Auteur/autrice : Yann Le Boucher

  • Satori, c’est gris

     Dans l’optique de la prochaine venue d’Alain et Corinne Bayod à La Bertais et afin que vous puissiez faire mieux connaissance avec eux, je leur ai demandé de m’autoriser à publier sur notre blog certains des articles qu’il ont écrit soit pour la Lettre d’Hauteville, soit pour leur blog (le fameux Ipapy, référencé au bas de la colonne de gauche de cette page). Merci à eux deux d’avoir accepté, car il s’agit de textes de qualité qui gagnent à être lus plusieurs fois !

    Le premier article est d’Alain et est paru dans le n° 45 de la Lettre d’Hauteville datée de l’été  2006*, Lettre qui était consacrée à « l’Expérience spirituelle sur la voie« . Quelque temps avant la venue d’Yves Rémond parmi nous, j’avais déjà mis en ligne son propre article sur le même sujet. N’hésitez pas à le relire en parallèle avec celui d’aujourd’hui, car ils se complètent bien.


    Lorsque Emmanuel m’a demandé un article sur le rôle de l’expérience spirituelle sur la Voie ma première pensée a été : « mais l’expérience spirituelle c’est le cœur de la Voie ! »

    Précisons d’abord de quel type d’expérience il est question. En effet l’expression « expérience  spirituelle » pour la plupart d’entre nous évoque des expériences particulières dites de supra conscience, ou encore appelées « états supérieurs de conscience » ou « peak expérience ». Deux descriptions célèbres de ce type d’expérience m’ont marqué et je ne suis pas le seul. Celle racontée par Paul Brunton dans L’Inde secrète  et, évidemment, celle d’Arnaud lors de sa rencontre avec Kangyu Rimpoché (1). Ce n’est pas du tout de ce genre d’expérience dont je veux parler. Pour une raison simple, c’est que je n’en ai pas…l’expérience. J’aimerais que nous profitions de cet article pour essayer ensemble de voir de manière neuve, de sortir de nos références, de nos idées, de nos croyances à propos de ce que nous appelons « expérience spirituelle » et que tranquillement nous nous interrogions sur ce qu’elle est réellement.

     En préambule il me paraît  important de rappeler que la voie spirituelle ne peut être qu’une QUESTION D’EXPÉRIENCE. Un chemin ne peut se fonder que sur la certitude, l’évidence. La certitude et l’évidence sont une expérience et non une pensée. Sinon on est dans la croyance, dans une conviction plus ou moins affirmée mais pas dans la certitude. Le maître n’enseigne pas un savoir. L’apprenti disciple « n’apprend pas » même si une partie de l’enseignement fait appel à son intellect, à la buddhi. Suivre un chemin ce n’est pas entreprendre des études à propos de la spiritualité. Le maître conduit l’apprenti disciple à VOIR,  il le conduit à une certitude à partir de laquelle il n’y a plus une idée du OUI à ce qui est, mais une pratique du OUI, donc une expérience.

    « Avoir des connaissances en matière de Védanta ce n’est pas la Connaissance. La Connaissance se confond avec l’Être. Ce n’est pas une connaissance qu’on a, c’est une connaissance qu’on EST. » (2)

     Seule l’expérience engendre la certitude. Mais voilà, consciemment ou non, nous avons nos idées, nos représentations sur l’expérience, sur ce que doit être « l’expérience spirituelle » et ce sont ces idées et ces représentations souvent romantiques qui nous empêchent de  vivre cette expérience, de la reconnaître. Aux descriptions d’expériences spirituelles bouleversantes, dont il ne me viendrait évidemment pas à l’esprit de nier la réalité ni la valeur, je préfère la phrase, que je cite souvent, du maître Zen D.T Suzuki  qui disait à ses disciples : « Satori, c’est gris. ». Ça décourage cette part en nous qui est éblouie par le surnaturel et qui vit le chemin en termes d’avoir : « catastrophe, je n’ai pas « d’expérience spirituelle ». Vite, il m’en faut une coûte que coûte pour compléter ma panoplie de parfait chercheur qui comprend déjà la collection complète et annotée des livres d’Arnaud , un petit diable en plastique pour faire comme Daniel, le Châle, la marche lente et sereine du retraitant modèle et le bocal de formol pour conserver « mon » expérience spirituelle au cas où je l’aurais enfin ! ». « Satori c’est gris. ». On est loin du romantisme ! Entendons cette phrase comme une tentative pour démystifier l’idée que nous nous faisons de l’expérience spirituelle, pour rendre compte de son absolue simplicité.

    Quels sont donc les mythes associés à « l’expérience spirituelle », ou, comme Arnaud le dit, à l’expérience du niveau spirituel en nous ?

    Généralement nous avons fermement ancrée l’idée que l’expérience du niveau  spirituel n’est accessible qu’au bout du chemin et, si nous parlons de l’immersion permanente au niveau spirituel, c’est vrai. Mais si nous parlons de la découverte du niveau spirituel en nous, alors nous parlons de quelque chose qui ne pourra jamais avoir lieu dans le futur. Tout simplement parce que le futur n’existe pas. Pour l’expérience, seul maintenant existe, et l’expérience de maintenant, c’est l’expérience du niveau spirituel. Le « danger » dans l’imagerie de l’expérience spirituelle ce n’est pas seulement que nous la rêvions comme une expérience extraordinaire, peu accessible – le ciel qui s’ouvre, le grand orchestre céleste qui s’en donne à cœur joie, les nymphes qui dansent pour moi etc – mais que nous la rêvions comme une expérience dans le futur : pour demain, quand j’aurais fini mes lyings, quand j’aurais réalisé mes plus puissantes vasanas, si j’ai la chance de …
    Vous connaissez la devinette  :
    – Quand vous plantez des « si » et des « quand » qu’est-ce qui pousse ?
    – RIEN !

     Ce qui empêche  l’expérience spirituelle, c’est que nous envisageons la spiritualité comme toutes les autres activités humaines, c’est-à-dire comme un processus dans le temps. Nous restons dans un processus exigeant d’amélioration du moi.  Nous pressentons bien que la sagesse est d’un autre ordre, procède d’un passage sur un autre plan. Mais nous envisageons ce « saut quantique » pour le futur, comme la conséquence de l’amélioration du moi. Dans le T’chan (bouddhisme chinois) il y a une expression imagée pour désigner cette erreur : on parle du polissage de la tuile ! Polir une tuile n’en fera jamais un miroir… Dit en d’autres termes, une chenille parfaite n’est pas un papillon. Améliorer un moi de base a sa valeur – demandez à vos proches ce qu’ils en pensent – mais cela ne nous mènera pas à la découverte de notre véritable nature. Le paradoxe c’est qu’il faut souvent beaucoup de temps et d’efforts mal orientés pour réaliser que le saut quantique c’est « maintenant », indépendamment de la situation et de l’état du moi. En même temps, qui peut entendre cette réalité du « maintenant » ? Un moi pas trop tordu. J’ai souvent entendu Arnaud présenter la progression sur le chemin comme le fait de s’approcher de la possibilité d’entendre l’enseignement et de VOIR, c’est-à-dire de s’approcher du moment de l’expérience. Mais l’expérience elle-même, c’est ON ou OFF, aucune progression. Juste CE QUI EST, tel que c’est, ici, maintenant. Y compris un moi en pleine émotion. Y compris un moi s’appropriant une expérience de « supra conscience ».

     Mais comment entendons-nous : juste CE QUI EST ? Tant que nous sommes dans la pensée d’une réalité extérieure (les autres, la situation, les objets…) et d’une réalité intérieure (les sensations, les pensées et les émotions ) vues et acceptées par « moi », nous ne voyons pas CE QUI EST. La vision de CE QUI EST  ne peut se faire à partir de la pensée « moi ». C’est lorsque la pensée « moi » s’efface qu’apparaît la VISION, qui est l’expérience spirituelle. Beaucoup d’entre nous connaissent des moments  d’évidence  où la pensée « moi » est absente, où le « spectacle » des formes est simplement perçu. Les formes, c’est-à-dire les perceptions sensorielles, les pensées, les émotions. Nous avons tous vécu des instants où la beauté d’une œuvre d’art, la splendeur d’un paysage nous a fait vivre l’OUVERT, nous a fait oublier de nous penser fermés, séparés, âme enfermée dans un corps étanche. Pour « moi » ça s’est passé dans un tube en papier au cours d’un exercice proposé par Douglas Harding. Nous étions « face à face » avec une autre personne et à la question : combien y a-t-il de visage dans le tube ? brusquement, l’évidence  : un seul visage. Celui de l’autre. De mon côté, RIEN. L’OUVERT. Et donc aucune séparation – quelle est la distance entre Rien et l’autre ? – Tout à coup les phrases d ‘Arnaud si souvent entendues sur la non dualité, le « un avec » de Swâmiji, sont devenus une EXPÉRIENCE. Rien de sensationnel. Du simple. Effroyablement simple, comme le dit Daniel. « Satori, c’est gris ».  Être dans l’évidence du OUI, la VISION simple de CE QUI EST, nous le  vivons d’abord comme dépendant de circonstances extérieures favorables. Pratiquer la soumission à l’évidence et en faire l’expérience de chaque instant, c’est ça le Chemin. Arnaud, lorsqu’il parle de « l’expérience de cette conscience immobile, silencieuse, vide » ajoute :
    « Je vous souhaite de pouvoir faire, même un instant, cette expérience et qu’elle vous serve de critère » et plus loin « si vous prenez comme critère la perfection de cette conscience vous commencerez à voir ce qui se passe et c’est la façon juste de procéder. » (3)

    Il n’était pas question d’autre chose dans l’extrait de  Au-delà du moi  de la précédente lettre d’Hauteville. Le OUI à 100%. Moi, tel que je suis.  Être OUI à 100% avec « moi » tel qu’il est, ne peut venir de « moi ». Être OUI ne peut venir que de l’Absence, que de « l’observateur transparent » comme disent les Tibétains. Tant que la pensée « moi » séparé s’approprie la perception, aucune expérience du niveau spirituel n’est possible parce qu’un tri se fait dans CE QUI EST : ça j’en veux, ça je n’en veux pas. Oui à 100% et la conscience immobile, silencieuse, vide, apparaît. Pas si, pas quand, MAINTENANT. Et c’est ce à quoi Arnaud nous encourage inlassablement en méditation.

