Auteur/autrice : Yann Le Boucher

  • La citation du lundi (36)

    Voici la seconde des trois citations inédites d’Arnaud, publiée par Eric dans la dernière Lettre de Mangalam :

     

     

    Mourir à soi-même, c’est mourir à tout ce qui nous empêche d’être vivant.

     

     

    A  lundi prochain pour la troisième et (provisoirement ?) dernière citation  😛

  • La citation du lundi (35)

    Depuis quelques mois, Eric et Sophie Edelmann ont pris l’initiative de faire parvenir à La Bertais un exemplaire de « la Lettre de Mangalam« , petite sœur de l’excellente « Lettre d’Hauteville » dont chaque numéro est un petit bijou. Pour mémoire, si vous n’êtes pas vous-même destinataire, ces deux publications sont consultables à La Bertais.

    Dans le numéro de  l’automne 2013, j’ai eu la grande surprise de lire trois citations d’Arnaud que, pour ma part, je n’avais jamais entendues, et qui, chacune m’ont été droit au coeur. J’imagine qu’Eric aura recueilli en direct ces « perles » au cours d’un des nombreux séjours de notre maître à Mangalam. En tout les cas, un grand merci à lui pour ce précieux partage.

    Voici déjà la première  que je vous laisse méditer…

    Un apprenti disciple, c’est quelqu’un qui ECOUTE.

    Un disciple, c’est quelqu’un qui SE SOUVIENT !

    Et, à lundi prochain pour la seconde  😛

  • Swâmi Veetamohananda à La Bertais

    Samedi prochain 26 octobre, nous aurons la visite inattendue de Swâmi Veetamohananda à La Bertais de 15h à 18h pour un mini séminaire sur le thème « Le dynamisme intérieur« .

    L’association amie « Plénitude », dont la présidente -Evelyne Andonov-  est aussi l’une de nos nouvelles adhérentes, sous-louera notre grande salle à cette occasion pour permettre à ses membres de participer dans de bonnes conditions au programme suivant :

    • 15h : méditation guidée par le Swâmi, puis pause
    • 16h15 : Exposé sur le thème « Le dynamisme intérieur, pourquoi et comment », suivi d’un questions/réponses
    • 17h30-18h : Chants méditatifs conclusifs

    Bien qu’il ne s’agisse donc pas d’une de nos animations directes, ce Swâmi, qui est à la tête du Centre Védantique Ramakrishna de France, est reconnu comme une figure authentique de l’Inde spirituelle et peut à ce titre être pour nous une réelle source d’inspiration. Si vous êtes intéressé(e), merci de vous inscrire directement auprès d’Evelyne en téléchargeant la brochure de présentation du séminaire ICI .

    Pour la petite histoire, sachez qu’au début de ma propre recherche spirituelle, j’ai fait un séjour dans l’ashram de Gretz (dans la région parisienne) qui était alors dirigé par le prédécesseur de ce Swâmi. J’en garde un excellent souvenir, même si, par la suite je n’ai pas éprouvé le besoin d’approfondir cette première l’expérience…

    Plus près dans le temps, sachez aussi que le Swâmi a été l’invité d’honneur de la dernière fête du Yoga de Rennes durant laquelle certains d’entre nous ont donc eu l’occasion de l’entendre…

  • Décès de la maman d’Anne-Marie

    Samedi matin avant le lever du jour, la maman d’Anne-Marie a quitté son corps.

    Les obsèques auront lieu demain, mardi 24 septembre, à 14h30,  en la basilique Notre Dame de Bon Secours de Guingamp.

     

    Puisse ces paroles de la Brihad Aranyaka Upanishad accompagner Henriette dans son cheminement post-mortem.

    Et puisse-t-elles nous inciter à préparer nous-mêmes avec plus d’ardeur notre propre « départ » !

    De mes illusions conduis-moi à la Vérité

    De ma confusion conduis-moi à la Clarté 

    De ma condition de mortel conduis-moi à l’Immortalité

    Original sanskrit :

    Om, asato ma sat gamaya, tamaso ma jyotir gamaya, mrityor ma amritam gamaya

  • Il était une fois les Upanishads (2)

    Ça y est : l’aventure du nouveau forum « Upanishads » est lancée. Dix des douze participants au stage du mois d’août dernier s’y sont inscrits ainsi que onze d’entre vous qui aviez participé à l’une des éditions antérieures de ce même stage. Soit 21 personnes qui ont reçu samedi dernier mon premier texte « Repères culturels« .

    Comme quelques uns parmi les lecteurs de ce blog (Carole, Frédéric, Laurence, Yvon…) ont manifesté leur intérêt bien que n’ayant pas suivi ce type de stage, j’ai décidé de mettre ce premier texte en téléchargement ici même. De la sorte ils pourront  satisfaire leur curiosité légitime et me dire s’ils souhaitent recevoir les textes suivants…

    Pour vous mettre dans l’ambiance, voici comment j’ai introduit ce premier envoi sur le forum :

    « Voici enfin le premier texte promis. Il s’agit d’un document rédigé à partir de mes notes de préparation à la toute première intervention du stage (celle du lundi après midi). Plus précisément, il résume mon propos de la première partie de cette séance introductive, en l’étoffant sur certains points.
    Rien de « folichon » à priori, par rapport à nos hautes envolées des derniers jours. Mais en même temps, les fondations qu’il pose sont nécessaires pour la bonne compréhension de la suite… 
    Alors voici ce que j’attends de vous : profitez du week-end pour lire posément ce texte de 5 pages. 
    Voyez s’il vous inspire des commentaires et/ou des questions et en début de semaine prochaine, faites-moi un retour via notre forum
    Ne soyez pas timide : même si vous n’avez pas grand chose à dire, faites-moi savoir au minimum que vous avez bien reçu et lu le texte : ça m’encouragera à vous préparer le second envoi… »

    Pour télécharger ce texte à votre tour, cliquez ICI 

  • Il était une fois les Upanishads (1)

    Bonjour à toutes et à tous

    Me revoilà aux commandes du blog après une longue interruption liée à la fois à nos vacances personnelles et au mois d’activités estivales non-stop de La Bertais.

    Pour ce premier post de reprise, je veux juste évoquer avec vous le dernier stage « Upanishads » qui s’est déroulé du 19 au 24 août. D’abord avec quelques belles photos dûes à Patrick (l’un des trois stagiaires qui, avec Georges et Alain, étaient des « habitués » de La Bertais). Plus qu’un long discours, elles témoignent de l’ambiance particulièrement « ensoleillée » de la semaine…

     

     

     

     

     

     

    Et puis je veux aussi vous faire savoir que suite à ce stage assez « magique », il a été convenu avec les personnes présentes que je leur adresserai quelques textes complémentaires leur permettant de prolonger leur réflexion selon la ligne des enseignements contenus dans les Upanishads. Ces textes seront soit issus de mes propres « notes d’exposés » soit des extraits plus ou moins longs de ma thèse (non publiée) sur les trois états de conscience (veille, rêve et sommeil profond) selon le Védânta.

