Lors de la venue de Swâmini Umananda à La Bertais, nous avons évoqué ensemble notre rencontre avec Mâ Anandamayi et cela m’a donné l’idée de relire la petite brochure « Satsang avec Mâ » que nous avions rédigé en 1980 à notre retour d’Inde, et où nous avions consigné les réponses de Mâ entendues sur place « en direct ». Je me suis rendu compte que ce texte bien modeste (qui se trouve dans la bibliothèque de La Bertais), contenait malgré tout quelques « perles » et qu’il méritait d’être numérisé pour une diffusion plus large. Grâce à Georges, que j’ai sollicité pour cela, ce texte vient d’être saisi informatiquement et je vous en livre donc ci dessous un premier extrait, en guise de Cadeau de Noël !

(…) Un participant au satsang prend alors la parole et dit :
– Au nom de tous, Mâ, je me permets de vous poser les quatre questions suivantes : Où est-ce que Dieu réside ? Qu’est-ce qu’il mange ? Quand est-ce qu’il rit ? Qu’est-ce qu’il fait ?
Comprenant que l’homme souhaitait qu’elle racconte à l’auditoire la petite histoire traditionnelle qu’elle lui avait déjà racconté en privé, Mâ s’exécute :
Il était une fois un grand roi qui était très troublé par quatre questions. Où est-ce que Dieu réside ? Qu’est-ce qu’il mange ? Quand est-ce qu’il rit ? Qu’est-ce qu’il fait ?
Le roi fit annoncer dans tout son royaume qu’il récompenserait très généreusement celui qui pourrait lui fournir une réponse satisfaisante à ces quatre questions. En apprenant cela, tous les lettrés de la contrée se mirent à réfléchir activement dans l’espoir de gagner la récompense, mais aucune des réponses qu’ils proposèrent ne put satisfaire le roi. Au bout d’un moment, celui ci devint extrêmement perplexe quand à la chance qu’il avait de trouver un jour une réponse le satisfaisant, en même temps que se développaient dans tout le pays d’interminables discussions autour de ces quatre questions.
Un jour, quelques mots d’une de ces conversations vinrent jusqu’aux oreilles d’un paysan de condition des plus modestes. Il demanda aux interlocuteurs la raison de leur ardeur oratoire. Mais ceux-ci se mirent à rire, lui rétorquant qu’il ne serait d’aucune utilité pour lui de la connaître. Cependant, sur son insistance, ils finirent par lui faire part des quatre questions du roi. A leur grande surprise, le paysan se mit à sourir en disant : « il ne s’agit pas là de quelque chose de bien difficile. Conduisez-moi au roi, et je lui fournirai les réponses qu’il désire”. Ses interlocuteurs tentèrent d’abord de le dissuader de ce projet, car ils le supposaient un peu simple d’esprit. « Allons, comment pourriez vous satisfaire le roi sur cette matière, alors que les plus grands lettrés du royaume ont tous échoué! » Mais finalement l’insistence du paysant à vouloir être conduit au palais eut raison d’eux et, la chose s’étant ébruitée, c’est une foule de plus en plus large qui, chemin faisant, s’en alla accompagner le paysan jusqu’au palais…
C’était du plus haut comique que de voir notre homme, habillé en haillons, en présence du roi et de sa cour. Le roi sourit à ce qu’il lui semblait être une plaisanterie. Mais il était juste et intelligent, et donna sa chance au paysan. Devant un parterre bondé d’érudits et de lettrés suspicieux, il posa sa première question :
– Où est-ce que Dieu réside ?
Le paysan, malicieux, répondit simplement :
– Ô roi, faites-moi d’abord savoir où Dieu ne se trouve pas !
En entendant cela, le roi fut plongé quelques instants dans une intense réflexion, et, tout à coup, l’omniprésence de Dieu lui devint évidente.
Etonné mais satisfait d’une réponse si éclairante, il posa se deuxième question :
– Qu’est ce que Dieu mange ?
Et le paysan répliqua que Dieu se nourrissait de l’ego de l’homme.
– Roi, s’il ne mange pas votre ego, vous ne pourrez pas le réaliser !
De nouveau, en entendant ces mots, l’intelligence du roi s’éveilla et il fut pleinement satisfait.
En réponse à la troisième question :
– Quand est-ce que Dieu rit ?
le paysan expliqua : « Quand, avant de naître, nous sommes confinés dans le sein maternel, nous souffrons de cet emprisonnement et nous nous souvenons alors de toutes nos mauvaises actions commises dans nos vies antérieures. Aussi commençons-nous à prier Dieu avec une repentance sincère et profonde pour qu’il nous délivre de cette horrible prison qu’est la matrice, et nous lui promettons qu’en échange, nous serons désormais des adorateurs pleins de ferveur et pleins de zèle. Mais aussitôt que nous venons en ce monde, une fois de plus nous sommes pris au piège de Maya, et oubliant toutes nos promesses, nous retombons dans nos vieilles erreurs. C’est pourquoi, à chaque fois qu’un enfant vient au monde, Dieu rit, car il sait combien cet être humain va avoir de mal à tenir la généreuse promesse qu’il lui a faite avant de naître… »
Après cette troisième réponse, le roi devint tout à fait bienveillant à l’égard du paysan, et posa avec déférence sa quatrième question :
– Qu’est-ce que Dieu fait ?
Mais au lieu d’y répondre d’emblée, le paysan annonça :
– Ô roi, il s’agit là d’une question fort délicate et je ne peux y répondre tant que quelque chose de bien particulier n’a pas été accompli.
Le roi qui était désormais des mieux disposé à l’égard du paysan acquiesça en disant :
– Je suis prêt à satisfaire votre demande quelle qu’elle soit.
Le paysan lui dit alors :
– Bien ! Dans ce cas ayez donc l’obligeance de quitter votre place et de prendre la mienne, car pour pouvoir répondre à votre dernière question, il faut que je sois assis sur votre siège.
Le roi s’exécuta, s’assit à la place du paysan, alors que ce dernier gravit les marches du trône, s’y installa, puis entra dans une longue méditation silencieuse. Cela semblait à tous le spectacle le plus incongru qui soit. Aussi le roi rappela bien vite au paysan son devoir :
– Hé!, vous devez donner votre quatrième réponse maintenant !
– Mais je l’ai déjà donnée, s’exclama ce dernier.
– Comment cela ?
– Voyez ce que Dieu a fait : Si c’est sa volonté, en un instant un roi devient un homme ordinaire, et un homme ordinaire devient roi. Puisque Dieu a eu le pouvoir d’inverser ainsi nos conditions respectives si opposées, soyez assuré qu’il n’y a aucune limite à son pouvoir…
Le roi fut comblé dans son attente et la récompense fut acquise au paysan…
Du pied de notre propre sapin, nous vous souhaitons, Anne-Marie et moi, un très bon Noël ! 😛