     L’expérience spirituelle c’est bien le OUI à Ce qui est ici et maintenant, l’accueil inconditionnel du réel, mais encore une fois ne réduisons pas la Voie au connu, ne ramenons pas la verticale à l’horizontale. L’expérience spirituelle c’est oser sortir de notre cadre de référence, le cadre du « moi et…». Ce qui doit être Vu, Accueilli, Accepté à 100% ce n’est pas seulement ce qui est du domaine des formes, mais c’est aussi ce qui est du domaine du sans forme. Pas seulement ce qui concerne le relatif mais aussi ce qui concerne l’absolu. Très concrètement cela implique la vision simultanée de Ce qui est vu et de Ce qui voit. La vision simultanée de la forme et du sans forme. C’est ça l’expérience spirituelle. Autrement, c’est une illusion.

    Le geste spirituel fondamental, celui qui est au cœur du coeur de toutes les voies, c’est le geste du retour, de la conversion, de la repentance, de la Métanoïa. Oser regarder en direction de Ce qui regarde et oser voir et reconnaître notre nature de Vide, notre nature d’Absence, notre nature d’Ouverture, notre nature d’Espace, notre nature Divine. L’expérience spirituelle c’est cela, une reconnaissance dans laquelle « moi » n’intervient pas. C’est Ce que je suis qui se reconnaît en tant que vacuité consciente, accueillante et aimante. C’est une non expérience au sens existentiel du terme car rien ne change pour « moi », le film continue et « moi » est dans le film. Bien sûr, il existe une infinité de chemins pour approcher ce moment de reconnaissance, cette « silencieuse coïncidence », ce saut en arrière, cette bascule de l’Etre en lui-même,  mais in fine il faut bien que le retournement se fasse. Et le secret de l’expérience spirituelle est dans ce retournement de la conscience sur elle-même. Lisez, relisez, étudiez  le Védanta et l’inconscient. Arnaud conclut le chapitre deux « la science du Védanta » par  : « C’est un retournement et c’est ce retournement qui fait le vrai chemin. » (4)

    Sous une autre forme, c’est encore ce qu’il affirmait avec force en janvier 97 en introduisant un week-end collaborateurs, thérapeutes et chefs de centre : « Ma conviction absolue est que notre seul espoir est dans la spiritualité, c’est-à-dire dans la découverte le plus rapidement possible du niveau spirituel en nous à travers un commencement d’expérience. »


    (1)  Le message des Tibétains  p.52
    (2)  Le Vedanta et l’inconscient Chap II p.62
    (3)  Ibid p.112
    (4)  Ibid p.123


    Aux grincheux qui seraient tentés de me rappeler que « la Lettre d’Hauteville est strictement interne à l’association et ne doit pas être publiée sur Internet » , je fais remarquer qu’il ne s’agit pas de rendre publique la Lettre d’Hauteville dans son intégralité, mais de rendre accessible aux seuls membres de La Bertais et avec le consentement express de l’auteur, certains des articles qu’il y a lui-même signé. Cependant, et pour rester fidèle à l’esprit de la mention présente au bas de chaque Lettre d’Hauteville, merci de ne pas recopier et/ou de faire circuler par tout procédé électronique ou autre le contenu de cette page (dont l’accès est réservé aux seuls membres des Amis de La Bertais).

  • Attention 1er avril!

    Un peu de légèreté : ce billet ludique vous propose de tester vos facultés d’attention.

    Voici trois photos issues d’une publicité réalisée pour une grande marque de dentifrice en Angleterre

    Regardez les bien et découvrez ce qui est étrange sur chacun de ces trois clichés. Facile ? Si oui, donnez votre réponse dans les commentaires. Si non, j’y indiquerai moi-même la solution après quelques jours…

    Amusez vous bien  !

     

    Cliché n°1

    Cliché n°2

    Cliché n°3

     

    NB : j’ai trouvé ce petit jeu sur le site du créateur rennais du Festival International de Magie où vous pouvez voir des vidéos assez sympa.

    J’aime tout particulièrement celle-ci (à regarder en plein écran de préférence) :


    Illusions anamorphiques par Spi0n

  • Planète à vendre

    Je vous signale ce documentaire que je viens de regarder et qui m’a beaucoup « percuté ».

    C’est visible sur Arte pour encore quelques jours (mais il faut se dépêcher!). Ensuite, on pourra peut-être le trouver sur Youtube en version « pirate », mais comme ce n’est pas certain…

    Voici le résumé du film :

    En 2009, 50 millions d’hectares de terres arables ont changé de main dans le monde et des dizaines de millions d’autres sont sur le point d’être cédés. Avec la croissance programmée de la population mondiale (9,2 milliards en 2050) et la raréfaction de certaines ressources naturelles, la demande pour les produits agricoles va augmenter en flèche. À partir de 2008, la flambée des prix alimentaires et les révoltes qu’elle a provoquées un peu partout dans les pays pauvres, conjuguée à la crise financière, ont accéléré le phénomène. Désormais, les gouvernements qui dépendent majoritairement des importations pour nourrir leur population, ceux qui craignent pour leur autosuffisance alimentaire, mais aussi les multinationales de l’agroalimentaire et les investisseurs internationaux (banques et fonds de pension) se ruent sur les terres cultivables partout où elles sont à vendre. Et la nécessité nourrit la spéculation. Ainsi, une nation comme l’Éthiopie, qui recourt à l’aide internationale pour nourrir sa population, n’hésite pas à brader ses terres…

  • La citation du lundi (30)

     

    N’êtes-vous pas las de cette vie faite de gains et de pertes, d’accumulations et d’anxiétés, d’éclats et de pleurs, de rires vains, de désirs inassouvis, d’amours sans retour, d’espoirs ruinés, de cette ronde épuisante de faux-semblants?
    Pendant combien de temps encore gâcherez-vous une précieuse vitalité à chercher vainement l’Infini dans le monde limité des objets des sens ?

    Arrêtez !
    Par pitié, cessez cette poursuite aveugle.
    Assez ! Assez !

    Quand la clé que vous croyez perdue est dans votre poche, comment pourriez-vous la trouver ailleurs, dussiez-vous la chercher pendant cent ans?
    Mettez fin à cette agitation. Oubliez vos déceptions. Reprenez votre calme.
    Ecoutez avec foi ce conseil d’un ami : « chère âme, pour une fois, cherche en toi-même! »

    Swâmi Chinmayananda, in « Vie et Méditation », p41

  • Ce que vous aurez délié sur terre…

    Peut-être connaissez-vous cette parole quelque peu énigmatique de l’Evangile de Mathieu (XVIII,18) :

    « Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel»

    C’est en référence à ce verset que Véronique Desjardins à choisi d’intituler son dernier livre « Ce que vous aurez délié sur terre», avec, en sous titre « La disparition d’une mère». Elle écrit en quatrième de couverture :

     » Ma mère n’a pas été une sainte, elle a connu la terreur de qui s’apprête à franchir le point de non-retour, mais elle est allée jusqu’au bout d’elle-même, de son humanité, de sa vérité. Et je comprends soudain qu’il ne nous est pas demandé d’être plus que nous ne sommes, d’aller plus loin que nous ne pouvons, que chacun, au moment de mourir est dans sa vérité nue : il rencontre sa limite mais aussi tout son possible…»

    Quand j’ai reçu ce livre (Véronique nous en a fait parvenir un exemplaire dédicacé) et que j’ai lu cette 4ème de couverture, mon premier mouvement a été de l’éloigner de moi. « Non, pas envie de lire une chose aussi triste»

    Mais comme je voulais adressser un petit mot à Véronique pour la remercier de son cadeau, je me suis résigné à ouvrir le livre avec l’idée d’en parcourir les premières pages, histoire de pouvoir en dire quelque chose.

    Or, et à ma grande surprise, j’ai été véritablement captivé par le récit qui s’est alors présenté à moi et en l’espace d’une demie-heure, j’en avais déjà lu une bonne quarantaine de pages. Je reprenais ma lecture le soir même, et j’ai été fidèle à ce rendez-vous quotidien toute la semaine, si bien que j’ai pu terminer l’ouvrage avant d’écrire à Véronique !

    Si j’ai apprécié cette lecture, c’est essentiellement pour trois raisons :

    – La première tient, bien entendu, à la relation de « frère et soeur sur le chemin » qui nous lie, car ce livre, au ton très intimiste, est une sorte de confession qui jette une lumière inédite sur Véronique, ses origines familiales et son héritage de difficultés psychologiques qui a formé la matière première d’une bonne partie de son chemin.

    – La seconde ne doit pas tant à cet aspect personnel qu’aux qualités littéraires intrinsèque du récit. Et ceci n’a pas été la plus petite des surprises pour moi que de découvrir le talent de Véronique-écrivain.
    Le livre est en effet bâti à la manière d’un tableau impressionniste : une succession de 36 micro-chapitres (le plus long fait à peine 10 pages) qui sont autant de petites touches venant former en final un « tableau » à la fois riche et profond d’humanité. La brièveté de chaque chapitre permet, en particulier, de ne pas « caler » dans la lecture, même lors des passages les plus douloureux ou les plus dramatiques (on sait que le chapitre va vite se terminer et cela donne le courage de le poursuivre jusqu’au suivant, et ainsi de suite, sans lassitude…).

    – La troisième, ce livre pose quelques problèmes concrets, de ceux sur lesquels on répugne à réfléchir habituellement tant qu’on n’y est pas soi-même directement confronté, (mais alors il est souvent trop tard pour pouvoir le faire à « tête reposée »). Je pense en particulier aux soins post-mortuaires que, dans notre civilisation profane, il est désormais habituel d’infliger aux défunts. Par exemple, on vide le cadavre de son sang qu’on remplace avec du formol afin de lui conserver plus longtemps une meilleure allure. C’est certes bien plus « confortable » pour les vivants, mais qui se soucie de savoir quel impact ce genre de traitement peut-il avoir sur le processus de désincarnation de l’âme  du « nouveau-mort »?

    Une pensée, enfin, pour l’héroïne principale de ce récit : Madeleine Loiseleur (la maman de Véronique). Elle était disciple de la première heure d’Arnaud et je l’ai donc un peu connue au Bost. Mais pas d’assez près pour me rendre compte de sa grandeur d’âme que le récit de Véronique me donne à sentir. Une source d’inspiration inattendue…

  • Echos du week-end avec Yves

    Comme à l’habitude, voici un petit reportage photo de notre week-end, ceci pour donner envie aux présents de partager leurs impressions et permettre ainsi aux absents de humer le parfum de cette belle rencontre…

    PS : Et si vous ne l’avez pas encore fait, je ne saurais trop vous inviter à lire les trois articles d’Yves récemment publiés sur notre blog.
    C’est ici : =>
    (1) (2) (3)

     

     


     

  • Bienvenue à Yves (3)

    Après une présentation générale de son parcours de vie (cf. 1er article), puis un retour détaillé sur son expérience d’éveil provisoire (cf. 2ème article), Yves nous donne ici un témoignage de sa pratique personnelle à travers l’analyse détaillée d’un échantillon semblable à ceux que nous partageons régulièrement au sein du GSMP. Outre l’aperçu que cet article* nous donne sur les qualités de pratiquant d’Yves, il met aussi en avant son grand sens pédagogique, ce qui, à mes yeux, fait de ce texte un véritable morceau d’anthologie.  En votre nom à tous, je renouvelle donc ici mes remerciements à Yves pour m’avoir autorisé à le reproduire sur notre blog.

