 26 mai à La Bertais pour le séminaire en duo avec Yann, qui reviendra entre autres sur cette célèbre mais néanmoins étrange affirmation de Krishna dans la Baghavad Gîta (IV, 7-8) :

    « Toutes les fois que l’ordre chancelle et que le désordre se répand, Je me remanifeste dans ce monde.
    Je renais ainsi d’âge en âge pour la protection des justes et la perte des méchants, pour la restauration du Dharma. »

  • Retour sur la venue d’Emmanuel

    La cinquième visite parmi nous d’Emmanuel fera date, tant dans nos annales personnelles que dans celles de La Bertais.

    Pour nous, les choses ont commencé dès mercredi après midi, puisque de la gare de Rennes où nous avons accueilli notre hôte, nous nous sommes directement rendus à Nantes où Emmanuel a pris une première fois la parole devant un public d’une centaine de personnes. Avec un bon tiers des auditeurs qui connaissaient déjà personnellement Emmanuel, les choses ont été facilitées par une ambiance bon enfant, presque familiale. Quant aux personnes qui découvraient Emmanuel pour la première fois, les feedbacks post-conférence ont semblé des plus positifs…

    Au Centre Culturel Bouddhique de Rennes…

    Après une journée de pose, Emmanuel est intervenu une seconde fois le vendredi soir à Rennes où presque 200 personnes se sont présentées à sa conférence qui avait lieu au Centre Culturel Bouddhique. Fort de l’expérience de l’avant-veille, Emmanuel a décidé de s’impliquer davantage dans son propos pour le rendre plus vivant et de ce fait il a fait forte impression sur un grand nombre des auditeurs.

    La « machine ayant ainsi été bien chauffée », il est arrivé à La Bertais en pleine possession de son énergie et de sa détermination et a mené un remarquable travail qu’il a souhaité prolonger en proposant dès le samedi matin que soit réorganisé l’emploi du temps prévu, de façon à y ajouter chaque jour une réunion supplémentaire. Preuve que cela n’était pas de trop, les mains étaient encore nombreuses à se lever lors de la dernière réunion du dimanche, et quelques participants ont dû repartir avec leur question! Occasion pour eux de rechercher dans la richesse des propos tenus durant ces deux jours les éléments leur permettant d’éclairer leur propre problématique ou interrogation, ou encore d’envisager un séjour prochain à La Bertais ou à Hauteville pour obtenir les éclaircissements encore manquants!

    Après ce survol factuel du week-end, je laisse la plume à ceux et celles qui voudront bien faire part de façon plus personnalisée de leurs impressions, sachant que si vos contributions sont significatives, j’aurai plaisir à les retransmettre ensuite à Emmanuel pour qu’il puisse, lui aussi, bénéficier du retour de son auditoire…

     

  • Journée chantier et 4ème rencontre autour du thème de l’effondrement

    Samedi prochain 9 mars, nous nous retrouverons à La Bertais pour une journée chantier, suivie d’une quatrième rencontre/réflexion/enseignement autour du thème de l’effondrement probable de notre civilisation. Nous avons programmé pas mal de travaux manuels tant extérieurs qu’intérieurs pour cette journée et nous vous espérons donc nombreux et nombreuses pour la séquence chantier qui, cette fois-ci commencera dès le matin à 10h (accueil à partir de 9h45).

    Après le thé, la partie enseignement sera cette fois-ci consacrée à revisiter la loi du changement chère à Swâmi Prajnanpad et à montrer comment une meilleure compréhension de cette loi peut nous aider à faire face plus sereinement aux nombreux bouleversements sociaux et civilisationnels en cours ou à venir.

    Comme annoncé lors de la précédente rencontre de janvier, ceux et celles qui le souhaitent pourront prolonger la journée en dînant sur place et en visionnant ensuite le film de Cyril Dion « Après Demain« . Pour mémoire, il s’agit d’un documentaire récent (sorti en septembre dernier), qui fait le point sur les principales initiatives qui ont vu le jour suite au phénoménal succès de « Demain« , le premier film du même auteur. Si ce deuxième volet est nettement moins « enthousiasmant » que le premier opus, il est néanmoins très intéressant dans la mesure où il est consacré à évaluer de façon réaliste les effets à moyen terme des projets citoyens nés de la dynamique du premier « épisode ». Ce faisant, il représente une aide efficace pour tempérer les élans de certains de nos personnages (l’optimiste, l’idéaliste etc) et ainsi arriver à un positionnement plus centré, gage d’un engagement plus éclairé dans l’action…