    Comme je souhaite qu’un échange puisse avoir lieu autour ce ces écrits spécifiques, je viens de créér un forum dédié que j’ai provisoirement appelé « ups-ete-2013 » (pour Upanishads stage été 2013″). Ce forum fonctionnera selon le même principe que « Bertécol« , (le forum qui regroupe déjà ceux et celles d’entre vous qui s’intéressent plus spécialement à l’écologie et à sa mise en oeuvre concrète à La Bertais) mais il aura à priori une durée d’existence plus limitée (il cessera de fonctionner une fois que j’aurai fini de partager les textes en questions).

    Les personnes inscrites sur ce forum recevront à intervalle régulier un texte à lire ET à commenter. Ce qui suppose, pour les inscrits, qu’ils aient participé au stage Upanishads au moins une fois par le passé, ou à tout le moins qu’ils aient suivi le cycle des trois rencontres avec Swâmini Umananda -autre façon d’avoir une première approche du contenu des Upanishads-. Si donc vous êtes dans l’un de ces deux cas (participant(e) à un stage Upanishads antérieur ou au cycle de la saison dernière avec Swâmini) et que vous êtes intéressé(e) par une sorte de mini-formation complémentaire, vous pouvez me le signaler ici en laissant un commentaire ci dessous. Je vous ferai alors parvenir une invitation à rejoindre le forum dédié…

    Et pour les autres ?

    Sachez d’abord, que j’ai l’intention de faire une causerie sur les Upanishads le jour de notre prochaine AG, soit le dimanche 6 octobre.

    Ensuite, chaque fois que cela sera adapté au sujet de mes textes, je publierai un article plus court sur le blog donnant un aperçu simplifié de mes propos et éventuellement de la discussion qu’ils auront suscitée sur le forum…

    Et pour vous mettre l’eau à la bouche (si ça n’est pas déjà fait), voici une première citation de la Mundaka Upanishad que je vous laisse savourer :

    « OUI (Aum) ! Cette syllabe est l’arc, la conscience individuelle (atmân) est la flèche et la Totalité (brahman) est la cible ».

    Paraphrase personnelle : la pratique inconditionnelle du OUI à ce qui EST (aum) constitue le moyen privilégié (l’arc) de propulser notre conscience personnelle dans le sentiment d’unité avec le Tout !

    Le sage Vyasa, compilateur des Upanishads
  • Commémoration du départ d’Arnaud

    Le samedi 10 août prochain sera la date du 2ème anniversaire du départ d’Arnaud. Ceux et celles d’entre vous qui êtes membres des Amis de Hauteville savent que l’ashram organise à cette occasion une journée spéciale de commémoration, précédée de deux journées intensives de méditation guidée. Mais si vous n’êtes pas membre des Amis de Hauteville ou si vous ne pouvez pas vous rendre sur place, sachez que vous pourrez quand même vous associer plus modestement à cette commémoration en participant à l’animation qu’Anne-Marie et moi-même assurerons à La Bertais ce même samedi 10 août de 9h15 à 18h30.

    En voici le programme

    • 9h15 : Accueil à La Bertais (possibilité d’arriver et de dormir sur place dès le vendredi soir)
    • 9h45 : Méditation enregistrée d’Arnaud
    • 10h30 : Réunion de partage des tâches
    • 11h : Ashram-séva
    • 13h : Repas
    • 14h : Lecture individuelle de passages de livres d’Arnaud tirés « au hasard »
    • 14h30 : Yoga-nidra (ou temps de repos personnel)
    • 15h : Echange en groupe autour des passages lus individuellement à 14h
    • 16h30 : thé convivial
    • 17h15 : méditation enregistrée d’Arnaud
    • 18h : Rangement
    • 18h15 : Départ (avec possibilité de rester dormir sur place le samedi soir)

    Quelques indications pratiques complémentaires

    • Le séjour qui devait avoir lieu du 5 au 10 août étant annulé, les chambres seront toutes libres pour loger ceux ou celles qui voudront être hébergés(ées) sur place la veille au soir ou rester dormir le samedi soir.
    • Le repas (et l’hébergement éventuel) seront à régler au tarif habituel
    • L’animation ne sera pas tarifée, mais chacun sera appelé à faire une donation qui sera intégralement reversée à Hauteville.
    • La participation à une partie seulement de la journée de commémoration (matin ou après midi) n’est pas possible.

    Inscriptions

    • Si vous faites partie du GSMP et que vous vous êtes déjà inscrit(e) en répondant au mail que nous vous avons adressé début juillet, vous n’avez aucune autre démarche à faire (sauf nous prévenir en cas de désistement!)
    • Dans tous les autres cas, pour réserver votre place, merci de nous faire parvenir le plus tôt possible un mail à l’adresse : y.leboucher@netcourrier.com en précisant si vous souhaitez ou non dormir sur place le vendredi et/ou le samedi soir. Réponse souhaitée avant le jeudi 7 août.

    Dans la joie de contribuer à entretenir vivant dans nos coeurs le souvenir d’Arnaud et de son enseignement !

  • Se garder du syndrome du mauvais monde

    Et de deux, voici un article repris de l’Ipapy… en provenance du blog de Matthieu Ricard où il a été publié le 17 juin dernier.

    Si je le reproduis à mon tour ici, ce n’est pas par paresse, mais bien parce que je me sens touché et nourri par la justesse du propos qui, très modestement inspire aussi l’esprit de notre propre blog…

    Les médias renchérissent sur la fascination qu’exercent sur nos esprits les comportements violents, malveillants ou pervers. Le malfaiteur qui a commis un crime crapuleux fera plus parler de lui que le bénévole qui assiste des personnes âgées dans le même quartier. Ce constat s’explique sans doute par le fait que les atrocités nous choquent en raison même de leur déviance par rapport aux comportements ordinaires.

    Ce qui est ainsi offert aux yeux du public n’est pas anodin. Des chercheurs de l’Université de Pennsylvanie qui ont étudié pendant deux décennies l’influence de la télévision, ont montré que les téléspectateurs qui regardent constamment des actes négatifs manifestent une tendance accrue à agir de la même façon, et que, plus on regarde la télévision, plus on est enclin à penser que les gens sont égoïstes et qu’ils nous tromperaient à la première occasion. Bien avant l’âge de l’audiovisuel, Cicéron observait : « Si nous sommes contraints, à chaque instant, de contempler ou d’entendre parler d’événements horribles, ce flot ininterrompu d’impressions détestables privera même les plus humains d’entre nous de tout respect pour l’humanité. »

    A l’opposé, quand les médias prennent la peine de mettre en valeur les aspects généreux de la nature humaine, les spectateurs entrent aisément en résonance avec cette approche positive. Ainsi, la récente série intitulée « Héros de CNN », connaît un franc succès. Cette émission présente des portraits et des témoignages de personnes, souvent très humbles et inconnues, qui ont entrepris des projets sociaux novateurs et bienfaisants ou qui se sont totalement impliquées dans la défense de causes justes.