    *Texte paru dans le n° 47 de la Lettre d’Hauteville datée du printemps 2007.


     

    UNE TARTINE EN CHEMIN

    Prologue :

                Un soir d’hiver. Je rentre du travail après une grosse journée où les conflits professionnels et les menaces insistantes de licenciement se sont accumulés. Je ne sais vraiment pas comment me comporter, quelle décision prendre, les paramètres sont si nombreux ! J’ai l’impression de subir une situation sans voir aucune issue. En fait, j’ai peur, peur de me retrouver encore une fois  au chômage et peur du conflit ouvert avec mes employeurs… Je me mets à table en famille. Il suffit souvent d’un petit élément déclencheur. Ce soir-là, il suffira d’une tartine de Nutella de trop… ! Lucas, notre fils cadet, prend au dessert une tartine de Nutella. Il est vrai qu’il mange beaucoup de chocolat : au petit-déjeuner, à midi, au goûter et le soir. Nous avions décidé avec lui qu’il essaye d’autres desserts que cet éternel chocolat ! Et voila que ce soir, devant moi, il avale une énième tartine de Nutella. Là c’est trop !

    Par rapport à Lucas : Quelle est l’action juste ? Quelle est la réponse à la situation ? J’aspire à la découvrir mais cela me devient impossible, tant l’émotion qui m’envahit ce soir-là est forte. Aucune action digne de ce nom ne peut se fonder sur un refus et pourtant ce soir, le “Non” envahit toute la scène et mes tentatives pour dire “Oui” rajoutent de l’huile sur le feu…

     

     

    Acte I : Je vois et je n’alimente pas – « Refoulement conscient »

    « Quoi ! Tu manges encore du Nutella ! Mais bon sang ! On avait décidé que… ! C’est pas vrai ! ». Ca y est ! C’est dit, ça m’a échappé ! C’est parti ! Trop tard ! Plus moyen de revenir en arrière !

                L’émotion commence à se déverser. La réaction s’engage. A cette étape, ce qui est décisif n’est pas de vouloir brutalement arrêter le processus (c’est comme vouloir arrêter à mains nues un TGV lancé à 300km/h !) mais de reconnaître l’évidence intérieure (je suis en train d’être emporté), de se souvenir de son intention (qu’est-ce que je veux ?), et de se rappeler que, par expérience, ce flot émotionnel peut commettre des dégâts importants sur ceux vers qui il se déverse. Toute expression émotionnelle ressemble en effet, à un déversement de poubelles sur l’autre. Avec la pratique, on se souvient de plus en plus tôt et de plus en plus vite. Je vois et je suis d’accord. Déjà cette seule reconnaissance me positionne différemment. A partir de ce moment, il en va de ma responsabilité de disciple de ne pas alimenter la machinerie émotionnelle avec des pensées supplémentaires du genre : « C’est pas possible ! Et puis toi (mon épouse), tu es toujours d’accord avec lui ! C’est toujours pareil ! Vous êtes liés contre moi ! J’en ai ras le bol de cette famille ! Etc. » Et c’est parti…la réaction en chaîne s’amorce. Eh bien non ! Là nous avons le pouvoir d’arrêter l’emballement en ne nourrissant pas consciemment ces pensées qui se rajoutent. Nous pouvons insérer un élément actif dans une mécanicité toute passive. D’accord je suis touché mais je n’en rajoute pas ! D’une certaine manière on pourrait appeler cela “un refoulement conscient” car nous ne permettons pas à la dynamique (dynamite ?) émotionnelle de s’exprimer ouvertement ou en tous les cas, le moins longtemps possible.

     

    Acte II : Recoller les morceaux, restaurer la relation

                A table, après ce discours émotionnel l’ambiance est plombée et figée. Même une mouche n’arriverait pas à voler tant l’ambiance est engluée, lourde et pesante ! : J’arrive tout de même à prendre la parole. Faut dire quelque chose, rattraper le coup !…« Bon écoute Lucas, excuse-moi, en ce moment au travail c’est vraiment difficile, ce n’est pas après toi que j’en ai. Pour le Nutella on verra plus tard, mais il faut que tu sois au courant que je vis des moments durs à mon boulot… ».

                Durant ce deuxième Acte du processus vers l’action, il s’agit de réparer les dégâts qu’aurait pu commettre le début d’émotion qui s’est déversé. Il s’agit, par des paroles appropriées, de restaurer la relation avec ceux que notre mécanicité aurait pu blesser, et de décharger complètement l’autre de la responsabilité que nous lui avons faite porter (ce qui est la vérité d’ailleurs : l’autre n’est en rien responsable de nos troubles…). Bien souvent l’affaire s’arrête là et c’est une erreur. On va considérer comme “action” ces paroles réparatrices prononcées. En fait non, elles sont plutôt à regarder comme un pansement calmant mis dans l’urgence sur une plaie douloureuse pas encore guérie. Le travail n’est pas achevé car l’émotion consciemment refoulée dans l’Acte I est toujours présente en nous, temporairement contenue certes, mais encore active. Et tant qu’elle est là, il est impossible de prétendre à l’action.

    .

    Acte III : « Selon l’expression consacrée… »

              Tout le monde est couché dans la maison, après ce repas mémorable. Il doit être quatre heures du matin. Je me réveille et me lève pour aller dans la pièce qui me sert de bureau. J’allume une petite veilleuse pour sacraliser
    l’instant. Je me prosterne devant cette flamme. Je m’allonge à même le tapis par terre et je revois Lucas en train de manger sa tartine de Nutella. C’est la colère d’abord, celle qui est montée face à lui à table, puis rapidement les larmes : on ne m’écoute pas, je n’existe pas… Ensuite des images s’enchaînent sur mes patrons qui n’entendent pas mes arguments pour me défendre. Puis monte la terreur devant l’avocat qu’ils ont embauché pour valider mon licenciement et qui représente à mes yeux la machinerie juridique implacable, discutant, argumentant sur des détails et des idées, s’emparant d’une affaire qui m’échappe de plus en plus. Je ressens alors ma totale impuissance et à ce moment-là, le flot de larmes enfle, enfle, puis s’apaise. Enfin de la paix, du calme. Je me prosterne, souffle la veilleuse et retourne me coucher.

                Cet Acte III, incontournable, est celui de l’expression mais pas dans n’importe quel contexte : en relation avec ce qui, à nos yeux, peut signifier le sacré, la reliance à plus grand que soi. Dans cet avant-dernier acte, il importe de se sentir en sécurité et non seul. Arnaud est présent, subtilement, le divin est là. Vous n’êtes pas seul séparé, mais seul relié. C’est un moment consacré, conscient et sacré. Un moment pour l’expression. Il s’agit de laisser aller à son terme le mouvement émotionnel qui fut contraint volontairement à l’Acte I. Accueillir et laisser passer. Il est intéressant de partir de l’événement déclencheur (la tartine de Nutella…) et de laisser le fil de l’émotion se dérouler pour découvrir petit à petit ce qui se jouait par dessous. Peu à peu l’élément déclencheur s’estompe pour arriver par association à d’autres événements qui eux-aussi disparaissent pour finalement aboutir au nœud du problème (mon refus de l’impuissance dans ce cas-là). En s’exerçant avec persévérance et bienveillance, on gagne en aisance dans la reconquête de cette relation intime avec notre cœur.

     

     Acte IV : L’action

    Le lendemain matin au réveil : deux évidences s’imposent naturellement.

                1/Je vais contacter un avocat qu’un ami m’a proposé (j’y avais bien pensé mais j’en avais peur et ce matin il n’y a plus aucune peur)

                2/J’emmène Lucas samedi au magasin de saxophones où il aime essayer les différents instruments. Il ne m’apparaît pas nécessaire de lui renouveler mes excuses. Il a compris. Je sens plutôt de poser un geste concret pour lui. J’hésitais à le faire, embourbé dans mes soucis professionnels. Mais là c’est clair. Je n’ai aucun doute. C’est cela que je dois faire pour maintenant. Je me sens bien plus tranquille.

                Ce quatrième et dernier acte est celui de l’action. L’émotion s’est exprimée, elle est passée et l’action se révèle. On peut alors se sentir tranquillement capable de faire des choses qui nous semblaient inenvisageables auparavant ou découvrir des pistes auxquelles nous n’avions même pas pensé. Le propre de l’action est son coté neuf, imprévisible et vivant. L’émotion, elle, par contre est toujours prédictible. On peut la comparer à des nappes de brouillard. Tant que ce brouillard est là, la visibilité est extrêmement réduite et il nous est impossible de ressentir et de voir l’action à poser. Quand le brouillard se dissipe, cela donne alors une chance à la buddhi (l’intelligence lucide) de fonctionner. Avant, ce n’était même pas la peine d’y penser. La situation pouvait paraître sans issue, confuse, désespérée même. Mais, le brouillard se dissipant, l’action à poser prend alors un goût d’évidence. Je sens ce que j’ai à faire maintenant et je le fais.

                Les critères de reconnaissance de l’action juste sont la légèreté, un sentiment de paix et de joie. Ceci est bien compréhensible car l’action (qui peut être, soit dit au passage, une non-action) est par excellence l’acte libérateur. C’est l’action qui va permettre aux prises de conscience de prendre forme et de s’incarner. L’action clôt tout un processus de libération et il ne faut pas espérer un changement durable et en profondeur sans actions à la clef.

                L’action est le résultat d’une pratique.

     

    Epilogue : Zoom arrière

                Une pratique oui. Mais pourquoi ? Pour aller vers quoi ? Quel est son but ?