    Si vous avez prévu d’être des nôtres samedi prochain, il est nécessaire de vous inscrire à cette journée en utilisant le lien ci-dessous :

    Je m’inscris à la rencontre du samedi 9 mars

    Programme : 

    • 9h45 : accueil et installation
    • 10h : brève méditation introductive
    • 10h15 : organisation des tâches du matin et chantier
    • 13h : repas convivial (préparé sur place)
    • 14h30 : organisation des tâches de l’après-midi et chantier
    • 17h : thé convivial
    • 17h45-19h15 : rencontre/réflexions et enseignement autour de la loi du changement de Swâmi Prajnanpad dans la perspective d’un effondrement possible de notre civilisation
    • 19h45 : diner convivial sur place (présence recommandée pour ceux qui souhaitent participer à la soirée)
    • 20h45 : projection du film « Après Demain » et échanges
    • 22h30 : fin des activités (possibilité de rester dormir à La Bertais si vous participez à la journée GSMP du lendemain -sur réservation)

    Suite à nos des deux premières rencontres de réflexion sur le thème de l’effondrement, j’avais rédigé à chaque fois un texte de synthèse. La troisième rencontre de janvier ayant été davantage consacrée au partage qu’à l’enseignement, je n’ai pas eu matière à rédiger un troisième texte. Ceci étant, à tout hasard, je vous remets ci-dessous les liens vers les deux premiers textes déjà diffusés :

    Textes à télécharger :

    Propos sur la notion d’effondrement n° 1

    Propos sur la notion d’effondrement n°2

     

  • A la découverte du cosmos avec Aurélien Barrau (1)

    Magie d’Internet : il y a quelque temps sur Thinkerview, je découvre les propos d’Aurélien Barrau, jeune astrophysicien engagé, convaincu lui aussi de l’imminence de l’effondrement de notre société. Je le trouve vraiment « sympa » tant dans ses dires que dans son look baba-cool, même si je n’apprends rien de nouveau par son discours.

    Mais son charisme me touche et je décide donc de faire plus ample connaissance avec lui, via des vidéos interposées…

    Bien m’en a pris, car de fil en aiguille, je suis tombé sur une pépite : le cours d’introduction à cosmologie contemporaine qu’il a donné en 2017 à l’université de Grenoble où il est enseignant-chercheur. Ce cours d’une durée d’une vingtaine d’heures à été entièrement filmé et est disponible sur YouTube par tranche de deux heures. Si comme moi, vous souffrez de ne pas y connaitre grand-chose en astrophysique, mais que vous êtes malgré cela irrémédiablement attiré par la contemplation du ciel étoilé et facilement sujet aux vertiges métaphysiques liés à cette contemplation, alors, n’hésitez plus et « offrez-vous » ce cours.

    Et si vous hésitez, voici en guise de mise en bouche la principale pépite que j’ai retirée de la première vidéo de deux heures.

    Maya : tout ce que nous croyons connaitre de l’univers par nos sens et en particulier l’image visuelle que nous en avons est illusoire. L’astrophysique le confirme d’une façon aussi simple que limpide.

    Démonstration : le sens de la vue fonctionne grâce aux ondes lumineuses qui émanent des corps célestes tel le soleil et qui viennent « éclairer » les objets et nous en révéler les formes et les propriétés. Grâce à la lumière, je vois le paysage devant moi, les êtres et les objets qui le peuplent. Génial : sauf que sans m’en rendre compte je tends à considérer que le réel est identique à ce que j’en vois avec mes yeux et qu’inversement, ce que je ne vois pas avec eux n’existe pas.

    Or la lumière visible n’est qu’un cas particulier d’un phénomène beaucoup plus général appelé « ondes électromagnétiques » et si nous voulons sortir de notre représentation par trop étriquée du réel, il est utile de s’en rendre compte et de s’en souvenir.

    Le schéma ci-contre représente la gamme des ondes électromagnétiques émises par l’Univers. Une gamme extrêmement étendue qui va des ondes très longues et de très faible énergie (ondes radio) aux ondes très courtes et de très haute énergie (rayons gamma). Au milieu de cette grande plage, se trouve « coincée » la toute petite gamme des ondes visibles par nos yeux humains. A l’aide de ce schéma, on se rend mieux compte que nos yeux ne captent qu’une infime partie des informations émises par l’univers et transmises jusqu’à nous par ces ondes électromagnétiques. Or, c’est avec cette toute petite portion des données disponibles que nous nous construisons notre représentation habituelle de l’univers. C’est un peu comme si on regardait le vaste monde par la meurtrière d’un château fort sans se rendre compte que de ce fait, notre représentation du paysage n’est qu’un fragment particulièrement pauvre et lacunaire de ce que la nature offre réellement à contempler et à connaitre !