    Les drames et les violences font le plus souvent les grands titres de l’actualité et dominent les films et ouvrages de fiction. Lorsqu’on parle de film « d’action », cela signifie souvent que les protagonistes s’entre-tuent, le plus souvent du début à la fin de l’intrigue. Un jeune Américain de vingt ans aura vu en moyenne 40 000 meurtres fictifs à la télévision (dont 8000 avant l’âge de 12 ans) alors que, fort heureusement, dans la vie quotidienne, peu d’entre nous ont été les témoins directs d’un meurtre. Il ne faut donc pas s’étonner que nous souffrions de ce que les Anglo-Saxons appellent le « syndrome du mauvais monde », autrement dit l’idée que nous vivons dans un monde essentiellement hostile, peuplé d’individus égoïstes qui ne tendent qu’à favoriser le plus possible leurs intérêts personnels, même si cela implique de sacrifier le bien-être de ceux qui les entourent. Il est donc d’autant plus essentiel de présenter une vision plus proche de la réalité, qui mette l’accent sur les innombrables gestes de bienveillance, d’entraide, de coopération et de solidarité qui tissent notre quotidien.

  • Stage « Upanishads » bientôt complet…

    Une fois n’est pas coutume, je reproduis ci-dessous l’article que Corinne Bayod vient de faire paraitre sur le Ipapy blog. D’une part parce que que je suis très honoré de la confiance qu’Alain et Corinne nous manifestent à cette occasion (Alain souhaitait aussi participer à ce stage, mais il est de « service » à Hauteville cette semaine là) et d’autre part pour faire savoir à ceux d’entre vous qui sont encore hésitants, qu’avec cette promotion inattendue, il se peut que nous soyons rapidement amenés à clore les inscriptions. 

    Qu’on se le dise !

    Pour mémoire, ce stage n’a pas été proposé à La Bertais depuis l’été 2006. Il y a donc un certain nombre d’entre vous qui ne l’ont jamais fait, et pour ceux qui y ont déjà participé, je suis prêt à parier qu’une piqure de rappel ne serait pas sans utilité !
    Cela fait quelques semaines que le gros livre 108 Upanishads est sur mon bureau… Impossible d’entrer seule dans un monument pareil. Pourtant chaque fois que les Upanishads sont citées dans un livre ou par un maître, je sens à quel point ces textes sont précieux. Ils sont fondamentaux au sens propre, ils sont le fondement de l’Advaïta Vedanta. J’avais besoin d’être guidée et le stage proposé par Yann et Anne-Marie tombe à pic. Je viens de m’y inscrire et j’ai pensé que peut-être d’autres parmi vous seraient intéressés….?                                                                            
    Pour plus de renseignements, la brochure de présentation est à télécharger ICI
    Corinne
  • La traviata à Rennes

    Après mon cours de yoga de mardi soir dernier, j’ai été faire un tour Place de la Mairie à Rennes où avait lieu une diffusion “life” sur écran géant de  La  Traviata de Verdi (donné en parallèle à l’intérieur de l’opéra et retransmis en direct dans plusieurs villes bretonnes).

    Même si je n’ai assisté qu’au 3ème et dernier acte, une fois encore, j’ai énormément apprécié ce moment de liesse populaire (cf mon article de juin 2009 ). Le petit « plus » de cette édition : avant (et après) la représentation « in », le chef d’orchestre a fait chanter la foule à partir de la fenêtre de l’étage de l’opéra. Un grand moment !!!

     

     

    Cette année, je n’ai pas encore réussi à enregistrer la soirée (elle doit être rediffusée prochainement sur France3, mais je n’ai pas trouvé la date!).

    Mais je viens de mettre la main sur le fichier en streaming, qui peut être visionné jusqu’au 11 juin. Alors si vous aimez, dépêchez-vous de prendre le temps de regarder ci dessous (mettez-vous en plein écran et montez le son…)

  • La mort au bout de la rue

    Dernier article de Corinne avant son arrivée toute proche à La Bertais. Il prolonge le précédent, avec en introduction, une longue citation de Tenzin Palmo, suivi d’un échantillon de vie indienne (que j’ai trouvé particulièrement « dérangeant » en ce qui me concerne!). Une fois encore, merci à toi, Corinne, pour le partage de tes prises de conscience et de tes interrogations si « inspirantes ».

    (article initialement publié sur Ipapy, le blog d’Alain et Corinne)


    « Notre culture a beaucoup de difficulté avec l’idée de perdre. Elle est très à l’aise avec celle de posséder. Dans notre culture de la consommation, en particulier aujourd’hui, tout tourne autour de posséder, posséder, posséder. On jette à la poubelle ce qui était à la mode hier et ne l’est plus aujourd’hui pour posséder quelque chose de nouveau. Cependant nous n’avons pas cette attitude en ce qui concerne notre corps ou celui des autres. Cela ne nous vient pas à l’esprit que de temps en temps nous avons besoin d’être recyclés nous aussi, et pourtant c’est le cas. Il est paradoxal que dans notre société tout le monde parle ouvertement du sexe qui est un grand tabou dans d’autres sociétés. Dans notre société, le grand tabou, c’est la mort. »

    Jetsunma Tenzin Palmo : « Into the heat of life » , Impermanence, Snow Lion Ed. p 3

     

    Un des ashrams où nous séjournons en Inde est situé dans une impasse bordée d’arbres et cela fait plusieurs années qu’un mendiant, un homme assez jeune encore a installé son carton et ses quelques affaires à l’angle de la rue. Il semblait simple d’esprit mais les premières années, son corps maigre  aux gestes ralentis se tenait assis, tendait la main.  Parfois il déplaçait son carton et disparaissait pour quelques jours. L’année dernière, son regard est devenu de plus en plus vague. Peut-être était-ce depuis le début, peut-être est-ce venu récemment, je ne sais pas, en tout cas l’alcool qui fait des ravages en Inde avait pris possession de lui. Le voisinage lui a donné à manger mais peu d’argent car la moindre roupie sert à acheter un mauvais alcool pour sa mère et lui.

    Lorsque nous sommes arrivés cette année, il était couché sous une couverture, immobile, maigre,  recroquevillé, ses yeux absents ne semblaient plus rien voir. Sa mère assise à côté de lui le désignait  sur notre passage d’un geste de supplique et d’impuissance. Un matin, sur le petit terrain de l’autre côté du grillage à côté duquel il gisait sur son carton a eu lieu une consultation médicale gratuite avec distribution de médicaments organisée par un des ashrams environnants. Je suis passée plusieurs fois, des femmes attendaient des médicaments et parlaient avec sa mère, il était de plus en plus immobile et silencieux. Quelques personnes du groupe se sont émues «Personne ne fait rien pour lui ? Qu’est-ce qu’on peut faire ? ». La réponse d’une femme qui vit en Inde depuis plusieurs années en  a choqué plus d’un. «Il n’y a rien à faire. Surtout ne lui donnez pas d’argent. Vous pouvez prier pour lui. »

    C’est ce que j’ai fait. Prier pour lui. Avec le recul il est évident qu’il était en agonie dès le début de notre séjour. Mais il est si difficile en particulier pour nous, occidentaux, d’être confrontés à notre impuissance devant la mort et à la mort elle-même.