                En fait, cette action, toute action, s’inscrit dans une perspective beaucoup plus vaste. Toute la manifestation est basée sur l’action et la réaction. Des galaxies aux particules élémentaires en passant par les êtres humains, il n’y a que cela : action et réaction. Au sein de la manifestation nous n’y échapperons jamais puisque c’est la loi, puisque c’est ainsi que cela fonctionne. Il y aura toujours une réaction en réponse à une action. Toujours. Mais l’ensemble de cette pratique à partir de la tartine de Nutella tend vers un but : essayer de faire en sorte que la réaction – inévitable et naturelle – soit la moins émotionnelle possible, c’est-à-dire la moins personnelle possible. Pourquoi ? Parce qu’à travers ce processus d’action-réaction, la Nature cherche en permanence à restaurer un équilibre perdu. En colorant cette réaction de manière personnelle, nous relançons maladroitement le processus naturel d’équilibrage pour un nouveau tour de piste et ainsi de suite… Le balancier ne cesse alors d’osciller et l’équilibre, ainsi que la paix et la joie profondes qui l’accompagnent, sont sans cesse remis à plus tard.

                Sous cet angle de vue, qu’est-ce alors qu’une action ? Une réaction éclairée par la Conscience.

  • Bienvenue à Yves (2)

    Après une présentation générale du parcours de vie de notre invité (cf. 1er article), voici un second texte*, particulièrement important à mes yeux. Yves y détaille en effet l’expérience spirituelle majeure qui a été la sienne il y a 16 ans et dont il n’avait donné, dans l’article précédent, qu’un aperçu rapide. Ce faisant, outre qu’il nous permet d’entrer plus avant dans l’intimité de son chemin, il apporte un éclairage précieux sur une question qui se pose à tous ceux et celles qui, à un moment ou à un autre de leur démarche, se retrouvent eux-mêmes confrontés à ce type de vécu : que faire de ces « moments de grâce » ?  Comment les situer à leur juste place pour éviter que ce type de bénédiction ne se transforme finalement en nouvel obstacle ?

    *Texte paru dans le n° 45 de la Lettre d’Hauteville datée de l’été 2006.


     EXPERIENCE SPIRITUELLE :  N’OUBLIEZ PAS LE GUIDE ! 

     – « Qu’est-ce que tu veux  » ?

    – « Être à l’aise avec ma condition humaine : naissance et mort. »

    Ce séjour de deux semaines à l’ashram avait tout de suite commencé par ce dialogue avec Daniel. C’était il y a neuf ans, en mars 1997. Les entretiens quotidiens s’enchaînaient et au fur et à mesure, je ressentais  : « Oui l’issue est peut-être là. La liberté est peut-être si proche ! ». Les larmes me montaient aux yeux à l’idée que… peut-être…

    Le quatrième jour, j’en fis part  à Daniel et il me répondit :

    « Enlève les « peut-être « ! » puis il ajouta aussitôt : « Désolé Yves, je n’ai rien d’autre à te dire. »

    Après cet entretien, je retournais dans ma chambre et j’écrivis ceci : Devant la proximité du but et son imminence, le moi se remet à battre du tambour et à relancer la machine à question. Pourtant, ce questionnement n’a d’autre but que de maintenir le moi. C’est le moi qui entretient ce questionnement pour survivre. Laisse passer.

    Puis plus tard, dans le milieu de la nuit, je me levais et allumais une bougie. Je me sentis alors devenir seul : même Daniel ne peut plus rien faire pour moi. Très seul, de plus en plus seul et je n’opposais pas de résistance. D’accord, d’accord… Pas discuter. Et alors ? Rien de spectaculaire, mais bien la sensation de descendre jusqu’à un niveau très intime, inconnu jusqu’alors. Moi étant ressenti comme un lieu, une présence, un simple point de référence dans un espace sans temps ni limites. Là, personne à qui en parler… Alors ?… c’est vrai ? Et puis j’ai ressenti de manière évidente et indiscutable : Tout est là , ici, maintenant. Rien à dire. C’est terminé.­ La recherche spirituelle est terminée. 

     

    Le lendemain, plutôt sonné, je retrouvais Daniel puis Arnaud en entretien pour leur faire part de ce qui s’était passé durant la nuit. Leurs réponses se rassemblaient autour de : « Une longue étape préparatoire s’est achevée. La libération comme quelque chose dans le futur n’a aucun sens. Le moi fait effectivement durer la recherche spirituelle pour subsister. Oui c’est simple. Maintenant l’ego va tenter par tous les moyens de faire croire le contraire car il y va de sa survie. Il va sortir tous les arguments pour prouver que la discussion est justifiée. Soyez prévenu, il y aura encore des zones de turbulence. ­Honorez la vie. Apprenez le service. Ne parlez à personne de ce qui vient de se produire.»

    Les douze jours suivants passés à l’ashram furent ce que Swâmiji appelle un festival de nouveautés.

    D’abord je ressentais un accomplissement. C’est-à-dire que toute mon existence qui avait précédé ce 27 mars se trouvait entièrement justifiée. Si c’était à revivre, je le referai sans en modifier une seule seconde. Chaque événement du passé, y compris mes errances, mes erreurs, mes maladresses et mes doutes  trouvait sa place dans un ensemble beaucoup plus vaste. Chaque élément de mon passé apparaissait comme une pierre indispensable du chemin et toutes ces pierres étaient orientées vers la réalisation de ce qui venait de se produire.

    Je remarquais aussi une accélération de la compréhension, comme si le voyage se déroulait maintenant non plus en char à boeufs mais en avion. De nombreuses paroles de l’enseignement prenaient tout leur sens. C’était un émerveillement : Tout ça, c’est donc vrai !

    Ecriture manuscrite de Swâmi Prajnânpad

    Le passé et le futur étaient régulièrement replacés pour ce qu’ils sont : des pensées dans l’instant. Le présent était de toute évidence le seul point d’appui. La vigilance s’était accrue et elle devenait plus fluide parce que je venais de découvrir finalement ce à quoi il fallait être vigilant, et à quel ensemble de mensonges il s’agissait de clouer le bec. En effet, l’ego revenait à la charge sans cesse : des doutes (est-ce que je ne suis pas en train de me tromper ?), de la peur (je vais devenir fou), des menaces (attends un peu le retour à la maison et tu vas atterrir !), des inquiétudes (est-ce que ça va durer ? Je ne vais jamais y arriver, je vais tout perdre), de la lassitude (pfft! C’est toujours pareil), de la banalisation (c’est tout? Pas très intéressant ce truc…) et de l’orgueil (je suis libéré !). A toutes ces attaques, il suffisait de répondre toujours par la même formule : « D’accord, je ne discute plus, je ne refuse plus ce qui est là » et le miracle se reproduisait : ces soubresauts du mental s’évanouissaient.

    Peu à peu se développait un sens particulier : une sorte d’aptitude à flairer le mental, à sentir son odeur et à agir en conséquence, c’est-à-dire le reconnaître et ne pas discuter. Je découvrais aussi, selon les mots de l’époque, « l’étendue du carnage ». L’ego avait tout volé : la vie devenue « ma » vie, le corps de Yves devenu « mon » corps, etc… La véritable nature du mental se dévoilait sans ambiguïté : mystificateur, voleur, prétentieux, abusif,  dément, séducteur, calculateur, avide et finalement incapable d’amour.

     

    Je vivais tout cela comme une grâce.

    Pourtant Arnaud avait commencé à me surprendre en me disant : « Non Yves, pas que la grâce, ce sont aussi vos efforts et votre persévérance ; vous récoltez les fruits de votre pratique». Cela m’avait surpris car Arnaud semblait soudain valoriser cet ego pour lequel j’avais perdu toute considération. Il avait raison. Il fallait être un peu plus habile que cela. La suite allait me le montrer.

    Il m’avait aussi dit : « Après le satori, redoublez d’efforts ! ». Nouveau trouble : Comment ? Ce n’est pas fini ? Encore des efforts ?

    Et puis il avait ajouté : « la voie commence maintenant ». Cette parole me laissa perplexe. Avec le recul, je  me demande s’il n’y avait pas un sous-entendu implicite à cette remarque, quelque chose comme : « la voie commence maintenant car à présent on va voir, Yves, ce que vous avez vraiment intégré et compris de la pratique ». Mais en ce mois de mars 97, cette remarque correspondait bien à l’imaginaire que je portais en moi concernant l’éveil, à savoir : un virage abrupt avec un avant et un après ou une sorte de bascule irrémédiable après lesquels les choses ne sont plus du tout comme avant, sans retour arrière possible. Alors je prenais cette parole comme une confirmation qu’il venait vraiment de se produire quelque chose d’important.

     

    Puis après quinze jours d’ashram, ce fut le retour à la maison.

    Je tentais avec grande difficulté de respecter vis-à-vis de Marie-Paule, mon épouse, l’exigence de secret complet demandée par Arnaud et Daniel, mais elle ressentit dès l’arrivée que quelque chose n’était pas tout à fait pareil : un changement sensible affectait la totalité de ce qu’elle connaissait de moi ; en particulier au niveau de la capacité à aimer, à me détendre et à ne plus être déboussolé par des tracas quotidiens qui autrefois m’auraient rapidement fait réagir (la voiture en panne pendant les vacances pour ne citer que cet exemple bien concret qui ne manquait pas habituellement de me faire copieusement réagir). Toute cette vie quotidienne familiale, les trajets à pied pour emmener les enfants à l’école, les courses au supermarché de Villefranche sur Saône, faire la cuisine, toutes ces tâches bien communes baignaient dans une ambiance de nouveauté étonnante. C’était un peu comme si on avait redonné ses couleurs et sa luminosité à une vielle photo aux teintes délavées.

    Deux mois auparavant, j’avais été licencié pour raisons économiques. Aussi, étant au chômage, Marie-Paule travaillant et les enfants étant à l’école, je bénéficiais de beaucoup de temps libre que je passais principalement à marcher et à écrire. L’écriture prenait un caractère sacré tant elle m’aidait à comprendre et à ne pas perdre le fil du processus en cours. Que de pages de classeurs j’ai pu remplir !

    Pourtant, assez vite, au bout d’un mois environ, Marie-Paule commença à se douter que tout n’était peut-être pas en place en remarquant que mon comportement avec les enfants devenait de plus en plus décalé : je réagissais fortement à toute manifestation de l’ego chez eux (ils avaient 12 et 5 ans à l’époque et quoi de plus naturel qu’un enfant développe l’ego à ces âges !). Je m’énervais facilement à table, j’étais impatient, je ne supportais pas les cris et je partais dans mon bureau reprendre l’écriture et la méditation. Il y avait incohérence dans mon comportement au point que Marie-Paule avait lâché à Daniel : « Eh bien, si c’est ça l’éveil, ça ne m’intéresse pas ! ». Bref j’étais déjà recalé pour le « wife’s certificate » de Swâmiji.

