La Lettre de Hauteville est une publication trimestrielle, réservée aux membres de l’association des Amis de Hauteville à qui il est expressément demandé de ne pas en diffuser le contenu d’une quelconque façon à des personnes non-adhérentes.
La Bertais étant « un centre affilié », il est admis depuis toujours qu’un exemplaire de chaque numéro soit mis à la disposition des Amis de La Bertais, mais uniquement en consultation sur place (cf. le classeur dédié de notre bibliothèque).
Ceux et celles d’entre vous qui faites des séjours réguliers à La Bertais sans être par ailleurs adhérents des Amis d’Hauteville ont donc déjà eu, grâce à cela, l’opportunité de lire cette Lettre et de se rendre compte de la très grande qualité de ses articles. Pour les autres et de façon exceptionnelle, j’ai obtenu d’Emmanuel le droit de publier aujourd’hui sur notre blog l’éditorial du dernier numéro (printemps 2021). Ceci car j’ai trouvé ce texte particulièrement inspirant et susceptible de vous donner envie de lire à votre tour l’ensemble de cette Lettre. Mais, par respect pour Hauteville, je vous demande à mon tour de ne pas rediffuser vous-même à des tiers l’article ci-dessous (consigne qui, de façon plus générale, vaut pour tout ce qui est publié sur notre blog, celui-ci étant, tout comme la Lettre d’Hauteville, uniquement à usage interne).
Le thème de cette lettre, prévue depuis quelques temps, est le lying, qui est un aspect original et puissant de notre Voie. Un sujet qui n’a rien à voir avec l’actualité, quoique pouvoir exprimer ses émotions et retrouver la vérité de son cœur peut être bien utile quand les conditions de vie deviennent plus difficiles. (…)
Je devais avoir onze ans quand, au Bost, le premier ashram d’Arnaud, j’ai entendu évoquer pour la première fois le « lying » et c’est autour de mes treize ans qu’Arnaud m’a vraiment expliqué de quoi il s’agissait, me permettant même d’assister à certaines séances. J’étais ébloui, je découvrais la psychologie, l’inconscient, c’était vraiment fascinant. Toutes les personnes qui ont connu le Bost témoigneront du fait que les lyings y tenaient une place considérable. Arnaud, aussi bien que Denise, savaient tout ce qu’ils devaient à cette pratique qui a pour vocation de dénouer les obstacles majeurs à la pratique et de faciliter la progression sur le chemin. A cette même époque, on voyait mal comment, sans lying, un chercheur livré aux forces de son inconscient, aux blessures profondes qui avaient marqué son parcours et aux décisions prises dans la toute petite enfance, pouvait avancer sur la voie.
En effet, la vigilance, la pleine conscience, la capacité à voir ce qui est, la sensibilité, l’ouverture du cœur, la liberté par rapport au désir, l’acceptation, l’action juste, tous ces aspects de la pratique sont compromis s’ils butent sur des contenus inconscients et des émotions réprimées. Le lying était, et est toujours, la voie royale pour contempler la résurrection du cœur dans toute sa dimension, tant humaine que spirituelle.
Après dix ans d’activité intense dans laquelle Arnaud s’est épuisé, le Bost a fermé ses portes, le bâtiment a été vendu à des élèves du maître tibétain Lama Guendoune, l’ashram a déménagé à Font d’Isière, nouveau lieu dans le Gard. Afin d’adopter un rythme de travail moins éprouvant, Arnaud a réduit le nombre d’entretiens qu’il donnait chaque jour ; des centres affiliés, très fréquentés, animés par des élèves d’Arnaud ont pris le relais pour l’accompagnement des lyings.
Durant cette première période, le lying a joué un rôle central, puis dans une deuxième période, il a perdu petit à petit cette prééminence. Diverses raisons ont contribué à cela : on ne le pratiquait plus à Font d’Isière, ni plus tard à Hauteville, plusieurs des centres affiliés ont fermé leurs portes, la concurrence des différentes formes de psychothérapies permettant d’effectuer un travail sur l’inconscient. Il faut dire aussi qu’après dix à quinze ans d’expérience, force a été de constater que le lying ne faisait pas de miracles et que, s’il avait joué un rôle décisif pour Arnaud et pour d’autres élèves de Swâmi Prajnânpad, ce n’était pas le cas pour tout le monde. Plusieurs personnes qui avaient fait de magnifiques lyings semblaient, au bout de quinze ans, toujours buter sur les mêmes difficultés. L’efficacité plus ou moins grande des lyings est à mettre en relation avec un thème beaucoup plus vaste et absolument central : qu’est-ce qui fait qu’on progresse ? Qu’est-ce qui marche ? Pourquoi certaines personnes semblent progresser et d’autres moins, voire pas du tout ? C’est d’ailleurs à cette période que, sur ce thème, Arnaud a fait paraître « La Voie et ses pièges ».