    Quelques jours plus tard, le 14 février ,nous sommes rentrés alors que la nuit était tombée. Le carton était vide, les affaires avaient été rangées. Un peu plus loin il y avait une bâche orange qui recouvrait une forme ronde. J’ai pensé : il est mort et son corps recroquevillé est sous la bâche, puis tout de suite : « Non, on ne laisse pas un mort dans la rue, et puis la forme est trop petite. »

    Le lendemain, la mère est venue à l’ashram demander de l’argent pour la crémation de son fils. Elle a fait le tour des voisins qui ont chacun donné quelque chose. J’avais envie de mettre des fleurs sur la bâche orange, pour dire qu’il y avait un corps humain  là-dessous, mais j’ai demandé d’abord. On m’a expliqué que cela allait compliquer le rituel particulier des intouchables pour les morts si une étrangère, donc hors caste, avait un contact avec le corps en déposant des fleurs. J’ai alors continué à prier pour cet homme et sa mère. Le  soir suivant le corps avait disparu et la mère avait repris sa place sur le carton.

    La citation de Tenzin Palmo placée en exergue nous invite, face à une situation comme celle-ci, à nous situer sur un autre plan que celui où nous demeurons habituellement . Sur le plan que nous connaissons bien, nous avons tout un train de pensées, nous « réagissons », souvent sous la forme de  l’indignation face à une mort anonyme dans une société très dure pour ceux qui sont nés au bas de l’échelle. Ce genre de réaction n’est pas inutile et sur le plan relatif elle a engendré des mouvements politiques, des associations humanitaires et toutes sortes de belles actions de solidarité humaine. On peut même considérer que sur le plan de l’action, les mouroirs de Calcutta fondés par  Mère Térésa sont une réponse plus qu’humaine tournée vers le grand lâcher prise.

    Car c’est au grand lâcher prise que nous invite le texte de Tenzin Palmo.

    Il  nous met face à un coup d’audace possible : pouvons-nous voir que le bouleversement que nous éprouvons devant ce corps sous une bâche dans la rue n’est pas seulement l’effet de notre générosité naturelle et de notre compassion ? Qu’ il est le sursaut projectif et désespéré de notre attachement à notre propre corps que nous persistons à expérimenter comme notre seule réalité ? Et si nous faisions enfin l’expérience réelle du lâcher prise c’est-à-dire  si nous laissions tomber l’identification à la forme du corps ?

    Si nous laissions  enfin sa chance à la phrase que l’Inde des Upanishads ne cesse de nous répéter: « Tu es cela » ?

  • Echos du séjour-chantier

    Dix-neuf d’entre nous ont participé à tout ou partie au dernier séjour-chantier des 8 au 11 mai. Celui-ci s’est remarquablement bien déroulé, dans une ambiance à la fois conviviale mais aussi très intériorisée, les trois méditations quotidiennes étant particulièrement appréciées des participants. La liste des travaux menés à bien est longue. Parmi les plus visibles, citons :

    • la réalisation d’une tranchée de fondation pour le futur muret qui viendra délimiter la terrasse du gîte (photo 1)
    • le coulage d’un socle en béton dans cette tranchée
    • la mise en place des plinthes dans le gîte (photo 2)
    • la poursuite de l’aménagement de la pièce au dessus de la cuisine (pose des rails métalliques devant recevoir les nouvelles cloisons)
    • la peinture extérieure des deux portes-fenêtres du studio et de la porte Nord de l’arrière cuisine
    • le rebouchage des nombreux nids de poule du parking
    • le désherbage du chemin d’accès à la maison ainsi que des platebandes d’entrée
    • la tonte d’une grande partie des pelouses (qui peut finir avant le we prochain ?)
    • L’entretien des espaces verts avec débroussaillage des fossés et du pied des arbres (photo 3)

    Ce séjour-chantier a aussi donné l’occasion pour l’une des participante de devenir officiellement membre de notre association. Bienvenue à toi parmi nous, Mybel (sur la photo °2, avec Annick R).

    Quant à la soirée festive de vendredi, elle restera dans les mémoires, à la fois pour sa délicieuse raclette et aussi pour sa mémorable partie de « Times Up » où s’est particulièrement distinguée Edmonde,  spécialiste désormais incontestée de Lady Gaga!

    A très bientôt à tous pour continuer à apprécier ensemble ce cadeau du Ciel qu’est l’existence de La Bertais (photos 4 et 5, prises par Alain S)

     

     

  • Rencontre avec une femme remarquable

    Toujours dans l’optique de la prochaine venue d’Alain et Corinne Bayod à La Bertais voici un second article de Corinne relatant sa rencontre avec une femme éminemment remarquable, une occidentale devenue ascète et nonne bouddhiste. Cet article, qui avait préparé pour la Lettre d’Hauteville, est resté « dans les cartons » et nous en avons donc la primeur.  Merci pour ce beau cadeau, Corinne!


    Ce que je cherchais en allant rencontrer Tenzin Palmo dans le nord de l’Inde en  février 2011, je l’ai su plus clairement quelques mois plus tard : je cherchais à rencontrer une disciple, une femme accomplie sur le chemin spirituel, une femme qui incarne cette audace dont parle Swâmiji. Je cherchais un encouragement pour ma pratique, un modèle, non pas à imiter, mais qui manifeste par sa présence même que c’est possible et que c’est possible aussi en tant que femme.

    Intellectuellement bien sûr je sais que la voie est pour le guerrier… et la guerrière. Je sais qu’ultimement nous ne sommes, dans notre nature essentielle, ni homme ni femme et que le chemin consiste à transcender toutes les identifications, notre sexe en fait partie comme notre histoire personnelle, les différents rôles que nous sommes amenés à jouer, notre culture. Cependant au stade où j’en suis, l’identification est  bien présente et  je sens qu’à un niveau qui n’est pas rationnel, le fait que la très grande majorité des maîtres ou même des enseignants spirituels soient des hommes comme la quasi totalité des dirigeants religieux, le fait que tous les textes soient écrits au masculin , que le Bouddha ou le Christ soient représentés sous une forme masculine, tout cela  vient s’insinuer dans une faille profonde qui suggère que la voie est pour tous les êtres humains oui, mais, moins pour les femmes. Cette fausse conviction très émotionnelle est d’autant plus douloureuse qu’elle est recouverte d’un vernis intellectuel qui affirme le contraire. Et c’est certainement ce point sensible qui a été touché, percuté par la lecture du livre « Un ermitage dans la neige » (1) qui raconte le parcours extraordinaire de Tenzin Palmo.