    Alors commença une longue  période de lutte interne épuisante qui dura presqu’une année. D’un coté, je devais me remettre à chercher activement du travail : éplucher les offres d’emploi, passer par les cabinets de formation, écrire des lettres sans réponse, participer à des entretiens d’embauche en paraissant motivé, etc.. Replonger dans cet univers professionnel était très éprouvant tant il m’apparaissait à des années-lumière de l’intériorisation tellement recherchée ces derniers mois. L’éveil se limiterait-il donc à une grotte sans femme, sans enfants ni patron ?  De l’autre coté, j’essayais par tous les moyens de maintenir cet état mais il me filait entre les doigts. Les habitudes mentales et émotionnelles reprenaient le dessus. J’étais déchiré. Une part de moi luttait pour ne pas redevenir « comme avant ». Je me battais violemment contre toutes les manifestations de l’ego en moi sans discernement et sans me rendre compte que je faisais fausse route : j’étais en train de faire précisément le jeu du mental en refusant ce qui se passait. A mon insu, j’avais subtilement dérapé de l’acceptation au refus.


    J’eus beaucoup d’entretiens avec Arnaud et Daniel pendant l’année qui suivit cette expérience. Je cherchais à préserver cette qualité d’être et eux m’accompagnaient dans une autre direction, moins exaltante à court terme mais bien plus constructive à long terme : celle de l’acceptation de ce qui est. Avec le recul, je mesure maintenant combien leur aide attentionnée, patiente et si proche a été précieuse car oui, il y avait des risques et dans ma naïveté, mon inexpérience et mon ignorance, je ne les avais pas considérés. Comme Arnaud l’avait dit à Marie-Paule : « C’est une bonne chose que ce soit arrivé ici, à Hauteville. Cela se serait produit en Inde, Yves aurait été bien moins encadré et il aurait pu y avoir des risques pour lui dans l’intégration de ce qui se passe… ». C’est leur accompagnement qui m’a montré à quel point un maître est indispensable.

    Cette demande d’Arnaud de secret complet sur cette expérience (levée maintenant) me fut également très difficile à vivre. Pourtant là aussi avec le temps, je vois combien c’était habile pour me protéger des dérapages possibles : les miens et ceux des autres à mon égard.  En effet, même si  je respectais la consigne de silence du mieux possible, je dois reconnaître que l’envie d’en parler suintait de moi et que quelques fois j’avais pu laisser entendre à demi-mot, à des personnes plus ou moins proches que, l’air de rien, un changement important s’était produit en moi… Je me suis assez vite rendu compte qu’en parlant ainsi, je contribuais à me faire croire à moi-même que quelque chose m’était arrivé,  plutôt que de le vivre, et qu’il pouvait déjà se produire sur moi des projections de tierces personnes (positives et négatives) qu’à l’époque j’aurais été tout à fait incapable d’assumer. Bref chacun courrait à la catastrophe…

    En tous les cas, je peux témoigner que la tentation me fut forte de me croire libéré et de commencer à prêcher pour ma paroisse. L’ego récupère tout (« c’est son job » dirait Gilles) et ce type d’expérience est du pain béni pour le mental qui y voit là une opportunité exceptionnelle d’être aimé, reconnu et adulé.

    Neuf années se sont écoulées depuis. Que m’a enseigné cette expérience ?

    – Tout d’abord, le fait qu’elle se soit produite à Hauteville, en relation avec Arnaud, a contribué à approfondir encore plus ma confiance en lui. Il m’a guidé dans ce passage délicat. Le rattachement à une école de sagesse m’est apparu indispensable. Cela m’a aussi montré que ce chemin de Swâmidji, tel qu’il nous est transmis, porte en lui la potentialité de nous conduire  » jusqu’au bout « . Il ne fait pas pâle figure à coté des autres voies. Tout est une question d’implication.

    – J’ai également réalisé que je m’étais bâti tout un imaginaire autour de la libération et de l’éveil.  En fait, j’en avais une vision grossière et très égocentrée : une sorte de retraite dorée sous les cocotiers pour ainsi dire, en communion avec Dieu sur mon île déserte…. Je dois bien reconnaître que, dans les mois qui suivirent cette expérience, il n’y avait pas encore beaucoup de place pour l’autre !
    Le plus grand enseignement fut peut-être que l’expérience en elle-même n’a pas suffit. Si intense soit-elle, si véridique soit le ressenti, j’ai vu les mécanismes ordinaires de fonctionnement égocentrés se remett00e en place peu à peu. Il m’aura fallu beaucoup de temps pour m’incliner devant cette vérité. Cela m’aura pris encore plus de temps pour intégrer ensuite que l’inertie des habitudes mentales, même si elle est considérable,  n’enlevait pourtant rien à la puissance de l’expérience  mais que  tout bonnement  le chemin de purification n’était pas terminé et qu’il devait continuer. Donc, à la fois, dans l’instant, le chemin est réellement terminé, la réalité est parfaite et il n’y a rien à rajouter (c’est cette expérience qui me l’a fait comprendre) ET à la fois il reste encore des tensions mentales et du travail à faire pour progressivement déblayer le passage vers le coeur. C’est un paradoxe apparent avec lequel je ne me suis pas senti du tout à l’aise au début,  peut-être à cause d’une formation scientifique un peu trop rigide. Néanmoins c’est ainsi.

    – Enfin à bien y regarder, si cette expérience a eu lieu, c’est bien uniquement grâce à la pratique. Qu’ai-je fait de plus ce jeudi 27 mars que de ne pas discuter ce vif sentiment de solitude qui s’imposait au milieu de la nuit, ne pas lui opposer de résistance et accepter complètement ce qui se passait. Les fruits récoltés à l’issue de cette pratique furent ce qu’ils furent, mais à la base, c’est bien de pratique dont il s’agit.

     

    J’ai tenté de  tirer quelques conclusions, mais il serait un peu rapide de finalement classer  tout cela dans la catégorie « expériences spirituelles » et de croire avoir tout compris sur  le sujet.  Non. Il reste une part de mystère. Tout n’est pas si facilement explicable. Et c’est tant mieux.

    Cette expérience reste pour moi comme une balise dans ce chemin vers l’aube.

    Aujourd’hui, la voie m’apparaît comme avant tout un chemin d’ouverture du coeur au Divin (ou à la vérité, c’est selon les sensibilités). Dans cette perspective, cette expérience est placée comme une étape, ni plus, ni moins. Les neuf années qui suivirent ce 27 mars, avec leurs épreuves professionnelles, familiales et conjugales, vécues à la lumière de l’enseignement, ont tout autant contribué que cette expérience à simplifier et détendre un peu plus ma relation à l’autre.

     

     

     

  • D’où vient le monde? 2ème session avec Swâmini Umananda

    Pour le plaisir du partage, voici quelques échos de la seconde session « Vision et pratique de l’Advaïta Vedânta » qu’a animé pour nous à La Bertais en ce samedi après-midi, Swâmini Umananda.

    Après la session de novembre dernier portant sur le « Qui suis-je?« , celle de cette fois-ci avait pour titre  » D’où vient le monde? Quelle est sa réalité« .

    Les versets upanishadiques sollicités pour nous faire réfléchir à ces « grandes questions » étaient tirés de l’Ishavâsya, de la Mundaka, et de la Mândukya upanishads. Autant dire, de la « crême » des textes sacrés de l’Inde ancienne…

    Sans vouloir refaire la brillante conférence de Swâmini, voici ce qu’à titre personnel j’ai retiré de plus fort de cette confrontation avec les Textes (confrontation qui a d’ailleurs été présentée par Swâmini comme un point d’appui à part entière pour la sadhana).

    L’Ishavâsya upanishad pose le principe de départ de la Non Dualité : « Tout cet univers changeant n’est en réalité que Ishâ, (le Seigneur, Dieu) ».

    Autrement dit, la perception que nous avons naturellement de la diversité et du changement est illusoire car superficielle. Cette multiplicité changeante est en réalité imprégnée par la Conscience Cosmique dénommée ici  Isha. Par parenthèse, quand Swâmi Prajnanpad évoquait ce verset, il insistait sur la dimension « principe indéfectible d’ordre et d’harmonie » contenue selon lui dans le concept d’Isha. (cf lettre à Surendra datée de 1955).  Ce texte nous invite donc à considérer qu’il y a une Intelligence supérieure et un Ordre secret derrière l’apparent non-sens et/ou désordre du monde…

     

    L’auteur de la Mundaka upanishad, quant à lui, partage avec nous son expérience directe de l’omniprésence du brahman en témoignant : « Tout cet univers n’est que le brahman immortel : devant, c’est brahman, derrière, aussi. A droite, à gauche, et en dessous, et au dessus, partout c’est brahman. Ce monde entier n’est rien d’autre que le brahman suprême ».

    Comme vous le savez cette affirmation fondamentale a trouvé une application pratique assez inattendue sous la plume d’Arnaud, puisque dans « A la recherche du soi* », il nous incite à traquer les exceptions que notre mental prétend trouver à cette vérité cardinale. Tout est brahman sauf… ma belle mère, dira le mental de l’un. Tout est brahman sauf les CRS, dira le mental de l’autre. Tout est brahman sauf ma panne de voiture, mon mal aux dents, la façon désagréable dont tu me parles, la manière ridicule dont il ou elle se comporte, la météo pourrie d’aujourd’hui, la politique injuste du gouvernement, le scandale de la faim dans le monde, l’aberration du réchauffement climatique… Et j’en passe! La litanie des exceptions que nous trouvons du matin au soir est indéfinie. Face à ce « meurtre du soi » (expression utilisée en toutes lettres dans l’Ishavâsya pour dénoncer notre « oubli » du brahman), il est précieux de pouvoir se remettre devant l’affirmation catégorique de la Mundaka ; et même de la contempler pour tenter de s’en imprégner :

    « Partout et toujours, il n’y a jamais rien d’autre que l’immortel brahman« .

    Swâmini nous a conduits ensuite à réfléchir au rapport qu’il y a entre ce principe suprême et le monde manifesté à l’aide de trois images proposées par la même Upanishad. Selon les analogies proposées, le monde est au brahman ce que la toile est à l’araignée, ou ce que la végétation est à la terre, ou encore ce que les cheveux sont au corps humain : une production naturelle qui ne peut pas ne pas se manifester !