    Dans ce premier cours, Aurélien nous propose l’expérience de pensée suivante : Imaginons un instant que nos yeux soient « réglables » de telle sorte qu’ils puissent capter à tour de rôle l’ensemble des informations véhiculées par la totalité du spectre électromagnétique. Nous serions alors à même de nous faire une représentation de l’univers incroyablement plus riche et plus complexe que ce que notre vue limitée nous offre comme conception. Ça vous tente d’essayer ? Alors emboitons les pas d’Aurélien et voyons ce qu’ont à nous apprendre ces différentes classes d’ondes dont la lumière visible n’est qu’un tout petit « cas particulier »…

    En lisant le schéma de la gauche vers la droite, on découvre successivement :

    • 1) les ondes radio (de grande amplitude et très faible énergie) : comme elles sont émises en grande quantité par les galaxies, si on était outillé pour les percevoir, cela nous permettrait de « voir » l’infiniment loin et d’avoir conscience de l’ensemble des galaxies et des amas de galaxies présentes en arrière-plan de la petite portion de l’univers que nos yeux nous révèlent. Notre vue en effet ne permet pas de voir plus loin que notre propre galaxie et notre image de l’univers est donc semblable à ce que chacun peut percevoir du monde un jour de brume : infiniment moins que l’ensemble du paysage possible !
    Les amas de galaxies qui se tiennent derrière le ciel visible, révélées par les radiotélescopes et retranscrites en points lumineux pour être perçues par l’oeil humain
    • 2) les micro-ondes (amplitude un peu plus faible, énergie un peu plus grande) :  ces ondes sont apparues dans l’univers très peu de temps après le Big-Bang et ont la particularité de ne pas s’être sensiblement modifiées depuis lors. Si nous pouvions les voir, elles nous révéleraient un ciel extrêmement brillant et monochrome. Un peu comme si tout l’espace était rempli par un immense soleil ne laissant de place à aucune ombre ou nuance colorée quelconque. Cette lumière aveuglante serait apparue dans l’univers quelques 400.000 ans après le Big-Bang, soit, ramenés à l’échelle d’une vie humaine, durant le 1er jour de vie in utéro d’un embryon. Et une partie de cette lumière est encore aujourd’hui omniprésente dans l’univers, comme la trace fossile de l’explosion initiale. Mais comme nos yeux ne la perçoivent pas, elle semble inexistante pour nous. Alors que pour les physiciens, l’étude de cette « lumière fossile » est l’un des supports majeurs permettant de comprendre (un peu), ce qui s’est passé durant « le premier jour » de la gestation du monde !
    400.000 ans après le Big Bang, l’éclat de l’explosion initiale devient enfin apparent (avant cela, la matière était trop dense pour permettre l’émission de la lumière). Aujourd’hui encore, une partie des ondes alors émises est toujours « visible » pour les détecteurs spécialisés sous forme d’une « neige » aveuglante.
    • 3) les infrarouges (amplitude plus faible, énergie plus grande). Ces ondes ont la particularité de ne pas être arrêtées par les poussières intersidérales, contrairement aux ondes lumineuses visibles par nos yeux. Du coup, elles sont les grandes messagères de ce qui se passe au coeur des galaxies et en particulier dans les zones « chaudron » d’où sortent les étoiles, car les ondes infrarouges traversent sans encombre les « écrans » de poussières qui rendent aveugles nos télescopes optiques. Bref, c’est en prenant en compte ces ondes, que nous pouvons désormais explorer le coeur des galaxies, y compris bien entendu de la nôtre : la Voie lactée.
    Trois vues de la galaxie M81 révélée par ses ondes infrarouges (ondes retranscrites pour l’oeil humain en couleurs visibles)
    • 4) les ondes optiques : ce sont celles qui définissent le spectre de la lumière visible formée des sept couleurs de l’arc-en-ciel. Ces ondes nous donnent certes de précieuses informations optiques sur l’univers, mais ces informations sont extrêmement limitées et lacunaires rapportées à ce que l’ensemble du spectre a à nous offrir. Autrement dit, notre représentation visuelle d’un firmament avec le soleil, la lune et ses millions d’étoiles est une façon bien pauvre d’appréhender la richesse infinie de l’univers réel. C’est un peu comme si, à l’orée d’une forêt, notre regard était arrêté par une haie végétale qui, bien que plaisante à regarder, nous cachait aussi toute la richesse et la diversité hébergées derrière la haie, dans les profondeurs mêmes de la forêt.