     J’ai été attirée chez cette femme par  sa  consécration, son  audace non pas agressive mais innocente, comme les jeunes enfants peuvent être audacieux, de tout leur cœur, et par sa  persévérance à suivre le chemin  que lui désignait son intuition profonde sans s’occuper de savoir si c’était facile ni même possible. Lorsqu’elle a découvert le bouddhisme tibétain à Londres dans les années 60, personne ne connaissait le Tibet, mais l’appel intérieur était si fort, sa petite voix lui disait avec tant de certitude qu’elle avait trouvé le chemin qu’elle cherchait sans même savoir qu’il existait déjà, qu’à 20 ans elle est partie en Inde à la recherche d’un maître pour la guider. Elle savait peu de choses sur le bouddhisme, mais elle savait qu’elle était bouddhiste, qu’elle l’avait toujours été. À Dalhousie, elle a entendu parler de Khamtrul Rimpoché et a instantanément su que c’était lui le maître qu’elle cherchait. Elle l’a rencontré pour la première fois le jour  anniversaire de ses 21 ans, le 30 juin 1964. Elle raconte encore éblouie, des années après, ce qu’elle a senti en le voyant : l’évidence de retrouver un ami connu depuis si longtemps et le sentiment bouleversant de voir manifesté à l’extérieur en la personne de son maître ce qu’il y a de plus profond en elle.

    En fait, j’ai été touchée par son immense confiance en la vie. Je sens un lien particulier entre le fait d’être une femme et la confiance en la vie. Que nous actualisions cette potentialité en mettant un enfant au monde ou pas, nous sommes en tant que femmes conçues pour transmettre physiquement la vie : c’est un acte de confiance par excellence, un abandon, une reddition à une force plus grande qui ne fait que nous traverser. « Je suis la servante du Seigneur » a dit Marie. Et cette force de soumission à la vie peut prendre tellement de formes différentes.

    Tenzin Palmo ne s’est pas découragée. Elle a été absolument accueillie par son maître mais il en allait un peu différemment  dans les monastères où elle a vécu : sa place en tant que femme et en tant qu’occidentale n’y était pas évidente. Dans le bouddhisme tibétain la pleine ordination n’est pas possible pour les femmes. Les nonnes souvent peu éduquées deviennent fréquemment  les servantes des moines. Certaines pratiques ne sont pas accessibles, les portes ne s’ouvrent pas facilement quand on est née femme. Son « cas », femme, occidentale, bouddhiste n’était pas prévu et embarrassait la hiérarchie. Elle se sentait à la fois très seule et jamais vraiment en retraite comme elle le souhaitait.

     Elle a donc  trouvé un endroit pour pratiquer, une grotte au dessus du monastère à 4000m d’altitude, complètement isolée par la neige durant 6 à 8 mois, une vue à couper le souffle sur les montagnes, de l’eau pas très loin, juste la place à l’intérieur pour le caisson de méditation, un réchaud et quelques livres. Elle décrit cet endroit comme le paradis sur terre. Elle y restera 12 ans à pratiquer la méditation.  Beaucoup de gens sont impressionnés par son courage physique, sa manière tranquille de supporter l’isolement, le froid, l’inconfort, les privations, les loups, sans parler des démons insoupçonnés auxquels une pratique de la méditation en continu ouvre la porte… C’est plus ce dernier aspect qui m’impressionne, la stabilité et la confiance que la solitude et la pratique intensive requièrent. Confiance en la vie et confiance en son maître qu’elle retourne voir régulièrement avec sa liste de questions.

    Tenzin Palmo est profondément une méditante, une femme de solitude. Plusieurs année après avoir dû quitter sa grotte, elle a eu le choix entre partir de nouveau en retraite et fonder une nonnerie, un projet suggéré par son maître des années auparavant. Choisir la nonnerie n’était pas pour elle la solution de facilité, au contraire. Mais comme elle le dit elle-même en nous comparant, nous, humains,  à un morceau de bois brut, si nous voulons  être polis par l’existence, le papier de verre est plus efficace que la soie. Elle ajoute :  « The nunnery is my sand paper  !» (« La nonnerie c’est mon papier de verre !»).

     C’est à la nonnerie de Dongyu Gatsal Ling fondée en l’an 2000 que nous l’avons rencontrée. Je dis nous,  car mon désir d’aller voir Tenzin Palmo a rejoint celui de mon amie Sabine. Comme cette dernière est réalisatrice de documentaires, le projet d’un film est venu naturellement. Tenzin Palmo  a tout de suite donné son accord, l’organisation du voyage s’est faite avec une facilité qui nous a à peine surprises tant cette rencontre pour Sabine et pour moi était une nécessité et une évidence. Six mois après nos premières démarches pour préparer le film, nous étions devant la porte de DGL avec Jean-Louis, son mari, qui avait rejoint « l’équipe » en tant qu’ingénieur du son. Participer au film de Sabine donnait pour moi une valeur supplémentaire à la rencontre: c’était être en présence de Tenzin Palmo, lui poser des questions, mais pas seulement pour moi. Le film ajoute la dimension du partage.

    Le lieu est  paisible et en présence de Tenzin Palmo les choses sont simples ! Ce sont sa simplicité et son humour qui m’ont frappée, sa clarté aussi. La lecture de « Reflections on a mountain lake » (2) qui est la transcription de plusieurs de ses sessions d’enseignement m’avait déjà donné un aperçu de sa manière directe à la fois nuancée et concrète, réaliste, de présenter les bases du bouddhisme tibétain et de la méditation. Elle a cette capacité d’être complètement présente et dans la nouveauté de chaque instant y compris lorsqu’elle raconte une anecdote ou développe un argument pour la centième fois. Je l’ai vue devant la caméra évoquer son parcours comme si c’était la première fois.

    J’ai vu aussi en elle un modèle inspirant de femme chez qui le masculin et le féminin sont en équilibre. Les deux pôles sont à l’oeuvre dans son rôle à Dongyu Gatsal Ling. La nonnerie accueille des jeunes filles des différentes régions de l’Himalaya, Tibet, Népal, Bhoutan, Ladakh qui veulent devenir nonnes. Elles y reçoivent une éducation de base et un entraînement aux pratiques du bouddhisme. L’intention très claire est de permettre le plein épanouissement de leur potentiel intellectuel et spirituel. Il fallait au départ trouver le terrain, faire les plans des bâtiments, les faire construire, trouver les professeurs, le financement, et pour cela Tenzin Palmo a rassemblé une équipe, parcouru le monde, trouvant les sponsors, tout en donnant des enseignements et des conférences. Parallèlement à  toutes ces actions menées, à l’énergie déployée à l’extérieur, il s’agit aussi de ne rien faire, d’accueillir, de simplement permettre. Les bâtiments où vivent les nonnes sont construits en rond, comme un cercle de protection tracé autour d’elles. Ce qui leur est  donné c’est  un espace pour leur pratique mais aussi un encouragement à se déployer,  une confiance en leurs capacités et un sens de leur dignité. On leur a souvent affirmé qu’elles valaient moins que les moines. Ici elles peuvent prendre toute leur place en tant que pratiquantes. Tenzin Palmo donne peu d’enseignements à la nonnerie: son tibétain est rudimentaire et les nonnes apprennent l’anglais mais ne le parlent pas encore couramment. Elle assure la direction de la structure et veille, attentive et disponible. En cela elle manifeste la tranquille  patience des femmes enceintes qui accueillent, protègent et laissent faire la vie, en évitant simplement de nuire à la gestation en cours.