    Personnellement, si  je me souvenais bien de la première image, je n’avais jamais pris le temps de m’y arrêter ; et encore moins celui de la combiner avec les deux autres…

    Enfin, les deux dernières citations étudiées ont été extraites de la célèbre, mais ô combien difficile, Mândukya upanishad. Celle-ci affirme avec un aplomb désarmant que la distinction habituelle que nous faisons entre nous et le reste de la réalité, (en terme philosophique, la distinction entre le Sujet et l’Objet) est une pure illusion. L’image utilisée pour nous permettre de nous approcher de cette révélation est celle du tison ardent. Imaginez que quelqu’un tienne dans la nuit un tison ardent à la main. S’il ne bouge pas, vous verrez un point rouge dans la nuit. Mais s’il agite son tison de façon suffisamment rapide, c’est une forme plus ou moins complexe que votre oeil verra (par exemple, un cercle, une spirale, un huit ou toute autre forme régulière ou irrégulière). Et de loin vous pourrez vous méprendre et considérer qu’une telle forme existe réellement, avec ses caractéristiques propres. Le Un éternel et invariant (le point rouge) vous sera apparu multiple et changeant (les lignes et figures géométriques éphémères), sans pourtant que sa nature fondamentale n’en soit en rien changée…

    Il y aurait, bien sûr, beaucoup plus à dire sur cette après-midi si riche, mais je cède la plume à ceux et celles qui voudront apporter leur propre contribution dans les commentaires à cet article. Permettez-moi de terminer simplement par ce petit témoignage : j’ai été touché -jusqu’à la surprise- par la qualité toute particulière du silence lors de la médiation conclusive. Ai-je été le seul ?


    Cf : A la recherche du Soi, chapitre 3 : « De même, si je dis : « Tout cet Univers est brahman », je ne peux pas faire d’exception à cette affirmation. Tout cet Univers est brahman… sauf ma belle-mère. Non ! Ou sauf mes ennemis personnels, ou sauf les partis opposés à celui auquel j’adhère moi-même.
    Tout cet Univers est brahman, y compris les C.R.S. et les gauchistes, y compris les fascistes et les révolutionnaires. Tout cet Univers est brahman, et je suis brahman, et je suis le C.R.S., et je suis le gauchiste, et je suis le fasciste, et je suis le révolutionnaire ; et le fasciste, c’est moi, et le gauchiste, c’est moi, et le révolutionnaire, c’est moi, et le C.R.S., c’est moi ».

  • Bienvenue à Yves Rémond (1)

    Dans l’optique de la prochaine venue d’Yves Rémond à La Bertais et afin que vous puissiez faire mieux connaissance avec lui, je lui ai demandé de m’autoriser à publier sur notre blog certains des articles qu’il a écrit pour la Lettre d’Hauteville. Merci à lui d’avoir accepté, car il s’agit de textes de qualité qui donnent un bon aperçu de celui que vous pourrez bientôt rencontrer en live !

    Le premier article que vous allez pouvoir lire ci-dessous est celui où il se présente à tous les adhérents d’Hauteville, alors qu’il venait d’être intégré à l’équipe des permanents au poste de co-responsable des espaces verts, (donc bien avant qu’il ne prenne les responsabilités d’animation qui sont désormais les sienne). Il est paru dans le n° 36 de la Lettre d’Hauteville datée de mars 2004*.


    TEMOIGNAGE D’YVES REMOND

    Je suis né le 15 septembre 1956, au sein d’un couple qui ne pouvait pas avoir d’enfant depuis longtemps. Mon père a 57 ans à ma naissance et ma mère 18 ans de moins que lui. Je n’aurai ni frères, ni sœurs. Mes parents sont également chacun enfant unique et il ne reste que mes deux grands-parents maternels qui habitent à côté de chez nous. La partie va donc se jouer à cinq. Enfant tellement désiré, j’ai reçu dès le départ beaucoup d’amour. Le premier souvenir de mon père est son regard bleu et ses deux grosses mains qui me portent et dans lesquelles je me sens si bien. Homme fort, puissant, inébranlable, il était ingénieur autodidacte et très investi dans son métier. Ma mère, encore en vie aujourd’hui, travaillait comme secrétaire, et m’a aimé comme « le plus grand bonheur de sa vie » selon ses propres termes ! Mes parents ne s’entendaient pas toujours très bien entre eux et, bien que jamais rien n’éclatât en ma présence, je ressentais l’atmosphère familiale comme plutôt pesante et sérieuse. La maison de mes grands-parents était alors un contrepoids bienvenu. Mon grand-père, chauffeur de taxi parisien et jardinier, fut un compagnon de jeu extraordinaire. Il m’a ouvert à l’amour de la nature en me faisant découvrir le vol du pic-vert au cours de nos promenades en forêt de Fontainebleau. Ce fut un milieu très protégé avec ses atouts et ses handicaps. J’étais un petit garçon joueur, créatif, heureux d’être vivant, sensible, mais craignant le monde extérieur (quitter ma mère pour aller à l’école était un cauchemar) et inquiet de beaucoup de choses (le service militaire et les dinosaures en particulier !).

    A 16 ans, j’étais bon élève en classe, mais plutôt pataud et peu à l’aise dans mon corps. Je lisais beaucoup et l’imaginaire suivait. Je sentais monter en moi un grand désir de liberté pour quitter la maison et voyager très loin. Pas vraiment de rêves du grand amour, mais plutôt de découverte du vaste monde. L’adolescence fut une période douloureuse de très forte opposition avec mon père. Lui : concret, bricoleur, jupitérien et moi : idéaliste, rêveur, poète. La relation était bloquée. Je me suis heurté à un mur d’incommunicabilité des années durant. Mes bons résultats scolaires et ma capacité de travail étaient les seuls points qui me permettaient de trouver grâce à ses yeux. Mon père m’a imprimé une image forte de ce que doit être un homme. Je me comparais sans cesse aux autres hommes, les vrais eux !… Ceux qui n’avaient pas peur ! Plus tard, c’est au nom du chemin spirituel que j’ai osé prendre des initiatives ou saisir des opportunités qui m’ont montré peu à peu que j’étais capable, moi aussi, d’être courageux et responsable. Toujours à 16 ans, je découvre le hatha-yoga et je m’y lance à fond. Je pratique tous les jours et, en fait, je n’ai presque pas arrêté depuis cette époque. Ma famille, athée, ne m’avait donné aucune éducation religieuse. La spiritualité devient cette bouffée d’air du grand large. J’entreprends des études supérieures scientifiques et me voici à 23 ans avec un diplôme d’ingénieur agronome en poche. En parallèle, je chante beaucoup dans les chorales, je fais de l’aïkido, du yoga, du zazen et de nombreuses randonnées en montagne. Je vis en communauté, brise les tabous, mais j’ai une peur bleue de me lancer dans la vie professionnelle. J’essaye de pousser encore plus loin des études et puis un jour, une annonce : on cherche un ingénieur agronome en Irak. Le salaire est très attractif, l’aventure aussi. Je me lance !

    Un bombardier iranien vient de passer au-dessus de nos têtes et part pilonner Baghdad. C’est mon premier vrai travail : je me retrouve dans le désert, en pleine guerre Iran/Irak, à cultiver des tomates dans des serres immenses. Le choc est violent, salutaire. D’un seul coup je découvre l’insécurité et la vraie ! La peur est partout : peur des bombardements, de la délation, du voisin qui appartient peut-être à la police secrète. La gentillesse et la simplicité de mes collègues irakiens contrastaient tellement avec les conditions éprouvantes dans lesquelles ils vivaient, que mes problèmes émotionnels et métaphysiques m’apparaissent bien relatifs. J’apprends l’arabe. Le silence du désert m’exalte. Ces neuf mois irakiens mettront au monde un Yves amaigri de quinze kilos, fasciné par le désert et amoureux de l’Islam. De retour en France, je veux devenir musulman. Pendant plusieurs mois, je lis le Coran dans le texte et je fais les cinq prières quotidiennes. Je décide d’aller me convertir à la Mosquée de Paris et c’est sur les marches de cet établissement que, soudain, ce désir tombe. Comme ça ? Fini ? Ce brusque revirement me fait prendre conscience que je ne connais rien de moi.

    Je commence alors une thérapie avec une personne recommandée par mon premier professeur de yoga, elle-même engagée auprès d’un certain Arnaud Desjardins. Je repars pendant trois ans au Moyen-Orient où je gagne suffisamment d’argent pour intercaler des séjours en France pendant lesquels je continue intensément le travail sur soi. Je me familiarise avec l’enseignement d’Arnaud à travers ses livres. C’est à cette époque, en 1984, que je le rencontre, au tout début de Font d’Isière. Dans ma construction d’enfant unique et de premier de la classe, je lance un jour à Denise : « Je serai le meilleur disciple d’Arnaud ! » Elle me répond tranquillement : « Pourquoi pas ? Il suffit d’y mettre le prix… » OK. Au travail ! C’était naïf et inconscient de l’enjeu, mais l’intention est sincère et les efforts réels. C’est ce qui compte. Je suis animé par un fort désir de comprendre le plus possible, d’avancer, de progresser. La plongée dans l’inconscient m’est bénéfique. Elle me sert aussi à construire un personnage qui vit des états spéciaux, mais n’est ni détendu, ni fondamentalement heureux. Karlfried von Dûrckheim, que je rencontre en Forêt-Noire, résume avec tact et humour la situation. Alors que je lui parlais de mes états intérieurs, il me répondit avec calme : « Oui mon cher ami, cela ressemble à un éveil de kundalini, mais je n’y connais rien. Tout ce que vous me dites est cependant fort intéressant, mais faites attention, il y a trois marches en sortant de mon bureau ! » Sans commentaires…

    Arnaud, quant à lui, au cours d’un entretien, et de façon inattendue, me place devant ces trois choix : « Une vie de moine, une vie d’homme marié ou une vie ratée ! » En effet, côté affectif, je vis toujours seul. J’ai 32 ans, j’apprécie la liberté apparente du célibat, mais, en fait, j’ai peur que la vie de famille, ses responsabilités et son quotidien me fassent perdre « mes » élans mystiques, « ma » recherche spirituelle. Pourtant, je sens bien qu’Arnaud a raison : A qui je sers ? Je ne vis que pour moi ! La loi d’attraction joue et trois mois plus tard, en 1988 à Font d’Isière, je rencontre Marie-Paule et son enfant de trois ans à l’époque : Satya, dont le père était décédé accidentellement peu après la naissance. En un mois, je passe d’une vie solitaire à une vie de couple et de père de famille. Virage délicat ! Heureusement que Marie-Paule et moi étions engagés auprès d’Arnaud, car les débuts furent difficiles. J’étais aussi très fortement animé d’un désir d’être utile à ce petit bonhomme de trois ans qui me regardait avec ses yeux noirs en me demandant : « Est-ce que je peux t’appeler Papa ? » J’adopte légalement et affectivement Satya comme mon propre fils. Marie-Paule et moi avons un second enfant : Lucas, en 1991. Le chemin se joue alors dans le quotidien : les enfants, l’école, les vacances, les belles-familles respectives, le travail, la maison et son aménagement, etc. Notre famille se construit et c’est elle qui me permettra de me sentir enfin homme, d’accepter et d’aimer mes propres parents et de bâtir une structure intérieure autrement plus solide qu’auparavant. Pendant une dizaine d’années, je travaillerai pour un bureau d’études en environnement, voyageant dans plus de vingt pays différents en Asie et en Océanie surtout. Et puis cette société dépose son bilan en février 1997. Me voici au chômage et je prends cette période comme une précieuse opportunité pour m’arrêter et faire le point. Je suis engagé auprès d’Arnaud depuis treize ans. Où en suis-je ? Qu’est-ce que je veux vraiment ? J’ai 40 ans, le temps passe.