    Ce que nos yeux nous laissent à voir du cosmos
    • 5) Les ultraviolets : (amplitude plus faible, plus grande énergie) : ces ondes nous permettent de détecter des phénomènes cosmiques beaucoup plus « chauds » que ceux révélés par toute la gamme d’ondes évoquées jusqu’à présent et en particulier c’est grâce à elles que nous sommes en mesure de détecter la présence d’un des éléments chimiques les plus anciens de l’univers, le deutérium, considéré comme le fossile par excellence du Big Bang (aucun autre phénomène cosmique connu ne peut rendre compte de la présence actuelle du deutérium dans le cosmos, deutérium qui n’est lui-même détectable que par son rayonnement ultraviolet).
      Par ailleurs, le rayonnement ultraviolet en provenance de certaines galaxies, permet d’enrichir la représentation visuelle donnée par les télescopes optiques, comme on peut le voir sur cette photo qui donne à percevoir la forme « ultraviolette » de la galaxie Andromède.
    L’extrême chaleur du coeur de la galaxie Andromède est révélée par l’intensité de son rayonnement ultraviolet (les couleurs ont été retranscrites dans le « langage » de l’oeil humain)
    • 6) les rayons x : (amplitude faible, grande énergie) : ces ondes nous révèlent la présence d’objets célestes très très chauds, et nous permettent par exemple de « voir » ce qui arrive aux étoiles une fois qu’elles ont épuisé leur combustible interne. Dans certains cas, elles dégénèrent alors en « naines blanches » extrêmement chaudes dont de ce fait le principal rayonnement est de type x, certaines terminant même leur vie par une formidable explosion thermonucléaire appelée « supernova », véritable bombe atomique à l’échelle cosmique…
    La naine blanche Sirius B, est, en mode optique, un point minuscule de très faible brillance. Mais si on regarde son rayonnement X, elle devient d’une brillance extrêmement révélatrice de son destin paradoxal (elle surchauffe avant d’exploser).
    • 7) les rayons Gama : (amplitude très faible, très grande énergie) : ces ondes nous révèlent qu’il existe des objets célestes incroyablement chauds et donc incroyablement chargés en énergie.  Par exemple les étoiles à neutron ou pulsars dont on ne peut appréhender le fonctionnement qu’en observant leur émission d’ondes Gama. Imaginons un instant que nos yeux ne soient sensibles qu’aux ondes Gama. Soleil, lune, planètes et étoiles, aucun de ces objets familiers n’apparaitrait plus à notre vue. Est-ce à dire que le ciel deviendrait noir ? Non, car alors ce sont d’autres corps célestes qui se mettraient à briller de tous leurs feux et à illuminer notre champ de vision. Par exemple, au sein de notre galaxie se trouve la nébuleuse du Crabe, qui vue avec des lunettes Gama, est l’objet le plus brillant de toute notre galaxie (alors qu’elle est quasi invisible en mode optique). Nos journées ne seraient donc plus rythmées par le lever et le coucher du soleil mais par le lever et le coucher de cette nébuleuse, la seule à nous assurer d’une intensité de « lumière » suffisante pour nous « éclairer » au quotidien sous ce mode !!!!

     

    La nébuleuse du Crabe émet une énergie quelque 200.000 fois plus importante que notre soleil, mais principalement sour forme d’ondes Gama, ce qui fait qu’optiquement elle reste très discrète dans le ciel visible. L’image suivante est une image composite obtenue à partir d’une combinaison de tous les types d’ondes émises par cet objet, photographié par le télescope spatial Hubble.

     

    Conclusion toute provisoire : c’est en combinant ces différentes sources d’informations « lumineuses » (ou plus justement, électromagnétiques) que l’on peut arriver à échapper un peu à la cécité de notre représentation anthropocentrique ordinaire et commencer à appréhender plus « objectivement » notre univers. Ceci étant, à la fin de ce premier cours « magistral » Aurélien Barrau signale d’autres sources d’informations complémentaires aux ondes électromagnétiques, qui viennent encore enrichir sa description. Mais je n’en dirai rien pour aujourd’hui car je trouve que ce qui précède est déjà bien suffisant pour nourrir notre réflection voire notre contemplation !!!

     

    PS : si vous voulez malgré tout connaitre la fin de ce cours mémorable, la vidéo complète est disponible  ICI