     Son rôle est aussi celui d’une tisseuse. De tout temps les femmes ont brodé, tissé, filé, maintenu les liens dans les communauté, les familles. Tenzin Palmo veille au lien des nonnes entre elles, à l’harmonie de cette communauté de femmes. Les nonnes, dit-elle, viennent de la campagne, de milieux simples, elles ont toujours vécu dans des familles élargies. Ce ne sont pas des anges, mais l’éducation qu’elles ont reçue a mis l’accent davantage sur l’entraide et la solidarité du groupe que sur la rivalité et l’individualisme.

     Son travail de tisseuse prend encore une autre forme : rétablir une tradition yogique que l’invasion du Tibet par la Chine en 1959 a interrompue chez les femmes. On appelle les hommes de cette tradition les Togden, quelques-uns sont encore vivants, les femmes, les Togdenma,  semblent avoir disparu. Il existe une photo de ces femmes : on les voit en groupe, noires, campées devant leurs grottes, les cheveux sauvages, le visage creusé, le regard perçant et lointain à la fois. Elles dégagent une impression de puissance impressionnante.  Ces Yogis et ces Yoginis vivent une ascèse austère qui nécessite des années de retraites et leurs pratiques spécifiques ne se transmettent que de maître à disciple. Le plus jeune représentant Togden a 65 ans et attend  que des femmes manifestent à la fois le désir et les capacités d’être enseignées. Lorsque ces femmes  seront à leur tour en mesure de  transmettre à d’autres femmes, la lignée des Togdenma sera rétablie.

    Parmi les soixante cinq nonnes de Dongyu Gatsal Ling, cinq vont finir une retraite de trois ans et ont choisi de poursuivre : il est donc possible que certaines d’entre elles puissent, à l’issue de cette deuxième retraite, se destiner aux pratiques ascétiques des Togdenma. Réinstaurer la lignée des Togdenma c’est  reprendre le fil interrompu de la transmission, permettre aux enseignements de poursuivre leur chemin à travers les générations. C’est un ouvrage de patience et d’amour.

    Cet amour se sent dans le regard  bienveillant de Tenzin Palmo sur les nonnes. En même temps elle insiste : ce n’est pas « sa » nonnerie mais la leur. Elle invite chacune à trouver dans le cadre d’un enseignement et d’une pratique traditionnels la forme qui va l’amener à épanouir son potentiel et à être indépendante.

     Enfin, sur un autre plan, sa manière à la fois habile et déterminée de se positionner par rapport à une hiérarchie bouddhiste conservatrice est un enseignement. Pas de rancune vis à vis de la hiérarchie qui relègue les nonnes à une place de second ordre. Elle n’est pas en lutte «contre» en vue d’imposer une égalité entre nonnes et moines. Elle ne demande pas d’autorisation non plus.

    Elle fait ce qu’elle suggère aux femmes de faire dans un article paru en 2007 (3) – et ce conseil n’est évidement pas uniquement destiné aux femmes – :

    «We have to stand up and take a deep breath and look in our own heart and ask ourselves what we really think is important and what we really want to do with this life time and then do it ».

    « Nous devons nous lever, prendre une grande respiration, sonder le fond de nos cœurs et nous demander ce qui est vraiment important pour nous, ce que nous voulons vraiment faire dans cette existence et ensuite le faire. »

     

    Fonder Dongyu Gatsal Ling et donner aux nonnes l’éducation et l’entraînement qui est donné aux moines c’est leur permettre d’être en mesure de recevoir la pleine ordination, même si à l’heure actuelle celle-ci  n’est toujours pas accessible aux femmes. Dans un film tourné sur sa vie (4) on voit Tenzin Palmo plaider avec conviction et humour la cause des nonnes auprès de Sa Sainteté le  Dalaï Lama. Elle fait remarquer que le bouddhisme tibétain parle beaucoup de changement et d’impermanence mais que lorsqu’il s’agit d’initier un changement il y a comme partout ailleurs de grandes résistances. Sa Sainteté acquiesce et rit en ajoutant que l’issue est précisément dans des initiatives comme celle de Dongyu Gatsal Ling (5).

    Après les quarante cinq minutes d’entretien filmé qu’elle nous a accordé, lorsqu’à la demande de Sabine, Jetsunma Tenzin Palmo (6) fixe la caméra en silence, la dimension spirituelle de cette femme est évidente. Elle est retournée au point de départ, au silence, qui n’est ni masculin ni féminin. Et c’était un très grand honneur et un très grand bonheur pour moi le dernier jour de notre séjour de lui tendre respectueusement la khata, l’écharpe blanche des bouddhistes tibétains qu’elle a, comme c’est l’usage, passé autour de mon cou avant que nous nous inclinions, mains jointes et front contre front. Une manière sensée de clouer le bec aux fausses convictions du mental est de leur opposer le démenti évident de la réalité. J’ai compris en m’inclinant devant Tenzin Palmo que c’est ce que je faisais. Oui, c’est possible pour une femme d’être une disciple accomplie et d’incarner à la fois la détermination et la douceur, la persévérance et l’accueil, le courage et l’amour. Et comme c’est apaisant et simple de s’incliner devant une telle femme, avec gratitude et respect.


    (1) Un ermitage dans la neige, L’itinéraire d’une occidentale devenue nonne bouddhiste,Vicki Mackenzie ,Nil éditions

    (2) Reflections on a mountain lake, teachings on practical buddhism Ani Tenzin Palmo  Snow Lion Editions

    (3) Revue What is enlightement ? July-September 2007

    (4) Cave in the snow Liz Thompson & Ellenor Cox, Firelight Productions and Tiger Eye Productions 2003

    (5) Dongyu Gatsal Ling signifie :« Garden of the Authentic Lineage » Le Jardin de la Lignée Authentique

    (6) Le titre de Jetsunma est un titre honorifique qui marque le respect pour un accomplissement en tant que nonne et en tant que yogini.

  • Inverser la tendance

    Dans l’optique de la prochaine venue d’Alain et Corinne Bayod à La Bertais et afin que vous puissiez faire mieux connaissance avec eux, je leur ai demandé de m’autoriser à publier sur notre blog certains des articles qu’il ont écrit soit pour la Lettre d’Hauteville, soit pour leur blog (le fameux Ipapy, référencé au bas de la colonne de gauche de cette page). Merci à eux deux d’avoir accepté, car il s’agit de textes de qualité qui gagnent à être lus plusieurs fois !

    Après « Satori, c’est gris« , publié ici-même le 11 avril dernier, voici un second  article d’Alain, paru dans le n° 65 de la Lettre d’Hauteville datée de l’été  2011, qui avait pour thème « Pourquoi Hauteville ». Pour en percevoir toute l’actualité, je vous suggère de remplacer « Hauteville » par « La Bertais » dans le texte…


    Arnaud a demandé à chacun des collaborateurs de participer à ce numéro spécial de la Lettre de Hauteville et sa consigne était : écrivez ce qui vous laissera le cœur en paix après l’avoir dit. Deux thèmes se sont imposés à moi, qui s’adressent à nous tous, je ne me mets pas à part.  Deux thèmes que je développe inlassablement dans les réunions ou les groupes d’approfondissement.

    Le premier :  N’oublions pas le spirituel  à Hauteville. Et n’ayons pas peur d’un terme fort comme « métaphysique ».