    27 mars 97. En séjour à Hauteville, c’est la nuit dans cette petite chambre de l’ashram. Je me sens devenir seul, de plus en plus seul. Et dans cette solitude, il n’y a plus à faire semblant. Je ne discute plus. Je rends les armes. C’est maintenant ou jamais… et ça lâche. Rien de spectaculaire, plutôt la sensation d’accéder à un niveau très intime : « Il n’y a plus rien à chercher. » Puis cette évidence s’est imposée très simplement : « Il n’y a que l’instant ; cet instant est éternel, insaisissable et il n’y a rien d’autre à découvrir. ». Cette prise de conscience ouvrit alors une brèche dans l’édifice mental. À la fois je vivais la joie de celui qui arrive au port après un long voyage et je voyais fonctionner la prison mentale avec une rapidité et une lucidité inconnues jusqu’alors. Des points de repère assimilés depuis tant d’années tels que mon corps, ma vie, le passé et le futur, l’intérieur et l’extérieur de moi perdaient tout leur sens. La totalité de mon existence, depuis ma naissance jusqu’à ce 27 mars, se trouvait intégralement justifiée. Il n’y avait pas une erreur, pas une errance qui n’eût sa place dans cette trajectoire. La pratique se résumait à ne plus discuter ce qui était là, tout de suite, sans cesse. Il fallut tout le savoir-faire d’Arnaud et de Daniel pour m’encadrer et situer cette expérience dans un contexte plus large. Eux seuls avaient le recul pour ça. L’aide du maître est indispensable tant il est possible de s’illusionner sur ce type d’expérience et tellement le mental est capable de tout récupérer pour son propre compte. La famille et l’intégrité de Marie-Paule constituèrent également de précieux garde-fous. La dynamique lancée par cette expérience dura plusieurs mois au cours desquels, progressivement, tous les mécanismes émotionnels se remirent en place. J’ai dû apprendre, là aussi, à m’incliner devant la vérité et reconnaître la puissance d’inertie des habitudes mentales. Pourtant, des illusions concernant l’accomplissement spirituel étaient balayées, la pratique était clarifiée et simplifiée, le lien de confiance avec Arnaud s’en trouvait renforcé et, par-dessus tout, je savais maintenant que les promesses d’accomplissement du chemin spirituel étaient vraies. Ce n’était plus une espérance. J’avais goûté à une liberté inoubliable. Il restait à l’incarner et pour cela il n’y avait plus qu’un seul outil : la pratique instant après instant.

    Juin 2002. Me voici de nouveau sans travail. Tout en continuant mes recherches d’emploi, je décide de consacrer cette période de chômage à Hauteville, comme bénévole. Je sentais le besoin d’être utile et de ne pas me couper d’un rythme d’activité équilibrant. Au bout d’un an, Arnaud me propose de rejoindre l’équipe des permanents pour janvier 2004. Ma tâche à Hauteville est principalement axée sur le jardin avec Roger. À rédiger ces lignes, je me suis rendu compte comment un destin se tisse en arrière-plan et comment les événements répondent à la demande profonde, en leur temps. Travailler à Hauteville n’a rien à voir avec ce que j’ai connu jusqu’alors même s’il existe un certain lien technique entre l’agronomie et les jardins de l’Association. L’objectif n’est pas seulement que le cloître soit harmonieux ou la plaine bien entretenue. Travailler à Hauteville m’impose de me demander : « Au nom de quoi suis-je ici ? » et de me souvenir de la réponse, sinon, cela n’a pas de sens…

     


     * Aux grincheux qui seraient tentés de me rappeler que « la Lettre d’Hauteville est strictement interne à l’association et ne doit pas être publiée sur Internet« , je fais remarquer qu’il ne s’agit pas de rendre publique la Lettre d’Hauteville dans son intégralité, mais de rendre accessible aux seuls membres de La Bertais et avec le consentement express de l’auteur, certains des articles qu’il y a lui-même signé. Cependant, et pour rester fidèle à l’esprit de la mention présente au bas de chaque Lettre d’Hauteville, merci de ne pas recopier et/ou de faire circuler par tout procédé électronique ou autre le contenu de cette page (dont l’accès est réservé aux seuls membres des Amis de La Bertais).

  • Gayatri mantra et rappel de soi

     La rédaction de cet article m’a été inspirée par deux évènements récents. Le premier, l’atelier de novembre avec Swâmini Umananda au cours duquel nous avons, en introduction à l’après-midi, appris à chanter (ou tenté d’apprendre!) ce célèbre mantra. Le second, le « cadeau » que Claudette Vidal a fait il y a quelques jours aux participants à sa retraite en leur adressant par mail un lien vers la vidéo ci-contre qui a particulièrement touché certains d’entre vous au point qu’elle soit à l’origine de nombreux mails déjà échangés en privé…

    .

    Autant vous le dire tout de suite, personnellement, je ne me suis pas senti très à l’aise avec cette version « new-age » de ce mantra traditionnel. Ceci étant, comme, depuis des années, j’écoute moi-même de temps en temps en boucle ce mantra (et que parfois je m’essaye même à le chanter…), j’ai trouvé que c’était une bonne opportunité de « faire le point » sur la compréhension que j’ai actuellement de sa signification et de son rôle éventuel sur le chemin…

     

    Tradition :

    La première chose à savoir, concernant ce mantra, est que c’est une des prières védiques les plus connues et les plus psalmodiées de tout l’hindouisme (un peu comme le « Om mani padmé hum » des Tibétains, ou le « Kyrie eléison» des Chrétiens). En particulier, sa récitation rituelle trois fois par jour fait partie des « obligations » traditionnelles des membres de la caste brahmanique. C’est ainsi qu’un brahmane digne de ce nom, doit se lever tous les jours AVANT le soleil de façon à pouvoir se tenir devant lui lors de son apparition et lui rendre un premier hommage par cette récitation. Au moment où l’astre solaire est à son zénith (à midi, en heure locale), il doit de nouveau interrompre toutes ses activités et se tenir devant le soleil pour un second rituel au cours duquel il récite (entre autres) à nouveau ce mantra. Et le soir, il ne doit pas se coucher sans avoir d’abord accompagné le soleil dans sa course jusqu’à sa disparition sous l’horizon, moment durant lequel il psalmodie en boucle et pour la troisième fois de la journée ce fameux mantra…

    Quand nous étions en Inde auprès de notre premier maître Shi Kulkarni, nous l’avons très souvent vu se livrer sous nos yeux à ce triple rituel (qu’il faisait de façon plus ou moins cérémonieuse selon les circonstances et le temps disponible), comme en témoigne la photo ci-contre prise en 1979…

     

     

    Bien qu’issu d’une famille de brahmanes, Swâmi Prajnanpad, quant à lui, n’était plus soumis aux obligations de sa caste d’origine car selon la tradition hindoue, l’état monastique obéit à d’autres règles que celles des états séculiers. Il ne devait donc plus réciter ce mantra de façon rituelle, mais ceux et celles d’entre vous qui ont fait avec nous il y a quelques années le stage d’été « Sur les pas de Swâmiji » le savent : il avait gardé le rythme des 3 coupures quotidiennes ! Levé avant l’aube, il passait chaque matin un long moment en contemplation devant le spectacle du lever du jour. Il faisait une pause méditative à midi et, le soir, il prenait toujours un long temps méditatif pendant lequel il se mettait silencieusement au diapason de la Nature durant ce moment magique de l’effacement progressif de la lumière solaire…

     

    Donc, et c’est là où je voulais en venir, la première condition pour comprendre le sens de ce mantra, c’est de le replacer dans son contexte : une prière au Soleil et à sa lumière, symbole universel de la Lumière de la Conscience.

     

    Traduction :

    Muni de cette première clé, nous pouvons à présent aborder le mot à mot du mantra

     Om, Terre (bhur), Atmosphère (bhuvah), Ciel (suvah)

    Ce soleil (tat savitur) vénérable (varenyam) au rayonnement divin (bhârgo devasya), méditons (dhîmahi)

    Afin que notre intelligence (dhiyo yo nah) il éclaire (pracodayât).

    Ce qui, en bon français, peut se rendre par :

    Oui à la terre, à l’atmosphère, et au ciel

    Méditons sur ce vénérable soleil au rayonnement divin

    Afin qu’il éclaire notre intelligence !

     

    Par comparaison, voici la traduction donnée par Swâmini Umananda qui, si elle est encore proche de l’esprit du texte, rajoute déjà bon nombre de notions par rapport au mot à mot, comme montré ci-dessous.

    «Nous méditions sur la Gloire du Seigneur Suprême, symbolisé par le Soleil, (Savituh) qui a créé l’univers, qui est digne de toute vénération, qui est l’incarnation de la Lumière, qui délivre de l’ignorance. Puisse cette lumière divine illuminer le flot de pensées de notre intellect ».

     

     

    Et à présent l’une de celle qui fleuri sur Internet en accompagnement de la vidéo du début de cet article :

    « DANS TOUS LES ROYAUMES DE L’EXPERIENCE,

    LA NATURE ESSENTIELLE ILLUMINANT L’EXISTENCE EST L’ADORABLE UN.

    PUISSENT TOUS LES ETRES PERCEVOIR, PAR UN INTELLECT SUBTIL ET MEDITATIF,

    LA MAGNIFIQUE SPLENDEUR DE LA CONSCIENCE ILLUMINEE »

     

    Avouez que si les idées exprimées sont pleines de bonnes intentions, ça commence à faire un peu « téléphone arabe » comme traduction !

     

    A la décharge de cette traduction très « libre », je dois dire que la signification traditionnelle des trois premiers mots est bien celle des trois domaines de l’expérience, le grossier, le subtil et le causal ; ou, le physique, le psychique et le spirituel.

    Pour un hindou cultivé, le premier verset du mantra prend donc naturellement le sens de :

    «Oui à la triple dimension sensorielle, psychologique et spirituelle du Réel »

     

    Pratique :

    Il est temps de nous demander pourquoi les Rishis des temps védiques les plus anciens (4000 ans au moins ?) ont institué ce rituel, et pourquoi ils l’ont même rendu « obligatoire » pour ceux (les brahmanes) en charge de la retransmission de la sagesse.