Durant cette deuxième période, le lying a perdu de son importance mais il n’a jamais complètement disparu. Si certains des premiers centres ont fermé, d’autres ont maintenu le flambeau, comme par exemple l’ashram d’Eric Edelmann au Québec, où de nombreux Français et Québécois ont pu faire de longs séjours de lyings, dans des conditions très voisines de ce qu’on pouvait trouver au Bost…
Aujourd’hui, nous sommes arrivés à une position équilibrée. Le lying n’est pas une panacée, certaines formes de psychothérapies permettent de faire un vrai travail sur la profondeur et parfois de façon plus adaptée. On considère maintenant qu’il n’y a pas urgence à faire des lyings et que c’est préférable de faire connaissance avec l’enseignement, de le pratiquer pendant un certain temps avant d’envisager d’en faire. Cela demeure, sauf exception, un passage nécessaire pour toute personne qui s’engage réellement sur ce chemin. Néanmoins, il faut sentir à quel moment il est judicieux de se lancer dans ce travail. La question du timing est très importante. La règle aujourd’hui, à Hauteville, si vous envisagez de faire des lyings, est d’en parler avec un collaborateur.
En même temps, le lying est une pratique merveilleuse, d’une richesse insondable. Le plus important est de comprendre qu’il fait partie de la Voie et de l’enseignement de Swâmi Prajnânpad : inséré dans le contexte de la Voie, il représente une opportunité très puissante de se connaître, d’assimiler et de renforcer la pratique ; séparé du contexte de la Voie, réduit à une forme de psychothérapie, il perd beaucoup de sa saveur et de son intérêt. Autrement dit, le lying prend tout son sens, lorsqu’on en fait, non pas pour résoudre un problème psychologique mais pour améliorer, affiner et intensifier sa pratique.
Comme vous pourrez le lire dans les pages qui suivent, le lying n’est pas juste une psychanalyse. Il mobilise beaucoup des principaux aspects de l’enseignement. Le fait d’exprimer des émotions et de retrouver des souvenirs inconscients de l’enfance en représente un aspect important. Mais le lâcher prise, l’acceptation inconditionnelle de ce qui se présente, le respect de la vérité, l’absence de jugement et de considérations morales, la vulnérabilité, la sensibilité, la soumission à l’instant présent, la réunification intérieure, toutes ces pratiques, indispensables pour la réussite du lying, sont des principes fondamentaux de la Voie. Le lying est une psychothérapie, mais c’est tout autant, voire plus, une méditation ou une expérience spirituelle.
C’est même une capitulation de l’ego au moins dans deux aspects fondamentaux, la dualité et le contrôle. L’ego vit de la dualité : il y a ce qui me convient et ce qui ne me convient pas et je saisis ce qui me convient et refuse ce qui ne me convient pas. Par ailleurs, l’ego est contrôleur : les choses doivent se passer comme je les prévois. Le lying commence par une abdication complète de ces deux revendications de l’ego. La distinction entre ce qui me convient et ce qui ne me convient pas y est complètement abolie, ainsi que toute forme de contrôle : on se soumet à ce qui se présente, tel que c’est.
Un poète tibétain du XIXème siècle, que je cite souvent, Nyendrak Loungrik Nyema, dit :
« Sans poursuivre les pensées passées ni inviter les pensées futures,
Demeure dans l’instant présent, en regardant simplement la nature de ce qui surgit dans ton esprit.
Détends toi dans la simplicité, libre d’intentions et d’attachements.
Demeure dans la pleine conscience, sans te laisser distraire,
En t’habituant, sans rien altérer, à la manière dont les choses se présentent d’elles-mêmes.
La sagesse primordiale, d’elle-même lumineuse, s’élèvera de l’intérieur »
Ce texte définit très bien l’état d’esprit dans lequel on doit faire le lying, cette façon d’accueillir et d’être en relation avec ce qui se passe en soi.
Bien sûr, il est possible de faire parfois un lying ponctuel ou de courts séjours. Néanmoins, il est nettement préférable de faire des séjours longs. Swâmiji avait demandé à Arnaud qu’il lui donne trois mois de sa vie. Sans aller jusque là, un séjour de trois semaines ou plus est conseillé. La retraite, la solitude, l’inactivité, la coupure avec le monde extérieur et la vie quotidienne, autant de conditions qui favorisent l’introspection. C’est un temps précieux pour être avec soi-même et permettre à la profondeur de s’exprimer.
Dans cet état d’esprit, depuis quelques temps, nous proposons à Hauteville des retraites de lyings de trois semaines. Yves Rémond en a animé quelques-unes avant son départ et depuis nous avons confié cette responsabilité à May Kazan. Cela concerne une dizaine de personnes par an.
Dans cette lettre, vous trouverez d’abord quelques extraits du matériel mis à notre disposition par Daniel et Colette Roumanoff, qui permettent de revenir à la source et de mieux comprendre comment Swâmi Prajnânpad envisageait le lying.
Puis vous trouverez des textes de personnes qui font faire ou ont fait faire des lyings, Eric Edelmann, May Kazan, Marie Matiot, Yann le Boucher et André Martin.
D’autres personnes auraient pu partager leur expérience mais nous avons privilégié ceux que vous pouvez rencontrer à Hauteville et avec qui vous pouvez encore aujourd’hui faire ce travail à la fois spécifique et merveilleux.
Emmanuel Desjardins
Sommaire de la Lettre n° 104:
- Editorial, par Emmanuel Desjardins (p 2)
- Les lyings selon Swâmiji (p 4)
- Le lying : une dimension sacrée, par Eric Edelmann (p8)
- Un non-contrôle conscient, par May Kazan (p 14)
- Un outil de transformation intérieure, par Marie Mathiot (p 16)
- Un témoignage, par Yann Le Boucher (p 22)
- L’exploration intérieure vocalisée : rapprochement et différence avec le lying, par André Martin (p 26)