Pour le plaisir du partage, voici quelques échos de la seconde session « Vision et pratique de l’Advaïta Vedânta » qu’a animé pour nous à La Bertais en ce samedi après-midi, Swâmini Umananda.
Après la session de novembre dernier portant sur le « Qui suis-je?« , celle de cette fois-ci avait pour titre » D’où vient le monde? Quelle est sa réalité« .
Les versets upanishadiques sollicités pour nous faire réfléchir à ces « grandes questions » étaient tirés de l’Ishavâsya, de la Mundaka, et de la Mândukya upanishads. Autant dire, de la « crême » des textes sacrés de l’Inde ancienne…
Sans vouloir refaire la brillante conférence de Swâmini, voici ce qu’à titre personnel j’ai retiré de plus fort de cette confrontation avec les Textes (confrontation qui a d’ailleurs été présentée par Swâmini comme un point d’appui à part entière pour la sadhana).
L’Ishavâsya upanishad pose le principe de départ de la Non Dualité : « Tout cet univers changeant n’est en réalité que Ishâ, (le Seigneur, Dieu) ».
Autrement dit, la perception que nous avons naturellement de la diversité et du changement est illusoire car superficielle. Cette multiplicité changeante est en réalité imprégnée par la Conscience Cosmique dénommée ici Isha. Par parenthèse, quand Swâmi Prajnanpad évoquait ce verset, il insistait sur la dimension « principe indéfectible d’ordre et d’harmonie » contenue selon lui dans le concept d’Isha. (cf lettre à Surendra datée de 1955). Ce texte nous invite donc à considérer qu’il y a une Intelligence supérieure et un Ordre secret derrière l’apparent non-sens et/ou désordre du monde…
L’auteur de la Mundaka upanishad, quant à lui, partage avec nous son expérience directe de l’omniprésence du brahman en témoignant : « Tout cet univers n’est que le brahman immortel : devant, c’est brahman, derrière, aussi. A droite, à gauche, et en dessous, et au dessus, partout c’est brahman. Ce monde entier n’est rien d’autre que le brahman suprême ».
Comme vous le savez cette affirmation fondamentale a trouvé une application pratique assez inattendue sous la plume d’Arnaud, puisque dans « A la recherche du soi* », il nous incite à traquer les exceptions que notre mental prétend trouver à cette vérité cardinale. Tout est brahman sauf… ma belle mère, dira le mental de l’un. Tout est brahman sauf les CRS, dira le mental de l’autre. Tout est brahman sauf ma panne de voiture, mon mal aux dents, la façon désagréable dont tu me parles, la manière ridicule dont il ou elle se comporte, la météo pourrie d’aujourd’hui, la politique injuste du gouvernement, le scandale de la faim dans le monde, l’aberration du réchauffement climatique… Et j’en passe! La litanie des exceptions que nous trouvons du matin au soir est indéfinie. Face à ce « meurtre du soi » (expression utilisée en toutes lettres dans l’Ishavâsya pour dénoncer notre « oubli » du brahman), il est précieux de pouvoir se remettre devant l’affirmation catégorique de la Mundaka ; et même de la contempler pour tenter de s’en imprégner :
« Partout et toujours, il n’y a jamais rien d’autre que l’immortel brahman« .
Swâmini nous a conduits ensuite à réfléchir au rapport qu’il y a entre ce principe suprême et le monde manifesté à l’aide de trois images proposées par la même Upanishad. Selon les analogies proposées, le monde est au brahman ce que la toile est à l’araignée, ou ce que la végétation est à la terre, ou encore ce que les cheveux sont au corps humain : une production naturelle qui ne peut pas ne pas se manifester !
Personnellement, si je me souvenais bien de la première image, je n’avais jamais pris le temps de m’y arrêter ; et encore moins celui de la combiner avec les deux autres…
Enfin, les deux dernières citations étudiées ont été extraites de la célèbre, mais ô combien difficile, Mândukya upanishad. Celle-ci affirme avec un aplomb désarmant que la distinction habituelle que nous faisons entre nous et le reste de la réalité, (en terme philosophique, la distinction entre le Sujet et l’Objet) est une pure illusion. L’image utilisée pour nous permettre de nous approcher de cette révélation est celle du tison ardent. Imaginez que quelqu’un tienne dans la nuit un tison ardent à la main. S’il ne bouge pas, vous verrez un point rouge dans la nuit. Mais s’il agite son tison de façon suffisamment rapide, c’est une forme plus ou moins complexe que votre oeil verra (par exemple, un cercle, une spirale, un huit ou toute autre forme régulière ou irrégulière). Et de loin vous pourrez vous méprendre et considérer qu’une telle forme existe réellement, avec ses caractéristiques propres. Le Un éternel et invariant (le point rouge) vous sera apparu multiple et changeant (les lignes et figures géométriques éphémères), sans pourtant que sa nature fondamentale n’en soit en rien changée…
Il y aurait, bien sûr, beaucoup plus à dire sur cette après-midi si riche, mais je cède la plume à ceux et celles qui voudront apporter leur propre contribution dans les commentaires à cet article. Permettez-moi de terminer simplement par ce petit témoignage : j’ai été touché -jusqu’à la surprise- par la qualité toute particulière du silence lors de la médiation conclusive. Ai-je été le seul ?
Cf : A la recherche du Soi, chapitre 3 : « De même, si je dis : « Tout cet Univers est brahman », je ne peux pas faire d’exception à cette affirmation. Tout cet Univers est brahman… sauf ma belle-mère. Non ! Ou sauf mes ennemis personnels, ou sauf les partis opposés à celui auquel j’adhère moi-même.
Tout cet Univers est brahman, y compris les C.R.S. et les gauchistes, y compris les fascistes et les révolutionnaires. Tout cet Univers est brahman, et je suis brahman, et je suis le C.R.S., et je suis le gauchiste, et je suis le fasciste, et je suis le révolutionnaire ; et le fasciste, c’est moi, et le gauchiste, c’est moi, et le révolutionnaire, c’est moi, et le C.R.S., c’est moi ».














