    Un élément de réponse, à ce qui me semble, peut se trouver dans la modeste institution bertaisienne du « rappel de soi » que nous pratiquons deux fois par jour, durant les périodes de séjour (avec l’intention secrète de vous donner le goût de le faire aussi hors séjour !).

    Pendant quelques minutes, il nous est proposé de nous tenir immobile et de prendre autant de recul que possible par rapport à notre identification habituelle.

    Imaginez-vous un instant à La Bertais, la cloche du rappel vient de sonner et vous vous positionnez face au soleil.

    Vous êtes en train de contempler le monde et vous prononcez alors ces paroles  :

    « Oui à mon état physique (terre), oui à mon état psychologique (atmosphère) et oui aux causes cachées de ce double vécu (ciel).

    Que ce soleil radieux ravive la lumière de ma propre Conscience,

    afin que mon esprit gagne en lucidité ! »

     

    Vu sous cet angle, n’est-ce pas un support magnifique pour « se rappeler soi-même » !

    Et à votre avis, faire cela toute sa vie trois fois par jour, est-ce perdre son temps ou au contraire l’utiliser au mieux  ?

     

    Avec ou sans le support de la Gayatri, bonne pratique du rappel de soi !

  • Fête du Yoga, 11ème édition

    Le samedi après-midi 9 Février aura lieu la 11ème édition de la Fête du Yoga. Organisée par YogaRennes, une association que j’ai contribué à fonder dans les années 2000 et qui regroupe aujourd’hui plus de vingt cinq professeurs de yoga de Rennes et sa région, c’est le rendez-vous annuel incontournable de tous les « passionnés ». Il y en a en effet pour tous les goûts, avec, en l’espace de  quelques heures, pas moins de 14 ateliers et de 3 conférences dont vous lirez ci dessous une brève présentation…

    Pour les habitués, veuillez noter les deux nouveautés de cette édition :

    • Cette année, nous avons mis en place un système de réservation et de paiement en ligne (via Paypal). Si vous souhaitez participer à tout ou partie de la Fête, c’est de loin la solution à privilégier. Je rappelle en effet qu’il n’y a pas de billetterie sur place le samedi après-midi : il vous faut donc IMPERATIVEMENT réserver votre place à l’avance pour de pouvoir participer aux activités (conférences et ateliers).
    • Cette année, l’horaire du concert de clôture a été avancé à 19h30 (pour le concert, il y aura une billetterie sur place, mais c’est préférable d’acheter sa place en ligne à l’avance)

    LES ATELIERS :

    • Au choix sur le premier créneau : Méditation de pleine conscience avec Véronique Hardy ; Atelier de musique indienne avec R Karmakar ; Yoga et Equitation avec Gilbert GieselerYoga et points Marma avec Isabelle Hernandez ; la série des 10 postures de Shri Saccidânanda  avec Pascal Mauffret (attention, cet atelier est de double durée et se prolonge donc sur le second créneau).
    • Au choix sur le second créneau : Pranayama avec Rodolphe Milliat ; Yoga Nidra avec Véronique Stéphan; Hatha Yoga traditionnel avec Carole Balas-BaumannAshtanga Yoga avec Luc Carimalo.
    • Au choix sur le troisième créneau : Yoga au bureau avec Anne Pillet ; L’effort juste dans la posture avec Christiane SimonMéditation tantrique avec Serge Lelandais et Lise QueguinerYoga et problèmes de santé avec Sylvie Besson ; Postures et chakras  avec Sylviane Delourmel.

    LES CONFERENCES :

    • Vivékânanda, le passeur spirituel, par Serge Lelandais et Lise Queguiner
    • Jnâna Yoga au quotidien, par Yves Baudron
    • Kumba Mela, ou la foire aux gurus, (film-documentaire) par Jean-Marc Chauvet (extrait ci-contre)


    EN PRATIQUE

    Le détail du programme (avec la présentation de chaque atelier) et le coupon de réservation peuvent se télécharger très facilement en cliquant ICI.

    Réservation et paiement en ligne en cliquant ICI

    Et pour clôturer la fête, ne manquez pas le concert final  de « Musique hindoustani » avec Rajib Karmakar (sitar), Gabriel Ion (violon) et Tristan Auvray (tabla) à partir de 19h30 (billetterie séparée si vous ne venez qu’au concert).

    Voici un aperçu musical de leur talent :


     

    A très bientôt de vous retrouver nombreux pour explorer et célébrer ensemble le Yoga  !

  • Voeux insolites…

    Voici un texte du père Guy Gilbert (le « curé des loubards ») qu’Anne-Marie m’a proposé de partager avec vous !

    Avec tous nos voeux !!!


    Si je te souhaite une année paisible, tranquille, ce sera désirer que tu te replies sur toi-même… Alors, pas question !

    Si je t’offre les habituels voeux sucrés, ça veut dire que je ne souhaite aucun piment dans ta vie. Ne compte pas sur moi pour ça !

    Si je t’envoie mes voeux stéréotypés parce que tu es dans mon fichier et que, rituellement, c’est une corvée que je dois assumer, seule la poste ne trouvera rien à redire. Tu te sentiras reconnu mais pas respecté. Mais si je t’envoie quelques mots bien ciblés, qui vont te remplir de joie, de douceur et de tendresse malgré leur brièveté…, alors tu sauras que tu existes en moi, hors la forme habituelle où tu penserais que tu n’es qu’un parmi tant d’autres.

    Je te souhaite une année dure, exigeante, où tu vas en baver. Parce que les autres ne te laisseront jamais indifférent. Parce que tu vibreras à toute misère, toute souffrance et que tu seras là pour apaiser et réconcilier.

    Je te souhaite une année où tu sauras prendre du temps pour toi.
    Trois cent soixante-cinq jours bourrés à bloc des autres (au point que tu y perdras ton âme et sans doute ta santé), ça, ce ne sont pas mes voeux ! Une année où tu prendras du temps pour toi, d’abord, sera l’année que je te souhaite. La puissance que tu emmagasineras te rendra fort, ardent et plein de discernement pour le service des autres.

    Une année où la prière et le silence seront tes atouts maîtres. Une année où tu seras alors performant au-delà de l’imaginable.

    Une année où tu vas choisir ta famille en priorité sera, à coup sûr, ton année phare. Elle sera grâce pour toi et les tiens.

    Enfin, une grande puissance d’écoute pour tous ceux et celles qui te solliciteront : famille, voisins, amis et emmerdeurs de tout poil, est mon voeu presque final.

    J’achève en souhaitant que tu sois un être de miséricorde. Notre monde a un immense besoin d’humains qui pardonnent et sachent demander pardon. Seuls ces êtres donneront à un monde dur, figé sur l’apparence, le fric et le pouvoir, l’oxygène qui le fera vivre.

    Face au cynisme de la loi du marché et au narcissisme de la richesse, il est plus que temps de passer à la résistance spirituelle.

    Bonne année, donc, où tu vas en baver !

    Guy Gilbert

    Extrait de « Ma religion c’est l’amour »

  • La Beauté du monde en cadeau de Noël

    Du fond du coeur, nous partageons avec chacun et chacune  ce petit joyau de pure contemplation, opportunément découvert par Anne-Marie !
    (à visionner en plein écran)

    Très bon Noël !!!

  • Rencontres avec Claudette Vidal

    Souvenez-vous de ce que j’écrivais ici le 7 mai dernier à propos de Betty : « J’ai souvent entendu Arnaud dire que lors de ses voyages en Asie, il n’a jamais hésité à faire un détour (parfois long et compliqué) chaque fois qu’il entendait parler d’un homme ou une femme « non-ordinaire » qu’il pouvait rencontrer. « Je préfère perdre un peu de mon temps à visiter quelques personnes inconnues qui éventuellement se révèleront décevantes plutôt que de risquer de rater l’occasion d’une rencontre majeure »…

    Je reprends ces propos aujourd’hui pour vous signaler la venue à Rennes, puis à La Bertais d’une Québécoise du nom de Claudette Vidal, qui se présente, elle aussi, comme « éveillée ».

    Voici ce que Gérard Bellebon (l’animateur de Nouvelles Convergences et organisateur de ces rencontres)  écrit à son sujet :

    En dehors de tout contexte philosophique ou religieux, un certain nombre de personnes dans le monde s’éveillent soudainement ou de manière progressive à une nouvelle conscience déliée des conditionnements et des limitations du « petit moi », permettant ainsi un accès à une vision plus large, plus sereine de soi-même et du monde. Claudette Vidal a vécu cet Eveil. Elle vient témoigner,comme dans son livre,  de son Chemin d’Eveilavant, pendant et après.

    Avant

    • vers huit ans,une voix intérieure lui demande : « Seras-tu prête un jour à tout lâcher » ? Elle dit oui !
    • à 37 ans, la vie lui rappelle sa promesse … Alors mariée, mère de famille et impliquée très activement dans le monde des affaires, elle doit renoncer à tout.

    Pendant

    • en 2006 : rencontre avec Gangaji, une éveillée américaine, disciple de Papaji, lui même disciple de Ramana Maharshi.
    • premier Eveil : « je ne suis pas le corps », puis « je ne suis pas les pensées », puis « je ne suis pas les émotions ».
    • immersion dans le « JE SUIS ».
    • fin de la quête.

    Après

    • de l’Eveil à la Réalisation.
    • mort définitive du « je », stabilisation de l’Eveil.
    • perception de la quintessence de différents courants spirituels : Advaïta Vedanda, Mystique chrétienne, Soufisme …et autres voies.

    Son témoignage nous semble exceptionnel, car la richesse de son expérience de vie, sa culture, sa longue quête, son processus d’Eveil lui permettent mieux que d’autres de répondre aux multiples questions essentielles et personnelles que chaque chercheur se pose sur son propre chemin.


    La Conférence aura lieu à Rennes le Jeudi 13 décembre 2012 à 20h30, à la Maison des Associations, 6 cours des Alliés. (Demandez à bénéficier du tarif réduit offert par Nouvelles Convergences aux Amis de La Bertais  : 8€ au lieu de 10€).

    Cette conférence sera suivie de trois jours d’Atelier intensif qui seront organisés par Nouvelles Convergences à La Bertais les 14-15-16 décembre de 9h à 18h.

    Plus d’information en téléphonant à Nouvelles Convergences au 09 53 77 81 43 ou en cliquant ICI.

    Bulletin de réservation en cliquant ICI .

     


     

    Et pour avoir un avant gout, voici une première séquence vidéo (d’autres extraits sont disponibles sur le site de Claudette Vidal )