    Swamiji a un jour demandé à Arnaud : « Comment comprenez-vous me mot « métaphysique »?  Arnaud a répondu : « Au delà de la nature » (physis) . Swamiji a commenté : « Donc au delà de toute mesure, au delà de l’attraction et de la répulsion, au delà du changement, infinite and eternal ».

    Quand Swamiji approfondissait avec Arnaud la différence entre chit, la conscience et chitta, le psychisme, ou entre âtman, « qui n’existe que par soi-même » et anâtman, « qui n’existe qu’en dépendance d’autres facteurs », il n’était plus question de difficultés conjugales ou professionnelles comme cela avait aussi été le cas lors d’autres sittings.

    Hauteville est un lieu consacré à la spiritualité, mais, ce que j’ai constaté pour moi autrefois et que je constate tous les jours, c’est à quel point nous ne sommes pas préparés à séjourner dans un ashram, à quel point, dans ce monde où nous vivons, nous ne sommes pas préparés au spirituel. Rien dans l’éducation de la plupart d’entre nous ne nous a ouvert à envisager la possibilité d’un changement radical de perspective sur la réalité et sur nous-même. Le modèle qui nous a été transmis, celui que nous voyons à l’oeuvre dans toutes les activités humaines autour de nous est celui d’une amélioration, d’un progrès relatif.  En termes d’évolution personnelle, de mieux-être, cela donne une diminution de nos souffrances ou de notre malaise, un développement personnel qui nous fait nous sentir de plus en plus confiant et à l’aise dans l’existence, et bien évidemment, c’est ce que nous attendons de Hauteville et de l’Enseignement. La voie nous propose une progression bien sûr, mais il est fondamentalement question, dans la pratique, non pas seulement d’améliorer mais de changer de niveau. La dimension verticale est une « inconnue » que nous repoussons à plus tard. D’où ce programme que je vois si souvent à l’œuvre : soignons-nous d’abord, et puis, quand psychologiquement nous irons mieux, on verra pour le spirituel. Et, bien souvent, nous attendons de l’ashram qu’il remplace à moindre coût la psychothérapie nécessaire que nous résistons à entreprendre ou qu’il prolonge celle que nous suivons déjà. Pour beaucoup d’entre nous, la seule voie possible est linéaire, ce que j’appelle la « pratique en angle droit » : d’abord la psychothérapie, ensuite la spiritualité. Soyons clairs, honnêtes et lucides : le spirituel à Hauteville est souvent remis à plus tard, oublié.

     N’oublions pas le spirituel. Inversons la tendance qui consiste à penser : moi d’abord, Dieu ensuite. La pratique authentique est une « pratique en croix », horizontale et verticale. Arnaud nous le répète si souvent : « L’humain et le divin en même temps ». Ce n’est pas la psychothérapie d’abord et la pratique spirituelle ensuite. C’est les deux, ensemble. La pratique spirituelle ne dispense pas d’une approche thérapeutique et la thérapie ne se substitue pas à l’ascèse. Nous avons tendance à ramener l’inconnu au connu. Nous avons une idée assez claire de ce qu’est la santé psychologique mais rien ne nous parle dans notre société de la santé spirituelle. Là encore, inversons la tendance. Ouvrons-nous à l’inconnu et osons remettre en cause nos habitudes, nos croyances, notre mentalité d’Occidental(e) du XXI siècle.

     

    Un deuxième thème est monté très fort en moi : spiritualisons notre quotidien.

    Et cela va nous demander, là encore, d’aller à contre courant, d’inverser la tendance. Venir à Hauteville en tant qu’ashram organisé autour de l’enseignement transmis par un maître, c’est aller à l’inverse de la tendance de notre société, à l’inverse des valeurs qu’elle véhicule et dont nous sommes imprégnés bien au delà de ce que nous pensons, bien au delà de ce dont nous avons conscience. Dans un monde qui glorifie l’individu, l’émotion, le divertissement, les opinions personnelles, l’indignation, la facilité, la vitesse, le bruit et la communication tous azimuts, rien ne nous prépare à un séjour dans un ashram. Nous y arrivons même avec un « handicap  spirituel » certain.

    Si beaucoup d’entre nous se tournent vers la Sagesse – ou croient se tourner vers elle – c’est parce qu’ils entrevoient qu’elle est la seule issue réelle à la souffrance, qu’elle est le seul remède à notre maladie la plus grave : le « handicap spirituel » justement. Mais peut-être ne faisons nous pas clairement le lien entre notre souffrance personnelle et l’impasse où les valeurs anti-spirituelles de notre société et nos habitudes de vie nous entrainent. En ce sens, venir à Hauteville c’est tenter l’expérience d’une remise en cause de nos fonctionnements les plus ancrés, considérés comme « normaux » dans le monde contemporain.

    Un des points communs de nos habitudes « mondaines », c’est notre positionnement sans cesse tourné vers le dehors. Les conditions d’une vraie retraite – le silence, la coupure avec l’extérieur, les règles de l’ashram qui semblent à certains si contraignantes – ne sont pas là pour nous brimer, mais pour nous permettre une réelle inversion de tendance, pour qu’enfin l’attention  ne soit plus dirigée uniquement vers le dehors, mais se tourne vers le dedans. Elles existent pour qu’enfin nous revenions à nous-mêmes.

     Si nous voulons avoir une chance d’être vraiment sur le chemin et pas simplement de rêver une voie spirituelle, nous ne devons pas tenter de ramener Hauteville aux dimensions connues de notre quotidien « en mieux », mais complétement nous ouvrir à la dimension transcendante lors de nos séjours, pour pouvoir ensuite introduire cette dimension dans notre vie de tous les jours. Là encore il s’agit d’inverser notre positionnement, non pas importer notre fonctionnement habituel à Hauteville mais imprégner notre vie quotidienne de ce que nous avons pu sentir de la dimension verticale à travers le lieu, l’enseignement et la présence du maître. Cela nous demande d’être humble, et de  reconnaître qu’aujourd’hui nous ne savons pas ce qu’est la dimension spirituelle ou si peu. Cela nécessite une position d’apprenti-disciple. Dans apprenti et dans disciple il y a deux fois le mot élève, deux fois l’idée que l’on vient apprendre. Nous venons dans un ashram pour trouver de l’aide, oui, mais nous venons surtout pour apprendre. Nous venons nous transformer et cette transformation ne peut avoir lieu si nous reproduisons à l’ashram notre mécanicité coutumière.

