En ce jour du 6ème anniversaire du « départ » d’Arnaud, voici de quoi nourrir le souvenir de notre maître et de son message!

(…) La purification du cœur est la disparition progressive des peurs et des désirs. C’est l’essence même du chemin.C’est le travail le plus ingrat et qui demandera le plus de persévérance ; c’est la seule ascèse par laquelle l’ego puisse être réellement mis en cause et c’est le travail qu’on ne tient pas tellement à faire…
(…) la connaissance la plus haute(prajna) est une fonction du cœur. C’est par un cœur purifié que vous pouvez accédez à une connaissance réelle. C’est par le cœur et seulement par le cœur que vous pouvez accéder à toute forme quelle qu’elle soit d’état supérieur de conscience. C’est la fonction qui, chez l’être humain, est susceptible d’une transformation sans limite.
Entendez une vérité avec laquelle vous ne serez peut être pas d’accord, avec laquelle même les gens sincères et de bonne volonté sont pendant longtemps en désaccord, il n’est pas normal que le cœur dise « non ». Ce « non » même du cœur peut être extirpé. Et c’est là l’essentiel du chemin. Ce « non » du cœur c’est simplement refuser que ce qui est soit. Et ce thème est universel. C’est le dénominateur commun de toute la spiritualité.
C’est pour le « oui » du cœur que j’ai choisi le mot « sentiment » pour le distinguer radicalement de l’émotion. L’émotion n’est que la manifestation de notre monde intérieur subjectif et arbitraire. Découvrir Dieu, c’est un éveil du cœur.
Nous le savons tous, la seule chose qui nous intéresse vraiment concerne le cœur : c’est l’amour.
Le mot amour est le plus attirant qui soit et le plus terrifiant, le plus cruel, le plus douloureux. Les êtres humains sont nés pour se sentir aimés et pour aimer. Je pèse mes mots. Les êtres humains existent pour se sentir aimés et pour aimer. Et cela se vit dans le cœur. Quelle est la réalité de l’être humain ? C’est la peur de ne pas se sentir aimé ; la souffrance de se sentir menacé, frustré, trahi et l’incapacité à aimer vraiment. Qui d’entre vous pourrait me dire que l’amour est une activité intellectuelle, que l’amour est une activité physique ou même que l’amour l’activité d’une énergie maîtrisée, contrôlée et raffinée ? L’amour est la fonction même du cœur.
L’expérience réelle, dont on ne peut parler, au sujet de laquelle on peut à peine tenter de dire quelque chose, le vrai silence intérieur, la découverte ultime est un état dans lequel on se sent intensément aimé alors même que nous serions entourés de gens qui ne nous aiment pas, qui nous considèrent comme un ennemi, qui essaient de nous critiquer ou de nous faire du tort.
L’éveil, de quoi s’agit il ? De cette condition particulière, ou plutôt absence de condition, totalement non dépendante des circonstances, avec tout ce que cela peut impliquer de plénitude- plénitude, le contraire de frustration ou d’incomplétude. Ressentir la plénitude, c’est se sentir aimé d’un amour absolu, incompréhensible, qui ne correspond à aucune expérience, qui dépasse toute compréhension ; et se sentir soi même en état d’amour. Et la souffrance – sarvam dukam, tout est souffrance – c’est de perdre cette condition intérieure. Ne plus se sentir aimé ; ne plus aimer est souffrance.
L’essentiel de la sadhana, c’est le « nettoyage ».
Il est possible de dénouer tous les nœuds du cœur, jusqu’à dénouer le nœud ultime, hridaya granti au singulier.
La possibilité absolue, c’est se sentiment absolu d’être aimé, cette plénitude intérieure transcendant toutes les expériences et portant au degré absolu l’état de bonheur qu’éprouve un être dans le relatif quand il se sent aimé.
Ananda (la béatitude) est un état d’amour absolu, qui n’est en relation avec rien. Vous pouvez déjà en avoir un certain écho que vous pouvez voir luire à l’horizon, comme on voit briller une lumière vers laquelle on marche dans la nuit.
Voilà le but, finalement je ne cherche que cela ; vivre dans l’amour, de l’amour, par l’amour. C’est possible, c’est la Voie, c’est le Chemin et c’est la manière la plus simple et en même temps la plus véridique dont vous puissiez vous représenter un peu le but et assez clairement le Chemin.
Est ce possible ? Oui. Est-ce une tâche aisée, facile, accomplie à bon marché ? Non
Souvenez vous : le Chemin commence avec le cœur, se poursuit avec le cœur et se termine avec le cœur. Et c’est dans la « caverne du cœur », comme disent les Upanishads, que vous trouverez l’Absolu.
ARNAUD DESJARDINS « La voie du cœur » chapitre un