    Enfin, si nous voulons nous donner une chance réelle de transformation, faisons une place réelle dans notre coeur à la relation au maître. Si nous avons tendance à ramener l’Espérance que propose la voie à des espoirs d’amélioration, à ramener un séjour à l’ashram à un quotidien plus calme où nous avons le temps de penser un peu à nous-mêmes, c’est que nous sommes vis à vis de l’ashram, et vis à vis d’Arnaud, dans une des deux attitudes les plus répandue de notre monde moderne : celle du patient ou celle du client.  C’est aussi que nous n’avons pas entendu Arnaud, que nous ne l’avons pas assez observé et que nous n’avons pas vu la liberté infinie et la bonté infinie dont il témoigne par sa présence. L’entendre vraiment, lui ouvrir notre cœur, c’est nous donner la possibilité de passer du patient ou du client au disciple, de passer des espoirs en tous genres à l’Espérance de métamorphose qu’il incarne. Lors de l’AG de 2009 Arnaud  a émis le souhait de « mourir dans un véritable ashram ». Ce souhait, c’est pour nous qu’il le fait. Arnaud n’a pas besoin d’un ashram, c’est nous qui en avons besoin si nous voulons devenir de vrais disciples. Et devenir de vrais disciples est la seule manière que nous avons de lui exprimer notre gratitude…

  • Tamargat

    Dans l’optique de la prochaine venue d’Alain et Corinne Bayod à La Bertais et afin que vous puissiez faire mieux connaissance avec eux, je leur ai demandé de m’autoriser à publier sur notre blog certains des articles qu’il ont écrit soit pour la Lettre d’Hauteville, soit pour leur blog (le fameux Ipapy).
    Aujourd’hui il s’agit d’un article de Corinne, paru en avril 2008 sur Ipapy. Pour en apprécier le contexte, sachez que Corinne a passé une bonne partie de son enfance en Algérie  et que c’est une des motivations qui l’ont conduite à organiser avec Alain la série de randonnées-retraites dans le désert du Hoggar de 2006 à 2010. Or ce contact répété avec le Sahara a aussi été l’occasion, à travers leur guide Intayent, de découvrir la culture Touareg. Et cette découverte a touché Corinne à un point tel qu’elle a eu par la suite le besoin de tenter l’aventure (rarissime pour une femme Occidentale) d’une immersion plus complète dans cette culture.  Le texte suivant est le récit d’un séjour en solitaire au sein d’une petite communauté Touareg…


     

     

    Tamagart

     En Tamahaq (langue Touareg), cela veut dire « l’invitée ». C’est ainsi que m’appelaient les gens du village situé à une trentaine de kilomètres de Tamanrasset où je me suis d’abord arrêtée. « Labasse, tamagart » : « Bonjour, l’invitée ».

    Au campement, une journée de marche plus loin, on ne m’appelait pas. Les échanges se faisaient avec le regard, le sourire, des mimiques, quelques mots. Nous avons simplement passé des moments ensemble, fait la soupe, mangé la soupe, rapporté les bidons d’eau de l’abankor*. J’ai beaucoup regardé. Les jeunes filles qui partent le matin avec le troupeau de chèvres, les enfants qui jouent avec rien, une mère qui natte les cheveux de sa fille et les enduit d’une pommade Stella jaune qui vient du Niger et sert à tout, graisser les cheveux, nourrir la peau, cicatriser les blessures. Dans un campement Touareg « l’invité » a droit au « taftar », le tapis. Tout le monde est assis à même la terre, mais l’invité s’assied sur une couverture et on lui en donne une en plus, chiffonnée  qui  sert de dossier. Je venais avec Intayent le guide que je connais et j’étais dans sa famille, mais quoi qu’il arrive, dans un campement une des règle de base est que lorsqu’une personne arrive, même si on ne la connaît pas, on lui donne à boire et à manger. Je logeais non loin d’une des tentes, de l’autre côté d’un petit oued. Quatre poteaux de bois et un esseber ** sur trois côtés le premier soir, ma tente, les autres nuits car un vent très froid soufflait.

    J’ai partagé quelques jours l’existence de femmes et d’enfants qui vivent d’une manière tellement différente de la mienne que parfois il me semble que j’ai rêvé. Tout est autre. La langue, la nourriture bien sûr, mais aussi les usages, les relations entre les membres de la famille, la place du silence et de la prière, la relation aux animaux et aux biens. Je ne vais  pas décrire, raconter en détail ce que j’ai vu de la vie des derniers Touaregs dans les campements. C’est très bien fait dans les livres.

     Je ne savais pas vraiment ce qui me poussait à faire cette expérience, une forme de curiosité évidemment pour un univers que j’avais entrevu à travers les hommes qui nous accompagnent dans nos randonnées à l’Assekrem. Je sais ce que j’ai trouvé. Une expérience d’élargissement, d’assouplissement, d’ouverture. Elargissement de « mon » monde, qui n’est pas seulement le mien en tant que personne mais aussi celui de ma culture occidentale, citadine, française, avec pour pratique : essayer de ne pas juger. Simplement observer, comprendre, se faire la plus discrete possible dans le monde de l’autre. Voir des manières différentes d’agir, d’entrer en contact, est un assouplissement, une remise en perspective, une relativisation de ce qui pourrait m’apparaître comme LA manière de faire, LES valeurs importantes quand on est un homme ou une femme ou un enfant. D’une certaine façon tout ce que notre société considère comme important, le savoir, les connaissances techniques, le progrès, les machines en tout genre, les médias, l’information, l’épanouissement sexuel, artistique, individuel, les loisirs, les opinions politiques, etc, n’a pas ou peu de place dans la vie d’un campement. Je ne sais pas ce qui pour les hommes et les femmes que j’ai côtoyés a de l’importance en dehors de la survie car les conditions sont rudes, très rudes. J’ai seulement observé que bien qu’ils soient peu démonstratifs la solidarité est très forte, le silence est un lien qui unit autant que la parole – en famille ou avec les voisins, les amis, on peut rester de longues minutes silencieux, ensemble – le temps passé à ne rien faire, à se reposer ou à regarder le ciel et la terre représente une partie de la journée, la lenteur des gestes, l’absence de précipitation est le rythme naturel de tous, y compris les enfants. Ni mieux, ni moins bien, différent, autre et humain.

    Il n’y a pas de miroir au campement ou du moins je n’en ai pas vu. Je n’en avais pas apporté non plus. Et j’ai senti combien cette absence est une aide pour goûter la Présence. Pas «ma» présence, mais quelque chose de plus vaste, de plus large. Outre l’absence de miroir physique, la solitude est une aide précieuse : aucune personne connue qui agisse comme un miroir. La plupart du temps, hormis les rares moments où Intayent l’utilise, je n’ai pas de nom. Je suis tamagart, l’invitée. Je ne suis ni la fille ni la femme ni la mère de personne, je n’ai pas de métier, pas de fonction sociale.

    Les gens qui m’accueillent ne me demandent rien. Je suis étrangère parmi eux mais je suis aussi étrangère à moi-même, à ce qui habituellement me définit. Quelle légèreté ! Et pourtant, je ne suis pas amnésique, pas déconnectée de moi-même au contraire et ceux que j’aime sont très présents dans mon cœur.

     « Mon» monde habituel a cessé de me définir. Je suis l’invitée du monde de l’autre.

    ———-

    * abankor : point d’eau, trou creusé dans le sable et ici renforcé par quatre grosses   pierres plates pour former comme un puits.

    ** esseber : natte qui constitue les murs de la tente traditionnelle.


    Si vous avez aimé ce récit de Corinne, je vous signale sur le même thème un autre de ses textes qui m’a aussi beaucoup touché, à lire en cliquant ICI